ENSEIGNEMENT RELIGIEUX
Or, dans ce double mouvement qui réformait le clergé français et qui donnait une nouvelle impulsion à l'enseignement religieux, le plus grand et le plus heureux changement s'était opéré à la voix d'hommes comme saint Vincent de Paul, que nous venons de voir fonder les Lazaristes, d'André Bourdoise qui élablit la congrégation de la Cléricature, bientôt répandue dans toute la France, de Pierre de Bérulle, qui avait d'abord institué l'Oratoire avec la seule pensée de réformer le clergé, du vénérable Olier, créateur de la société de Saint-Sulpice, sans parler de Jean Eude, fondateur des Eudistes, et de tant d'autres zélés propagateurs de l'éducation chrétienne comme de la réforme ecclésiastique, résultats de la même pensée.
Godeau, évêque de Vence, sous Louis XIV, appréciait ainsi, en 1660, ce grand progrès de l'éducation religieuse pendant le dix-septième siècle : « Si Ton compare, » disait-il, « l'état de l'Église de France, depuis cinquante ans, avec ce qu'il était auparavant, on trouve dans ses ministres autant d'instruction, de zèle et de piété qu'il y avait autrefois d'ignorance, de tiédeur et de scandale *. »
Louis XIV, on doit le reconnaître, ne se contenta pas de maintenir l'indépendance des écoles ecclésiastiques, il montra, dans ses lettres patentes de 1645 à 1664, toutes les fois qu'il s'agit des séminaires, un zèle vraiment chrétien*.
Enfin les petites écoles que l'Église tenait toujours ouvertes sous la direction de ses curés, sous le patronage de ses dignitaires, ne cessaient pas de pourvoir à l'éducation du peuple et des pauvres.
* Traité des séminaires} p. 06, cité par M. de Riancey. (Histoire de la liberté de l'enseignement, p. 316 et 347.)
* Idenit ibid,]
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A cette époque même, une nouvelle congrégation, celle des Écoles chrétiennes, fondée par le vénérable Jean Baptiste de la Salle, né en 1651 et mort en 1719, trois ans seulement après Louis XIY, devait être par ses résultats un des événements religieux les plus importants de ce règne. On peut la comparer, en raison de son but populaire, à cette autre création de la Charité, celle des Filles de Saint-Vincent de Paul.
Ainsi cette admirable fécondité de TÉglise catholique, toujours prête à renouveler la société par des créations qui n'appartiennent qu'à elle, s'est montrée dans le dixseptième siècle; au moment où la pensée chrétienne parlait, dans la littérature, aux classes les plus élevées, au roi et à sa cour, comme la première des pensées, la charité s'occupait de l'intelligence et des misères des classes souffrantes, et ses œuvres devaient survivre au règne de Louis XIV, à sa monarchie même.
En indiquant le grand côté religieux de ce règne, assurément nous ne songeons pas à en dissimuler les fautes, les faiblesses et les scandales, mais ce qu il ne faut pas ignoœr, c'est qu'au point de vue des lettres, de l'éducation oflferle par la religion, sous toutes ses formes, ecclésiastique et laïque, l'époque dont nous parlons ici était une époque de progrès, et la suite même d'une heureuse réaction entreprise par des saints, manifestée et continuée, on Ta vu, par des œuvres admirables.
C'est à ce point de vue aussi que l'on commettrait une grave erreur si l'on prétendait que le règne de Louis XIV est comme le terme de l'histoire de la monarchie, et qu'il a tout absorbé dans le despotisme de ce prince. Nous allons voir que Louis XIV, dès qu'il s'est agi de la religion, a craint de lui avoir résisté, et qu'il a re-