‹ Nouvelle histoire de la révolution de 1789Chapitre 131 sur 156 · SIEYÈS ET SA BROCHURE · texte numérisé non relu

SIEYÈS ET SA BROCHURE

circonstances, pour la composition des états généraux, il est facile d'apprécier tout ce quMl y avait d'absolu dans la théorie de Sieyès, et combien cette exclusion, presque cette proscription de ' la noblesse, devait flatter l'esprit d'égalité et d'orgueil dans les autres classes.

On peut observer qu'en attaquant les privilégiés^ Sieyès attaquait aussi le clergé. Voici déjà que le mot d'aristocraies se présente : « Si les aristocrates, ajoule-t-il, entreprennent de retenir le peuple dans l'oppression, il osera demander à quel titre, » Ce langage est bien curieux dans un pays où, sous tant de rapports, c'étaient la royauté et la bourgeoisie qui exerçaient le pouvoir et disposaient de l'administration, où la noblesse n'avait qu'une part exceptionnelle au gouvernement, comme on Ta vu, où sa place était surtout dans l'armée, et où la victoire du pouvoir royal sur la féodalité était un fait historique démontré par le système judiciaire et administratif bourgeois qui régissait presque toute la France ^ Sieyès n'en proposait pas moins de renvoyer dans les forêts de la Franconie toutes ces familles qui conservaient la folle prétention d'être issues de la race des conquérants et de succéder à leurs droits. Suivant lui la nation épurée pourra se consoler ainsi d'être réduite à ne plus se froire composée que des descendants des Gaulois et des Romains. Ces citations caractérisent l'esprit de l'époque par le succès même qu'obtenait l'espèce de prosopopée de Sieyès, adres-

* Nous pouvons à cet égard renvoyer nos lecteurs au livre de M. de Tocqueville V Ancien Régime et la Révolution, ils y verront comment il eût été possible aux aristocrates, aux nobles, de retenir le peuple dans r oppression* quand les intendants, les préfets de l'époque, la plupart bourgeois, traitaient le seigneur du village de premier liabi^ tant, pour toute distinction.

sée à une féodalité qui n'existait plus, c'est qu'on avait vu quelques mois auparavant les pairs du royaume, c'està-direles plus grands seigneurs de France, dans le Parlement bourgeois où ils siégeaient depuis longtemps, deman- ^ der, comme ce Parlement, les états généraux', et la noblesse faire cause commune avec le Parlement dans les provinces comme à Paris.

Mais voici un pamphlet qui, avec plus de franchise et de violence encore vient, commentaire de celui de Sieyès, résumer la situation *. «Frivoles Parisiens, s'écrie l'auteur, vous courez aux spcclacles, aux jeux; quand la monarchie est en danger, quand vos ennemis travaillent à appesantir vos chaînes. Voyez la Bretagne, la Guienne, le Languedoc, le Dauphiné'. Le peuple s'assemble, prend dos délibérations pour secouer le joug, et vous qui devriez donner l'exemple aux provinces, à peine vous entretenezvous de la Révolution qui se prépare... Lâches! sortez de cotlo honteuse apathie, de cette insensibilité qui devient criminelle ; élet^ez-vous contre le clergé^ la noblesse^ la mujkliatnre. Entendez-les réclamer leurs privilèges, leurs IVundiisOvS, quand la majeure partie de la nation est dans

* K^l-it iuVos.<iùro de dire ici que la brochure de Sieyès était un iHtuuiu i)\i»ud il venait parler des Gaulois, des Romains et des Francs, v^ \»uo luUiou où la bom^eoisie, sortie du peuple, passait depuis des iii<VU\^ dans la noblesse, achetait ses terres, où les fils de Colbert, TiitHnen a>nunis, anoblis comme lui par Louis XIY, obtenaient les |MvnntH^ jïi^ados dans TanntV» où la plupart des ministres étaient iK^iu'^tHws» où IvV caiTÎt^jv adaûnistrative, comme la caiTière judiviaiiv. menait à la noblt^e?

• l*ann4det cité par M. Haudol dans la France avant la Bévolution,

^ U ) avait d<>s tr\Hil4es si^rieiix dans toutes ces provinces à Foccasiwi juv^^isêuh^iU ik»«^ queti^kttts que soulevait la prochaine convocation d\Nj lAats ^ên^^^wx : k donl>lement ihi tiers et le vote par tête.

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