D'OU VIENT LE POUVOIR
venir du pouvoir, la tradition humaine s appuyer sur la tradition divine, ce qui ne contredit aucunement ce jusie affranchissement de Thumanilé apportée par le Christ et ces grandes paroles : « Vous êtes des amis et non pas des esclaves, » qui ont eu aussi leur sens dans ce monde.
La philosophie du dix-huitième siècle, avec les idées absolues qu'elle lient du protestantisme, semble être venue dire le contraire, séparer en deux camps rivaux l'autorité et la liberté en proclamant que tout pouvoir venait de Thomme. Suivant elle, « il n'y a au fond que deux écoles en philosophie et en politique, l'une qui part de l'autorité seule, et avec elle et sur elle éclaire et façonne l'humanité ; l'autre qui part de l'humanité et y apprécie toute autorité humaine. Le temps présent est la lutte de ces deux écoles dans l'intelligence et dans le monde. L'avenir verra le triomphe de la philosophie et de la politique inaugurées par Descaries et la Révolution française... Les nations sont libres ; elles s'appartiennent à elles-mêmes; elles n'appartiennent naturellement à aucun maître, à aucune famille, à aucune dynastie. Nul n'a droit sur elles. La vraie légitimité des gouvernements est dans le consentement des peuples*. »
Ces paroles de M. Cousin résument le passé, le présent et l'avenir de la philosophie du dix-huitième siècle ; elles montrent pourquoi elle devait se mêler à la politi-
* Paroles de M. Cousin.
Personne n'ignore cependant qu'aujourd'hui M. Cousin désire vivement le maintien du pouvoir temporel du pape, dont Tautorité esf pour lui le centre du spiritualisme dans le monde ; mais sous Finilueuce d'une philosophie qui n'est pas même celle de Descartes, quoi qu'il dise, il avait donné la véritable formule de la théorie qui
est la base de la révolution en Europe.
ôï CHAPITRE II.
que, intervenir dans les destinées du inonde, dès qu'elle croirait avoir détruit l'autorité dans la religion, Tautorité qui parle et commande à Tesprit humain, et comment, maîtresse, suivant elle, dans le monde des idées, elle a voulu, sous le nom de liberté, tout soumettre à la raison humaine; comment elle est venue, après avoir nié le christianisme, attaquer toute tradition, la suite providentielle des événements, Texistence séculaire des peuples, et faire éclater cette lutte qui dure toujours dans rmtelligence et dam le monde, c'est-à-dire dans la religion et la politique, entre les principes qui viennent de Dieu et ceux qui viennent des hommes, cette lutte qui n'a pas d'autre origine que la rupture avec la vérité du christianisme, que la substitution, pour ainsi dire, d'une providence humaine à la providence divine, entreprise extraordinaire assurément, à quelque point de vue qu'on se place, bien faite pour agiter profondément le monde entier, qui est logique toutefois, lorsqu'elle revient au point de départ même de la philosophie du dix-lmitiéine siècle, en cherchant à ébranler et à détruire la pierre angulaire de l'univers catholique, et suivant les belles paroles adressées par M. Cousin à Mgr l'évéque d'Orléans, « le centre môme du spiritualisme dans le monde, h
Origine de la lutte livrée par la philosophie du dix-huitième siècle au christianisme. — Comment on peut suivre cet esprit dans la correspondance de Voltaire, au moment surtout de la publication de VEncydopédie. — Article de d'Alembert sur le calvinisme. — I^es faquins de Genève. — Opinion de M. de Tocquevillc sur la philosophie du dix-huitième siècle, et son influence — Véritable nature de cette philosophie, son développement, son résultat : une double négation religieuse et politique. — Logique de la philosophie du dix-huitième siècle.
Si Ton veut bien comprendre le point de départ de celte ligue d'idées, qu'on a appelée la philosophie du dix-huitième siècle, nous croyons qu'il faut entrer, pour ainsi dire, dans rintimilè de la lutte générale qu'elle ouvrit contre la religion chrétienne, au moment môme où elle créa toute une machine de guerre pour la renverser ; cette intimité, où la philosophie du dix-huitième siècle dit toute sa pensée, c est la correspondance de Voltaire, cette machine de guerre dont elle se servit pour entrer dans les intelligences, ce nouveau cheval de Troie, où elle se cache jusqu'à un certain point, pour pénétrer dans le monde de la science et des idées, ce ïxxiV Encyclopédie. Il faut voir Voltaire, plein d'ardeur pour cet ouvrage, lui le chef naturel des encyclopédistes, ne cessant d'écrire à d'Alembert pour le pousser à l'assaut du christianisme : au milieu de cette étude universelle des con-
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naissances humaines, une seule pensée le passionne: la ruine de la religion. Il s*indigne souvent de la timidité de certains articles, où il trouve qu'on déguise trop l'incrédulité *; mais il est un article surtout dans VEncyclopédiey celui de calvinisme, où il montre bien sa pensée et sa haine systématique contre la foi chrétienne, où il met dans tout son jour le but de la philosophie dont il est le chef, la place même qu elle vient prendre à la suite, mais non pas à côté du protestantisme.
Il s'agissait alors de définir le calvinisme, tel qu'il était à Genève même, sa capitale, à l'époque où parut VEncH' clopédie. Or, d'Alembert, auteur de l'article, où naturellement il parlait des ministres de Genève, avait déclaré qu'ils étaient déistes. Les ministres protestent contre cette assertion. Voltaire en éprouve l'indignation la plus vive, et sa colère, — le mot n'est pas trop fort, — éclate ainsi dans une de ses lettres : « Les faquins de Genève I Je vous propose pour problème de me dire si l'on est plus fou et plus sot à Genève qu'à Paris*.» D'Alembert avait représenté les protestants de Genève comme des sociniens ; « ce sont des sociniens honteux^ » reprend Voltaire, et il explique ainsi le courroux philosophique dont il est ému contre le protestantisme de Genève, craignant de passer pour déiste : « N'avez-vous pas entendu dire vingt fois aux ministres quHls ne regardent pas Jésus-Christ comme Dieu? Vous avez donc déclaré la vérité, et nous verrons s'ils auront la bassesse de la trahir'^! »
* Il n'y a qu'à ouvrir, si Ton veut s'en convaincre, sa correspondance avec d'Alembert.
« Lettre à d'Alembert, 6 janvier 1761. Correspondance de Voltaire et de d'Alembert, œuvres complètes.
5 Lettre de Voltaire à d'Alembert, 29 décembre 1761. Œuvre? complètes.