‹ Nouvelle iconographie fourragèreChapitre 18 sur 138 · TRÈFLE DES PRÉS. — T. PBATENSR L · texte numérisé non relu

TRÈFLE DES PRÉS. — T. PBATENSR L

Noms ^■FT,Cf^lRES. — Trèfle rouge, T. pourpré, T. de. Hollande, T. de Flandre, T. de Normandie, T. de l'iémont , Grand tùfle, Triolet, Trémène, Trianello, Tréouli, Herbe-à-vache, SuçoUe, Clave, Claver (on anglais).

Fleurs purpurines , roses ou d'un blanc jaunâtre , rdiuiies en capitules terminaux , ovoïdes on oblongs, presque sessiles, au-dessus de deux feuiUes opposées formant une espèce d'involucre. — Calice tubuleux, à divisions lilifonnes, inégales, ciliées, etiilO nervures. — Gousses petites, monospermes, renfermant des graines rondes, jaunâtres ou d'un brun violet. — Feuilles à pétiole plus long vers la partie inférieure de la plante, à folioles elliptiques ou ovales, entières, souvent tacbetées de blanc et de noir. ^ StipiUes membraneuses, courtes et triajigulaires dans leur partie libre, terminées par une pointe raide. — Tige ascendante, baute de 2 Ji 6 décimètres. — Racine épaisse, ligneuse, pivotante, fibreuse, portant plusieurs tiges. — Espèce vivace. — Fleurit pendant toute la belle saison.

Le Trèfle des prés, espèce indigène dans nos contrées, vient naturellement dans la plupart des lieux herbeux et humides, dans les prés dont le soi est frais sans être trop compacte, dans les pâturages des montagnes. Il est cultivé comme plante l'om-ragère pour former des prairies bisannuelles, et a conquis, à ce titre, dans notre agricultm'e, une place des plus importantes.

Culture du Trèfle des prés.

Bien qu'indigène dans nos contrées, le Trèfle n'est point entré dans la grande cuUure depuis aussi longtemps qu'on pom'rait le supposer d'après la place qu'il y occupe aujourd'hui. Il ne paraît pas avoir- été cultivé avant le seizième siècle. Ohvier de Serres ni aucun de ses contemporains n'en font mention. Du temps de Duhamel même, il était encore peu répandu. Il n'y a pas plus d'un siècle qu'il est définitivement entré dans les assolements, où il forme la hase de presque toutes les prairies qui ne doivent durer que deux ans.

Choix et préparation du terrain. — Tous les sols ne conviennent pas également à la culture du Trèfle ; il redoute les terrains trop secs, les expositions chaudes, et préfère les sols frais et humides, ceux précisément où il croit d'une manière spontanée. En Hollande, en Angleterre, les terres sablonneuses et légères, à cause de l'humidité natureUe du sol, peuvent lui convenir; en France, où le terrain est généralement plus sec, il ne réussit que dans les sols argilo-siliceux, marneux, humides surtout, et en même temps meubles et profonds. Il profite moins dans les terres purement calcaires où prospère le sainfoin. Il viendrait mal également dans des terrains marécageux ou mal égouttés.

Quelque soit le terrain, sa condition première, pour la réussite du Trèfle, est qu'il soit bien ameublé, nettoyé et fumé. Il est d'une mauvaise économie de regarder à la dépense pour arriver à ce résultat, le produit à obtenir payant toujours largement, dans ce cas, les avances faites au sol. Les labours

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profonds sonl ii('!c,ossit('!S jnir l;i l'oi'i])!', [iivuUiilc, l'X la loiii^nciu' de la l'acine. Il faut faii-c, précéder les semis de deux de ces labours au moins; quelques cuUivalnui's ou rcoommandont quatre. On complète cefi.o opération par l'addition d'engrais, funiioi' on autnïs siiijsLan(;(iS, d'anKîndements caJcaires surtout, les plus pi'opres à favoriser le développement dn véf^étal. fjiï encore toute épargne est un mauvais calcul, la diminution de récolte qui en résulte dépassant toujours beaucoup ce qu'on a cru gagner par une parcimonie mal entendue. Une erreur commune est de croire, sous prétexte que le Trèfle est une culture améliorante, qu'il peut se passer de fumure. Il n'en est rien ; le Trèfle, comme toute plante de produit, a besoin d'engrais, elles profits qu'on en obtient sont toujours en proportion de la quantité de matière fertilisante que le sol a reçue.

Ensemencement. — Le Trèfle n'est presque jamais semé isolément. La facilité qu'il possède de coexister tout d'abord, sans danger, sur un même sol, avec d'autres plantes, permettant de l'associer de diverses manières, on met à profit cette qualité précieuse pour le mêler à certaines récoltes, et rendre ainsi inutile la jachère, tout en améliorant le sol. C'est de la sorte qu'il peut avantageusement être uni avec les principales céréales.

Le Trèfle est semé généralement au printemps, dès le mois de mars ou même en février, dans les pays chauds. On répand alors la graine, à la volée, avec celle des céréales printannières, orge ou avoine, soit en même temps, soit immédiatement après la semaille principale, soit après la levée de celleci, ce qui peut retarder l'opération jusqu'à la fin d'avril. On la sème aussi, à cette même époque, sur les champs ensemencés, dès l'automne, en seigle ou froment ; le semis, alors, se fait en mars, avant que la céréale ait couvert le sol. Dans une terre trop riche, suivant M. de Dombasle, la semaiïle avec une céréale de printemps peut devenir', par le développement que prend le Trèfle, un danger pour la céréale, et diminuer la quantité du grain ; on évite cet inconvénient en semant le Trèfle seulement après que la céréale de mars est levée et quand elle commence à couvrir le terrain.

On a conseUlé encore, dans le Midi surtout, de semer le Trèfle en automne avec une céréale d'hiver, le blé ou le seigle. Le choix entre ces méthodes sera déterminé par la nature du terrain. Si celui-ci est compacte, durcit au printemps et n'est pas aisément attaqué par la herse, ce qui pourrait empêcher la prairie de lever, il convient de semer sur une céréale d'été. Il en sera de même sur tout terrain où le blé, par trop de richesse ou pour toute autre cause, est exposé à verser et à faire ainsi obstacle à la levée de la fourragère. Au contraire, sur un terrain léger, meuble, facile à entamer par la herse, comme le sont les sols crayeux, marneux ou sablonneux, il vaut mieux semer le Trèfle en automne avec une céréale d'hiver.

La gTaine répandue, on l'enterre légèrement : avec la herse ordinaire, si on a jeté la semence aA^ec celle de la céréale, ou bien avec la herse renversée, le rouleau ou un châssis gai'ui d'épines, si on l'a semée seule. S'il pleut après

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rensemencemenf , on ne doit môme pas l'enterrer dn tout. Quand on sème an printemps, sur une (■('rralo qui a passé l'hiver, on allend un temps pluvieux, et il n'est point nécessaire alors de recouvrir le Trélle, suiïisainment protégé par les feuilles de la céréale. Quelquefois on sème le Trèfle sur les champs couverts d'une légère couche de neij,'e ; à la fonte de celle-ci, la graine entre dans la terre sans avoir besoin d'être recouverte, et germe aux premières chaleurs.

Le Trèfle n'est pas semé uniquement avec des céréales. On arecommandé de l'associer avec le lin et le sarrazin, qui en favorisent la pousse. Il réussirait de même, sans doute, avec toute culture de saison qui laisserait place à sa graine et ne l'empêcherait point de se développer. Enlin, il peut arriver qu'on soit obligé de le semer seul, ce qui a lieu quand le sol est épuisé. En ces circonstances, s'il est bien cultivé, il peut donner encore une bonne récolte et laisser le terrain propre à une autre culture.

On mêle très rarement le Trèfle à d'autres espèces fourragères. En vue d'augmenter la récolte, on a tenté de l'associer à la luzerne, au ray-grass, ce qui n'a pas donné des résultats satisfaisants. On a mieux réussi avec le sainfoin; cette tentative s'est môme générahsée dans le Sud-ouest. Mais on aurait plus d'avantage à le semer avec de l'orge ou de l'avoine destinée à être coupée en vert.

On répand la graine, tantôt épurée, tantôt enveloppée dans le calice, ou, comme l'on dit, en coque ou en bourre. Si on sème en coque, il faut préalablement vérifier le bon état de la graine, et en apprécier la quantité d'après le rendement en graine épurée. La quantité de celle-ci à répandre par hectare est très variable, suivant les lieux ; elle va de 3 à 4 kilog. jusqu'à 20 kilog. ; la quantité moyenne est de 1 4 à 1 6 kilog. On sème plus épais sur les terres légères que sur les terres fortes où les plantes tallent davantage.

Soins de culture. — Le Trèfle semé soit en automne, soit en liiver, soit, ce qui est le cas ordinaire, au printemps, se comporte de même, une fois venu le moment de son développement. Il lève dès les premières pluies et les premiers jours de chaleur, puis pousse lentement, ombragé par la céréale. Après la moisson, le Trèfle croît avec plus de rapidité, surtout s'il a été semé avec l'avoine, qui mûrit plus tôt. Puis il arrive à l'hiver, qu'il passe facilement, pouvant,même résister à des gelées intenses ; au printemps il se remet à pousser, pour bientôt ensuite tomber sous la fans.

Dans le cours de cette période, le Trèfle n'exige aucun soin, sinon quelques fumures. Ainsi, à la fin de l'automne, si on peut le recouvrir d'une certaine quantité de fumier, on augmentera sensiblement le produit. Gela est surtout nécessaire quand on n'a pu fumer avant d'ensemencer. A défaut de fumier, on peut employer le plâtre, la suie, la chaux, la poudrette, les cendres de tourbe, de bois, de charbon, etc., que l'on répand en petites quantités, en choisissant, pour cela, un temps calme et humide.

Parfois à la fin de l'automne, si le temps a été chaud, le Trèfle se met à fleurir ; on pourrait être tenté de le couper. On doit s'en abstenir, et ne pas

non plus livrer la plante aux hestiaux ; il vaut mieux l'abandonner à cllemôme et la laisser ainsi fortifier ses racines.

Au printemps, quand le Trèfle se remet à pousser, il faut procéder au plâtrage, pratique des plus essentielles, et qui peut, en certains terrains, doubler la récolte. La quantité de plâtre à répandre est de 4 à 500 kilog. par hectare. Après la première coupe, un léger marnage produit encore un bon effet. Il en est de môme de l'emploi des engrais pulvérulents répandus, par un temps humide, sur la plante déjà garnie de quelques feuilles.

Récolte. — Le Trèfle bien cultivé, dont les racines ont pu convenablement s'étendre, donne toujours, après avoir été coupé, une seconde coupe presque aussi abondante que la première. Il peut môme, s'il a été plâtré, arrosé avec du purin, donner quatre coupes. Mais, en général, il convient de s'en tenir à la seconde et de faire le sacrifice de la dernière, que l'on livre aux bestiaux ou que l'on enterre, et qui, de cette manière, profite aux récoltes suivantes.

Le Trèfle ainsi ne dure en tout, dans les cas ordinaires, que dix-huit mois, et ne produit que pendant une saison. Ses racines étant vivaces, on pourrait, il est vrai, le conserver plus longtemps, comme le Trèfle naturel, que l'on voit quelquefois vivre dans les prés sept à huit ans sans changer de place. Mais il n'y aurait aucun avantage à garder aussi longtemps le Trèfle cultivé, qui, après la seconde année, devient toujours faible, est envahi par les mauvaises herbes et laisse ensuite un sol mal disposé pour les récoltes suivantes.

Le mode de récolte du Trèfle varie suivant qu'il doit être donné aux animaux en vert ou en sec. Quand on le fait prendre en vert, on peut le livrer en pâturage aux animaux , méthode peu avantageuse à laquelle ou n'a recours qu'e.xceptionnellement ; ou bien, ce qui vaut mieux, on le donne à l'étable ou à l'écurie. Dans ce dernier cas , on se borne à le récolter partiellement , en ne fauchant chaque fois que ce qui est nécessaire pour la consommation d'un petit nombre de jours, et en échelonnant les coupes de manière à pouvoir distribuer du Trèfle pendant toute la saison.

Mais le plus ordinairement le Trèfle est desséché pour être converti en foin. La récolte, dans ce cas, exige quelques soins spéciaux. Il faut attendre, d'abord, que la plante soit complètement en fleurs. Fauché plus tôt , le Trèfle fournh'ait un fourrage trop aqueux , peu nourrissant , et d'adlem-s difficile à faner; d'un autre côté, si on attendait trop, il épmserait inutilement la terre, et ce qu'il gagnerait en hauteur h le perdrait par la chute des feuilles de sa base. Toutefois, si le temps menace d'être peu favorable, mieux vaut retarder qu'avancer le fauchage.

L'époque de la première coupe varie suivant les climats ; ordinairement elle a heu vers la fin de mai ou en juin ; l'apparition des fleurs indique le moment propice pour les coupes suivantes ; mais, en général, il est préférable d'enfouir la troisième, qui fait un bon engrais végétal.

Fanage. — Le Trèfle coupé, on procède au fanage, opération toujours fort délicate, le Trèfle étant, de toutes les plantes cidtivées en prairies artificielles,

l;i plus aqueuse et, la plus difficile à dessécher. Les feuilles, minces , sont , à la vérité, assez vite sèches; mais il n'eu est pas de munie des liyes, qui retiennent une grande quantité d'eau de végétation, par laquelle sont entretenus verts à l'intérieur les capitules fleuris. Dans ce cas, si ou remue trop le Trèfle, ses feuilles se détachent et tombent. Il faut donc éviter, en fanant le Trèllc, de le lancer en l'air comme on le fait pour les graminées, et se borner à le retourner doucement avec une fourche.

Le Trèfle coupé craint également l'excès de chaleur et l'humidité. S'il sèche trop vite, sous l'influence d'une température élevée, il devient dur, friable, et, dès qu'on le louche, il perd ses sommités fleuries et ses feuilles, qui tombent en poussière. Si, au contraire, après avoir été fauché, il reçoit de l'humidité, il s'altère facilement, se moisit, s'échauffe, et peut arriver à n'être plus bon qu'à mettre au fumier. Pour éviter ces effets fâcheux, il faut ne le mettre en tas que lorsqu'il est bien sec et ne point trop le tasser.

Pour toutes ces raisons on conçoit que le fanage du Trèfle ne peut s'exécuter comme celui du foin ordinah-e. Les plantes qui forment celui-ci ont des feuiUes longues qui se pelotonnent et s'amassent facilement sous le râteau. Il n'en est pas de même avec le Trèfle, dont les feuilles courtes, arrondies, tombent à terre quand elles sont séparées de la tige et sont perdues. Pour les conserver, on a conseillé plusieurs modes de fanage. Un des plus ordinaii'ement en usage consiste à laisser le Trèfle en andains, sans y toucher, pendant un jour ou deux et môme davantage, si le temps n'est point propice. Le temps favorable arrivé, on ouvre les andains et on éparpille le fom-rage, sans trop le secouer, afin d'éviter la chute de la feidlle. On retourne deux ou trois fois, dans la journée, le fourrage éparpillé, et le soir, avant la nuit, on le met en petits tas, larges de 40 à 50 centimètres, et nommés chevrottes ou bocottes. Si le temps est beau, on laisse ces tas pendant deux ou trois jours sans les toucher. Si on ne juge pas la dessiccation suffisante, on les ouvre dès le lendemain, mais sans éparpiller autant le fourrage, que l'on retourne une ou deux fois, après quoi on ferme le tas. Quand la pluie a aplati ces tas, on se borne à les retourner en les desserrant un peu pour y faire pénétrer l'air.

Il reste alors peu à faire pour que la dessiccation soit complète. On se contente d'ouvrir les tas, puis on les ouvre pour charger les charrettes. Parfois, quand les chevrettes sont à moitié sèches, on les transporte à bras, une à une, pour en faire des tas coniques de 15 à 20 décimètres de haut, terminés en pointe aiguë, et que l'on évite de presser. Dans ces petites meules, que l'on peut mettre plus encore à l'abri des ravages de la pluie en les recouvrant d'un chapeau de paille, le fourrage sèche, et d'autant mieux que ces tas sont plus réguUèrement faits.

On reconnaît que la dessiccation est achevée, quand les fleurs, de rouges sont devenues noires et ne sont plus vertes à l'intérieur, ou bien encore, quand la tige ne peut être tordue sans se briser. Alors on rentre le fourrage.

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Tl l';nil, l(! transporter seulemont, 1(! iiuiliii t'A. \i'. soir, ot lu; le loiiolici- jamais à la chaleur du jour, car i! se Itrisi^ alors facilement et perd beauœup de ses fcMiilles. S'il u'a pu pari'aitejjieiit si'iclier, ce qui arrive assez commiun'meut à la seconde coupe, ijui se fait dans une saison moins favorable, ou peut favoriser le fanage en mêlant le louiTago ou en le stratifiant avec de la paille d'avoine, laijuelle ainsi s'ani^liore elle-niftme. Le seul incouv(''nient de cette méthode est d'entraîner quelffues frais pour le transport de la paille.

Le Trèfle, préparé comme il vient d'être dit, par l'évaporation de son eau de végétation, perd une grande partie, environ 70 "/„, de son poids. Quekpjoibis il devient noir; mais cette couleur ])rune ne nuit en rien à sa qualité, s'il est bien sec.

M. Gaud recommande la méthode de fanage suivante à tous les cultivateurs t[ui possèdent un râteau à cheval : une demi-heure après le commencement delà fauchaisou, des ouvrières viennent secouer et répandre les andains, afin que l'air les pénètre plus facilement; le soir, sur les 4 hem-es, on fait passer le râteau à clieval, qui ramasse le tout en forts rouleaux bien serrés, en observant de faire culbuter le râteau de manière à ce que ces rouleaux soient bien alignés. Le lendemain matin, deu.x femmes placées l'une devant l'autre ouvrent ces rouleaux à l'aide de fourches, afin d'y faire pénétrer le liâlc ; le soir, ces ouvrières ferment ces rouleaux en les tirant sur elles avec des fauchets, et en leur faisant faii-e en même temps un demi-tour pour que la partie qui se trouvait en dessus se trouve en dessous, et que le rouleau vienne se placer sur un terrain qui a subi pendant toute la journée l'influence du soleil. Le jour suivant, même travail d'ouverture le matin, de fermeture et de culbutage le soir, jusqu'à ce que l'on juge le fourrage bon à enlever ou à botteler. Les fourrages ainsi traités conservent une belle couleur verte, un parfum très prononcé, et les neuf dixièmes au moins de leurs fleurs et de leurs feuilles.

Il est un autre mode de fanage, usité dans plusieurs parties de l'Allemagne, que l'on pourrait quelquefois, dans nos contrées, utiliser avec avantage. C'est ce que l'on nomme la méthode Klapmayer. En voici la description en peu de mots. Dès le lendemain du jour oi'i l'herbe a été coupée, on la met en tas de 2 à 2, 5 mètres de diamètre, et d'égale hauteur s'il se peut. On foule fortement ces tas dans toutes leurs parties ; peu d'heures après , la fermeiatation s'y établit et marche rapidement. Au bout de deux, trois ou quatre jours, quand elle est arrivée au point ovi la chaleur ne permet pas de tenir la main dans le tas, et où l'on voit, lorsqu'on y fait une ouverture, la vapeur s'échapper, on démonte promptement le tas et on étend à l'entour le foin qui a pris une couleur brune. Quelques heures de soleil ou de vent suffisent alors pom' dessécher entièrement le foin et le mettre en état d'être rentré. Les feuilles s'en détachent moins facilement que par le procédé de fanage ordinaire. Si une partie des tas, par suite de l'action du vent ou d'un tassage mal

fait , n'avait assez fermenté, ce que l'on reconnaîtrait à la roulovir do l'herbe, restée plus ou moins verte , alors que le reste est devenu Lrun , ou mettrait à part ce foin vert pour le faire sécher seul ou le soumettre à une nouvelle fermentation.

Par cette méthode, le foin de Trèfle peut être coupé et séché en trois jours. Le principal inconvénient r^u'elle présente est d'être coûteuse, d'exiger nn grand nombre de bras ; mais elle est précieuse en temps de pluie, alors que le moindi-e retard peut entraîner la perte de toute la récolte. Le foin ainsi préparé a d'ailleurs un goût sucré qui plaît aux animaux, et cela miUte encore en faveur de ce mode de fanage.

Un autre procédé de fanage, dit par dressage, a été récemment décrit dans le journal le Sud-Est (année 1865) par M. A. Prestat. Il est en usage, dans le département de l'Aube, depuis 1816; il a depuis été appliqué sans interruption et toujours avec succès. Pom' le mettre en pratique, on commence par couper le Trèfle au moyen d'une faux armée à la hampe de crochets destinés à maintenir le fourrage coupé et à le disposer plus uniformément en andains continus. Cela fait, on roule ces andains à l'aide du râteau, de manière à former de petits tas qui peuvent représenter 2 kilogrammes et demi de foin sec, et désignés dans le pays sous le nom de mâchots. Puis ces mâchots sont réunis deux à deux, de façon que les tiges soient toutes dans une position verticale et que leurs pieds reposent sur le sol; puis avec quelques brins d'herbes on les lie, en les serrant fortement par l'extrémité supérieure. On forme ainsi une espèce de moyette qui sèche parfaitement bien. On n'a pas à craindre le mauvais temps, la position verticale des tiges leur permettant de s'égoutter avec facilité, sans que la pluie pénètre jamais dans la masse. La méthode, d'ailleurs, est très expéditive, deux personnes pouvant facilement dresser, par jour, 1 hectare de fom'rage. Celui-ci reste vert, conserve toutes ses feuilles et par conséquent toute sa valeur nutritive.

La présence de la cuscute, dans tous les cas et avec tous les procédés , augmente les difficultés du fanage. On ne peut les atténuer qu'en ayant soin de mettre à part , pour les sécher ou les détruire , toutes les parties du fourrage qm sont attaquées par la plante parasite.

Récolte et préparation de la semence. — La récolte de la semence est un point important de la culture du Trèfle ; certains pays où le Trèfle est cultivé très en grand en font l'objet d'une industrie spéciale ; telles sont la HoUande et la Flandre, et quelques-uns de nos départements du Nord et du Sud-ouest. On récolte toujours cette graine sur le Trèfle de deuxième année ; elle vaut mieux que celle qu'H donne parfois à l'automne de la première. Pour la ramasser on attend également la seconde coupe, en avançant, à cet effet, l'époque de la première. La graine de la première pousse a effectivement moins de valeur, attendu que la végétation , alors plus vigoureuse, des tiges et des feuilles, se fait aux dépens de la fructification : outre que la plante elle-même est exposée à verser si on la laisse sur pied jusqu'à la maturité de la semence.

Los procédés en usage pour (;ctt,o récolte vaiicrit siiiv;int les circonstances. Si l'on a une grande quantité de graines à ramasser, on fauche les plantes avec la faucille ou la faux, on 1p^ étend sur le champ en couches minces, et quand elles sont hicn sèches, on les lie pour les Lattre à la grange avec le fléau, ou bien dans un moulin, nùciles se nettoientplus facilement. C'est laméthode la plus expéditivo. Ij'antn;, plus longue, plus coûteuse, consiste à enlever à la main les tôtos seidcment qui renferment la graine, quand elles sont bien sèches , et à les battre sans délai, lorsque le temps est encore chaud , avec des gaules; les graines, dans ces conditions, sortent plus facilement de la gousse. De la sorte on sépare plus sûrement, de la graine de Trèfle, la graine de cuscute et autres semences nuisibles qui s'y mêlent souvent.

D'autres procédés encore sont en usage pour la récolte de la graine de Trèfle. Ainsi, les Américains se servent d'une sorte de ravale formée d'un caisson, dont trois côtés sont fermés et dont le quatrième porte une espèce de peigne horizontal qui ramasse la graine, quand l'instrument, porté sur deux roues, est promené sur le champ, traîné à la main ou par un cheval, suivant l'étendue du champ.

On a essayé. de divers moyens pour l'égrenage des gousses de Trèfle. Autrefois on les pilait dans des auges en bois , avec des pilons également en bois , procédé long et dispendieux , auquel on a substitué les moulins à tan , des machines à frottement, qui n'ont pas mieux fait. M. L. de Villeneuve a recommandé une râpe formée d'une plaque de tôle aplatie et percée de trous comme une râpe de cuisine, qui n'a pas non plus donné de résultat satisfaisant.

Une autre machine, un peu plus compliquée, mais d'un effet plus certain et plus complet, est une égreneuse récemment inventée par M. d'Ardenne, de Villefranche (Aveyron). C'est une caisse locomobile, dans laquelle la matière à égrener passe d'abord entre six rouleaux cannelés , qui coupent les grosses tiges, les pailles, et exercent une première pression sur la matière ; ceUe-ci toiTd)e ensuite sur un rouleau conique garni de dents de fer recourbées , qui la secouent , l'éparpillent , après quoi elle va achever de s'égrener en passant entre des râpes qui s'écartent plus ou moins l'une de l'autre. Par le vannage, on sépare les détritus, et la graine reste parfaitement dépouillée. On se sert encore, aA'ec avantage, des machines à battre le blé, et, de préférence, de petites machines à battre, spécialement construites à cet effet, que l'on trouve, depuis quelques années, chez les fabricants.

La semence obtenue, il faut, pour achever de la préparer, la séparer des mauvaises graines, et notamment de la graine de cuscute, q\ii peuvent s'y trouver mélangées. A cet effet, on peut recourir au procédé très simple, conseillé par M. Testard-Allin {Annales de la Société d'agricult. de l'Allier, année 1 864) , et qui consiste à passer la graine à pm-ifier dans un crible en peau, appelé crible cà poussière. On la prend par portions de 2 on 3 litres, on secoue assez longtemps pour que tout ce qiù est moins gros que le Trèfle

puisse passer, et la gniiui; di; casciile, 1res Ûnv, se Irouvc ainsi l'oiiijiIrUjnHîiil entraîn(''(\

Ln ]irotluit d'un chainii di.' Trolle esl, par hectare, d'environ 1,000 kilog., quelquefois plus, de graines nettoyées. Ces graines varient d'aspect; on y distingue ordinairement deux nuances, l'une jaune, l'autre violette ou brune; la première couleur est l'indice d'un maturité plus complote. La graine la plus pesante, la plus nette, la mieux nourrie, est la meilleure pour ensemencer. On tiendra compte aussi, pour le choix des graines de semence, de la provenance ; les plus estimées sont celles de la Hollande, de la Flandre et celle des dépai'tements du Nord. Avant d'en faire usage, si on soupçonne la graine d'être mêlée de semences nuisibles, on la plonge dans l'eau; les mauvaises graines surnagent, et on peut ainsi les reconnaître.

Valeur économique du Trèfle des prés.

Le Trèfle est l'une de nos plantes fourragères les plus productives ; ses récoltes, quand il a été convenablement plâtré et fumé, et quand il est possible de faire plus de deux coupes, peuvent s'élever au cliilTre de 10,000 kilog. par hectare; mais ce rendement est rare, et la moitié seulement est déjà considérée comme une bonne récolte, d'autant plus fructueuse, dans tous les cas, qu'elle est v-enue sans avoir exigé aucun labour, ni d'autres soins que les additions d'engrais nécessaires.

Là n'est pas le seul avantage du Trèfle. Vivant surtout par ses feuilles, très nombreuses et douées d'une grande force d'aspiration, il épuise peu le sol; d'un autre côté, il le nettoie, le purge des mauvaises plantes, l'ameublit, en outre, par l'action de ses racines, et le rend ainsi particulièrement propre à la cultiu-e des céréales. Sous ce rapport, aucune plante ne l'égale. Cultivé d'une façon convenable, il accroît même sensiblement la fertilité du champ ; les récoltes qui lui succèdent donnent de meillem's produits que celles obtenues après la jachère.

Ces qualités précieuses font du Trèfle la plante par excellence, sur les terres qui lui conviennent, pour alterner les récoltes. Il a contribué, de la sorte, pour une grande part, en la rendant inutile, à restreindre la jachère, tout en offrant une précieuse ressource pour l'entretien du bétail, grâce à laquelle l'agriculture a commencé à moins souffrir de la pénurie des engrais.

On a cependant fait au Trèfle quelques reproches ; mais ils sont peu fondés. On a dit ainsi qu'il avait l'inconvénient de trop alléger le sol, de le rendre creux, suivant l'expression consacrée ; mais ce fait , vrai seulement sur les terres légères et auquel, d'ailleurs, il est facile de remédier par des amendements convenables, est, au contraii'e, un avantage sur les terres fortes et compactes, dont le Trèfle désagrège les molécules résistantes mieux qne ne le feraient les meilleurs instruments aratoires. On a dit encore qu'il favorise le développement du chiendent , mais cela n'a heu que lorsqu'on n'a pas , au préalable, suffisamment purgé le sol de cette graminée, et ne saurait par cou-

séquent être imputé au Trèfle plus qu'à toute autre culture. Enfin, ou l'a accusé de te.ser promptoniojit la ton'o; cela pourrait arriver si on le faisait reveuir trop souvent sur un mômcî terrain; mais (]uand on l'établit avec les soins recommandés, et en ayant l'attention d'en éloigner assez le retour, ce danger n'est plus à craindre, et le TnMle devient, au contraire, ainsi que nous l'avons dit plus haut, un moyen efficace do fertilisation.

Base essentielle des prairies artificielles qu'il a particulièrement contribué à créer, le Trèfle a ouvert, dans les contrées où on l'a introduit, une ère nouvelle pour l'agriculture triennale. Parla facilité avec laquelle il est cultivé et placé entre les autres récoltes , il rend aisée leur alternance ; aussi peut-il entrer dans presque tous les assolements. La seule précaution à prendre c'est de laisser, avant de le faire revenir sur le même champ, un temps convenable, qui doit être au moins de cinq ou six ans. Plusieurs places peuvent lui être données dans la rotation. D'abord on s'est borné à l'intercaler, à la place de l'année de jachère, entre deux années de ù-oment. Puis, M. de Dombasle a recommandé de le placer dans la récolte de céréales qui suit immédiatement la récolte sarclée et fumée. C'est ce que l'on fait aujourd'hui généralement dans le Nord, où le Trèfle est semé avec l'avoine après une récolte de racines fumées, et où on le fait suivre par le blé. Ce mode d'alternance, le meilleur pour le Trèfle, peut être adopté partout avec les mêmes avantages.

Usages alimentaires du Trèfle des prés.

Le Trèfle, employé en vert et en sec, constitue, pour tous les animaux domestiques herbivores, une nourriture saine et substantielle, dont ils sont , les uns et les autres, également avides. Il comaeut surtout aux animaux d'engrais, qu'il entretient en bon état et auxquels il donne une viande de bonne qualité ; aux animaux jeunes, dont il favorise le développement. On le donne aussi avec avantage, non-seulement aux bœufs et aux moutons, mais encore aux porcs qu'il engraisse parfaitement ; à cet effet, il suffit de mettre ceux-ci dans les tréflières que l'on veut détruire et dont on tire encore, de la sorte, un parti excellent.

Le Trèfle donne aux vaches un lait abondant, riche en matière caséeuse, mais peut-être valant moins, sous le rapport de la quantité et de la quahté du beurre, que celui des vaches nourries avec le foin des prahies naturelles. Pour les animaux de travail, il constitue ime nourriture rafi'aîcliissante, que les chevaux même préfèrent aux graminées, quoiqu'il leur convienne moins que celles-ci; le Trèfle, en effet, quand il est frais, tend à les relâcher, et, quand il est sec, à les engraisser et à les échauffer, ce qui nuit à lemMàgiiem'.

Le principal inconvénientTdu Trèfle est d'exposer les animaux, quand il est pris en trop grande abondance, à des indigestions suivies de météorisme, pouvant plus ou moins mettre leur vie en danger. Cet inconvénient est à redouter, surtout, aA'ec le fourrage vert, que les animaux préfèrent au sec, et qu'ils

mangent, par suite, avec d'autant moins de mesure. On l'évite en donnant le Trèfle avec réserve et en ayant soin de le mélanger à d'autres aliments, à la paille particulièrement. Le pâturage du Trèfle, notamment, réclame la plus grande surveillance. Par ces simples précautions, dont la nécessité même no fait qu'attester la puissance nutritive de ce fourrage, le Trèfle, ne cessant d'offrir aucun danger, se maintiendra au rang qu'il a justement conquis parmi les plus riches matières alimentaires que nous possédons pour l'entretien de nos animau.x domestiques.

Variétés du Trèfle des prés.

Le Trèfle qui croît spontanément dans les prairies, sur les pelouses des montagnes, offre des variétés assez nombreuses, mais que l'on n'a pas encore tenté de soumettre à la culture.

Quant à l'espèce cultivée, elle offre une variété à tige fistuleuse qui prend un grand développement, et dont quelques auteurs ont fait une espèce distincte, le Trèfle cultivé, T. sativum Reich., qui forme lui-même plusieurs sous-races, parmi lesquelles nous citerons la variété dite grand Trèfle normand; originaire du pays de Caux, plus élevé et plus tardif que le Trèfle commun, ce Trèfle, indiqué par M. de Laquesnerie, ne donne qu'une coupe, mais qui, souvent, en vaut deux du premier. Une autre variété, cultivée en Suisse, a été présentée sous le nom de Trèfle d'Argovie; il pouvait, disait-on, durer quatre ou cinq ans, était plus précoce de quinze jours que le Trèfle ordinaire, montait davantage en tige, donnait plus de feuilles et offrait plus de vigueur. L'expérience n'a pas confirmé ces promesses, et la culture du Trèfle d'Argovie ne s'est pas répandue.

Trèfle intermédiaire, T. médium L.

Trèfle (lexueux.

Fleurs rouges, en capitules ovoïdes. Calice à divisions inégales. Feuilles à folioles elliptiques, pubescentes en dessous. Stipules étroites, avec une longue pointe terminale. Tiges flexueuses, ascendantes. Taille de 2 à 5 décimètres. Racine traçante.

Vient dans les lieux frais et sablonneux, dans les forêts, plutôt dans le Nord que dans le Midi. Végète activement à l'ombre. Plus rustique, dure plus longtemps que le Trèfle commun, et repousse très bien sous la dent des bestiaux. Tous les animaux le mangent; il est cultivé en Angleterre pour la nourriture des vaches, sous le nom de Marl-coiv-grass (Herbe-à-vache marnière), et partout peut être utilisé en pâturage.

Trèfle diffus, T. diffusum L.

Fleurs purpurines. Folioles obovées, ciméiformes, celles des feuilles supérieures elliptiques. Tiges diffuses, couvertes de poils étalés.

Croît dans les lieux sablonneux du Midi en petites touffes. Mangé par tous les bestiaux.

Trèfle maritime, T. maritimwn HuDS.

Trèfle irrégulier.

Fleurs roses ou blanches, en capitules ovoïdes, presque sessiles. Calice glabre, à divisions ciliées, raides, égales. Feuilles toutes pétiolées, à folioles oblongues, denticiUécs, pubescentes, les

inférieures marginéos. Stipules étroites, terminées en pointes allongées. Tige rameuse, dressée, haute do 2 à 5 déeimfetre.i. Fleurit do miii à juillet.

Se roucontro aui'tout dans Ion prés maritiuica dos Ijords do la Méditerranée ot de l'Océan, et do préférence sur les sols riclios et peu urgiloux; ac montre aussi parfois dans les localités arrosées par les eaux minérales, l'roduit un foun-ago assez abondant, do bonne qualité et du goût de tous les bestiaux. 11 est particiditroment cultiyi; dans le bas Médoe où il concourt, en premifcre ligne, il, former dos pflturages vastes et productifs.

Tbèfle oci-inoLEUQUE, T. oclirokiwum L.

Tnjle couleur d'ocrc , T. jaunâtre.

Fleurs blancbcs, un peu jaunâtres, on capitidos ovoïdes, presque sossiles. Calice velu, à divisions linéaires, inégales; l'inférieure bien plus longue. Feuilles toutes pétiolées, Ji folioles ovales, pubescentes, les inférieures émarginées au sommet. Stipules étroites, terminées en pointe. Tige simple ou peu rameuse, dressée, Laute de 2 {i, 5 décimètres. Soiicbe ligneuse, émettant des feuilles. Floraison de juin à août.

Répandue dans presque toute la France, et venant surtout dans les prés secs, un peu montagneux, dans les buissons, les terrains siliceux, cette espèce pourrait concourir à former dos pâturages pour les terrains très secs, où d'autres espèces viendraient difficilement. Tous les bestiaux la mangent.

Trèfle rude, T. squarrosum L.

Fleurs blanches ou roses. Calice à dents inégales. Stipules à partie libre très allongée. Tiges petites. Rameaux étalés.

Cette espèce vient sur les pelouses où souvent elle est cachée par d'autres plantes ; les moutons la mangent; mais elle n'acquiert point un assez grand développement pour offrir une valeur réelle comme fourrage.

Trèfle bardane, T. lappaœum L.

Fleurs roses ou blanches, en capitules globiUeux, pédoncules. Calice à dents lancéolées, aiguës. Tiges grêles, fluxueuses, à rameaiix divergents.

Originaire du Midi, cette espèce croît en Corse, ainsi que dans les champs et les prés du Sud et du Sud-ouest. EUe est recherchée et mangée par tous les animaux, et plus particulièrement par les chevaux.

Trèfle rouge, T. rubens L.

Fleurs d'un beau rouge, en' forts capitules ovoïdes, allongés, souvent géminés. Calice glabre, à divisions très courtes. Feuilles à folioles allongées, étroites, striées, dentées. Stipules longuement adhérentes au pétiole. Tiges fortes, dressées, hautes de 3 à 6 décimètres.

Cette belle espèce de Trèfle, originaire de l'Europe méridionale, se rencontre assez communément dans le centre et le sud de laFrance. Elle habite surtout les prés, les bois montueux des Pyrénées, des Alpes et des montagnes volcaniques du Centre, où, souvent, au miheu des rochers, on la voit former de larges buissons. Ses racines profondes lui permettent de résister aux grandes chaleurs. EUe est mangée par tous les bestiaux, auxquels elle fournit principalement ses feuilles et l'extrémité de ses tiges. Les parties inférieures étant im peu ligneuses, elle pourrait être utiHsée sur des sols pierreux et arides. EUe dure longtemps, mais avec des irrégularités, des intermittences, qui empêchent de la livrer k une culture réglée.

Trèfle des Basses-Alpes, T. alpestre L.

Fleurs purpurines ou roses, en capitiùes assez gros, globuleux, sessiles, solitaires ou géminés. Calice velu, à divisions inégales. FeuiUes à folioles lancéolées, fermes, entières, à fines ner-

vuros. Stipnlos iHroitos, munies iriiiic longue pointe, Tige simple, dressée, vehio, haute tlo 2 Jv (> dt'cimètros.

Cette ospf'ce, qui ressemble beaiiconp an Trèfle commun, eroît dans toutes les montagnes do la France ; elle abonde surtout dans le Cantal ; habite de priSférence les bois, les buissons, les lieux abrités, qui maintiennent le sol frais et humide. Elle fournit un excellent fourrage, et pourrait ser\'ir avec avantage pom- ensemencer les terrains frais des montagnes, et pour entrer eu raélaiigo avec les graminées des prairies.

Trèfle de Cherler, T. Chcrlcril L.

Fleurs blanchâtres, en capitides globuleux. Feuilles toutes pétiok-es, k folioles obovées, cunéiformes. Stipules ovales, aiguës. Tige rampante ou dressée, haute de 5 à 10 centimètres.

Cette petite espèce, méridionale, se trouve surtout sur les sables dos bords do la Méditerranée. Elle est très recherchée des bestiaux, mais peu productive.

Trèfle hispide, T. hispidum Df.

Fleurs purpurines. Stipules terminées eu' longue pointe sétacée. Tige très poilue, étalée ou redressée, liaute de 1 à 3 décimètres.

Espèce très voisine de la précédente ; originaire du Jlidi. Sans usages.

TRÈFLE INCARNAT. — T. INCARNATUM L.

Noms vulgaires. — Farrouche, Farouch, Pérou, Lupinelle, Trèfle annuel , Trèfle de RousMllon, Medouches de Tourou [Fraises d'âne, dans le Roussillon), Farradjè,

Fleurs généralement d'un beau rouge incarnat, quelquefois roses ou blanches; réunies en épis terminaux, oblongs ou cylindriques, velus et inclinés à leur maturité; dépourvus de feuilles florales. — Calice longuement velu, à 5 divisions linéaires, presque égales, un peu étalées. — Corolle à étendard allongé. ^ Gousse monosperme, velue et roussâtre. — Feuilles alternes au sommet, à folioles larges, arrondies ou cordiformes, dentelées dans leur moitié supérieure, souvent échancrées au sommet, pubesoentes sur les deux faces. — Stipules ovales, obtuses, terminées par une pointe courte et lancéolée. — Tige simple, dressée, à poils appliqués, haute de 3 à 6 décimètres. — Fleurit de mai à juillet.

Le Trèfle incarnat croît spontanément dans diverses parties de la France, mais surtout dans le Midi, où on le trouve souvent en touffes isolées, au milieu des champs, des prairies, sur le bord des rivières. Cultivé aujourd'hui comme plante fom-ragère, il sert à former des prairies annuelles, que recommandent surtout lem' précocité.

Culture du Trèfle incarnat.

Le Trèfle incarnat paraît avoir été d'abord cultivé dans le Roussillon , comme l'indique un des noms qu'il a reçus ; c'est de cette région, qu'après y être restée longtemps limitée, sa production s'est étendue, généralisée en France. Il diffère du Trèfle des prés en ce qu'il ne dure qu'un an et ne donne qu'une coupe.

Choix et préparation du sol. — Ensemencement. — Le Trèfle incarnat peut être cultivé sur toute terre saine à froment ou à seigle ; il réussit également dans les terres qui conviennent au Trèfle des prés , et même sur les sols secs

et arides, pourvu (|iin l'iuinée soit pluvieuse. Il redoute seuJemeiit les terrains trop calcaires, exposés à se gonfler par la gelée, et il pi'éi'ére, ou général , la plaine aux pays de montagues. , .

Le sol u'exige d'ailleurs aucune préparation spéciale. Ainsi, il iioul venir après une récolte, sur les chaumes, sans labour préalable. Toutefois, il donne des produits plus abondants quand on passe la charnie avant de répandre la graine.

Le farouch est semé quelquefois au printemps , mais plus ordinairement au mois d'août ou au commencement de septembre, immédiatement après une récolte de céréales. On choisit un moment où la terre est fraîche, et l'on répand soit de la graine mondée, soit des gousses, qui paraissent donner de meilleurs résultats que la graine nue, si toutefois elles ne sont pas infestées de graines du Bromus mollis qui porte, dans le Sud-ouest, la fausse dénomination de Farouch femelle. Quand ou emploie celle-ci , on la jette après avoir retourné les chaumes par un léger labour ou avoir ameubh la surface du sol par des hersages répétés. Il faut, dans ce cas, de 20 à 25 kilog. de graines par hectare. Si l'on n'a que de la graine en gousse, ces préparations sont moins nécessaires, bien qu'également avantageuses. En général, on se borne à jeter la semence en gousse sur le chaume, et à passer le rouleau pour écraser les limaces. Il en faut alors, par hectare, au moins 50 à 60 liilog. ; quelquefois on en sème jusqu'à 1 00 kilog. ; il n'y a aucun inconvénient à semer épais, et la récolte est d'autant plus abondante. Il faut encore avoir soin, quand on sème de cette manière, de bien diviser la graine dans la main pour éviter son agglomération.

Le farouch est ordinairement semé seul, le mélange avec des céréales paraissant lui être défavorable. Quelquefois, cependant, quand on le sème au printemps, on l'associe avec avantage à quelques plantes qu'on fauche avant l'hiver, telles que l'avoine, le maïs, le millet, la vesce, le lupin. On l'a semé encore avec des navets , qu'on récolte en hiver, sans qu'il ait paru en avoirsouffert. Ces mélanges donnent une grande quantité de fourrages pour la fin de l'automne.

Soins de culture. — Récolte. — Le farouch une fois semé n'exige presque aucun soin , l'importance du produit qu'il donne dépendant surtout de l'engrais reçu par la précédente récolte. Ainsi , venant après une récolte fumée, il pousse toujours avec plus de vigueur. Le plâtrage aussi accroît son rendement. On répand le plâtre au printemps, dès qiie les premières feuilles de la plante ont paru; il en faut environ 200 kilog. par hectare. Si on répand en automne une partie de ce plâtre, il produit plus d'effet, et la plante, en outre, supporte mieux l'hiver. En octobre, si le Trèfle est fort, on peut le faire pâturer par des veaux, qui s'en trouvent bien, sans que cela nuise à la pousse du printemps ni à la récolte du fom-rage.

Cette récolte se fait de diverses manières, suivant l'époque où le Trèfle a été ensemencé et le mode suivant lequel il doit être consommé. Ainsi,

quand il a été semé au printemps, s'il doit ôtre desséché, œ qui est rare, on ne peut le faucher avant les premiers jours d'octobre. Mais comme le plus ordinairement il est destiné à être donné en vert, on commence, afin de pouvoir en distribuer plus longtemps, à le conper avant cette époque ; on le fauche ensuite par portions, à intervalles convenablement ménagés, jusqu'à la fin d'octobre.

Quand il est semé eu automne , il est en pleine fleur et peut être récolté, l'année suivante, vers la fin de mai, et môme avant cette époque dans le Midi. S'il doit être consommé en vert , on commence le fauchage plus tôt, vers les premiers jours du même mois , aussitôt l'apparition des premières fleurs, de façon à avoir le temps de le faire manger en totalité. Mais si l'on veut le dessécher, il faut attendre sa complète floraison. Ce moment arrivé, il importe de ne mettre aucun retard à le couper, car il s'égrène facilement et perd ainsi de sa valeur nutritive. De plus, si l'on attend trop, comme, aussitôt la floraison achevée, il sèche vite sur pied, on est exposé à n'obtenir plus qu'un mauvais fourrage, que les animaux refusent de manger, et auquel ils préfèrent même la paille.

Quand le Farouch a été coupé, on procède à son fanage en prenant les mêmes précautions que pour le Trèfle des prés. Il se dessèche d'ailleurs plus facilement que celui-ci et ne perd pas autant ; sa diminution n'atteint pas aux deux tiers de son poids.

Le Trèfle incarnat est extrêmement productif. Bien que donnant une seule coupe, il fournit à peu près autant de fourrage que les deux coupes réunies du Trèfle des prés. Son rendement total s'élève , en vert , à une proportion variable de 10,000 à 30,000 kilog. ; et en sec, depuis 4,000 jusqu'à 10,000 Idlog. suivant les terrains, les soins de culture, etc.

Valeur économique du Trèfle incarnat.

La culture du Trèfle incarnat est d'une grande importance pour l'agricultem-, non-seulement en raison du rendement considérable de cette fourragère, mais surtout par l'extrême facihté de sa production , qui n'exige presque aucun soin, et par sa précocité, qui lui permet, quand il est semé en automne, de laisser le terrain libre dès le mois de juin, c'est-à-dire assez tôt pour obtenir cette même année une seconde récolte de betteraves, de raves, de pommes de terre, de maïs, de hn, de chanvre, etc., suivant l'assolement adopté. Aucime plante ne l'égale sous ce rapport, et ne peut donner comme lui, presque sans frais, sans soins, sans déranger l'ordre des cultures, d'abondantes récoltes de fourrages. Ajoutons, enfin, qu'occupant très peu de temps le sol, il ne l'épuisé pas ; il l'améliore, au contraire, par les détritus du bas de la plante, par ses feuilles et ses racines qui se décomposent très vite. Enfoui au moment de la floraison, il constitue même, pour le sol, un très bon amendement.

Ces qualités précieuses le rendent facile à intercaler dans beaucoup d'as-

solements. Ainsi, il peut lou.jours remplacer la jachère dans l'assolement triennal. On le fait, en ce cas, succéder à une récolte de froment bien fumée. N'épuisant pas le sol, il laisse toute facilité, après n,voir été récolté, pour ensemencer de nouveau en blé. Mais il convient siu'tont alors pour précéder une récolte de seigle. Dans l'assolement rjuadrioiuial, on le fait quelquefois alterner avec le Trèfle dos prés. Dans ce dernier cas , on peut encore fli viser en deux la sole réservée à la fourragère, et y semer alternativement les deux Trèfles, ce qui met un espace de huit ans entre le retour de chaque espèce sur le môme terrain. Il constitue, enfin, une excellente ressource pour regarnir un Trèfle manqué ; on le sème sur les espaces trop clairs , et la récolte principale, accrue d'autant, cesse d'être compromise.

Un inconvénient du Trèfle incarnat est d'être sensible à la gelée ; ce qui rend sa culture difficile dans le Nord. Mais en le semant de bonne heure, de manière à ce qu'il soit bien enraciné avant les froids, il n'a rien à cramdre de la mauvaise saison.

Usages alimentaires du Trèfle incarnat.

Le Trèfle incarnat est donné aux animaux en vert et en sec. Le plus généralement il est mangé en vert, soit sur place, en pâture, soit à l'étable. Mais on aurait avantage à le donner plus communément qu'on ne le fait sous forme de foin. Il convient à tous les bestiaux, aux bêles à l'engrais, aux vaches laitières, et même aux chevaux, qu'il rafraîcliit et entretient parfaitement. En Normandie, ou le fait consommer eu pâturage aux juments poulinières et aux poulains ; il expose alors ceux-ci à quelques dangers par suite de l'agglomération, dans l'estomac des bêtes, des poils que portent les fleurs, lesquels forment des espèces de pelotes ou d'égagropiles pouvant occasionner des accidents mortels. La gousse de Farouch est encore- donnée parfois aux chevaux en place d'avoine.

On considère généralement le fourrage fourni par le Trèfle incarnat comme inférieur, qu'il soit vert ou sec, à celui que donne le Trèfle des prés. Il a toutefois, sur celui-ci, l'avantage, quand il est consommé en vert, d'exposer beaucoup moins les animaux à la météorisation. D'un autre côté, il est précieux par sa précocité, grâce à laquelle, au printemps, il fournit de la nourriture verte, quand les autres fourrages n'en peuvent donner encore. Ainsi, il devance la Luzerne de huit à dix jours, le Trèfle des prés de vingt jours ; ce qui est d'une grande importance à ce moment, alors que les provisions d'hiver commencent à faire défaut. Enfin le Farouch, non-seulement peut donner du fourrage de bonne heure, mais encore il permet d'en avoir- très tard, à la fin de la belle saison. De plus, il sert, dans le Sud-ouest, à fournir des pâtm-ages, en liiver, pour les moutons. Ces avantages, qui se joignent à l'abondance de sa production, font concevoir l'intérêt très grand qui s'attache à la propagation de cette fourragère.

Variétés du Trèfle incarnat.

Le Farouch offre plusieurs variétés, ijui out été soumises ;i la culture. L'une d'elles, connue sous le nom de T. MoUncrii Balbis, paraît être le type de l'espèce. Elle offre avec la variété ordinaire d'assez notables différences, bien que non suffisamment caractérisées, botaniquement, pour qu'on ait cru devoir en faire une espèce particulière. Ces différences sont fournies par la physionomie de la plante, son tempérament plus rustique, son mode de végétation. Ainsi, le T. Molinerii est plus petit que le Trèfle incarnat ordinaire, plus velu; a ses fleurs plus pâles, d'abord d'un blanc sale, puis rouge clair ou couleur de chair, et rassemblées en capitules plus allongés. Il résiste mieux au froid et croît spontanément dans presque toutes les prairies de France, pourvu qu'elles ne soient pas trop élevées. Il est plus long à germer et à se développer, peut durer deux et jusqu'à trois années. Il monte moins en tige, mais se ramifle beaucoup du pied si le terrain lui convient. Cette variété, qui n'est pas ordinairement cultivée seule, peut devenir précieuse pour les hautes prairies de montagne, où la variété commune ne réussirait pas.

Une autre variété est le T. incarnat tardif, cultivé depuis fort longtemps dans le pays toulousain, concurremment avec le Farouch ordinaire, et indiqué par M. Baignac, sous le nom de T. de la Saint-Jean, comme croissant, en outre, aiLx environs d'Agen. Retardant de dix à douze jours sur le Farouch ordinaire, il se sème et se cultive de même, et lui succède dans son produit. Il convient surtout quand on veut prolonger la durée d'une récolte verte, ou bien regarnir un Trèfle trop clair. ; il s'accorde mieux, en effet, que le Farouch, avec le Trèfle commun pour l'époque de sa floraison.

Une troisième variété est le Farouch à fleurs blanches, obtenue par M. Le- . jeune, signalée ensuite par M. Vilmorin-Andrieux , et plus tardive encore, de dix à quinze jours, que la précédente. Elle est aussi plus fourragère, et non moins recherchée des bestiaux. Les semis et les soins de culture sont les mêmes que pour le Trèfle incarnat ordinaire.

Enfin, tout récemment, le Bon Jardinier signalait un Farouch extra-tardif, à fleurs rouges, fleurissant plus tard encore que le Farouch à fleurs blanches, qu'il suit immédiatement pour l'époque de son produit, et qui parait même plus productif encore que les variétés précédentes.

Trèfle étoile , T. stellatum L.

Fleurs roses ou blanches, en capitules globuleux, denses et velus. Calice à divisions raides, égales et étalées en étoile à la maturité. Feuilles à folioles velues, un peii triangulaires, élargies et dentelées à leur partie supérieure. Stipules très longues, denticulées. Tiges nombreuses, diffuses, velues, hautes de 1 à 3 décimètres.

Originaire du Midi, cette espèce abonde surtout dans les lieux arides et incultes des régions méridionales, oii tous les bestiaux la mangent.

LIÎGTJMINEUSES. 05

Trèflf. a fetiilles lirnoiTES, T. angustifolivm L.

Ii'Iouvs roses, on capitales oblongs. (Jalico volii, à divisions liiiiiiilres. Feuilles k folioles allongées, linônires, aiguiis. Stipules torminô'es en pointe. Tige siiniilo, drossée, k poils appliqués, haute do 2 ii 5 déoimètros.

Espèce commune dans les champs et les bois du midi do la l'ranco. Très rcclierchée des animaux, et principalement des chevaux,

Trêflk P0URPRI5, T. purpureum DC.

Fleurs purpurines. Calice à dents très inégales, l'inférieure beaucoup plus longue. Feuilles inférieures à folioles oblongues. Tige de 1 à 4 décimètres, il poils étalés.

Très voisine do la précédente, cette espèce, originaire dn Midi, se rencontre sur. les bords des champs et des chemins.

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