LOUIS XYI ET LA RÉVOLUTION
lions OÙ pouvait se trouver un prince ; mais est-il possible, dans l'éducation, de prévoir un double avenir, celui d'un roi el celui d'un peuple?
Au moins ne faut-il pas ignorer que l'éducation de Louis XVI avait été basée sur ces principes éminemment chrétiens, et que l'idée du pou\oir ne lui avait été présentée qu'avec celle du devoir.
Les faits que nous avons déjà rapportés prouvent que l'éducation religieuse de Louis XVI avait produit les résultats qu'on pouvait en attendre.
Certes, 5 mesure que la grande lutte s'approche, il est naturel de penser, à l'habileté qui semblerait pouvoir la prévenir. On voudrait que le prince qui se trouve à la tête d'une nation, dont les épreuves seront si longues et si extraordinaires, pût les conjurer par son génie politique. Il arrive qu'on est d'aulant plus exigeant pour lui qu'il était appelé à gouverner dans des circonstances plus difficiles et plus périlleuses.
Mais nous croyons qu'avant de se prononcer à cet égard, il faut d'abord bien connaître la situation qui s'offrit à Louis XVI, quand il devint roi, et surtout se rendre compte de la manière dont il lui était possible alors de la juger.
Il n'est pas, ce nous semble, de meilleure preuve de la difficulté d'une telle appréciation que les divisions qui éclatèrent, à cette époque même, enlre des hommes, éminents par leur intelligence, si ardents à se combattre sur le terrain de la révolution, et celles qui, depuis plus d'un demi-siècle, nous séparent : que fallait-il penser de l'ancien régime sous lequel on vivait, quelle part fallaitil faire aux réformes proposées? Fallait-il les adopter toutes, ou quelques-unes seulement? Quel en était l'es-
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prit? Convenait-il de l'accepter comme désormais la seule règle de la politique?
Pour résoudre ces différents points, qui sont Thistoire de cette époque et la nôtre même, nous continuerons le récit des faits les plus importants qui ont marqué le règne de Louis XVI.
dominent Louis XVI choisit M. de Maurepas pour ministre. — Turgot. ~ Économie politique du dix-huitième siècle. — Quesnay, chef des économistes. — Louis XV l'appelle son penseur, — Turgot administrateur et Turgot théoricien. — Esprit de système de celte époque. — Résultats de la nouvelle science suivant les économistes. — Ce que c'était que cette science.
On a vu que Louis XVI, en arrivant au pouvoir, avait le sentiment de son inexpérience et redoutait lui-même sa très-grande jeunesse. Il est évident qu il chercha d'abord un conseiller sur lequel il pût s'appuyer, et que, dans ce premier choix, il fut guidé par un désir de popularité : il apportait, à Texercice de la royauté, les sentiments qui l'animaient lorsqu'il était Dauphin.
Il hésita entre M. de Machault, auquel son père avait porté une grande estime, et M. de Maurepas, depuis longtemps condamné à l'exil * pour avoir déplu à madame de Pompadour. Cet exil même fut une recommandation pour lui auprès du jeune roi , et les amis de M. de Maurepas, qui savaient que Louis XVI ne voulait ni les mœurs ni le gouvernement de son aïeul, lui vantèrent et le mérite de M. de Maurepas et l'éloignement où il avait vécu de la cour.
^ M. de Machault, nous l'avons déjà dit, avait été le meilleur ministre des finances du règne de Louis XV.
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M. de Maurepas, déjà fort âgé, était un homme d'esprit, un homme d'expédients, qui pouvait faire illusion à une jeune imagination, mais non pas un homme d'État. Cherchant surtout à se maintenir au pouvoir, diplomate de cour, il avait cette habileté de surface qui se joue des questions sans les approfondir.
Assurément M. de Maurepas, malgré sa verve de salon et ses bons mots que Ton citait, ne comprenait pas, en i774, la situation du roi, dont il était le ministre, et de la France qu'il venait gouverner : mais combien peu la comprenaient alors, ou, pour mieux dire, avaient l'intuition des danfijers de la monarchie * !
• n semble que pour les pK^venir il fallait se placer à deux points de vue tout opposés à celui de la religion ou à celui de la philosophie; ainsi, au mouieut même de la naissance de Louis XVI en 1754, plusieurs évèques avaient exprimé dans leurs mandements les craintes que leur inspirait Tesprit du sit'cle. (Voir VHistoire de Louis XVI, par M. de Falloux, p. 4.) On remarqua surtout un passage dans le mandement de révèque de Montauban, où il établissait un rapprochaneat en lie la révolution d'Angleterre et IVtat moral de la France, presque le jour de la naissance de Louis XVI : < L'esprit de parti et de faction. » disait Tévêque de Montanban, c domina en Angrelerre. Rien ne demeura fixe dans les lois divines et humaines. On vît poifr la première fois, des sujets révoltés saisir à main année et traîner dans une honteuse prison, un roi dont le crime était d'avoii^ supporté avec trop de patience leur première sédition; un parlement secouant le joug de toute autorité supérieure, frapper d'une main les évèque^et lever l'autre sur la têle du souverain. Faccuser sans bienséance, le calomnier sans pudeur, le condamner sans justice, le conduire sur un échafaud avec acharnement, et le peuple, étourdi de cet exécrable parricide, s'enivrer à longs traits du fanatisme dé Findépendance, courir en insensé après un fantôme de liberté, tandis qu'en esclave il rend à un tyran Fobéissance qu'il refuse au roi légitime. Quelle suite effroyable de crimes ! »
A côté de cette sorte de prophétie de Févèque de Montauban, nous croyons devoir reproduire ici une citation qne nous avons déjà faite