‹ Nouvelle histoire de la révolution de 1789Chapitre 128 sur 156 · ASSEMBLÉES PROVINCIALES · texte numérisé non relu

ASSEMBLÉES PROVINCIALES

lui, des assemblées provinciales ; quelques-unes furent réunies dès 1779; mais ce fut en 1787 que le système de ces assemblées se généralisa dans toute la France. L'esprit de réforme les anima, les agita même. Ce furent les nobles, les richeg, qui prirent alors en main la cause du peuple, qui aspirèrent à supprimer ou à modifier les impôts les plus onéreux, qui firent des enquêtes sur Tétat des campagnes*.

Cette tendance alla si loin, que M. de Tocqueville dans son livre sur V Ancien Régime et la Révolution^ blâme l'excès et l'imprudence d'un esprit de réforme qui parle si haut et qui doit avoir pour résultat, suivant lui, d'exciter les classes inférieures contre le clergé, la noblesse et la bourgeoisie, en faisant ressortir les griefs populaires et en les représentant comme intolérables.

Il y aurait certes une belle et longue analyse à faire du chapitre*, où M. de Tocqueville montre cet esprit de réforme dans la bouche du roi, des ministres, des intendants, des assemblées provinciales, cet esprit exagéré, sans doute, par les tendances de l'époque, par la philanthropie et l'utopie philosophiques, travaillant cependant, dans les assemblées provinciales, avec une louable ardeur, à introduire les plus grandes améliorations possibles, dans la situation des campagnes, dans l'assielte et la répartition des impôts les plus onéreux. M. de Tocqueville blâme, nous l'avons dit, l'imprudence de langage avec lequel on avertit le peuple de ses maux ; mais cette imprudence, quelle qu'elle soit, n'est-elle pas, en même temps, la meil-

* V Ancien Régime et la Révolution, par A. de Tocqueville, p. 280 et 281.

* Le chapitre xvi de V Ancien Régime et la Révolution,

leure preuve de sincérité et le gage même des réformes que provoquent les assemblées provinciales?

11 est vrai, comme le fait observer M. de Tocqueville, que la transition du régime administratif unique des intendants au partage de l'administration avec les assemblées locales, était difficile; qu'il y eut des conflits d'attributions, et que, dans bien des provinces, l'administration parut d'abord comme paralysée par l'espèce de lutte qui s'établit entre les intendants et les assemblées locales, en raison des anciennes habitudes administratives, d'exigences mutuelles et de la nouveauté d'institutions qu'on empruntait, pour tant de provinces, aux pays d'état; il n'en est pas moins vrai que, si on isole du mouvement extraordinaire qui précipite alors les intelligences, une grande question de réforme administrative, on trouve tous les éléments de cette réforme et même d'un développement politique du pays, pour peu qu'il fût alors opportun, dans la constitution des états provinciaux appliquée à toute la France.

Cette porte régulière était si bien ouverte à la convocation des états généraux, et même à ce genre de réforme qu'on appelait alors une constitution, que Turgot, nous venons de le voir, faisait sortir une constitution des assemblées provinciales, d'après le modèle même des états du Languedoc.

Il aurait fallu sans doute fixer les rapports et les attributions des intendants et des assemblées, de manière à éviter les conflits, mais surtout attendre des temps plus calmes, où il semble qu'on aurait pu certainement, en dehors des systèmes absolus, obtenir facilement un tel résultat.

La brochure de Sieyès suffisait pour montrer qu'on

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