‹ Nouvelle histoire de la révolution de 1789Chapitre 65 sur 156 · LA DÉCLARATION DE · texte numérisé non relu

LA DÉCLARATION DE

douté l'excès de cette autorité civile qui était la sienne.

Nous venons de rappeler ici la trop fameuse déclaration de 1682.

Après avoir commis la faute très-grave, d'après le conseil de Colbert, de lutter d'autorité avec le souverain pontife, et de vouloir élever la sienne spirituellement audessus du pouvoir du pape en faisant définir ce pouvoir au nom du roi, Louis XTV fut effrayé lui-même des pas qu'il avait faits dans une telle voie, il recula K

* i On ne peut s'empêcher de convenir, dit à ce sujet M. de Maistre, que le monarque eut des torts dans cette affaire ; mais il est tout aussi incontestable que ses torts, furent ceux de ses ministres et de ses magistrats, qui rirritèrent et le trompèrent indignement ; et jusque dans ses erreurs même, il mérite de grandes louanges. On voit qu'il souffrait dans sa conscience. 11 craignait d'être entraîné, et savait même contrarier rimpukion parlementaire. Ainsi, quand on lui proposa d'envoyer à rassemblée des commissaires laïques, il s'y refusa, et lorsqu'en 1088, le parlement lui proposa la convocation d'un concile national, et même d'une assemblée de notables, pour forcer la main au pape, il s'y refusa encore. » (De VÉglise gallicane, par M. de Maislre, liv. H, cliap. vn, pages 171 et 172.)

M. de Maistre dit encore dans le chapitre iv du même ouvrage, que si le but général de la déclaration de 1 682 était de poser des bornes au pouvoir du souverain pontife, Louis XÏV, d'une part, révoqua son édil du 2 mars 1682, qui avait dunné force de loi à la déclaration, et, que d'autre part, celte déclaration fut désavouée et rétractée en 1688 par un grand nombre d'évêques nouvellement nommés qui avaient fait partie, comme simples prêtres, de rassemblée de 1682, sans qu'aucune voix s'élevât dans le clergé pour les contredire, et que le roi approuva tout. Enlin, quant à l'Église gallicane elle-même, M. de Maistre lui rend cet hommage que, malgré quelques oppositions accidentelles et passagères, elle a toujours marché dans le sens du Saint-Siège. « 11 rappelle qu'on vit les évêques français, en 1580, demander l'exécution de la bulle In coma Domini, » et il ajoute : « Le parlement, pour les arrêter, en vint jusqu'à la saisie du lemporel. Ces mêmes évêques n'ont rien oublié depuis pour faire accepter le concile de Trente purement et simple-

Pour se rendre un compte exact de l'état de la religion sous le règne de ce prince, du grand danger qui dès lors la menaçait en France, il faut sortir de ce règne et remonter, comme nous l'avons déjà fait, awi protestantisme. Bossuet, à son époque, en signalait les effets et reconnaissait que l'esprit, qui existait en Angleterre et en Hollande, agissait sur la France elle-même. Parlant d'un livre où Ton cherchait à établir que les anciens Perses avaient connu la véritable religion, Bossuet écrivait à l'un de ses amis en 1701, au commencement môme du dixhuitième siècle : « Ce livre est fait pour appuyer Tindifférence des religions, qui est la folie du siècle où nous vivom. Cet esprit règne en Angleterre et en Hollande trèsvisiblement. Mais, par malheur pour les âmes, il ne s'introduit que trop parmi les catholiques ^ »

Bossuet, avant même qu'aucune opposition systématique se soit formée en France contre le christianisme, s'exprime encore ainsi dans une lettre adressée à l'évêque de Fréjus, qui fut depuis le cardinal deFleury : « L'esprit d'incrédulité gagne tous les jours dans le monde; et vous pouvez, monseigneur, m'en avoir souvent entendu faire la réflexion. Mais c'est encore pis à présent, puisqu'on se sert de TÉvangile même pour corrompre la religion. Je ne puis que remercier Dieu de ce qu'à mon âge il me laisse encore assez de force pour résister à ce torrent*. »

ment. Quant à rinfaillibité du pontife, nous avons entendu le clergé de France la professer de la manière la plus solennelle dans son aslemblée de 1626. » (De l'Église gallicane, par M. de Maistre, Iît. Il, chap. iv, p. 132.)

* Histoire de Bossuet , par le cardinal de Bausset, iiv, Xn, p. 627. T. XXX des Œuvres de Bossuet,

* Bossuet fait ici allusion à un ouvrage de Richard Simon, ancien

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