HÉLIANTHE ANNUEL. — H. ANNUUS L
Noms vulgaires. — Hélianthe à grandes fleurs, Herbe au soleil, Soleil, Soleil annuel, grand Soleil. Couronne de soleil, Tournesol, Girasol, Giransola.
Fleurs en capitules très grands, penchés, uniques, ou plusieurs disposés en corymbe; réceptacle très épais, chai-nu, spongieux, — Invohicre à folioles très développées, oblongues, à pointe étalée ou réfléchie, — Akènes anguleux, noirâtres, renfermant un albumen blanc, oléagineux. — Feuilles longuement pétiolées, très amples, ovales-cordiformes, les supérieures alternes, les inférieures opposées. — Taille de 1 il 3 ou 4 mètres. — Racine fibreuse. — Annuel.
Cette espèce, exotique, ne vient point spontanément dans nos contrées. Originaire du Pérou, elle a été, dit-on, introduite en Espagne en 1720, et de là en France, vers 1725. Mais elle n'était point alors, chez nous, une nouveauté, car déjà, en 1600, elle avait été signalée, sous le nom. d' Hcrbe-au-soleil ou de Vire-soU, par Olivier de Serres, qui n'en parle pas comme d'une plante nouvelle. Longtemps confinée exclusivement dans les jardins, elle a commencé à être cultivée, dans les premières années du siècle dernier, comme plante économique, en Bavière, en Franconie, en Russie, en Belgique, pays oià sa culture s'est maintenue, et n"a cessé d'offrir de très grands avantages. On cultive aussi le grand Soleil en Chine sur une très vaste échelle.
Eu France, la culture en grand de l'Hélianthe annuel a été essayée pour la première fois en 1787, par Cretté de Palluel, qui crut pouvoir s'appuyer de l'exemple des cultivateurs bavarois pour tenter l'introduction dans notre pays de ce précieux végétal. Cette culture a été recommandée, depuis, à dit-
férentes reprises, par Vilmorin, Bosc, V. Yvart, ThiébaiU de Bernaud, etc. Enfin, quelqnes travaux, publi(''s tout récemment par MM. Cenas, Koltz, Joigneaux, ont de nouveau appelé l'attention sur cette plante et sur les importants produits qu'on peut en obtenir. La culture en grand de l'Hélianthe, néanmoins, n'a point réussi encore à se générnliser dans notre pays. II y a lieu d'espérer, toutefois, que la connaissance plus parfaite des avantages qu'il parait offrir, finira par décider nos cultivateurs à tenter la mise en exploitation d'un végétal qui se recommande aux titres les plus divers comme plante fourragère, économique et industrielle, et appelée notamment, en raison de la quantité considérable d'huile que ses graines renferment, à prendre un rang important parmi nos espèces oléagineuses.
Culture de l'Hélianthe annuel.
L'Hélianthe vient dans toute espèce de terrain. Cretté de Palluel pensait qu'il peut réussir dans une terre humide et sablonneuse, préparée par un labour avant l'hiver. Un sol ameubli, frais et substantiel, se joignant à une exposition méridionale, constituent, en résumé , les conditions les plus favorables à sou développement. Il n'exige pas, d'ailleurs, de fortes fumures, la plante puisant dans l'atmosphère, à l'aide de ses larges feuilles, la plus grande partie des éléments de sa subsistance.
On répand la graine au printemps , dès que les gelées ne sont plus à craindre. Le semis se fait en lignes, au rayonneur, avec un espace de 80 centimètres entre les lignes et entre les plants, qui forment quinconce; dans chaque trou, on met deux graines à 5 centimètres de profondeur. Quelquefois le grand Soleil est mis en culture intercalaire; les distances alors sont établies selon le terrain qu'on lui consacre. Au lieu du semis direct, V. Yvart conseillait de repiquer, à 1 mètre de distance, les plants venus sur couche ; de la sorte, dit-il, on a plus de temps pour préparer la terre; on peut attendre patiemment les dernières gelées, et le nettoyage du sol est plus facile.
Après le semis, dès que les jeunes plants apparaissent, on commence l'éclaircissage, en laissant les pieds les plus forts et en profitant des autres pour repiquer sur les espaces vides. On donne un premier binage quand la terre commence à se couvrir d'herbes; puis on pratique un buttage, utile pour favoriser le développement des racines, qu'on fait suivre d'un second binage, s'il y a des plantes adventices, et d'un second éclaircissage, dont le produit fournit un bon supplément de matières fourragères. On procède en même temps à la taille des branches surabondantes, de manière à ne laisser sur chaque pied que deux ou trois branches latérales et deux ou trois capitules ; cette opération est utile surtout pour favoriser le développement des graines et accroître leur rendement.
L'Hélianthe est exposé à diverses causes de destruction, qui doivent appeler l'attention du cultivateur. Ainsi la plante, en raison de son élévation,
GOWPOSÉKK. .'iH.'l
redoute les vents forts; pour on att(5nuer les effets, on réunit les tiges au moyen de brins de pailU;. L'H(''Iiantli(! est parfois atteint, en oiiti'e, d'une espèce d'ergot, (jui provoque l'allouyenienl des graines, à la façon du sei}^leergoté, et rend nulle la production de riniile; on no jient, en ce cas, ijn'enlever les grains attaqués à mesure qu'ils ajjparaissent. La plante craint encore lui insecte, le Perce-oreille, qui se cache dans les Heurs et dévore la graine; on le chasse en secouant les tiges tous les jours. Enfin, on doit redouter les oiseaux, les mésanges surtout, et particulièrement quand la malnrité apjiroche; pour en éviter les atteintes, on n'a d'autre moyen alors (|uc de faire garder les plantations jusqu'au moment de la récolte.
La récolte des graines de Soleil se fait de mi-septembre à mi-octobre, quand la semence, prête à mûrir, commence à devenir brun-foncée ou noire, et quand les feuilles jaunissent. Il ne faut point trop attendre, car les graines trop mûres se perdent ou peuvent être mangées par les oiseau.\. On coupe les capitules en leur laissant une queue de 30 centimètres , par laquelle on les conserve suspendus, la tête en bas, dans un lieu sec et aéré, où ils achèvent de mûrir et se dessèchent. La graine sèche se conserve ensuite facilement, jusqu'au moment où elle est mise à la presse, après avoir été mondée. Après la récolle de la graine, on enlève les tiges, qui sont séparées des racines, puis liées et amoncelées lorsqu'elles sont suffisamment sèches.
Le rendement de l'Héhanthe est celui d'une plante très productive ; il est évalué, par hectare, à 25 ou 35 hectolitres de graines, pesant chacun de 85 à 90kilog.; plus 10 à 12,000 kilog. en tiges, feuilles, réceptacles. En Allemagne, en l^ussie, où l'espèce a été améliorée par une culture prolongée, ce rendement est plus considérable encore.
Parla culture, on a obtenu deux variétés de grand Soleil, l'une à un seul capitule,!' antre à capitules multiples, et les agronomes ne sont point unanimement d'accord sur celle à laquelle il convient d'accorder la préférence. Les Chinois, qui cultivent ce végétal avec succès, aiment mieux la première variété; en France, au contraire, on considère la variété rameuse comme plus productive. L'Héliante à une fleur, lorsqu'il est bien choisi et cultivé dans de bonnes conditions, donne toutefois un grain supérieur, plus gros, plus lourd et plus régulier, et presque aussi abondant que celui fourni par l'autre variété, ce qui s'explique par le volume de ses capitules uniques, que l'on voit parfois atteindre un diamètre de 30 à 50 centimètres. Cette dernière variété offre d'ailleurs un autre avantage, c'est celui d'échapper plus facilement aux ravages des oiseaux granivores, et cela grâce au poids des capitules qui force, après la floraison, les tiges à se courber, de manière à ce que la surface des fleurs portant les graines, regarde à terre, et, par cela seul, se place hors de l'atteinte des oiseaux.
384 noM POSÉES.
\'alrur (l'irirolc cl économuiur. de l'Hélianllie. amnicl.
Par le cliiLlre élevé des produits qu'il est possible d'en obtenir, le grand Soleil mérite d'être rangé parmi les plantes économiques les plus dignes d'être recommandées à l'attention des cultivateurs qui cherchent de nouvelles espèces à introduire dans leurs exploitations; d'autant plus que sa culture est facile, qu'il est peu exigeant sous le rapport de la qualité et de la richesse du terrain, et qu'il peut fournir ainsi , sans beaucoup de frais, un appoint considérable au rendement général de la ferme.
L'Hélianthe peut, ou entrer dans l'assolement, et il vient alors aussi bien avant qu'après une plante sarclée; ou bien être semé comme culture dérobée ou intercalaire, soit entre deux récoltes de céréales, soit en bordure le long des chemins et des champs. Dans tous ces cas, il offre un égal avantage en ce que, puisant largement dans l'atmosphère pour s'entretenir, il est très peu épuisant.
Cette force d'absorption donne, d'ailleurs, au grand Soleil, une propriété des plus intéressantes et des plus utiles, et qui n'est point le moindre de ses titres à l'attention des agriculteurs de tous les pays : c'est celle de purifier l'air en le débarrassant des effluves paludéens. Le fait a été observé notamment en Belgique, où la culture du grand Soleil est regardée même comme l'un des moyens les plus efficaces d'assainir les localités rendues insalubres par le voisinage des marais.
Mais dans nos contrées, c'est surtout comme plante oléagineuse que l'Hélianthe annuel pourrait être cultivé avec avantage. La graine, en efl'et, produit une huile d'une odeur agréable, d'un goût comparable à celui de l'huile de noisette, et estimée en Bavière, en Russie, lorsqu'elle est obtenue à froid , à l'égal de l'huile d'olive. Préparée à chaud, elle est moins bonne pour la consommation; mais elle peut servir alors pour les arts et l'éclairage. Cette huile est, de plus , très abondante ; ainsi , les graines pressées à froid , en donnent 16 pour 100, quantité qui s'élève à 30 ou 35 pour 100, quand elles sont traitées à chaud.
Après l'extraction de l'huile, on obtient enfin des tourteaux constituant pour le bétail une excellente nourritm'e, meilleure pour l'engraissement que les tourteaux de colza, et n'altérant point, comme ceux-ci, la qualité delà viande. Estimés surtout lorsque la graine a été traitée à froid, ils sont moins bons, il est vrai, quand cette graine a été soumise à la chaleur ; mais ils fournissent alors un engrais riche et puissant, propre à toute culture.
Le grand Soleil peut être utilisé encore de diverses manières. Ses graines, mondées et torréfiées, sont employées dans la parfumerie , la pâtisserie, etc., et fournissent un principe propre à la teinture en bleu. Les fleurs servent à préparer une couleur fauve très solide ; elles sont , d'un autre côté, recherchées par les abeilles auxquelles elles donnent un bon miel; les abeilles
COMPOSliliS. 385
qui se nourrissent de ces fleurs sont p.ir malhonr exposées à une espèce d'acarus microscopi([nc, signalé pa-v M. Dncheniin, el, qui attaque l'insecte, le lue, et peut, en passant de l'un à l'autre, détruire des rutilies entières. On emploie aussi les tiges à faire des tuteurs, des palissades; par le rouissage, on en a môme obteini une espèce de clianvi-o pouvant servir à l'aire des cordes. Enfin, elles constituent, avec les r(3ceiitacles sei;s, un très bon combustible, donnant une cendre très riche en potasse, — elle en contient environ 2 pour 100, — et que l'on peut extraire pour les usages industriels, jioiw la fabrication du nitre, etc.
Usages alimentaires de l'Hèliaiitlie annuel.
Considéré comme plante fourragère, le grand Soleil fournit à l'alimentation du bétail, outre les tourteaux obtenus dans la préparation de l'huile, ses feuilles et ses graines.
Ses feuilles, extrêmement grandes, constituent un aliment de bonne qualité, que recherchent les lapins, les chèvres, les moutons ainsi que les vaches, et même les chevaux, et d'autant plus utile qu'il donne son maximum de produit à une époque de l'année où ordinairement les fourrages verts font défaut ou sont grillés par la chaleur. Pour en faire la récolte, tous les huit ou dix jours on casse, sur chaque pied, quatre ou cinq des plus grandes feuilles en commençant par le bas ; et si l'on a eu soin d'espacer convenablement les semis, on peut, sans nuire à la production de la graine, avoir de ce feuillage depuis le milieu de juillet jusqu'à la fin de septembre.
Quant aux graines, que le grand Soleil fournit en abondance, elles constituent une des meilleures nourritures qu'on puisse donner à la volaille, qui, on le sait, s'en montre avide. On la réserve surtout pour les perroquets ; mais elle n'est pas moins recherchée par les poules, les pintades, les canes, les dindons, qu'elle engraisse et maintient en santé; il importe même, pour éviter un engraissement trop rapide, de ne la distribuer qu'en mélange. En Angleterre, dans le comté de Norfolk notamment, elle rend de très grands services pour l'engraissement des dindons renommés de ce pays. Enfin , on fait manger ces graines aux lapins, qui ne s'en trouvent pas moins bien , et guérissent même, sous l'influence de ce régime, des aflections diarrhéiques qui les atteignent communément.
La plante a été utilisée encore à la nourriture de l'homme. Ainsi, avant l'éclosion des fleurs , le réceptacle peut êt'-e mangé comme les artichauts. Dans la Virginie, les semences servent à faire du pain et de la bouillie; et ou mange aussi les sommités de la plante jeune, après les avoir fait cuire et les avoir trempées dans de l'huile et du sel. Les sauvages en consomment les graines elles-mêmes, en même temps qu'ils en tirent de l'huile propre à différents usages
38tj LKJ.Ml'U.SliUS.
HÉLIANTHE TUBÉREUX. — H. WBEROSUS L.
Noms vulgaires. — Topinambour, Topinamboux, Topine, Tournesol tubéreux, Soleil vivace, Poire de terre, Artichaut Je terre, Articlmut de Jérusalem, Artichaut du Canada, Canada, Crompire, Cnrloujle, Carlouf, Taratouf, Tertifle.
Fleui's en capitules petits, dressés, en corymbe lâolie; réceptacle peu épais. — Involucre k Iblioles lancéolées-linéaires. — Feuilles opposées ou alternes, grandes, ovales, aiguës, dentées, rugueuses, décurrentes sur le pétiole: les inférieures cordées à la base. — Tige unique, rarement i-ameuse, droite, ferme, presque ligneuse. — Souche rameuse, donnant naissance à plusieurs tiges, i\ la base desquelles, entre les racines, naissent des rameaux souterrains, courts, épais, qui s'épaississent et deviennent tuberculeux. — Taille de 1 à 2 mètres, s'élevant quelquefois k 3 et i 4 mètres. — Vivace.
Espèce exotique, que l'on suppose originaire du Brésil, du Mexique ou du Canada, et depuis plusieurs siècles importée en Europe, où on la cultive pour ses tubercules, qui servent à la nourriture de l'homme et des animaux, mais où elle ne vient point spontanément, sinon çà et là au pourtour des lieux cultivés. Bien que connu depuis longtemps, puisque déjà Olivier de Serres le mentionne sous le nom de Carloufle, le Topinambour n'a commencé à être cultivé en grand que depuis une époque relativement récente. Ce fut au siècle dernier seulement que Duhamel le proposa pour la première fois comme plante alimentaire; et encore n'est-ce que plus tari, après que V. Yvart eut fait connaître (en 1809) les avantages que cette plante pourrait offrir pour l'entretien des troupeaux, que sa culture a commencé à se répandre, en restant d'abord limitée à certaines régions, la Lorraine et l'Alsace principalement, paj-s où le Topinambour est encore aujourd'hui cultivé le plus en grand. Toutefois , depuis la maladie des pommes de terre, et surtout depuis qu'on a reconnu la possibilité de retirer du Topinambour une forte quantité d'un bon alcool, cette plante a appelé plus sérieusement l'attention des cultivateurs; des essais de culture ont été tentés dans les localités les plus diverses, et les résultats obtenus permettent de penser que sa production finira par se généraliser en France et par prendre un rang important parmi nos cultures industrielles et fourragères.
La partie essentielle du Topinambour est le tubercule, qui se développe à la base de la tige, entre les racines, et s'enfonce à une profondeur variable de 10 à 20 ou 30 centimètres. Ces tubercules sont allongés, de forme plus ou moins irrégulière, et pourvus d'écaillés qui sont de véritables bourgeons. Lorsqu'ils sont arrachés, abandonnés à eux-mêmes, ils se ramollissent, se flétrissent et perdent promptement la plus grande partie de leur poids. Ils possèdent, d'ailleurs, une rusticité extrême, qui leur permet de résister aux froids les plus intenses ainsi qu'aux plus vives chaleurs de l'été. Les longues sécheresses en retardent quelquefois, mais n'en arrêtent point l'accroissemput; si la plante a souffert par excès de chaleur, aux premières pluies elle
CflMI'OSliES. .''87
reprend sou dévcloppemeiil, et dans le cours de l'Iiiver, après l'étioleuienl de la tige, les tubercules continuent à végéter, quelle que soit la températui'e; des froids de 15" à 18" môme ne les atteignent point.
Cette extraordinaire résistance au froid donne au Topinambour la faculté importante et exceptionnelle de se reproduire presque indéfiniment, sans en[i,rais, sur la torn; (jn'il oc(;u])(-, et cela même lorsqu'il est arraché; les plus petits fragraenls souterrains restés dans le sol suffisant pour donner naissance à de nouveaux jets. Il faut ajouter qu'en 1^'rance, il ne peut se nudtiplier autrement que par tubercules, ses graines ne mûrissant point dans notre climat, sinon exceptionnellement dans la zone la plus méridionale.
D'une saveur douce et sucrée, les tubercules du Topinambour sont remarquables encore par leur composition, laquelle diffère de celle des autres tubercules en ce qu'ils ne renferment point de fécule, et contiennent, à la place, du sucre incristallisable, s'élevant à la proportion de 14 à 15 pour 100.
La culture du Topinambour eu a produit un certain nombre de variétés; la plus importante est :
Le Topinambour commun, tubercule rougeâtre ou blanc-rosé, un peu allongé, de forme irrégulière, avec une chair d'une couleur blanc-jaunâtre, et le seul communément cultivé ;
Citons, en outre, le Topinambour jaune, obtenu en 1808 par M. Vilmorin : tubercule jaunâtre, plus petit, plus irrégulier et inférieur au type précédent, variété peu répandue, de même qu'un certain nombre d'autres, obtenues de semis dans les régions méridionales.
Culture du Topinambour.
Choix du sol. Plantation. Soins de culture. — Plante essentiehement rustique, pouvant réussir dans tous les climats, le Topinambour est de plus très peu exigeant sous le rapport du terrain. Il vient dans les sols les plus divers, même dans les plus médiocres, et prospère là où la pomme de terre ne donne aucun produit, ne redoutant que les sols humides ou à sous-sol imperméables. Il préfère toutefois les sols calcaires, et, bien que pouvant croître partout, il donne toujours un total de produits en rapport avec la qualité des terrains qu'on lui a consacrés.
De là l'indication , malgré sa rusticité, de le semer dans une terre convenablement préparée par des labours profonds, donnés avant et après l'hiver. Il est profitable également, bien que de toutes les plantes ce soit celle qui réussisse le mieux sm- les sols appauvris et de mauvaise qualité, de ne lui point épargner les engrais. On peut employer, soit le fumier, à raison de "20 à 25 mille kilog. par hectare, soit les engrais minéraux divers, cendres, terreau, poudre d'os, guanos, chiffons de laine, etc., et surtout les engrais calcaires, qu'il consomme en abondance, en même temps qu'il absorbe énergiquement dans l'atmosphère une partie des éléments qui le composent.
3XiS . COMPOSÉUS.
Le Topinambour se propageant par tubercules, on plante ceux-ci au piiniemps, on l'ôviier ou mars, aussitôt que les dégels permettent de labourer les terres. Dans les sols très meubles, sur les coteaux, la plantation sera faite de préférence en automne. On met en terre les tubercules entiers, car ils sont sujets à pourrir lorsqu'on les coupe. L'opération est faite à la bêche ou à la charrue, comme pour la pomme de terre, et les plants sont mis en lignes, éloignés les uns des autres de 60 centimètres environ, les tubercules rapprochés à la moitié de cette distance. Quelquefois on espace davantage les plants ; mais le sol est moins ombragé alors, pendant l'été, par les tiges et les feuilles, et conserve moins sa fraîcheur. La profondeur à laquelle on dépose les tubercules varie de 5 à 15 centimètres, rarement davantage, à moins qu'ils soient plantés dans le sable. La quantité semée, avec les espacements qui viennent d'être indiqués, est d'environ 20 à 25 hectolitres par hectare.
Quelquefois on ne fait aucun semis; on se borne, au moment de la récolte, à enlever les tubercules mis à découvert par la charrue, et ceux qui restent dans le sol suffisent pour que le champ se trouve garni de plants l'année suivante. Les touffes alors ne sont plus disposées en lignes; c'est un inconvénient pour les façons à donner au sol , mais on a l'avantage d'économiser tout ce qui aurait été dépensé en tubercules pour l'ensemencement.
Les soins de culture sont à peu près ceux que l'on donne à la pomme de terre. Quand les premièi'es pousses apparaissent , on pratique un vigoureux hersage, qui ameublit la couche arable, favorise la sortie des tiges et détruit les mauvaises herbes qui ont pu se développer. Plus tard , la plante se développant assez pour étouffer ces herbes, on peut se borner, pour tous soins d'entretien, à quelques binages avec la houe à cheval, qui rompent la couche arable et facilitent la pénétration des agents atmosphériques. Cette opération n'est possible qu'autant que les plants ont été semés en lignes et sont venus d'eux-mêmes ; sinon on doit s'en tenir aux premiers hersages pratiqués en avril, mai ou juin.
Avant la récolte, quelquefois, on coupe les tiges et les feuilles vertes, qui fournissent aux bestiaux un fourrage abondant. Une expérience de M. Boussingault a fait voir que cette taille peut nuire sensiblement à la production des tubercules. Mais un autre agi'onome, M. Laprade, de la Vienne, a observé que si on a soin de couper la tige à 1 mètre 30 du sol, le rendement en tubercules n'est en rien diminué, ce qui reste de tige suffisant pour entretenir la végétation du plant dans toute son activité ; et que l'on peut, sans inconvénient, en prenant cette précaution, se procurer, pour la fin du mois d'août, un supplément précieux de fourrage vert.
Récolte. Produits. — La récolte des topinambours se fait en hiver, du 15 décembre au 15 mars ordinairement, et seulement à mesure des besoins, les tubercules s'altérant promptement à l'air, se desséchant ; tandis que, d'un autre côté, ils se conservent parfaitement dans le sol, quelle que soit la tem-
pérature régnantn. V. Yvarh avail; môme cru rcinarqiKM' qu'on restant en terre, dans les automnes humides, ils augmenlenl de volume. D'anti'cs observations, il est vrai, et notamment une expérience laite eu 18r>2 pai- M. Oppei'man, ont pai'U établir, an contraire, que les tub(!rruios alors perdent une partie de leur poids, mais on gagnant, par comjiensatiou , sous le rapport de la qualité, on ce qu'ils deviennent moins ai]uoux er, plus sucrés. Dans tous les cas, la récolte doit ôtre achevée en mars, époque o"i les tnljoicules se mettent à repousser, ou bien à laquelle doivent commencer les travaux pour vme nouvelle récolte, si une autre plante doit succéder au Topinambour.
On recueille les tubercules par arrachage des pieds, après avoir fait passer la houe on la charrue qui commence à les déraciner. L'ouvrier vient après, saisit chaque toulïe, l'arrache et en détache la terre en la frappant contre son sabot.
Le rendement en tnhercules est extrêmement variable, selon la fertilité des terres, les soins donnés à la culture; on a obtenu depuis 100 jusqu'à 750 hectolitres par hectare, chaque hectolitre pesant environ, comme la pomme de terre, 65 kilog., ce qui fait une moyenne de 25,000 kilog. de tubercules par hectare.
Outre les tubercules, le Topinambour fournit ses feuilles et ses tiges vertes ou sèches. Les tiges sont abondantes et bien fournies de feuilles en juillet et août, et si on les coupe alors, on peut arriver à un rendement de 20 à 25 mille kilog. de fourrage vert par hectare, perdant à peu près la moitié de son poids par le fanage. Mais une récolte aussi abondante serait préjudiciable aux tubercules, ce qui ne serait pas si on se bornait, d'après le conseil de M. Laprade, rappelé plus haut, à couper, vers la fin d'août, le sommet des tiges.
Quant aux tiges et feuilles desséchées conservées après la floraison, il convient de les couper, bien qu'elles n'aient pas une très grande valeur, dans le mois d'octobre, aussitôt qu'elles commencent cà jaunir. On peut encore alors les utiliser pendant l'hiver. Si on attend davantage, elles noircissent et n'ont plus la même valeur. Aussitôt qu'elles ont été coupées, on lie les branches en fagot que l'on dresse pour les faire sécher, après quoi on les met à l'abri de la pluie, en meule ou dans des granges. Le rendement en fanes sèches est variable, selon les circonstances; il est évalué à environ 10,000 kil. en moyenne.
Valeur agricole et économique du Topinambour.
Par sa rusticité, sa facilité de vivre principalement aux dépens de l'air, en n'empruntant au sol que ses éléments minéraux , l'activité de sa végétation, sa faculté de croître en tout terrain, les récoltes abondantes qu'il donne en produits propre à la nourriture de tous les animaux, le Topinambour
coustilue une plante d'un haut intérêt é(;onomi(]ue. C'est, d'après M. Boussingiinlt, un des végétaux de la grande culture qui produisent le plus, eu consommant le moins d'engrais et en exigeant le moins de façons. On ne le conseillera point, cependant, dans les terres d'un prix élevé. Mais dans les sols médiocres, où la betterave, la pomme de terre et les autres cultures sarclées ne réussissent point, le Topinambour donnera toujours des produits relativement considérables, eu égard aux faibles déboursés qu'il exige, et qui en font la plante fouii-ngère par excellence des terres pauvres , où l'on ne récolte pas assez de fourrage pour nourrir le bétail, et où l'on n'a point assez de capitaux pour élever à son maximum la production du sol.
Le Topinambour est surtout avantageux par la grande quantité de sucre que renferment ses tubercules, et dont la proportion est deux fois plus élevée que celle renfermée dans la betterave. Ce sucre, il est vrai, n'est point cristallisable ; mais il fermente facilement, et peut se transformer en un excellent alcool, qui se rectifie parfaitement, et dont on peut obtenir jusqu'à 5 à 7 litres par 100 kilog. de tubercules.
Enfin, on utilise les tiges du Topinambour soit ponr en former des rames ou des échalas , soit comme combustible , soit pour en former des litières.
Au point de vue de la culture, indépendamment des produits qu'on peut en obtenir, le Topinambour est avantageux, non-seulement en ce qu'il peut se reproduire presque infiniment sans travaux et sans frais de semence, mais en ce qu'il n'est jamais attaqué par aucun insecte ni par aucune maladie, et aussi parce que sa récolte se fait sans frais, dans le cours de l'hiver, alors que les bras sont le moins occupés, et parce que, étant arraché à mesure des besoins, il n'exige pas de locaux pour être conservé.
On reproche précisément, il est vrai, au Topinambour sa vitalité extrême (^ui, le faisant renaître chaque année de ses tubercules, le rend fort difBcile à extirper des champs qui en ont produit. Cela n'est point un inconvénient , lorsqu'il est cultivé sur des terres mal préparées à recevoir d'autres récoltes, et sur lesquelles ainsi il donne incessamment des produits sans frais nouveaux; mais lorsqu'on veut l'introduire dans un assolement, cette persistance de végétation devient, en effet, un embarras, qu'on peut considérer comme la cause principale qui jusqu'à présent a le plus contribué à éloigner le Topinambour des cultures régulières. La plante n'est pas cependant impossible à détruire. On y parvient en cultivant, sur la terre où le Topinambour a végété, soit des plantes qui exigent des sarclages nombreux, soit une prairie artificielle formée de plantes fourragères étouffantes : trèfle, lupuUne, vesce, ivraie vivace, etc., suivant les cas. D'abord, il faut avoir eu soin, au moment de la récolte, d'arracher les tubercules le plus complètement possible; puis, au printemps suivant, après avoir fait pâturer, par les vaches et les moutons, les tiges qui auraient pu repousser, de donner un premier labour en ramassant, derrière la charrue, les tubercules déterrés qui avaient d'abord
COMI'USliKS. 391
échappé. Puis, on répète la môme opération à chaque nouvelle façon qne réclame la culture sarclée on la prairie semé(>, ou ayant soin de couper, en même temps, avec l'écliardonnette, les iiiorts ijiii germent ot se mêlent aux pousses de la nouvelle culture; cela lait, la végétation de rolle-ci suflit ensuite pour étonlTer définitivement la plante tuherculeuse, et en débarrasser le sol.
Emploi, alimentaire du Topinambour.
Le Topinambour fournit à l'alimentation du bétail ses tubercules, ainsi que ses feuilles vertes ou sèches.
Les tubercules, riches en principes sucrés, et contenant une certaine proportion de matières azotées, constituent un bon aliment qui convient à tous les animaux de la ferme. Les bêtes à cornes s'en montrent avides, surtout à la fin de l'hiver, époque où les tubercules sont moins aqueux et plus sapides qu'en automne. Mais on les réserve plus généralement pour les moutons et les porcs. A ceux-ci on les donne quelquefois à manger sur place en leur faisant déterrer, dans des taillis de grandes forêts, de tubercules semés à cet effet. Au début, les animaux prennent quelquefois les topinambours avec difficulté; mais tous s'y habituent promptement et finissent par les rechercher et les manger avec plaisir.
On donne généralement les topinambours crus, l'observation n'ayant pas appris qu'il y ait avantage à les faire cuire. On se borne, après les avoir lavés à grande eau, à les diviser, soit en les écrasant par une mouture grossière ou avec un battoir, soit en employant le coupe-i'acines. On peut les donner dans cet état, ou bien après les avoir saupoudrés avec du son ou des balles d'avoine. Quelquefois , lorsqu'ils sont donnés à trop forte dose, ils provoquent, chez les moutons surtout, des météorisations ou une espèce d'ivresse. On évite cet inconvénient en mêlant, aux tubercules, un peu de sel , des baies de genièvre concassées, ou quelque autre substance tonique ; ou bien en les alliant à de la nourriture sèche, et en ne les faisant jamais entrer pour plus de moitié dans la ration journalièi-e des animaux.
On évitera, d'ailleurs, de faire manger aux bestiaux les tubercules altérés par un trop long séjour dans l'eau ou une trop longue conservation , et qui peuvent donner lieu à des accidents. Mais on peut utiliser arec avantage les résidus des tubercules distillés pour la fabrication de l'alcool.
Quant aux feuilles et aux tiges, surtout lorsqu'elles ont été récoltées en temps convenable, elles constituent une excellente nourriture, que recherchent surtout les vaches et les moutons, auxquels on les donne, vertes ou fanées, sans préparation, mêlées seulement à d'autres fourrages, qui en augmentent la valeur nutritive. Dans les pays pauvres, ces feuilles et ces tiges séchées peuvent même devenir la ressource principale pour l'entretien des troupeaux en hiver.
l'.uMPdSHKS.
Genre MADU-:.
MADJA iMoL.
Fleurs radicies, celles de la circonféreiico femelles, il ligule courte; réceptacle garni an pourtour de paillettes embrassant les akènes; — iiwolucre à folioles sur 1.2 rangs; — aliéties anguleux , à sommet nu, ceux du centre pourvus d'une aigrette pailletée. — Feuilles entières, sessiles, les inférieures opposées, les supérieures alternes, demi-embrassantes.
Genre non indigène, comprenant nne senle espèce, récemment acclimatée. Madie cultivée, m. sativa Mol.
Madi, Madi visqueux^ Mellosa.
Fleurs d'un jaune safrané, en capitules grands, presque globuleux, solitaires ou géminés, brièvement pédicellés et bractéolés. Feuilles étroites, allongées, rudes. Tige dressée, rameuse. Taille de 3 à 4 décimètres. Annuelle. Plante visqueuse, couverte de poils glanduleux, répandant une odeur forte et désagréable.
Plante originaire du Cbili , où elle vient spontanément et où on la cultive pour la graine, dont on extrait, par expression ou ooction, une huile claire et douce, servant à divers usages domestiques ou industriels. Introduite en Allemagne, puis en France, il y a une trentaine d'années, cette espèce se recommande par la facilité de sa culture, son rapide développement, sa rusticité et l'abondance de son produit en graines et en huile. On la sème au printemps jusqu'à la fin de mai, et dès le mois de septembre, quand la maturité est complète, on la récolte pour en retirer les graines. On reproche à cette plante la forte odeur qu'elle répand, et qui, jusqu'à présent, a constitué le principal obstacle à l'extension de sa culture. Cette odeur, il est vrai, éloigne les insectes et devient ainsi pour la pl.intation un moyen de protection. D'un autre côté, elle offre l'inconvénient de repousser aussi les bestiaux, et de les empêcher de consommer la plante à l'état frais. Cependant, les moutons paraissent s'accommoder des tiges sèches, bien qu'elles conservent un peu de cette odeur. Ainsi, M. de Sainville, de Château-Renard (Loiret), en 1842, eu fit manger plusieurs centaines de bottes à des troupeaux , qui s'en trouvèrent parfaitement. Si l'on ne trouve pas avantage à utiliser la Madie comme fourragère, on peut l'enfouir comme engrais vert, et elle constitue alors pour le sol un très bon amendement.
Genre ANAGYCLUS.
ANACYCLUS Pers.
Fleurs radiées, celles du centi'e à tube ailé, celles de la circonférence sur 1 rang; — akènes munis de chaque côté d'une aile membraneuse auriculée au sommet. — Feuilles alternes, bipinuatifides, à segments linéaires. — Plantes veUies, annuelles.
A. clavatus Pers., fleurs ligulées blanches; tige à rameaux divai'iqués, rougeâtres, 3 à 4 décimètres ; — A. valentinus L., fleurs ligulées jaunes, dépassant à peine l'involucre; — Â. radiatns Lois. ; Anthémis valentina L., fleurs ligulées jaunes, très rayonnantes, — plantes sans importance, propres aux Pyrénées et à la région méditei'ranéenne.
Genre ACHILLEE.