SYSTÈME MUNICIPAL DE TURGOT
ses plans, il y montrait Texpérience et les vues de Tadministrateur.
Par le système d'assemblées provinciales que Turgot aurait voulu établir, à quel résultat lendait-il? Évidemment à l'application, dans le pays tout entier, de l'administration des états de province, et, en particulier, on peut le dire, des états du Languedoc.
Pour peu, en effet, qu'on jette les yeux sur la note que nous avons extraite de V Étude de M. de la Farelle sur les états du Languedoc^ on y verra que toute l'administration de cette province était un ensemble de municipalités couronné par une municipalité sup&ieure. Or, dans la constitution générale que Turgot se proposait de donner à la France, il est évident qu'il prenait pour type la constitution du Languedoc, cette immense province^ comme l'a très-bien appelé un historien*, à cause de son étendue et de son importance.
Turgot eut d'abord voulu créer, par l'élection, dans chaque ville et dans chaque village, une municipalité à laquelle il eût confié la répartition de l'impôt, la direction des travaux locaux, la police des pauvres, la mission d'intervenir auprès de l'autorité supérieure, dans l'intérêt de la commune; il aurait ensuite créé des municipalités d'arrondissement, nommées par les municipalités communales; puis, à une époque plus éloignée, des municipalités de provinces choisies par les municipalités d'arrondissement, enfin toute une hiérarchie provinciale. Turgot se proposait, quand ces premières épreuves seraient faites, quand chaque province aurait, comme le Languedoc, une municipalité supérieure, de créer une
i M. Raudot.
S56 CHAPIIRE XXIX.
municipalité suprême, une municij)alité du royaume j prise dans les municipalités de province ; cette municipalité, destinée d'abord à présenter au roi les vœux du pays, aui-ait plus tard été chargée de Tenregistremcnt des impôts que Turgot voulait enlever à la magistrature en la restreignant aux fonctions judiciaires*. Témoin, comme intendant de bien des vices d'administration attachés au régime bureaucratique, frappé des avantages qu'offraient en général les états de province % il aurait voulu, avec certaines modifications, appliquer ce système d'administration locale à toute la France. Si ce plan eût reçu son exécution, on am^ait vu une nouvelle forme de monarchie représentative, la monarchie municipale el provinciale, hiérarchisée de la commune à la province et à l'État lui-même.
Ce n'est point le lieu de discuter ici le plan de Turgot, qui n'allait à rien moins qu a changer, progressivement il est vrai, la plus grande partie de radminislration du royaume, pour la remettre, des mains du pouvoir central, sous beaucoup de rapport au moins, quoique les intendants fussent maintenus, entre les mains des propriétaires qui, sans distinction d'ordres, devaient remplir le nouveau cadre administratif et former la hiérarchie municipale qui se serait étendue de la paroisse au royaume.
Quoique Turgot n'ait pas appliqué son plan, d'autres ministres qui le suivirent, Necker el Calonne lui-même établirent, sous l'influence des idées qui avaient agi sur
* Voir YHistoire du règne de Louis XVI, par J. Droz, I" vol., p. 111 et 112.
' Comme ceux du Languedoc, par exemple.