L'HOMME EST PARFAIT
perd sa qualité dépeuple; à l'instant qu'il y a un maître, Il ny a plus de souverain^ et, dès lors le corps politique est détruit *. » C'est-à-dire, tout pouvoir vient de Thomme, chaque homme doit y avoir une égale part, et en dehors d'un système qui réunisse tous les membres d'une société dans l'exercice d'une même volonté et d'un même pouvoir, il n'y a qu'usurpation et tyrannie.
Ces idées, qui ont exercé depuis une si grande influence, se comprennent facilement dans la bouche d'un déiste, pour lequel il n'y a aucune espèce d'autorité religieuse établie, et il est certain que Rousseau, plus logicien que Voltaire, dès qu'il reconnaissait la souveraineté de l'homme en matière de foi, devait l'admettre en politique, et lui offrir le code qu'il avait trouvé presque tout fait dans les écrivains protestants. D'après ce code, l'obéissance, qui jusque-là, avait réglé les rapports des gouvernants et des gouvernés, devient, de la part de ceux-ci, un suicide, par conséquent un crime, et, même dans la famille, celle des enfants envers leur père, nous Tavons vu, n'est que temporaire, limitée naturellement au temps où ils peuvent avoir besoin de lui : tout part de la souveraineté d'une raison dont l'avènement est le but même de la. philosophie du dix-huitième siècle; mais il faudrait ajouter à cette théorie de Rousseau, qui attache un tel droit à l'intelligence humaine, une dernière formule qui la compléterait : l'homme est parfait. On y a songé quand on a inventé la doctrine de la perfectibilité humaine, dont le dernier terme serait la perfection de l'homme émanée de lui-même et de sa propre raison.
* Contrat social^ liv. II, ctiap. i", p. 55.
Cti\PITRE VI
Suite du mouvement philosophique. — V Encyclopédie. — La philosophie du dix-huitième siècle lend à l'universalité. — La société française la première attaquée. — Quelle était cette société? — Quel a été le caractère de la Révolution de 89, particulier ou général? — ^ont-ce les abus et les vices du gouvernement de l'ancien régime qui ont été la première cause de sa chute? — N'importe-t-il pas, à cet égard, de bien connaître l'ancienne monarchie française? — Qu'a-t-on détruit, qu'at-on renversé? — En présence d'une si grande ruine, une revue aussi complète que possible de noti^ histoire n'est-elle pas nécessaire?
L'appel que Voltaire et Rousseau avaient fait à la raison humaine reçut de nombreuses réponses, et les chefs de la révolution comme disait Condorcet en 1784, eurent de nombreux adhérents : ce pouvoir qu*on offrait à Tintelligence de Thomme, cet empire souverain qu'on lui décernait, elle voulut les prendre, et monter sur le trône qu'on lui dressait. Quiconque pouvait tenir une plume la saisit un peu comme un sceptre, suivant ses aptitudes, et, dans cette aspiration à une réforme universelle, qui avait commencé par vouloir supprimer le christianisme, chacun dut choisir sa part d'innovation.
A côté des idées de destruction et de reconstruction radicales de Rousseau, une œuvre, entreprise par la philosophie du dix-huitième siècle, V Encyclopédie, dont il faut bien saisir la portée, contribua beaucoup à provoquer cette levée générale des intelligences : il s'agissait de se