‹ Nouvelle histoire de la révolution de 1789Chapitre 135 sur 156 · DISCOURS ADRESSÉ A LOUIS XVI · texte numérisé non relu

DISCOURS ADRESSÉ A LOUIS XVI

entre eux les citoyens d'un même empire, et tous les membres de la société.

« Des ordres différents n'avaient jusqu'ici distingué les Français que pour les unir davantage. A présent, sire, par des manœuvres indiscrètes et populaires, ils sont près de devenir des titres de concurrence, de jalousie et d'inimitié.

«Déjà les partisans d'idées opposées prennent ombrage les uns des autres* ; ils semblent se craindre, s'éloigner se préparer à une discorde ouverte ; ils se précipitent sans réflexion dans des commencements d'association plus redoutables qu'ils ne se l'imaginent eux-mêmes, ik croient conduire l'État à une réforme, et ils ne le conduisent qu'à sa ruine.

« Si les lois en imposaient à tous les citoyens, l'ordre et la paix seraient bientôt rétablis ; mais on leur persuade qu il faut changer la législation entière^. Ce qu'on est résolu de détruire, on ne peut plus le révérer. Ainsi , on se fait une habitude perverse de violer et de braver les lois; chacun se permet ce qu'il veut, et, en attendant d'autres lois, on n'a plus aucune règle pour diriger ses idées, ses discours et sa conduite.

c< De là, sire, on ne craint pas de présenter au peuple comme ses oppresseurs, les magistrats qui maintiennent encore invariablement les lois et l'ordre public ; comme

*■ Le Parlement fait allusion ici aux troubles qui avaient eu lieu dans plusieurs provinces. Déjà, on Ta vu, une vive agitation et des désordres avaient répondu à la création de la cour plénière, et comme protestation en faveur du Parlement ; les nouveaux troubles éclataient contre le clergé, la noblesse et le Parlement lui-même, pour réclamer le doublement du tiers, du tiers qui était tout.

* Ces idées étaient celles de Duport et de plusieurs autres jeunes conseillers du Parlement.

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ses ennemis, les ecclésiastiques qui prêchent les règles salutaires de la morale et de l'obéissance religieuse due au pouvoir légitime ; on lui désigne enfin comme des tyrans, les nobles qui honorent la monarchie par leurs exploits... a Mais, sire, lorsqu'il n'y aura plus de principes fixes qui déterminent la soumission des peuples, lorsqu'ils ne connaîtront plus de pouvoir dans les minisires de l'autorité légale qui l'ordonne; dans ceux de la religion, qui en consacre le devoir; et dans cette puissance milUaire qui appuie les lois par les armes*, où pourra se trouver l'obéissance que Votre Majesté a droit d'attendre de ses sujets? Une secousse fatale Tébranle actuellement de tous côtés. Les effets s'en font sentir depuis les fondements jusqu'au sommet de l'État. On ajoute encore à cette commoion générale par des idées d'égalité qu'on s'efforce d'établir en système, comme s'il était possible que l'égalité subsistât en réalité*. Cette spéculation ^ toute \^ine qu'elle

* Cette définition du gouvernement de Tancien régime par la magistrature est remarquable. Ainsi, quels sont les éléments du pou-

en France d'après le Parlement, et par conséquent la base de 1 soumission des peuples, de Tordre social? Est-ce le pouvoir nique, absolu de la royauté? Non, assurément : ce pouvoir se niafeste par les ministres de V autorité légale (la magistrature), par X de la religion, par le clergé qui enseigne le devoir de l'obéissance, par la puissance militaire (la noblesse), qui appuie les lois. Ainsi, pour résumer la pensée du Parlement, le pouvoir souverain en France est un pouvoir légal soutenu par les trois ordres : car le Parlement, qu'est-il lui-même? Le représentant du tiers état, la tête de la bourgeoisie.

* Évidemment la magistrature répond ici aux idées de nivellement absolu professées par Sieyès, lorsqu'il a dit que le tiers état, c'est-àdire que la majorité numérique, la multitude, était tout, sans tenir aucun compte de la hiérarchie sociale et de l'état de la société, des traditions historiques, de l'éducation, des fortunes si diverses, con-

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