‹ Nouvelle histoire de la révolution de 1789Chapitre 136 sur 156 · LE PARLEMENT» LE TIERS ÉTAT · texte numérisé non relu

LE PARLEMENT» LE TIERS ÉTAT

est. sème parmi tous les citoyens le germe de l'anarchie; elle est la perte de Tautorilé royale, en même temps que la destruction de tout ordre civil et monarchique. C'est là, sire, ce qui effraye votre Parlement. »

Cette adresse du Parlement au roi était du 21 décembre 1788, l'arrêt du conseil qui accordait le doublement du tiers, la suivit de près et fut promulgué le 27 décembre de la même année.

Tout servait les novateui^ : l'opposition du Parlement avait été si vive que sa parole ne fut pas écoutée, etqu'on aima mieux donner au tiers ce qu'on demandait pour lui, que d'avoir à compter avec la magistrature, dont chaque ministre redoutait le contrôle et les attaques.

Il y avait, d'ailleurs, de la part de la royauté une vieille confiance dans le tiers état, en particulier dans la bourgeoisie formée sous le patronage même du pouvoir royal.

Celte bourgeoisie, dont les représentants allaient arriveraux états généraux, neremplissail-elle pas les conseils du roi, l'administration, les assemblées provinciales qui embrassaient maintenant toute la France^? Le Parlement

fondant la haute et moyenne bourgeoisie avec les classes populaires, broyant cette société pour n'en faire qu'une même poussière.

* Quand les assemblées provinciales furent établies pour donner à toute la France une administration analogue à celle des pays d'états, redit de 1787, qui étendait au royaume entier le régime des assemblées locales, fixait ainsi leur composition : trois membres du clergé, cinq de la noblesse, huit du tiers état. Le clergé avait la présidence; mais Ton votait par tête. (Voir la France avant la Révolution, par M. Raudot, p. 45.)

Il faut observer que les membres de ces assemblées furent choisis par le roi, c'est-à-dire par l'administration. Or c'est à ces membres nommés et non pas élus que nous avons vu M. de Tocqueville reprocher trop d'ardeur pour les réformes et une initiative qui venait paralyser celle des intendants. Était-ce dans une telle société qu'on

avait montré une ambition de corps qui faisait oublier sa vieille origine et sa politique, cependant toute bourgeoise. La bourgeoisie, d'ailleurs, n'élait-elle pas intéressée au maintien de l'ordre, et pouvaitcm la redouter? Ne fallait41 pas sortir des difficultés du gouvernement où Ton avait été jeté par les parlements cl les notables? Enfin, les idées nouvelles étaient rentrées au pouvoir avec Necker, et, on Ta vu, la forme du tiers étatpour lui, comme pour Sieyès était la même, le tiers était un et il était tout, a son vœu était le vœu national, il était la nation. »

Or, à dater du jour où le Parlement s'était opposé au doublement du tiers, cette magistrature qui, malgré ses fautes, avait jeté tant d'éclat sur la bourgeoisie, qui lui avait donné tant de force, qui avait été sa première et sa plus illustre représentation, avait perdu toute espèce d'influence et de popularité.

Le tiers état du passé, celui dont le Parlement était la lète, semblait ne plus exister : un tiers état organisé où il y avait des rangs, des distinctions, avait pu être celui de la société, mais il n'était plus celui de Sieyès et de Necker, évidemment parce qu'il n'était pas celui de la théorie. Seulement on lui prenait son nom, et ce nom même devait bientôt disparaître*. De sorte qu'on ne proclamait si haut les droits du tiers état que pour lui faire subir une transformation qui le séparerait complètement de son passé

pouvait craindre de ne pas obtenir tous les changements désirables? Nous posons la question, les faits viendront naturellement la résoudre.

* « 11 n y a plus de tiers état, dit M. Augustin Thierry : le nom el In clirse ont disparu dans le renouvellement social de 1789. » (Essai sur la formation du tiers étaty p. 1) Il n'y a plus de tiers état, nous avons à chercher ce qui est resté.

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