LOMÉNIE DE BRIENNE, LE PRINCE LOUIS DE ROHAN
obsessions de courtisans, et autoriser la représentation de Figaro, il faut songer au passé, dont il avait reçu, recueilli le lourd héritage.
Quand on voit Loménie de Brienne, ce prélat immoral et ambitieux, dont l'incrédulité est attestée par d'Alembert son ami, devenir premier ministre, il faul encore songer à ce passé*.
Quand on voit le prince Louis de Rohan, non moins mmoral que Loménie de Brienne, grand aumônier de France, jouer un si triste rôle dans l'affaire du collier, il faut songer à ce passé.
Lui aussi était Tami des philosophes.
C'est à lui que d'Alembert donne cet autre certificat, dans une lettre adressée à Voltaire le 1®' mai 1763, à l'occasion d'une candidature philosophique à l'Académie française, celle de Marmontel : « M. le prince Louis de Rohan, tout coadjuteur qu'il est de l'évêché de Strasbourg, a bien voulu, en celle occasion, être le coadjuteur de la philosophie et lui a rendu, sans manquer à son état, tous les sei*vices imaginables.
* Lorsque Loménie de Brienne est archevêque de Toulouse, Voltaire se plaint à d'Alembert de ce que cet archevêque a fait un mandement contre le livre d'un prêtre philosophe, Tabbé Audra, que Voltaire protège, parce qu'il est Fami de l'abbé Morellel. D'Alembert donne alors le certificat suivant à Loménie de Brienne en répondant à Voltaire : « Nous avons en lui un très-bon conf7*ère, qui sera certainement utile aux lettres et à la philosophie, pourvu que la philosophie ne lui lie pas les mains, par un excès de licence, ou que le cri général ne l'oblige d'agir contre son gré. » (Lettre de d'Alembert à Voltaire^ 21 décembre 1770). Dans la même lettre, d'Alembert fait observer que l'archevêque avait résisté pour lui (l'abbé Audra , ce prêtre incrédule), pendant un an, aux clameurs du Parlement, des évêques , de l'assemblée du clergé , mais qu'on lui a forcé la main.
Ce ne sont pas assurément les partisans des idées nouvelles qui peuvent reprocher au roi Louis XVI, d'avoir élevé à la puissance et aux honneurs les amis de Voltaire et de d'Alemhert, quoiqu'ils fussent évéques. Il n'est que juste môme de restituer ces prélats et les hommes de cour qui leur ressemblent, à dater des Grammont et des Saint -Évremond, que Voltaire lui -môme réclamait comme des précurseurs, à la philosophie dont il était le chef; ils ont ses idées et les mœurs qu'elles sanctionnent ^
Les exemples que nous avons dû citer, montrent assez ce qu'il pouvait y avoir de corruption à la cour, quand, sous un prmce aussi religieux et aussi pur que Louis XVI, le vice incrédule pouvait y parvenir même crosse et mitre; quand des grands seigneurs ecclésiastiques réussis^ saienl à cacher, derrière l'importance de leur nom et de leur position, Tinlempérance de leurs mœurs, pour rappeler les paroles de Bossuet, jointe à l'intempérance de
' n suffît de jeter les yeux sur la Vie de Voltaire par Condorcet, publiée, en 1784, en tête des œuvres complètes de Voltaire, pour se former une idée de la morale philosophique : c est dans les distractions de Tadu Itère que Voltaire composa au château de Girey le poème où il jette déjà boue sur Jeanne d'Arc; tout cela est accepté dans le monde philosophique. On connaît la vie de Rousseau et ses enfants envoyés à Thôpital pendant qu'il conseille aux mères de nourrir les leurs. D*Alemberl, le grave mathématicien, à Tâge de près de cinquante ans, est dans le même désordre, et Voltaire le plaisante sur cette liaison. Les lettres des deux philosophes sont émaillées d'obscénités; d'Âlembert parodie un grand poète païen, et jette non pas du clinquant, mais des ordures sur For de Virgile ; Parny, pour attaquer le christianisme, remue la fange des dieux de TOlympe, dans un poème aussi scandaleux qu'impie : Faccord des idées et des mœurs est à peu près invariable dans les philosophes du dix-huitième siècle, et l'histoire, à cet égard, parle assez haut.
leurs idées, à trouver, dans la cour même, des partisans assez dévoués pour agir sur la volonté royale, et jeter sur leur passé un voile assez favorable pour tromper la conscience du prince!
On s'est étonné que Loménie de Brienne, ministre de Louis XVI, ait demandé à tous les écrivains leur opinion, quand il fut question de la composition des états généraux, en proclamant, par le fait, la liberté illimitée de la presse. Quoi de plus simple? Il faisait un appel à la raison de tous. Rien n'était plus philosophique, et il cherchait la popularité comme le succès, là où, d'après ses idées, il croyait pouvoir les trouver.
Il est vrai, quand il s'était agi du doublement duliers, les princes du sang avaient presque tous protesté contre cette mesure. Il y eut une partie de la cour où, à dater de ce moment, une opposition réelle se manifesta contre le mouvement qui tendait à faire triompher le tiers état sur l'ordre du clergé et celui de la noblesse, à le représenter comme totit^ pour répéter la parole de Sieyés.
Nous nous contentons d'indiquer ici l'attitude des princes, sans vouloir en préjuger ici ni les conséquences ni l'opportunité; nous aurons à revenir sur cette question.
Les princes et une partie considérable de la noblesse, s'étaient opposés au doublement du tiers : on personni* fia bientôt toute opposition qui vint à se produire, contre les mesures qui paraissaient populaires dans ce mot, la Cour.
Sans doute, il y eut là un centre d'opposition aux nouveautés, surtout un désir de résistance.
Nous avons dû montrer cependant que la cour n'était pas unanime, qu'il y avait, dans cette cour, des partisans
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comme des adversaires, des idées nouvelles, que ces idées y étaient représentées même par des évoques.
Nous aurons à revenir sur la cour, quand les circonstances pourront l'exiger; il suffira ici de l'avoir montrée telle qu'elle était au moment de la révolution de 89, quand le roi se sépare évidemment de cette partie de la cour où Ton blâme les concessions à l'esprit nouveau \
^ Le prince de Conti, le premier, avait adressé à Monsieur (depuis Louis XYIII), président de l'assemblée des notables, qui se réunissait pour la seconde fois sous le dernier ministère de Necker, la lettre suivante :
tf Monsieur,
i Je dois à l'acquit de ma conscience, à la position critique de i*État et à ma naissance, de vous faire observer que nous sommes inondés d'écrits scandaleux, qui répandent de toutes parts dans le royaume le trouble et la division.
tf La monarchie est attaquée, on veut son anéantissement, et nous touchons à ce moment fatal.
i Mais, Monsieur, il est impossible qu'enfin le roi n'ouvre pas les yeux et que les princes ses frères n'y coopèrent pas.
« Veuillez donc, Monsieur, représenter au roi combien il est important pour la stabilité de son trône, pour les lois et le bon ordre, que tous les nouveaux systèmes soient proscrits à jamais, et que les constitutions et les formes anciennes soient maintenues dans leur intégrité.
« Je terminerai. Monsieur, en vous priant de vouloir bien mettre en délibération dans ce comité, où se trouvent rassemblés les commissaires des différents bureaux, s'ils adhèrent ou non à ce qu'il vous plaise de faire parvenir au roi tout ce que je viens d'articuler »
Monsieur transmit au roi la lettre du prince de Gonti, et le roi répondit en ces termes à Monsieur ;
« Je vous renvoie, mon cher frère, le papier que M. le prince de Gonti a remis au comité hier; après l'avoir examiné, j'ai trouvé que Tobjet dont il était question sortait absolument de ceux pour l'examen desquels j'ai assemblé les notables. Ainsi je défends aux bureaux de
Si nous ne nous trouvions pas en face d'événements si graves, nous dirions un mot peut-être de cette société brillante qui, à côté de ses abus et malheureusement de
s'en occuper : ils doivent continuer leur travail ordinaire. M. le prince de Conti, comme les autres princes de mon sang, doivent s'adresser directement à. moi i
Les observations de M. le prince de Conti ne furent donc pas prises en considération, et par Tordre même de Louis XVL
Tandis que la question du doublement du tiers état était agitée par rassemblée des notables, où elle ne trouvait qu'un très-petit nombre de partisans, une émotion très-vive se produisait dans le pays; des corps municipaux, des corporations de marchands, se prononçaient en Bretagne pour la réforme des états de la province ; des commissions intermédiaires d'assemblées provinciales, des corporations, des municipalités plaidaient, dans de nombreuses adresses, ce que Ton regardait comme la cause du tiers état. Le gouvernement laissait la plus grande liberté à toutes ^es démonstrations.
C'est alors qu'une partie des princes, le comte d'Artois, le prince de Condé, le duc de Bourbon et le duc d'Ënghien, se réunirent pour adresser au roi le mémoire suivant, que nous croyons devoir reproduire :
« Sire, rËtat est en péril; votre personne est respectée; les vartus du monarque lui assurent les hommages de la nation; mais, sire^ une révolution se prépare dans les principes du gouvernement; elle est amenée parla fermentation des esprits. Des institutions réputées sacrées, et par lesquelles celte monarchie a prospéré pendant tant de siècles, sont converties en questions problématiques, ou même décriées comme des injustices.
ff Les écrits qui ont paru pendant rassemblée des notables, les mémoires qui ont été remis aux princes soussignés, les demandes formées par diverses provinces, villes ou corps, l'objet et le style de ces demandes et de ces mémoires, tout annonce, tout prouve un système d'insubordination raisonnée et le mépris des lois de l'État. Tout auteur s'érige en législateur; l'éloquence ou Tart d'écrire, même dépourvu d'études, de connaissances et d'expérience^ semblent des tiires suflQsants pour régler la constitution des empires; quiconque avance une proposition hardie, quiconque propose de changer les lois est sûr d'avoir des lecteurs et des sectateurs.
• Td est le malheureux progrès de cette effervescence, que le»
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ses vices, donnait de l'éclat au trône en Tentourant : qu était-ce que la cour de France? Le premier salon du pays et, pour dire le mot vrai, de FEurope. On disait autrefois la politesse française. Quand lord
opinions qui avaient paru, il y a quelque temps, les plus répréhensibles, paraissent aujourd'hui raisonnables et justes, et ce dont s'indignent aujourd'hui les gens de bien passera, dans quelque temps peut-être, pour régulier et légitime. Qui peut dire où s'arrêtera la témérité des opinions? Les droits du trône ont été mis en question; les droits de deux ordres de TÉtat divisent les opinions ; bientôt les droits de la propriété seront attaqués, l'inégalité des fortunes sera représentée comme un objet de réforme
« On n'a point dissimulé à Votre Majesté que changer la forme des lettres de convocation pour le tiers état seul, et appeler aux étals généraux deux députés de cet ordre même, en ne leur donnant qu'une voix, comme par le passé, serait un moyen médiat et détourné d'accueillir la prétention du tiers état, qui, averti par ce premier succès, ne serait pas disposé à se contenter d'une concession sans objet et sans intérêt réel, tant que le nombre des députés serait augmenté sans que le nombre des suffrages fût changé...
i Les princes ne peuvent dissimuler l'effroi que leur inspirerait pour l'Étal le succès des prétentions du tiers état et les funestes conséquences de la révolution proposée dans la constitution des états
c Depuis si longtemps il n'a point existé de dissensions civiles; on ne prononce qu'avec regret le nom de scission ; il faudrait pourtant s'attendre à cet événement, si les droits des deux premiers ordres éprouvaient quelque altération; alors l'un des deux, ou tous les deux peut-être, pourraient méconnaître les états généraux et refuser de confirmer eux-mêmes leur dégradation en comparaissant à l'assemblée.
« Mais, quand même Votre Majesté n'éprouverait aucun obstacle à l'exécution de ses volontés, son âme noble, juste et sensible pourrait-elle se déterminer à sacrifier, à humilier cette brave, antique et respectable noblesse, qui a versé tant de sang pour la patrie et pour les rois.
« En parlant pour la noblesse, les princes de votre sang parlent pour eux-mêmes; ils ne peuvent oublier qu'ils font partie du corps de la noblesse, qu'ils n'en doivent point être distingués, que leur