‹ Nouvelle histoire de la révolution de 1789Chapitre 2 sur 156 · XVI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XVI INTRODUCTION

édifier? Mais que voulait-elle détruire, et que voulait-elle édifier?

Jugerons-nous et condamnerons-nous à priori la philosophie du dix-huitième siècle et les hommes qui en furent les chefs? Nous tâcherons de mieux faire en racontant les théories et les hommes, les idées, et les faits, Torigine de ces idées et de ces faits ; si les écrivains du dix-huitième siècle ont exercé beaucoup d'influence sur cette époque, d'où viennent-ils? C'est le seul moyen de savoir où ils vont.

Ce n'est point là de la polémique, c'est de l'histoire.

Ne sommes-nous pas arrivés, maintenant, à une époque de récapitulation, de résumé, où l'histoire a plus d'autorité que la polémique?

N'est-il pas évident qu'il y a dans la Révolution de 89 quelque chose de complexe? N'est-elle pas, comme nous l'avons déjà indiqué, française et européenne? N'est-ce point pour cela même qu'il importe de la simplifier, en revenant à ce que nous appellerons l'unité générale de son origine? Or, peut-on chercher cette unité autre part que dans les idées ?

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Si cette question n'était pas dégagée d'avance dans le livre que nous venons soumettre à tous les esprits de bonne foi, parce qu'il est lui-même une œuvre de bonne foi, ne pourrait-on pas prétendre que ce livre n'est que le développement d'une thèse préconçue, et que, si l'histoire de la Révolution est complexe, la simplification en est arbitraire? C'est ainsi qu'une thèse, même très-logique, ne serait pas encore de Thistoire, dont elle n'offrirait peut-être que la théorie, tandis que, dans le livre dont nous cherchons ici à montrer le véritable but, nous avons voulu réellement écrire une histoire, raconter les idées elles-mêmes.

Et si, par une étude aussi complète que possible de l'ancien régime comme des temps qui l'ont précédé, du passé historique de la France, dont il était la suite même, on plaçait, à côté des idées, les faits, cette société, ce gouvernement, qui ont succombé ou paru succomber tout entiers après 89, ne pourrait-on pas faire alors, de la manière la plus sûre et la plus juste, la part des causes d'une telle révolution, s'il y en a plusieurs, signaler la cause première des événements, s'il y en a une en effet qui dcMoaine les autres, et, à mesure que les faits, les

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conséquences matérielles se développeront jusqu'à notre époque, apprécier clairement, pratiquement, la nature, le principe toujours persistant de ces résultats?

Tout le premier volume de cette « Histoire nouvelle de la Révolution de 89 » a été consacré à ce travail d'ensemble, à ce rapprochement entre la logique des idées et celle des faits que nous venons d'indiquer, et aux circonstances préliminaires qui mènent à la convocation des états généraux.

Le second volume entre naturellement dans le récit des fails qui se pressent bientôt à la suite du premier acte, de la première initiative de TAssemblée constituante.

Il semble qu'à dater de cette initiative extraordinaire, tout s'agite et tout fermente : l'Assemblée al-clle eu tort, a-t-elleeu raison? C'est l'étude même à laquelle nous allons nous livrer.

Après avoir suivi attentivement, dans le premier volume, l'origine de la Révolution de 89, nous assistons, dans le second et le dernier, à ses actes, à ses aspirations, quand elle ne peut agir, ou, si l'on aime mieux, aux conséquences de l'esprit dont

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elle sort, de son origine, qui a dû faire sa nature même.

Certes, hâtons-nous de le dire, nous ne mettons ici aucunement en question la liberté humaine, et nous ne voulons pas prétendre qu'il y ait une fatalité souveraine, invincible, dominant les actes de cette liberté que Dieu a faite, qui ne dépend que de lui et de sa providence; règle qui est au-dessus de toutes les règles, volonté qui surpasse toutes les volontés et qui les gouverne; mais nous croyons qu'en raison de sa nature la liberté humaine, instituée par Dieu même, est soumise, dans la mesure qu'il permet, à la logique des idées qu'elle a une fois acceptées, et que cette logique nous mène quelquefois là où nous n'aurions jamais cru ni voulu aller.

Nous n'entrerons pas ici dans les faits, nous en indiquerons seulement le cadre, qui est celui de ce\ ouvrage.

L'Assemblée, formée des trois ordres, sous le nom d'étals généraux, est devenue constituante par le serment du Jeu de paume.

Trois semaines après environ éclate l'insurrection du 14 juillet, et la prise de la Bastille a lieu.

„ INTRODUCriON.

L'émigration commence.

On a aussi commencé à brûler les châteaux.

Le club des Jacobins est fondé sous le nom de Club Breton .

Les 5 et 6 octobre, qui amènent le roi et l'Assemblée à Paris, sont évidemment le terme de celte première phase de la Révolution.

Quel rapport y a-t-il à établir entre ces faits quels qu'ils soient, entre les circonstances qui peuvent s'y trouver attachées? Nous n'avons pas naturellement à entrer ici dans un examen de cette nature, mais à mettre sous les yeux du lecteur la marche même que les faits nous ont donnée à suivre.

Le voyage de Varennes et la fin de l'Assemblée constituante sont la conclusion même de la première période de la Révolution de 89.

Cette période est-elle décisive? Les idées, quelles qu'elles soient, mêlées aux faits, ont-elles produit un ensemble de résultats qui devienne le point de départ de la Révolution entière?

Nous avons aussi étudié cette question, et nous ne voulons ni ne pouvons la trancher ici.

Après le voyage de Varennes et la fin de cette longue Assemblée, l'Assemblée constituante, une

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seconde phase se développe, celle de la Législative, qui est évidemment transitoire, puis de la Convention, de la Terreur.

Ces différentes étapes, que traverse la Révolution, embrassent une phase qui, de la France, s'étend à l'Europe, à mesure que les idées et la situation qui régnent en France débordent sur TEurope.

Comme la Législative représente une époque transitoire entre la première période de la Révolution de 89 et la seconde, le Directoire est une autre époque transitoire entre cette seconde période et le Consulat, qui mène à TEmpire, qui est déjà TEmpire.

Cette dernière époque est une réaction militaire, politique et administrative contre la Révolution même qui a commencé en 89 : TEmpire semble, non pas finir, mais interrompre, jusqu'à un certain point, la Révolution, pour y jeter, dans Teffort impuissant, malgré sa grandeur, qu'il fait pour fonder une monarchie, un hommage, sous plus d'une forme, au vieux passé de la France, et l'épisode de sa gloire.

Il comprend surtout, malgré les fautes qui appartiennent à une volonté absolue, cherchant l'infini

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