‹ Nouvelle histoire de la révolution de 1789Chapitre 138 sur 156 · U ROYAUTE · texte numérisé non relu

U ROYAUTE

point eu de doute à cet égard. En face d'un clergé, d'une noblesse, d'une bourgeoisie, d'un peuple, qui avaient leur passé, leur dignité, la dignité et le passé de la royauté, sa suprématie politique n'étaient point mis en question.

C'est à ce point de vue que nous avons cru pouvoir dire de la royauté qu'elle était une force collective, recueillie, pour ainsi dire, dans toute cette société qu'elle attirait à elle et qu'elle représentait au pouvoir, royauté très-chrétienne, religieuse; par conséquent aristocratique, bourgeoise et populaire.

Ne venons-nous pas d'en avoir la preuve? Nous aimons à chercher dans les faits la formule d'un état de choses. Or, quand le Parlement et les notables s'opposent au doublement du tiers, qui tranche la question? Le roi. Personne ne conteste le pouvoir qu'il a d'agir ainsi.

Louis XVI, avant 89 et quand il va ouvrir les étals généraux, jouit donc, de l'aveu général, du pouvoir auquel reste le dernier mot.

On entend ce prince, dont l'éloge se retrouve dans les historiens les plus favorables à la Révolution, dire en parlant des différents corps de la société française ; mon clergé, ma noblesse, mon Parlement; certes, il n'y avait point là une idée de despotisme; le roi parlait du clergé, de la noblesse, du Parlement, tête de la bourgeoisie, comme des soutiens naturels de la royauté, il en parlait avec une sorte de paternité royale; il y avait des liens d'affection entre ces grands corps et le roi de France : il disait, et en cela il représentait la vraie tradition monarchique, « mon clergé, ma noblesse, mon Parlement, mon peuple, » comme le peuple tout entier disait : «mon roi. »

Rien n'explique mieux la détermination de ce prince

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quand, mécontent du Parlement et des notables, il s'adresse au tiers état.

A-t-il jugé, a-t-il pu juger la portée dune telle démarche? Sa pensée est de recourir à la majorité de cette nation qu'il appelle : « mon peuple. » A-t-il compris, peut-il comprendre, lui, Théritier de Louis le Gros et de tant de rois qui ont contribué à Télévalion même de ce peuple, à Témancipation des communes, à la formation de la bourgeoisie, que Thistoire de France est effacée par la raison pure, et que les siècles écoulés depuis lavénement de la troisième race, depuis même le baptême de Clovis, qui plaçait la France en tète des nations catholiques, étaient non avenus? Non, évidemment, il y avait précisément dans la royauté, malgré les difficultés des temps, une confiance naturelle, une sorte d'assurance hérédilaire, quand elle avait à traiter avec ce pays qu elle gouvernait depuis si longtemps.

C'est ainsi que rancieri régime nous offre le spectacle, à la veille des élals généraux et de la révolution de 89, d'un roi qui veut faire servir son pouvoir souverain, évidemment à le restreindre, puisqu'il est certain qu'il va le partager avec une assemblée.

Telle est la dernière ligure, si Ton peut s exprimer ainsi, de la royauté de l'ancien régime avant 89. Ce n'est donc pas la résistance, c'est le concours que cette royauté vient offrir aux idées de liberté et de réforme, comme on les appelle à cette époque.

- Qu'était-ce réellement que la cour de l'ancien régime?

Lorsque nous avons eu à tracer les grandes lignes de notre histoire, à examiner les bases mêmes de cette monarchie, nous n'avons pas voulu parler d'une manière

spéciale, de la cour qui n*était pas évidemment une institution dans rÉtat, mais une conséquence plus ou moins inévitable, plus ou moins utile du régime monarchique .

La cour a d'abord été un centre guerrier pour la féodalité, que la royauté avaitàsoumeltre,un quartier général, où il fallait réunir des troupes plus ou moins soumises.

Elle est devenue plus tard un centre politique.

Nous avons entendu M. Guizot parler de ces courtisans qui, sous Louis XVI, étaient les premiers diplomates de l'Europe.

Il y avait donc, à côté de la magistrature qui conlrô* lait, de l'administration qui, organisée comme on Ta vu, s'étendait à toute la France, une certaine tradition politique à la cour même, dans l'entourage du roi. Cette tradition, il faut le reconnaître, s'appliquait surtout à la politique extérieure ; mais enfm il y avait là un large horizon, il s'agissait de Tinfluence du pays sur l'Europe, quand on disait le cabinet ou la cour de Versailles.

Ajoutez au groupe des grands seigneurs et des courtisans diplomates, quelques familles illustres qui entraient héréditairement dans la magistrature et l'administration, comme les d'Argenson , par exemple , les Choiseul, et vous aurez une idée assez juste de cette cour de Tancien régime, envisagée à son point de vue le plus sérieux, à son point de vue politique.

On verra d'ailleurs, au moment de la révolution de 89, des hommes de cour, repousser ou embrasser les idées nouvelles.

M. de la Fayette était un homme de cour et tout le monde sait qu'il n'a jamais cessé d'être marquis.

Quand il disait, au moment de la guerre d'Amérique,

306 CHAPITRE XXXIf.

que « tous les cœurs s'enrôlaient ayec lui, » il parlait des jeunes gens de la cour, ses amis. M. de la Rochefoucauld, grand maître de la garde-robe de Louis XVI, avec cette charge de cour s'il en fût, était enthousiaste des idées nouvelles, convaincu de leur puissance irrésistible; nous le verrons bientôt*.

Nous pourrions multiplier les exemples à cet égard. Les faits au reste, viendront assez confirmer nos paroles, et nous ne voulons ici qu'en offrir la formule, dire qu'il y avait un esprit politique à la cour, et non pas assurément un servilisme général, aussi abject que monotone, qui aurait abaissé tous les caractères sous le mémo niveau.

Voilà le côté sérieux de l'ancienne cour qu'il serait injuste de méconnaître.

Mais il y avait dans une partie de la cour, plus ou moins considérable, un côté léger, immoral, suite funeste de la régence, du régne de Louis XV, de cette époque même du règne de Louis XIV, que nous avons déjà caractérisée.

Le Dauphin, père de Louis XVI, s'était isolé des scandales de la cour de Louis XV; Louis XVI était monté sur le trône, avec la ferme intention de réagir contre une corruption que la pureté de ses mœurs et ses convictions religieuses condamnaient également; mais il n'avait pu, en quelques années, supprimer le passé et toutes ses conséquences. Surtout il était difficile, à un prince si jeune, d'apprécier jusqu'où pouvaient aller la corruption des mœurs et la hardiesse des idées chez plus d'un homme de cour.

Quand on voit un roi comme Louis XVI, céder à des

* À répoque de la prise de la Bastille.

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