‹ Nouvelle histoire de la révolution de 1789Chapitre 14 sur 156 · IDÉE FIXE DE VOLTAIRE · texte numérisé non relu

IDÉE FIXE DE VOLTAIRE

Ce n'est pas ici une boutade, c'est vraiment la colère d'un chef départi. Voltaire ne veut pas que Jésus-Christ soit Dieu,que Ir, christianisme soit une religion véritable; il lui importe donc que le calvinisme, qui est une secte chrétienne, renie la divinité de Jésus-Christ ; il ne veut pas tolérer chez les ministres de Genève d'autre foi que le déisme.

C'est donc le christianisme qu'il traite en ennemi, le christianisme qu'il veut détruire, en le réduisant à un système humain.

On peut suivre, au reste, sa correspondance et celle de d'Alembert ; on y -trouvera surtout, à mesure que Voltaire croit l'opinion philosophique, dont il est le chef, plus près de la victoire, cette formule invariable qui finit par fatiguer d'Alembert lui-même : «Écrasons l'infâme! » On sait que l'infâme, dans la langue du philosophe, c'est le christianisme, ou, comme il dit, « la superstition christicole^ »

C'est là le but constant qu'il poursuit, l'idée fixe derrière laquelle il marche, et la philosophie du dix-huitième siècle le suit, quand elle ne le précède pas.

Dans une de ses lettres*, Voltaire, affectant un grand mépris pour les apôtres, s'écrie, en talon rouge des idées nouvelles : « Serait-il possible que cinq ou six hommes de

* « Votre idée, » écrivait-il à Frédéric, qui était disposé en ce moment à persécuter le catholicisme en supprimant \es monastères, « d'attaquer la superstition christicole par les moines, est d'un grand capitaine. » (Lettres de Voltaire à Frédéric, t. XX de ses Œuvres complètes, p. 9.)

^ Lettre de Voltaire à d'Alembert, 24 juillet 1760, t. UVDl des Œuvres complètes de Voltaire.

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mérite quis*enlendraienl, ne réussissent pas après Texemple de douze finpiins qui ont réussi? »

C est donc un fait historique, reconnu par Voltaire lui-même, douze hommes pauvres, sortis d'un coin de l'Asie, d'une nation bien méprisée par Voltaire, ont changé le monde I Et la philosophie doit faire, à son tour, ce qu'a fait TÉvangile, prêché par ceux que Voltaire appelle les douze faquins, changer le monde : la question ne peut pas être plus clairement posée.

Condorcet, dans sa Vie de Voltaire^ cite encore ces paroles du maître : «Je m'ennuie de leur entendre répéter que douze hommes ont suffi pour établir le christianisme, et j'ai envie de leur prouver qu il n'en faut qu'un pour le détruire ^ »

Un homme éminent, dont nous avons aujourd'hui à regretter la perte, émettait, dans son dernier et remarquable ouvrage *, cette opinion que l'action exercée par la philosophie du dix-huitième siècle sur la Révolution de 89 fut surtout sociale ou politique, et que la part de l'esprit antichrétien n'y a été qu'accessoire.

Ouvrons encore la correspondance de Voltaire et de d'Alembert : ce sont eux qui répondront au nom de la philosophie du dix-huitième siècle.

Voilà d'abord comment Voltaire cherche à persifler la religion chrétienne : « Je voudrais que vous écrasassiez l'infâme... cesl le (jrand point; il faut la réduire à Tétat où elle est en Angleterre, et vous en viendrez à bout si vous voulez : c'est le plus grand service qu'on puisse rendre au genre humain. Vous pensez bien que je ne

* Vie de Voltaire par Condorcet, publiée en tête de ses Œuvres complètes.

• V ancien Régime et la Révolution, par M. de Tocque ville.

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