SOLANUM L
Fleurs en corymbe, sur des pédoncules extra-axillaires ou terminaux; — calice à 5.10 divisions étalées, restant appliqué sur le fruit ; — corolle rotacée, à tube court et limbe plissé ; — étamines 5, Panthères saillantes, conniventes, s'ouvrant par deux pores terminaux; — feaie biloculaire, rarement plunloeuLaire ; — graine à embryon en spirille. — Fevilles pétiolées ; — tige herbacée, rarement ligneuse, dressée, rameuse.
Ce genre, le plus nombreux du règne végétal et ne renfermant pas moins de 900 espèces environ, comprend des plantes la plupart étrangères à l'Europe, et originaires des pays chauds, de l'Amérique principalement. Leurs propriétés vénéneuses semblent moins prononcées que dans les autres genres de la famille, et les bestiaux même, bien que ne les recherchant point,, paraissent pouvoir manger plusieurs de ces espèces sans inconvénient.
Les Morelles cultivées ou venant naturellement dans nos contrées, sont en très petit nombre, eu égard à l'immense étendue du genre ; elles se bornent à celles comprises dans le tableau ci-après :
Feuilles pinuatiséquées. — Rameaux souterrains tubéreux.
Plantes
( TUBEROSUni L .
( Stolonifenim Schl.elB.
IBaies noires, NIGUUM L.
)B. rouges. . Minialum Mcrt. elE.
Speoii BerbQ.
[Pl.trèspoilue — B.safrauée. Villosdu l.m.
VCorol. à 6.9 divisions — Baies très grosses . HELONGENA I..
Feuilles simples. ( Tige sarmenteuse — Baie ovoïde. . DULCiMABA !..
Tige ligneuse' Baies petites j Tige dressée — B.aie globuleuse.. pseuijo-Cjpsiclm !.. Feuilles pinnatifides — Baies très volumineuses Hodomeum t..
Feuilles simples.
Rameaux souterr.
non tubéreux
fCorol.à.51obes. pq. glabres L. jaunâtres! <=*'°™'°'-^"" » Baies petites \ \ { Humile
SOLANliES. 5^7
MOUKLIJ''. TtuVioifKirsr':. -- .s. ■/rnr.nosor i.
Noms viu.oaiiies. — Pomme de terre, l'iiinuntièri\ l'nintr. Tiiiiiii'iniliiiKr. ïnijfe. rrnfilt. Tnifetle, 7Vn7ii/;«, Tiirloiilk.
Klouvs blanches, violettes ou rost'es, en cnrynilie loiiHuonient iircloncitli'. — Calice ii divisions linéaires-lancéolées. — Corolle puliesccnte, à lohes courts, triangulaires. — Baies globuleuses, assez grosses, d'un vert jaunâtre ou violacées, odorantes à la maturité. .; — Feuilles pinuatiséquées, à segments ovales-aigns, pétiolnlés, sép.aréos par des segments plus courts, sessiles. — Tige herbacée, angule\ise, robuste, listuleuse, avec rameaux souten-ains renflés, de distance on distance, en gros tubercules arrondis ou oblongs , plus ou moins bosselés, avec dépression, offrant il leur centre des petits bourgeois dits yeux. — Racine rameuse, ii divisions longues et déliées, sans renflement, traçantes. — Taille de 1 à 8 décimi'tres. — Plante rude, pubescente, annuelle, devenant vivace pa.r la végétation des tuljorcnlcs.
Piaille oi'iginaire d'Amérique, venant spontanément et naturalisée en Europe, où elle est cultivée partout, en plein champ et dans les jardins potagers, comme espèce à la fois alimentaire et fourragère, et croissant spontanément, çà et là, autour des habitations. Sont spécialement utilisés, dans cette plante, les tubercules, véritables bourgeons souterrains, qui verdissent lorsqu'ils sont exposés à la lumière, et sont presque exclusivement formés de tissu cellulaire contenant une très forte proportion de substance amylacée ou fécule.
Historique de la Pomme de terre.
La Pomme de terre, complètement inconnue en Europe au commencement du seizième siècle, fut trouvée, par les Espagnols, au Pérou, dans la Colombie, lors de la conquête de ces pays, où elle était cultivée de toute antiquité, sous le nom de pappas et où elle se rencontre encoi-e à l'état sauvage. Zarota, trésorier du Pérou, en lit pour la première fois mention en 1544. Peu après, en 1563, elle fut importée, de Santa-Fé en Irlande, par John Hawkins. Cette première introduction ayant été sans résultat, elle fut, en 1586, de nouveau apportée en Angleterre par Drake, qui en donna quelques pieds au célèbre botaniste anglais Gérard ; celui-ci la cultiva dans ses jardins, à Londres, et en partagea le produit avec un botaniste de Leyde, L'Ecluse ou Clusius, qui avait reçu en outre deux tubercules rapportés à Bruxelles par le légat du pape, et qui le premier, comprenant l'avenir de cette plante, crut pouvoir appeler sur elle l'attention des agriculteurs de l'Europe.
Mais les recommandations de Clusius ne purent encore réussir à vulgariser la Taratouf/h ou Papa, comme on appela d'abord la Pomme de terre, et elle tomba dans l'oubli jusqu'au moment ou Walter Raleigh, en 16'23, l'importa à son tour de la Virginie, qu'il venait de découvrir, eu Angleterre. Dès ce moment, elle commença a être réellement cultivée dans le Royaume- Uni, les Pays-Bas. en Suisse, dans le nord de la France, et. en premier lieu.
comme piaule culinaire très rare, réservée seulemeul à la table des grands personnages. Mais bientôt la crainte que l'on avait qu'elle occasionnât la lèpre, vint eu restreindre l'emploi comme plante alimeutairo pour l'homme; on possède ainsi un arrêt du Parlement de Besançon, daté de IG30, et qui, pour ce motif, en prohibe la culture sur le territoire de Salins. Dès ce moment on commence à la cultiver comme plante fourragère pour la nourriture des bestiaux. Un peu plus tard, elle pénètre en Allemagne, où sa culture toutefois ne paraît pas remonter au-delà de la première moitié du dix-huitième siècle. Ainsi Eckart, dans son Traité de physique expérimentale, daté de juin 1754, assure qu'on ne la connaissait que depuis peu de temps avant l'impression de son ouvrage. Mais ce pays, décimé par la famine qui suivit la guerre de Sept-Ans, et celle de 1772, comprit bientôt l'immense ressource que cette plante lui offrait contre la disette, et sa culture y fit des progrès rapides.
En France, Parmentier passe généralement pour avoir l'un des premiers, vers 1786, préconisé l'usage alimentaire de la Pomme de terre. Cela n'est pas absolument exact. Au temps de Parmentier, ce tubercule était depuis longtemps servi sur presque toutes les tables ; et De Combles, dans son Ecole du Jardin potager, publié en 1749, donne, sur sa culture et son emploi dans l'alimentation, des indications qui montrent que la plante était alors appréciée à sa juste valeur et que les principes rationnels de sa culture étaient même assez exactement connus. Ainsi, déjà à cette époque la Pomme de terre était cultivée en grand, alternait avec le blé et était soumise à des procédés de plantation et de culture analogues à ceux encore aujourd'hui en usage.
Il résulte môme de recherches récentes de M. le baron de Dumast que l'usage ahmeutaire du tubercule à Nancy et dans toute la Lorraine devait remonter au moins à un siècle auparavant. Il cite, notamment, un arrêt du Parlement de Nancy, en date du 21 juin 1715, décidant que la dîme sera payée pour les pommes de terre comme pour toutes les autres récoltes régulières, et comme cet arrêt constate, en même temps, les cinquante ans de pratique exigés pour la perception de ce droit, il s'ensuit que l'introduction de la Pomme de terre dans les cultures potagères remonte an moins, en France, àl'année 1665; et très probablement à une époque plus antérieure : en d'autres termes, qu'elle n'avait point subi d'interruption depuis les premières années du dix-septième siècle.
Mais c'est eu Angleterre surtout que la consommation du précieux tubercule s'était le plus généralisée, du dix-septième au dix-huitième siècle ; elle était servie sur la table des grands, et en Irlande elle avait fini par constituer presque l'unique nourriture des familles pauvres. On l'exportait, à cet effet, de France, par le port de Dunkerque, et même en si grande quantité, qu'en 1775 on fut dans la nécessité d'en défendre la sortie du royaume.
Il ne paraît pas toutefois qu'en dehors des provinces du Nord la culture de la Pomme de terre fût alors fort répandue, et cela toujours par suite de la crainte qui régnait encore que ce tubercule nuisît à la santé et engendrât
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la lèpre. Dans la peiiséu de vaincre ces préjugés, Tiirgot, sous Louis XVI, essaya de cultiver celte plante dans ses terres de l'Anjou et du Limousin. Mais il ne pnl, d'aijord y réussir, et l'opposition faite à l'adoption du précieux tubercule était encore très vive à Paris et dans les localités environnantes, lorsque Parnientier, vers 1786, entreprit à son tour d'en propager l'emploi dans toutes les classes de la population. Il n'y r(''ussit qu'avec ])eine, s'attira même de vives animosités; mais le succès toutefois couronna ses efforts. La TrvfJ'f fut enfin adoptée par tout le monde, justifiant largement [lar la iiimuliLé ci j;i qualité de ses produits les prévisions favorables dont elle avait été l'objel, ainsi que les noms de Pain tout fait., de Pomme de terre, que lui avait donnés Parnientier. Une circonstance malheureuse, la disette qui suivit les premières guerres de la Révolution, aida beaucoup d'ailleurs à son succès. On comprit bientôt, sous l'empire de la nécessité, l'extrême importance de la ressource alimentaire qu'offrait le tubercule étranger, et son usage se répandit dès lors partout avec rapidité. Ce fut dans ces circonstances que F. de Neufchâteau, en mémoire des services rendus par la Pomme de terre, et pour reconnaître les elîorts de son infatigable propagateur, proposa de lui donner le nom de Parmentière, qui lui est resté.
Aujourd'hui, la Parmentière, cultivée dans toute l'Europe et sur la plus large échelle, est devenue partout l'une des plantes les plus essentielles de nos cultures, une de nos plus précieuses ressources pour l'alimentation de riiomme et des animaux. Sa culture, qui couvrait déjà, en 1840, la cinquantième partie du territoire français, atteste, par ce grand développement. l'importance qu'elle a définitivement acquise.
Variétés de la Pomme de terre.
La Pomme de terre à produit, par la culture, des variétés et des races nombreuses, se distinguant par le volume, la forme, la couleur des tubercules, l'époque de leur maturation, leurs qualités alimentaires; par le plus ou moins d'abondance des produits, le nombre des tiges de la plante, la forme des feuilles, etc. Ces particularités devant être pi'ises en considération dans le choix à faire pour les cultures, la connaissance de ces variétés devient, par cela seul, une étude des plus utiles et à laquelle les horticulteurs et les agriculteurs ont attaché toujours une grande importance.
Avant 1789, ces variétés étaient encore peu nombreuses et ne dépassaient pas dix à onze. En 1805, on n'en comptait encore que douze. Mais la vulgarisation de la culture de la Pomme de terre en a, depuis lors, considérablement élevé le chiffre, qui dépasse aujourd'hui '2 à 300. et s'augmente même tous les jours, rendant en même temps la distinction de ces variétés de plus en plus difficile, la plupart n'offrant que des caractères fugaces et insaisissables, et ]i?a\icoup d'entre elles n'étant que de simples modifications,
."i.SO SOLANÉES.
souvent leinporaircs, des types principaux, cl doiU il n'y .'i [las lieu, par suite, de faire des variétés distinctes. Dans ces conditions, il nous paraît utile de nous en tenir à l'énumération des races principales aujourd'liui connues et les mieux déterminées par la fixité de leurs caractères.
Dans la pratique agricole, d'après l'éporjne plus ou moins avancée de la nialuralion des tubercules, on distingue communément : les variétés hûlives, qui forment leurs produits de bonne heure ; et les variétés tardives, qui les forment plus tard. Mais cette distinction ne saurait servir de base à une classification des tubercules, qui ne peut rationnellement être établie que sur les caractères extérieurs et apparents de ceux-ci.
Tenant compte seulement de leur forme générale, MM. Girardin et Dubreuil divisent les pommes de terre en pcUraqucs ou rondes, parmeiHlhrs ou aplaties, et vUelotks ou cylindriques. Mais outre la forme, il faut considérer encore la couleur, fournissant un caractère non moins utile pour la détermination des types. Elle constitue même actuellement le point de départ du classement le plus généralement admis. On distingue de la sorte les Pommes de terre en jaunes , rouges et violettes; et en subdivisant chacun de ces groupes, d'après la forme des tubercules en rondes, petites ou grosses, et en demi-longues ou longues, les unes et les autres pouvant être lisses et entaillées, on arrive à former une série de classes suffisamment caractérisées et comprenant toutes les variétés connues. On distingue ainsi :
Dans les variétés jaunes :
1" Les .Jaunes kondes grosses, oompven.iiit prinoiiialement :
La Patraque jaune, Chardon, de Saxe, forme assez régulièi'ement ronde, à peau et chair jaunes, à yeux d'un rose clair; tige robuste; fleurs Wanclies ; tubercules ramassés au pied de la plante, — variété tardive, très productive, autrefois triis commune et une de celles qui ont le mieux résisté à la maladie; mais dont l'emploi des variétés plus hâtives a resti-eint la culture.
La Saint-Jean, Grosse jaune hiUive, peau jaune, un peu allongée, à chair blanchâtre, yeux violets; tige grêle, peu rameuse; feuilles étroites; fleurs lilas , — variété ancienne, productive, bâtive, mûrissant ses tubercules au commencement d'août, et ayant pris une grande importance depuis que la Patraque jaune est devenue plus rare.
Cette variété forme deux sous-races presque aussi répandues l'une que l'autre : la Shav ou Chave, la plus précoce ; et la Seyon-ac. un peu plus grosse, plus productive et de huit jours environ plus tardive que la précédente.
La Jeuxy, volmnineuse, irrégulièrement .arrondie, à peau et chair jaunes ; tige robuste, très rameuse ; fleurs blanches, très grandes, — assez hâtive.
La Ronde précoce de Paris, sphérique, de volume moyen, à chair blanche.
On peut citer encore ;
La Jaune ronde hâtive, la Précoce de Harraij, VOEU rose, la Biscuit, la Docteur liretonneau, très grosse, irrégulière, et d'un faible rendement, etc.
2° Les Jaunes kondes petites , parmi lesquelles ;
La Jeancé, régulièrement arrondie, à peau et chair jaunes, — assez productive, demitai-dive, mûrissant un mois après la Chave.
La Comice d'Amiens, un peu déprimée, régulière, à peau et chair jaunes, yeux peu enfoncés ; lige anguleuse; fleurs d'un blanc grisâtre, — très bâtive.
SOLANKIW. •••il
La HUtncharil, Œil violet, nssoz régnliJite, fli'.primi'o, yciix pvrifomlB, vinlnci-k; tipe miKiileii".c. mai'br(!o do violet; (leurs iViin violet bleiiTitro, — prc'coeitiî moyenne.
La P. de t. lie Noriitih/e, niTomlie, elmf;riiiée, à peau et clinir jiiiines , lif:a tri'S rimuMiBO ; llcur» blanolies ; tris proiluctive, — variété rocliorcliée dans les jiays froids, où elle écliappe à la maladie ; recommandée, en 18(i7, par M. lloliart, consul de Norwégc, et ayant été soumise on France h quelques essais n'ayant pas donné partout des résultats concluants.
La P. lie t. jnjrénienne , arrondie, trijs régulière, îi peau lisse, yeux peu enfoncés, d'un goût excellent et d'un rendement considérable, — variété récomment signalée par M. Vidal fdo l'Ariége), et cultivée dans plusieurs cantons des Pyrénées.
La Naine hûlire, Patraque hâtive de Philadelphie, légèrement déprimée, bossuée, de W centimètres environ do diamètre ; peau jaune, parsemée de taches dartreusos, cbair jaune serin ; tige anguleuse ; fleurs avortées ; — très hâtive.
L'/('/5/i pinli Efied, OEil rouge, OEil rose, Virole, liognon rouge et jaune, assez régulière, de (i ii 7 centimètres de diamètre ; peau jaune lavée ou jaspée de violet, youx roses, cbair jaune de beurre. mi-forme; tige à angles ondulés; fleurs violacées, — hritivité moyenne.
3" Les Jaunes longues, dont les principales sont :
La Marjolin, Kidney hâtive. Quarantaine, petite, ovoïde, arrondie, un peu aplatie, a surface unie, lisse, yeux peu nombreux, superficiels, peau et cbair jaunes; fleurs avortées ; tubercules s'agglomérant à la base de la tige, — espèce très hiltive, la plus précoce de celles cultivées aux environs de Paris, la meilleure pour la consommation pendant l'été ; mais ne pouvant être conservée ; une des plus anciennes, cultivée en Angleterre il y a plus d'un siècle.
La Marjolin seconde, 2" saison, la Brie, Quarantaine tardive, de la Helle, fleurs abondantes, grandes, rose lilas ; — mûrissant quinze jours après la précédente.
A côté delà Marjolin, l'une dos plus répandues dans la culture potagère, se rangent un grand nombre de sous-variétés, qui, malgré les noms dififérents qu'elles ont reçus, ne se distinguent par aucun caractère essentiel du type primitif, dont elles sont tontes plus ou moins issues. Nous citerons dans le nombre les variétés : Handsieorth prolific, Royal ash leaf Kidney, Alston Kidney, signalées pour leur fort rendement; les Napoléon Kidney ou Impérial Kidney, k tubercules plus nombreux et plus gros, WlUte blossomed, h fleurs blanches, Hardy, courte et d'un blanc jaimâtre. Confédérée, longue, irrégulièrement cylindrique, et assez estimée, etc.
La Jaune longue de Hollande, Cornichon jaune, Parmentiére, allongée, aplatie, lisse, ponctuée, chair très jaune ; tige couchée ; fleurs peu nombreuses, lilas clair; — variété tardive, très bonne
La Bassin, Caillaud, du Chili, irrégulièrement allongée, déprimée, lisse; peau et chair jaunes, — maturité moyenne, très productive, même en mauvaise terre; importée en 1848 du Chili, par JI. le docteur Hambron.
La Marceau, longue et généralement très grosse, chair fine et blanche, farineuse et do très bonne qualité, — variété hâtive et, par cette raison, très peu sujette h la maladie. Importée de r.\mérique du Nord, par M. Vavin, officier de la marine impériale.
La Vitclotte blanche, bosselée, youx nombreux, à crête très saillante, peau jaune clair, verruqueuse ; chair blsmohâtre ; fleurs avortées.
Dans les variétés rouges :
i° Les Rouges bondes, comprenant entre autres :
La Patraque blanche. Grosse blanche commune, Ox noble, très grosse, arrondie, bosselée, i\ peau et chair d'un blanc veiné de rose ; racine traçante ou coureuse, — variété très t.ardive, souvent mêlée à la Patraque jaune ; sa culture est aujourd'hui abandonnée.
La Bavière, ronde, grosse, poau rouge, chair jaune ; bonne pour le bétail.
Lu. Rohan, voluminouso, irrégulièrement arrondie, mamelonnée, peau rosée, nuancée de jaune, chair jaune ; fleurs blanches, — variété très productive, mais tardive, ce qui l'expose à la maladie et en a fait presque abandonner la culture: introduite, eu 1830, d'Amérique eu Europe, par le prince de Rohan, qui lui donna son nom.
532 SOLANÉKS.
La Truffe il'nnùt, Bouge ronde d'été, Rourje ronde liùlive, Madeleine rouge, irrépilit'-rement arrondie, Oéprimée , lisse, yeux très espacés et superlicicls, peau rnse terne, cliair jaune clair; tige jjrOle ; Henrs d'un blanc jaunTitre, — variiHé liàtive, mnrissant nn août; très fine, mais vieillie, usée, et sujette il la maladie.
La Tardive d'irlatide, frish-cup, assez régulière, h yeux très enfoncés, peau rouge mêlée de jaune, cliair blanche ; feuilles étroites ; fleurs petites, lilas, — tardive, mûrissant fin septembre, facile il conserver ; nue des jjIus renommées en Angleterre pour sa richesse en fécule.
La Reine blancite, tubercules gros, à peau et chair blanches ; tige courte, — variété très hâtive, mûrit avant la fin de juillet ; récemment proposée par JI. Converset, du Doubs.
5° Les Rouges longues, dont les principales sont :
La Rouge longue de Hollande, Cornichon rouge, allongée, un peu aplatie, amincie à l'un des bouts, lisse, yeux superficiels; peau rouge clair, chair jaune ; fleurs grandes, d'un blanc jaun.Ttre, — tardive, fine et recherchée, mais peu productive ; culture presque abandonnée.
La Pousse debout, Cueuilleuse, Saint-André-deSuède, allongée, aplatie, amincie aux deux bouts ; fleurs grandes, d'un blanc jaunâtre, — tardive, plus productive que la précédente, qu'elle tend à remplacer, facile à conserver, et seulement bonne en hiver.
La Constance Perrault, Yam, Igname, volumineuse, longue de 12 à 13 centimètres, presque cylindrique, arrondie aux deux boiits, peau rose verruqueuse, yeux très enfoncés, chair d'un blanc jaunâtre ; fleurs blanc lilas, — tardive.
La Vitelotle rouge, petite, cylindro-conoïde, bosselée, un peu amincie aux deux bouts, peau d'un rose un peu violacé, finement verruqueuse, chair jaime blanchâtre; tige grêle, teintée de brun; fleurs très blanches, — liâtive, mûrissant dans le mois d'août; tubercules ne se dilatant pas par la cuisson, ce qui la fait rechercher pour les usages culinaires.
La Kidney rouge, petite, ovoïde, déprimée, arrondie aux deux extérmités, surface unie, striée, yeux peu nombreux, superficiels ou peu enfoncés, peau rouge violet, chair jaune serin, liserée de violet sous la peau, — maturité moyenne.
La Long-Island , d'origine américaine, et propagée par M. Defays-Dumoncean.
Dans les variétés violettes :
6o Les Violettes rondes, offrant surtout :
La Violette à chair jaune, de Vincennes, arrondie, un peu bosselée, peau rugueuse, violet noir, chair jaune clair; fleurs rares, d'un blanc violet, — précocité moyenne, bonne qualité.
7° Les Violettes longues, offrant à citer :
La Violette hâtive. Bleue plate hâtive, ovaliforme, déprimée, peau rugueuse, d'un violet noir, chair jaune blanchâtre ; fleurs blanc lilas, — espèce hâtive, recherchée.
La Hundred fold. Cent pour un, caractères de la précédente, plus irrégulièrement sphérique, déprimée, plus tardive et propre à la grande culture, — d'origine anglaise.
Telles sont les principales variétés de pommes de leri-e, auxquelles les catalogues pubUés par les jardiniers eu ajoutent chaque jour de nouvelles, aujourd'hui cultivées, soit dans les jardins, soit dans les champs, pour la nourriture de l'homme ou pour celle des animaux, ou pour alimenter certaines industries spéciales. Dans l'appréciation de leur valeur respective, il faut considérer à la fois la quantité et la qualité des produits. Ainsi, les plus volumineuses, qui donnent le plus de produits bruts, ne sont pas toujours pour cela les plus avantageuses à cultiver; car, contenant, en général, une proportion moindre de principes féculents et alimentaires, elles sont relativement moins profitables que les autres, tout en occasionnant plus de frais pour récolte, conservation, etc. Outre que, par suite de la grande quantité
SULANÉCS. 533
d'eau qu'elles renferment, elles sont plus difficiles à conserver, en même temps moins saluhres, moins noul'rissantes. En prininpe donc, les meilleures variétés seront toujours colles (jui donneront la plus forte proportion de matière utii(!, eu égard aux frais de culture. Ija Valrwiuc jaune a été ainsi longtemps considérée conune la plus avantageuse sous ce rai)port. I^iis Vilelottes aussi sont très féculentes, mais rendent peu à la culture ; elles sont restées seulement pommes de terre de luxe.
Toutes, non plus, ne conviennent pas également pour la culture potagère et pour la culture des champs. La plupart d'entre elles peuvent, il est vrai, indistinctement recevoir l'une ou l'autre destination. Quelques-unes cependant sont plus particulièrement réservées pour la grande culture, et par suite servent seules à l'alimentation du bétail. Les variétés clioisies à cet effet n'ont point toujours été les mêmes. Avant 18'i.5, époque de la dernière invasion de la maladie, on en cultivait ainsi, dans les champs, environ une douzaine, appartenant aux diverses classes, mais choisies surtout parmi les variétés tai'dives, plus nombreuses, plus répandues et plus productives que les autres; parmi elles comptait surtout la Grosse blanche commune, la Patraque jaune ou Chardon, la Bohan, etc. Mais plus tard on s'est attaché surtout aux variétés précoces, un peu moins productives que les tardives, mais qui, venant plus tôt, semblent mieux résister, et pi'incipalement aux grosses jaunes rondes, très farineuses et fort productives encore, telles que la Chatte, la Seyonzac, la Jeuxy, etc. On cultive aussi en pleine terre la Jeancé, la CaUlaud, la Tardive d'Irlande, la Poussc-Debout, la Hundred fold, Y Igname, etc., qui, sans donner des produits aussi importants, n'en entrent pas moins avec avantage dans les assolements.
Culture de la Pomme de terre.
Bien que d'origine équatoriale, la Pomme de terre végète sous les climats les plus divers, au Nord comme au Midi. Craignant surtout la gelée, qui arrête le développement de ses tiges et la fait périr, mais, d'un autre côté, croissant avec rapidité, elle vient et développe ses tubercules partout où un intervalle assez grand, sans être trop long, sépare les saisons des gelées, c'est-à-dire partout où ses tiges ne risquent pas d'être détruites en avril ou en mai par des froids tardifs, en septembre ou en octobre par des gelées précoces, partout, en un mot, où l'avoine arrive à maturité.
Choix et préparation du sol. — La Pomme de terre, en principe, s'accommode de tous les terrains, peut croître dans les sols les plus stériles. Eu France, elle est même la plante qui parait le mieux s'accommoder de la généralité de nos terrains. La nature du sol toutefois influe beaucoup sur la qualité du tubercule, le rend, suivant son degré d'humidité, plus ou moins aqueux. Aussi réussit-elle mieux, donne-t-elle ses meilleurs produits
53i SOLANÉES.
dans les tfi'raiiis légers, ai'gilu-silici.'ux, sablonneux on calcaires, cl, en niiMne leiiips, profonds, assainis, secs et snllisauunent t'erlihîs.
Dans tons les cas, on lui consacrera avec avantage les terrains nonvel- Icnicnt défoncés, et on évitera les sols pierreux, cailloiiUMix ([ni s'opposent h la marche des instruments aratoires, rendent les ti'avaux difliciles et défectueux, ainsi ijue les sols fortement inclinés on dominés par des hauteurs qui reçoivent beaucoup d'eaux pluviales.
Quelle qu'en soit la nature, le sol, avant la plantation des pommes de terre, devi'a toujours être préparé et ameubli par des labours profonds, inçlispensahles au développement des racines et des tubercules de la plante.
La Pomme de terre, plante épuisante, exige un sol non-seulement ameubli, mais encore suffisamment fertilisé par des additions d'engrais, d'autant plus utiles que cette plante est l'une de celles dont les produits sont le plus immédiatement eu rapport avec la proportion des matières fertilisantes reufermées dans le sol, et qui ainsi paient le mieux les engrais (|u'on leur donne. On peut employer, dans ce cas, soit le fumier, soit le guano ou les engrais chimiques divers qu'utilise aujourd'hui l'agriculture.
Le fumier est l'engrais le plus communément en usage. Dans un sol léger, on pourra employer uu fumier fermenté, consommé, plus ou moins avancé en décomposition ; mais en terre forte, argileuse, compacte, le fumier l'écent, plus poreux, qui soulève et divise mieux la terre, est choisi toujours de préférence.
A défaut de fumier, on peut faire usage d'engrais énergiques, tels que purin, jus de fumier, urines, matières animales en décomposition, composts divers, etc., qui lui conviennent également. On peut employer aussi les engrais minéraux, parmi lesquels les sels ammoniacaux et les nitrates exercent l'action la plus marquée. Leur emploi, convenable surtout dans les terres légères et perméables, combiné à celui du fumier, porte la production à son maximum, et, en même temps, accroît, dans les tubercules, la proportion d'amidon et de matières protéiques. Suivant les observations de Liebig, les pommes de terre, en outre, doivent figurer parmi les récoltes qui épuisent surtout le sol en phosphates et en sels alcalins, d'où la nécessité d'ajouter au fumier d'étable des matières contenant une certaine proportion de ces sels.
Modes divers de multiplication. — On peut utiliser, pour multipher la Pomme de terre, les divers modes de réproduction en usage pour les autres végétaux, c'est-à-dire le semis, la marcotte, la bouture, et, de plus, la plantation des tubercules.
Semis. La Pomme de terre se reproduit facilement de semis ; mais elle donne rarement alors des tubercules semblables à ceux des pieds qui ont produit les semences. Aussi ce moyen de multiplication convient-il surtout quand on veut obtenir des variétés nouvelles ; c'est de la sorte qu'ont été obtenues les nombreuses races aujourd'hui connues. D'un autre côté, comme les espèces hâtives fleurissent rarement ou ne donnent que des fleurs avor-
tées, et par conséquent pas de graines, on n(; |tnnl scinei' qne les varii'Hés tardives.
Pour pi'aLifjuer le semis, ou r('[)and la K'aino en pleine terre ou sur couche.
Le semis en pleine terre exige une terre riche et très meuhle. I^a graine est l'épandne, au mois de mars, en lignes. Ce mode réussit quelquefois; mais il exige beaucoup de soins el n'est que raremoul pratiiiué.
Le serais sur couches est la méthode la plus communément u.sitée; il se fait en avril. La graine est semée clair, en rayons peu profonds, espacés de 1 décimètre, et sous abri. Les graines germent en 20 jours environ. On obtient ainsi, de bonne heure, des plants qu'on repique en mai et en juin, à 40 ou 50 centimètres les uns des autres dans tous les sens. Plus tard, on leur donne un léger buttage, et en automne ou récolte les tubercules. Ceux-ci, ordinairement très petits, sont conservés pour être replantés, dans les conditions ordinaires de la culture, par tubercules, et ce n'est qu'après cette deuxième récolte qu'on peut en apprécier la l'orme et les autres qualités.
Mahcotte ou ProvignaCtE. Coucher les tiges des pommes de terre et les couvrir de terre, jusqu'à la formation des bourgeons et des racines sur les parties enterrées. Moyen peu avantageux et inapplicable dans les cultures ordinaires.
Bouture. Couper les tiges au-dessus du sol, quand elles ont 15 à 20 centimètres de hauteur, et les replanter h moitié couchées dans des terres bien préparées, en les garantissant contre l'action du soleil et du hâle.
Quelquefois on plante les pousses produites par les yeux des tubercules conservés en cave ; on devra alors s'assurer qu'elles sont munies de quelques radicelles; ce genre de bouture, usité en Belgique surtout, est utile quand les pommes de terre sont rares.
Plantation des tubercules. Le procédé de multiplication le plus généralement suivi, celui qui jusqu'à ce jour a donné les meilleurs résultats, est la plantation des tubercules. La plante se reproduit alors par le développement des yeux, qui tous peuvent également servir à la reproduction du végétal , vivant d'abord , en attendant que les racines soient formées, aux dépens du tubercule lui-même, à la substance duquel il emprunte les éléments de sa propre nutrition.
1" Choix et préparation des tubercules. — Pour donner de bons résultats, ces tubercules, choisis avec soin, doivent présenter une forme régulière, ofl'rir exactement les caractères de la variété que l'on veut cultiver, être parfaitement sains et dans un état de maturité complète.
Un point important, souvent discuté, est celui du volume des tubercules de semence. Si l'on considère, en effet, que le jeune plant, se nourrissant de la substance de celui-ci, doit naturellement acquérir une vigueur proportionnée à la masse de matière nutritive qu'il trouve à sa naissance, on conçoit qu'il ne saurait être indifférent de planter de petits ou de gros tuber-
Sdl.ANKKS.
Cilles. ot(|iu' i'iMi\-i'i. cil [iriiicijic. il(ii\ciil clic [ilus laNorahlos à la \c^clatu)ii et. iiiU' suite, (Iduncr des lucilloui'os rijcull-cs.
Toulofois, les luIjorCLilos volumineux ayaiiL nue valeur supérieun! ei. Icnr euiiiloi ediume semis entraîuaul une perle [ilus considérable, sans coin[ilcr i|iic les [ilus gros peuvent n'èlri' i|ii"iiii priKluil aiiurinal et nuu toujours de liouue (jualité, l'habiludi! a été géiiéraleuieut a(lo[itée de choisir pour les semis les tubercules moyens, ijui donnent, au total, une récolte aussi aboiulanle i]ue les gros. Quant aux petits tuljercules, lesquels, sauf ijuand ils provitninent d'un semis de graines, peuvent n'être pas mûrs et ne pas reufernier la fécule nécessaire à alimenter les jeunes pousses, et qui, par suite, ne donnent que de médiocres produits, ils sont et doivent être toujours i-ojetés.
Outre le volume, il faut tenir compte encore, dans le choi.x des tubercules de plantation, des caractères offerts p;ir les ijciix. A ce point de vue, les observations ont fait reconnaître, depuis quelques années, deu.\ variétés de tubercules importantes à distinguer : 1° les tubercules à yeux très manjués , gros, émettant de bonne heure des bourgeons charnus, qui se changent plus tard en longues et fortes tiges, lesquelles en se formant épuisent et ramollissent le tubercule-mère; ce sont les tubercules normaux; 2" les tubercules à yeux petits, se changeant en petites protubérances de la grosseur d'un pois ou en filaments grêles qui ivépiiisent presque pas le tubercule mère, lequel conserve plus longtemps sa dureté et ses propriétés alimentaires ; c'est ce qu'on a nommé les tubercules femelles ou à fils. Oi', de ces tubercules, les premiers seuls conviennent pour semences; les autres, à demi-stériles, seront exclus de cet emploi : mais ils sont, par cela même, préférables pour la conservation et l'usage alimentaire.
Cette différence de formes des yeux s'observe d'ailleurs communément sur chaque tubercule pris isolément. Ainsi, les yeux qui se trouvent vers le bout opposé au point d'attache de celui-ci sont toujours plus apparents, se développent plus vite, donnent des produits plus mûrs que les yeux de la base, toujours moins ouverts et peu marqués. Les tubercules les meilleurs pour la plantation seront donc ceux dont l'extrémité terminale offrira les yeux les mieux développés. On devra rejeter toutefois ceux dont les yeux , même apparents, sont très nombreux et rapprochés les uns des autres, lui-iants, qui donnent alors beaucoup de tiges et peu de tubercules, et ne garder que ceux à yeux bien espacés, qui produisent des tiges fortes et des tubercules meilleurs.
Les tubercules choisis sont, autant que possible, implantés entiers. S'ils sont volumineux, on les divise en fragments ou quartiers, à chacun desquels ou laisse un œil ou deux, et que l'on coupe habituellement eu biseau, de façon à conserver autour des yeux assez de chair pour alimenter la jeune pousse et à diminuer la surface altérable par l'humidité du sol.
On a cherché à se rendre compte de la valeur de ce mode de planta-
S0LANÉK6. 337
tioii, au moyen de tubercules divisés, qui ;i l'avauUige dï'coaoniiser une quantité notable de tubercules, 'c6'mi)arativunieut à la plantation des tubiircules entiers, (jui paraît l'avoriser le développement de la jeune tiye eu lui fournissant une plus l'orlu [iroportion de principes nutritifs. Mais on ne peut fixer aucune règle absolue à cet égard, ainsi que; l'ont démontré l(!s ri'sidtats coatradictoii'es donnés par des essais comparatifs de l'une et de l'autre méthodes, et qui tiennent : d'abord, à ce qu'on n'est pas fixé quant à la part exacte que prend la Pomme de terre sur le développement des tiges (jnelle produit, et ensuite à ce que cette part doit nécessairement varier avec le nombre des tiges formées, avec le plus ou moins de ressources alimentaires que celles-ci empruntent au sol ambiant.
M. Victor Clialel , de Valcongraiu (Calvados), qui depuis de longues années s'occupe de la culture de la Pomme de terre et des améliorations à lui apporter, a donné, sur le choix et le mode d'emploi des tubercules de plantation, des préceptes qu'il convient de rappeler. Ainsi, M. V. Chatel, outre les règles ci-dessus indiquées, recommande de planter dans les terres médiocres des gros tubercules, qui seuls alors peuvent former une belle tige, et de choisir, pour les bonnes terres où des tiges trop vigoureuses, attirant à elles une partie de la sève, nuiraient au produit total, des tubercules de moyenne grosseur ou les gros tubercules divisés. Il reconnaît dans chaque tubercule deux parties : la base ou la moitié correspondante à l'insertion sur la tige souterraine, et la couronne ou la moitié opposée, entre lesquelles il en distingue même une troisième ou partie centrale. De ces diverses parties, suivant M. Chatel, et comme l'ont depuis longtemps observé les Anglais, la couronne, dont les germes sont plus nombreux, plus vigoureux, plus hâtifs et plus prodntifs, est seule bonne pour la plantation, la base ne donnant que des germes iiliformes, peu vigoureux, tardifs, d'un produit toujours plus faible.
Au lieu des tubercules eiîtiers ou coupés par quartiers, ou plante quelquefois, soit la pelure seule munie des yeux, ou les yeux seulement détachés des tubercules et auxquels on a laissé nu peu de pulpe. Ce moyen a été conseillé par ceux qui n'admettent pas que le tubercule concoure d'une manière nécessaire au développement des germes et des tiges qui en naissent ; et la pratique en a souvent confirmé la valeur. Des expériences ont été faites en Angleterre par divers agronomes et à diflerentes époques; des germes seuls laissés sur un fragment conique de pulpe et des quartiers entiers ont été plantés alternativement dans le même champ, et ont produit autant les uns que les antres.
Appliquée en France, où la terre est plus sèche et où l'humidité du tubercule est utile pour suppléer à celle du sol, cette méthode n'a fourni que des résultats peu avantageux ; beaucoup de pieds ainsi plantés ont avorté, ou n'ont formé que des tiges grêles, courbées, se soutenant à peine et ne produisant pas pour payer les frais de culture. Aussi la plupart des auteurs qui l'ont mentionnée ne l'ont-ils fait (jue pour la proscrire.
'?' Qtiaiilité de ti(hn-iiili:.'t. — La quantité dos tubercules à employer dans la phuitaliou varie suivant le nonibrt; de toull'es que l'on veut ol)tcnir, la richesse du sol, le volume des tubercules, etc. Dans chaque hectolitre, on compte :
Ponmies de terre grosses, 500 à 600 pesant cliacune 100 à 150 gr.
— moyennes, 900 à 1,000 — 50 à 70 gr.
— petites, 2,000 à 5,000 — 15 à 40 gr. LV après cela, ou voit qu'en employant des [)0mnies de terre grosses, il
faut, eu volume, deux ou trois fois plus de tubercules qu'en employant les moyennes ou les petites. D'où la préférence accordée aux moyennes ou aux grosses coupées par le milieu ; il en faut alors, en moyenne, de 20 îi 25 ou 30 hectolitres. Avec les petites, il en faut beaucoup moins: 8, 10, 15 hectolitres, suivant les cas, sufTisenl ; mais on n'obtient que de faibles produits.
3° Epoque de la plantation- — Dans les cultures ordinaires, on plante les pommes de terre, selon l'état du sol, les variétés, le climat, du mois de mars au mois de mai. Les plantations tardives sont recommandées quand le sol est argileux et humide, le printemps pluvieux. Mais dans les terrains sablonneux, siliceux, on prescrit de planter de bonne heure, afin que les tubercules aient le temps de se former avant les grandes sécheresses, qui arrêtent leur croissance, même s'il survient des pluies tardives, lesquelles non-seulement ne favorisent pas les tubercules formés, mais activent leur altération, en faisant naître à leurs dépens de nouveaux tubercules qui restent chétifs, fades et impropres à la consommation. Le choix de la variété fait d'ailleurs varier beaucoup l'époijue de la plantation. Ainsi, aux environs de Paris, on plante les plus précoces dès la première quinzaine defévrier, et l'oncontinue ensuite à planter, de semaine en semaine, jusqu'à la fin de mai.
Quelques agronomes , parmi lesquels nous devons citer MM. Leroy- Mabille, P. Joigneaux, V. Chatel, Bossin, s'apphquent depuis quelques années à préconiser, comme méthode générale, cette plantation hâtive, et même la plantation à l'automne, ayant pour effet d'assurer une plus complète maturation du turbercule. Nous reviendrons plus loin sur cette plantation anticicipée ou autumnale, quand nous nous occuperons de la Maladie de la Pomme de terre, contre laquelle elle a été plus particulièrement prescrite.
4" Modes divers de plantation. — On peut recourir, pour planter les pommes de terre, aux différents moyens mis en pratique pour les semis ordinaires ; on peut planter ainsi :
Au semoir, à l'aide de l'un et de l'auti-e des divers instruments de ce nom; méthode peu suivie, vu l'inconvénient qu'offrent les semoirs de ne pas recouvrir les tubercules;
Au plantoir, procédé convenable dans les terres très meubles, mais exigeant que les yeux ne soient munis que d'une très faible quantité de pulpe;
A la houe à main, qui convient pour les terrains de peu d'étendue ou très inclinés ; l'ouvrier se met à cheval sur la ligne, portant à côté de lui le pa-
SOLAiNKUS. 530
uiei' l'eiil'unuaiU les LiiljerruluH; il ouvfo lii lurru dovaiit lui , un rcjoliuil la turre en unière sur le préoôdeiit U'ou, placcle Uiljoi'cult!, et l'ail un noiivoaii pas:
A la. bêcliK, procédô applicable partout; l'ouvrier se place à un boni du champ, creuse avec la bôcije un trou de 20 à 25 centimètres de profondeur, et dans lequel un enfant, portant ini panier contenant les tubercules, en place un aussitôt; l'ouvriei- l'ait un pas en arrière, creuse un nouveau trou dont il rejette la terre dans le premier et ainsi de suite.
A la, charrue, méthode à peu près la seule applicable dans la grande culturc. Souvent, alors, on proiite du labour de plantation pour enterrer le fumier; mais celui-ci alors doit être à demi-décomposé. Ou l'exécute de deux manières, en billons ou à plat.
Pour le smnis en billons, on fait avec la chari'ue ordinaire, ou mieux la charrue double ou bnttoir, une série de sillons séparés par des ados. On dépose dans ces raies le fumier et les tubercules ; puis, aveu la môme charrue, ou refend les ados, de manière à enterrer complètement les tubercules de part et d'autre, bi les ados n'étaient pas très réguliers, on leur donnerait une forme bi-couA^exe avec un râteau ou une herse courbe. Ce moyen convient pour les terres peu profondes et quand on a peu de fumier.
Le semis à plat, qui convient quand le sol peut être labouré en planches et quand on a beaucoup de fumier, consiste à recouvrir successivement chaque raie semée par la terre que rejette la charrue en traçant un sillon voisin.
Sur les lignes, les tubercules sont espacés de 25 à 30 et jusqu'à 50 centimètres, les variétés hâtives étant maintenues toujours plus rapprochées. On peut ainsi, par hectare, suivant l'écartement des pieds et des hgnes, planter de 30 cà 50,000 pieds.
Quant à la profondeur des semis, elle varie également. En principe, elle sera peu considi''rable, les pommes de terre produisant d'autant plus qu'elles sont plus superficielles. Gela est vrai surtout pour les terres fortes, argileuses, dont la nature compacte oppose plus de résistance à la sortie des pousses et à la formation des tubercules. Dans les terres siliceuses, on peut planter plus profondément. La moyenne est de 20 à 25 centimètres.
Soins de culture. — Quand la plantation est achevée, il convient, surtout si on craint la sécheresse, de passer sur les billons une herse i-enversée ou un rouleau, qui, en comprimant le sol, en conserve l'humidité. Puis, dès que les premières pousses apparaissent, en mai ordinairement, on pratique, à l'aide d'une herse à dents de fer ou d'un extirpateur, que l'on fait passer dans tous les sens, un hersage énergique qui ameublit la couche arable, favorise la sortie des tiges tout en détruisant les mauvaises herbes. Plus tard, quand les tiges atteignent 20 centimètres, on pratique, avec la houe à cheval, un binage que l'on renouvelle une ou plusieurs fois, s'il est nécessaire, de manière à purger le sol de toute végétation parasite et à niveler le terrain en comblant les trous.
Il est bon. en même temps, de mettre les premières plantations à l'abri
des geU^es tardives, à l'nidc ^\^'. paillnssousdisiiosi's (mi lignes ilucoir du nord, ou de CCS abris dits brise-vcnis, qno Tnn |)('nl, conslrnire iivec les matériaux iiue l'on a sous la main.
On a conseillé aussi d'enlever, après leur sortie do tern,', les petites pousses, et de ne laisser que les plus vigoureuses, de façon à avoir des tubercules plus développés. Mais il n'est point prouvé que le produit définitif alors soit plus considérable.
Une opération complémi'utaire, sur les avantages de laquelle ont été émis des avis assez opposés, est lebultage, consistant à relever, avec la binette ou la charrue à deux versoirs, la terre autour de chaque touffe, et ayant pour but, en préservant les tubercules de la lumière, en concentrant la fraicheur autour des racines, de favoriser le développement des pommes de terre et d'en augmenter la récolte. Cette opération, effectivement, n'est point également indiquée dans tous les cas. Ainsi sur les terres compactes et humides, elle est inutile, sinon nuisible, surtout si les racines pénètrent profondément. Elle devient au contraire avantageuse sur les terrains secs et peu profonds, et quand la plante produit ses tubercules près de la surface du sol. Dans tous les cas, le buttage sera borné à la superficie du sol, de façon à ne contrarier ni la naissance, ni le développement du tubercule. Pour le même motif, il ne devra être pratiqué qu'une fois et au moment où la plante, jeune encore, n'a pas à en souifrir. Dans ces conditions, il laisse la récolte superficielle et favorise l'arrachage.
M. Victor Chatel, se fondant sur les résultats obtenus à la suite d'expériences nombreuses, conseille de butter aussitôt que l'extrémité des tiges commence à percer la terre, et non lorsque celles-ci ont atteint une certaine hauteur. Les avantages de ce buttage hâtif tiennent à ce que les tubercules, se formant, non sur les racines de la plante, mais sur ses tiges souterraines d'abord, et ensuite sur les parties de ses tiges aériennes ou foliacées transformées par le buttage en liges souterraines, on ne peut espérer voir les tubercules se former sur celles-ci qu'autant qu'on n'a pas attendu qu'elles se soient déjà couvertes de feuilles et de petits rameaux. Par le buttage pratiqué au moment même où la tige ascendente commence à montrer hors de de terre son petit bouquet terminal de feuilles, on favorise la continuation de cette végétation souterraine et tuberculifère ; tandis que si l'on attend trois semaines ou un mois, on retarde d'autant la transformation de la végétation fohacée en ramifications partant des tubercules, et ceux-ci, ne pouvant naturellement acquérir le même degré de maturité que ceux de première formation , n'ont plus la même valeur et sont davantage sujets à contracter la maladie.
On a conseillé encore, dans le but de se procurer un supplément de matières fourragères, sans croire nuire de la sorte au développement des tubercules, la section des tiges de la Pomme de terre avant la formation des fleurs. Cette pratique fut essayée, dès 1778, par J. Andersen, qui reconnut
SOLANKES. .■>'! 1
que le poids des fanes ainsi obteiiu s'élevait à son in;i,\iiniini, si on oiji-re la section au momenl. où les plantes prennent fleurs, et (|u'il diniinne ensuite de plus on plus à mesure que la maturation avance. M;iis ou ih; larda pas à constater, en môme temps, d'abord, que Fou n'oblioiit ainsi qu'un fourrage médiocre et presque de nulle valeur, et, en second lieu, qm; l'on diminue dans une proportion considérable le clnlli'e de la récolte. La perte est îles .^j/(j au moins si on coupe les tiges au moment où elles entrent en fleurs ; elle e.st moindre, si la section est faite plus tard ; mais elle est toujours assez considérable pour n'être pas compensée par le prix , quel qu'il soit, attribué à la récolte des fanes. Aussi la coupe anticipée des tiges est-elle aujourd'hui complètement abandonnée.
Une autre pratique, de nouveau recommandée ces derniers temps, est Venlèvement des peurs, conseillée par quelques agriculteurs comme un moyen d'accroître la production des tubercules, cette soustraction ayant pour efl'et, en empêchant la formation des fruits, lesquels consomment une grande partie des sucs de la plante, de laisser ceux-ci se porter sur les tubercules et d'en activer le développement. On a cité, notamment, une expérience faite par un agriculteur du Nord, M. Lenormand, qui, sur un champ de pommes de terre dont les fleurs avaient été alternativement enlevées et conservées, constata, à la récolte, une différence de rendement énorme; chaque pied dont les fleurs avaient été enlevées donna ainsi un poids moyen de 15 Idlog. de tubercules, le produit des autres n'ayant pas dépassé 2 kilog., soit une récolte environ huit fois plus considérable. Quelque conflance que puisse inspirer le nom de l'expérimentateur, un pareil résultat ne saurait être accepté sons une expresse réserve, d'autant que le procédé en question n'est rien moins que nouveau, qu'il était pratiqué en Belgique, notamment, il y a plus d'un demi-siècle, et que s'il n'est pas généralement adopté, c'est qu'il ne doit pas offrir, en réalité, tous les avantages qu'on lui attribue.
Les auteurs ont mentionné souvent la culture irlandaise comme plus productive que la nôtre, et offrant surtout l'avantage de donner des pommes de terre sur des terrains naturellement trop liumides pour cette plante. Cette culture, bien décrite par Shepperson et Reynolds, en 1 796, se fait communément sur prés rompus, et consiste à diviser le sol en planches ou bandes larges de 10 à 15 décimètres, séparées par des espaces d'un tiers de la largeur des bandes, et non plantés. Ces planches, labourées à la bêche ou à la charrue, reçoivent le fumier ; puis on y place les tubercules, espacés de 25 à 30 centimètres dans tous les sens, et on les recouvre de 7 à 8 centimètres de terre, prise dans les espaces non plantés. Quand les plantes ont quelques centimètres de hauteur, on les recouvre d'une nouvelle couche de terre, prise dans les mêmes tranchées ; l'opération est répétée plus tard une troisième fois, et on attend ensuite la récolte.
Les pommes de terre, ordinairement cultivées seules, peuvent s'associer au maïs, aux pois et à d'autres plantes sarclées, que l'on sème alors entre les
.IVZ SOI.A.N'KIÎS.
liyiios (le lubcrciilos. Ainsi, RI. V. (Jliah'l. npiTs le liiillaye, sènio au l'oiul de (chaque rigolo iiilcrinriliairc ilrs harirots nains, dos carottes ou iiavots divers, des lurnops, dos liettoi'aves l'o\n'ra gères ou jiotayères en repii|nage. M. Bossin les associe surtout à la bolterave. A cet elJbl, en automne, il l'ait creuser, h 80 centimètres de distance, des fossés profonds de 30 centimètres, dont la terre, rejetée dans les intervalles, forme des ados qui subissent la gelée. Dès les premiers jours du priutemps, il sème les tubercules dans les fossés, les recouvre do fumier, de chillbns de laine, etc., et sur les ados, légrremenl creusés, il sème la betterave ; la terre rejotée tombe sur les tubercules. Peu après, les betteraves sont binées, et la terre, en retombant, opère une sorte de buttage de la Pomme de terre. Les mauvaises herbes aussi sont rejetées dans le fossé, et quand vient le moment de l'arrachage, le fossé est pres(jue comblé. L'année suivante, on fait l'inverse, et tout lo ti>rrain se trouve défoncé.
Une pi'ati(|ue complémentaire, applicable aux différentes méthodes de cultiu'e en usage, est Vnrrosarjc, dont on use surtout dans lo Midi, généralomenl après le buttage, et qui, lorsqu'il est mis eu usage ;i propos, a toujours paru donner des résultats avantageux.
Culhtre forcée. — Le système de culture que nous venons de décrire, le plus généralement mis en pratique et le seul qui convienne à la grande culture, s'applique aux pommes de terre devant être récoltées en automne , d'où le nom de culture automnale qui lui est donné. Il est des cas toutefois où l'on désire pouvoir récolter plus tôt les tubercules, obtenir, par exemple, dès le mois d'avril, des pommes de terre nouvelles. On doit recourir alors à une culture forcée ou priutanière, en usage chez les maraîchers de Paris et de la plupart des grandes villes.
A cet effet, il convient d'abord de choisir une variété très hâtive : la Marjolin surtout convient alors, et même elle est la seule jusqu'à ce jour employée. Les tubercules sont plantés, dès le mois de décembre jusqu'au milieu de janvier, sous couches de fumier recouvert de bonne terre et sous châssis, que l'on entr'ouvre.pour donner de l'air aux pousses, quand le soleil se montre. Avec une variété très hâtive, on peut, de la sorte, avoir des produits dès la première quinzaine de mars. On peut même avoir une seconde récolte forcée en attendant les pommes de terre semées à l'air libre; la saison étant plus douce, on peut, dans ct cas, se dispenser des châssis, et se borner, pour protéger les pousses, à l'emploi des paillassons pendant la nuit et pendant les giboulées.
On a essayé encore, pour avoir des récoltes très hâtives, la germination anticipée, consistant h faire entrer en végétation, avant de les planter, les tubercules destinés aux semis. A cet effet, on place les tubercules soit dans dos bourriches à huîtres, soit dans des caisses à claire- voie, que l'on dispose dans un local garni de tablettes superposées comme un fruitier, en ayani soin de ne mettre que peu de tubercules à la fois, et de les disposer en luio
SOLAiNKKH. .) (.»
seule coiu'Ik!. AnssilôL i[\\i; les fjcjrnics ont acquis iiii (■crljiiii iir'\'clij|i|ji;iiieiii, 011 les plante sur couche, cl ou eu (jlilJoul, dos [n'oiluils )iraur,(ju|i plus liàtirs que de ceux mis eu terre saus avoir yernié.
Ce procédé de culture, qui tend à se généraliser, u'est point nouveau. Pratiqué depuis longtemps en Amérique, et probablement aussi en Europe et en France, il n'a commencé toutefois que vers 1830 à se répandre.
Arrachage. — L'époque do l'arrachage des pommes de terre varie suivant le plus ou moins de hâtivilé de la végétation. Dans tous les cas, il convient d'attendre que les tubercules soient à parfaite maturité; alors seulement ils sont de meilleure qualité, plus riches en fécule, moins a(jueu.\, pai- suili' filus nourrissants et ils diminuent beaucoup moins après la récolte.
Seulement, les auteurs ne s'entendent pas sur ce qui constitue la maturité des pommes de terre, car elle n'est pas indiquée, comme celle des fruits, par des caractèi'es précis. Elle ne correspond pas, d'ailleiu's, à la maturité des baies, qui sont toujours mûres avant que les tubercules aient pris leur entier développement. Elle n'est pas indiquée, non plus, parla faculté d'émeir tre des tiges, puisque les tubercules en produisent à toutes les périodes de leur croissance. On ne peut que l'indiquer arbitrairement et la fixer au moment, par exemple, où le tubercule en terre ne peut plus ni croître, ni gagner en qualité : moment lui-même fort difficile à déterminer, et dont on peut seulement supposer l'approche quand les feuilles se dessèchent et commencent à jaunir, et bien qu'alors les tubercules puissent encore se développer.
L'arrachage peut d'ailleurs être plus ou moins avancé par rapport à ce moment. Ainsi, pendant longtemps, on s'est prononcé pour l'arrachement prématuré, qui offre l'avantage de laisser plus de temps pour préparer le terrain à la culture suivante, tout en évitant l'action des fortes gelées sur les tubercules. Il convient encore pour les variétés précoces, comme le sont aujourd'hui la plupart de celles destinées à l'usage alimentaire, et que l'on arrache du 15 août au 20 septembre.
A quelque époque qu'on opère, il faut choisir toujours un beau temps, attendi'e que l'air soit bien sec et la terre bien égouttée. L'opération est alors plus facile, moins dispendieuse; les tubercules se nettoient plus aisément, n'ont pas besoin d'être lavés, et se conservent mieux.
L'opération peut se faire à la fourche, à la houe et à la charrue.
L'arrachage à la fourche ou à la bêche n'est possible que dans une terre sablonneuse. On implante l'instrument à quelque distance de la touffe, et par un mouvement de bascule, on la soulève hors de terre. Il ne reste plus qu'à retii'er les tubercules avec la main, en ayant soin de remuer plusieurs fois le sol avant d'arracher une seconde touffe.
Pour l'arrachage à la houe, on se sert d'une houe fourchue, dite crochet, avec laquelle l'ouvrier, suivant un sillon, eiilève d'un coup une touffe placée dans le sillon à côté, à gauche, et qu'il ramène à lui: de la main, il en sépare
les tiiliercMilcs (|iril jelte (le côté; il fouille de noiivcnn ]r. soi pour rechercher ceux qui auraiiMil pu échapper, et il couliinic on allaiil en arriére. Au bout du sillou, il se rel.ourne, et suit la rau^^éc voisine eu rejciaut les tubercules extraits dans la ligue où sont les pr-euiiers et oii ils sont ramassés par un autre ouvrier, une femme ou uu enfant. Un homme arrache ainsi 8 à 10 ares par jour.
L'arrachage à la charrue s'opère au moyen d'une charrue à un ou deux versoirs, avec laquelle on soulève en peu de temps toute une l'augée; ce mode est le plus expéditif; mais il laisse toujours dans le sol une grande quantité de tubercules dont la perte n'est point compensée par l'économie de main-d'œuvre que l'on réalise de la sorte. On diminue cet inconvénient en faisant passer après la charrue une herse ou un scarificateur à dents rapprochées, qui ramène à la surface les tubercules restants. Les Anglais, pour cette opération ont fabriqué diverses charrues spéciales, dont une, spécialement imaginée par Lawson, vers 1840, ayant un versoir à claire- voie, formé de bandes longitudinales, qui séparent les tubercules de la terre, les laisse en lignes sur le côté de la voie ouverte, pendant que la terre s'en sépare eu passant à travers le versoir.
L'essentiel, dans tous les cas, est d'arracher les tubercules en totalité, car ceux qu'où laisserait dans la terre seraient détruits par le froid ou les bêtes sauvages, ou germeraient l'année suivante et infecteraient les nouvelles récoltes.
On devra, en même temps, éviter de blesser les tubercules d'approvisionnement, qui ont besoin d'être intacts pour ne pas pourrir.
Après l'arrachage, si le temps le permet, on étale les tubercules sur le sol, où on les laisse sécher aA^ant de les rentrer. Ou peut les garder ainsi quelques jours, mais en ayant alors le soin de les couvrir de fanes, le soir, pour les préserver des gelées nocturnes, et de les découvrir, le matin, pour leur faire subir l'action de l'air et du soleil. Comme le verdissement qu'ils éprouvent alors les rendent en même temps âpres et impropres à être mangés, il importe de ne pas laisser longtemps à l'air ceux destinés à la consommation. Mais à ceux de plantation, il est au contraire avantageux, pour les produits futurs, de faire prendre cette teinte verte.
Le moment de l'arrachage est d'ailleurs le plus favorable pour distinguer et choisir les tubercules de semis, lesquels doivent être pris sur les pieds les plus productifs et les plus sains, et conservés ensuite dans un grenier sec jusqu'à la plantation.
Conservation. — Après l'arrachage, les pommes de terre qui doivent être conservées seront mises à l'abri : de l'humidité, qui les fait pouiTir ; du froid, qui les désorganise en congelant leur eau de végétation et fait également naître la pourriture; de l'air renouvelé, qui les dessèche; de la chaleur, qui les fait germer ; de la lumière, qui les fait verdir et contracter un goût âpre, peu agréable. On les dépose, à cet effet, quelquefois en grange,
SOI.ANKIOS. fj'iS
derrière les gerbes, mais le pins, commniirini'iil, diuis dos caves, des celliers, et dans des fosses ou silos. ' "*
Les caves et celliers doivont être obscurs, secs, frais, bien clos, peu aérés. Les meilleurs sont ceux où règne une température uniforme et où le thermomètre ne descend pas au-dessous de 0". Si ces locaux sont humides, on y laisse l'air circuler, excepté cependant quand il gèle. Les tubercules y sont déposés en tas, isolés du sol et des murs par des cloisons en planches ou des couches de paille, encaissés par des claies ou des branchages, des planches, de la paille, etc., ou recouverts de sable. Dans les tas eux-mêmes sont interposés des branchages ou bourrées qui laissent échapper l'air échaulfé, les gaz formés.
Un cultivateur de l'Isère, M. Fauré, conseille, pour éviter les inconvénients du contact avec le sol, do placer les tubercules dans un ou plusieurs tonneaux défoncés, dont le fonds restant est percé d'un grand nombre de trous de la grosseur du doigt. Ce tonneau est placé sur trois pieds de briques, puis rempli de tubercules, qui s'y maintiennent, ainsi que l'ont montré quelques essais, dans un parfait état de conservation.
On a recommandé aussi, et plus spécialement pour les tubercules de plantation, l'emploi de boîtes à claires-voies, de dimensions variables, peu profondes, pouvant se superposer et prenant l'air de tous les côtés. M. P. Joigneaux, qui a fait usage de ce moyen, en se servant de boîtes contenant environ SOOldlog. de tubercules, constate que les pommes de terre passent ainsi très bien l'hiver ; qu'au printemps, elles sont sans germes ou à peine germées, aussi fermes qu'à l'époque de l'arrachage, par conséquent dans un état parfait pour la production. Les pommes de terre de semis sont conservées de la même manière. Ce procédé exige une grande surveillance dans les temps de forte gelée. Bien que les tubercules aérés soient plus résistants au froid que les tubercules empilés en cave, il est toujours prudent de les recouvrir pendant la nuit avec de la paille ou de vieilles couvertures de laine hors d'usage, et de les découvi'ir dès que la température s'élève.
Tout récemment, il s'est fait un certain bruit autour d'un procédé de conservation, annoncé comme une découverte due à M. R.-R. Gauthier, et qui consiste simplement dans l'emploi de ces mêmes boîtes à claire-voie, déjà parfaitement connues. Ces boîtes, dit l'auteur, sont de O^^BS à 0"',60 de longueur, 0'",35 de largeur, et 0™,12 à 0"',15 de hauteur. Après lés avoir remplies de tubercules réservés pour la plantation, on les place à la hauteur que l'on veut, l'une sur l'autre, dans un endroit sec et à l'abri de la gelée : dans un grenier ou dans une grange, pourvu que le lieu choisi soit parfaitement aéré, de manière que l'air puisse circuler facilement à travers les boîtes.
A ce procédé très simple, mais non précisément neuf, M. Gauthier attribue des avantages nombreux, mais beaucoup trop problématiques, pour qu'il soit utile de s'y arrêter.
On a encore songé, et depuis longtemps, à conserver les pommes de terre
Mb Sni.ANMiKS.
dans des fosses on silos, creusés dans \u\ (eri'ain solide (^t. sec, et très variable, d'ailleurs, par leur nombre i^l leiu's dimensions. Dans \v. Nord, on les re(^ouvre, en outre, d'une couclie de terre assez épaisse pour que la gelée nu les puisse atteindre. On les fait plutôt petites que grandes, sauf à en creuser un plus grand nombre, parce i[uù la fermentation est alors moins à craindre, et que l'on vide plus promptement quand elle est entamée, une petite fosse (|u'unc fosse de vaste étendue.
Les dimensions les plus ordinaires de ces fosses, ordinairement l'ectangulaircs, ont 1"',30 de profondeur, l"',60de largeur et une longueur déterminée par la quantité de tubercules à conserver. On les remplit jusqu'au niveau du sol, et même un peu au-dessus, en les terminant en dos-d'âne ; on couvre le tout avec la terre extraite, que l'on a réservée autour, et que l'on dispose en pente, en la comprimant avec la pelle, de manière à former un monticule compacte portant les eaux pluviales assez loin du tas.
Une autre méthode, usitée en Angleterre, est celle dite en pâté, qui paraît olfrir d'assez grands avantages. Ayant choisi un sol très sec, on le reconvi'e d'une couche de paille, sur laquelle on entasse les tubercules jusqu'.à la hauteur de 1 mètre à l'",30; le tas, d'une largeur de l'",60 environ, est recouvert d'une couche de paille, puis d'une couche de terre, puis d'une autre couche de paille, que l'on dispose en toit, arrivant jusqu'au sol, et au bas desquelles on creuse, comme dans le cas précédent, des rigoles latérales qui reçoivent les eaux de pluies.
D'autres fois, on se borne à placer les pommes de terre à la surface du sol, en tas séparés ayant la forme de pains de sucre et hauts de 1 mètre, recouverts de même de paille et de terre battue prise dans une petite l'igole que l'on creuse autour du tas.
Quel que soit d'ailleurs le procédé adopté, surtout lorsque les pommes de terre ont été mises en tas découverts, il importe de visiter ceux-ci de temps en temps pour s'assurer de l'état des tubercules, et, au moins deux fois l'hiver, de remuer les tas, et pour replacer ensuite les pommes de terre en sans inverse de la position qu'elles occupaient. S'il y a commencement d'altération, il faut immédiatement séparer les tubercules gâtés, et placer les autres, dans un endroit meilleur, eu couches plus minces. Si c'est la gelée qui les a atteints, on se bâtei'a de séparer ces tubercules attaqués, lesquels, en dégelant, laisseraient échapper de l'eau qui. humectant toute la masse, en empêcherait la conservation ultérieure.
Ainsi, M. V. Chatel conseille de chauler les tubercules, au moment de la récolte, dans un bain composé : pour ceux destinés à la consommation, d'eau de chaux fortement salée, et pour ceux destinés à la plantation, de purin ou d'urine, avec addition de 4 parties de chaux et 1 partie de sel. L'opération est facile ; les tubercules sont mis dans un panier, et on les plonge dans le bain refroidi, à plusieurs reprises, en les y laissant chaque fois une on deux minutes ; après quoi on les étend pour les égoutter et les
laisser socJmr avant de les reiilrer. Celle iinniersioii ciciitris(j les jilaies, lait disparaître toute trace de inaladit!, s'il ou e.\ist(!, et (;iifiii , ])rés(;rve les lubei'i;ides de la riîriuiMilaLioii, ce i|iii les ein|jè(;lii; de se gâter.
Parfois, malyré toutes les précaul-ioiis(jue l'on a [)U prendre, les jiomnies de terre sont surprises par la gelée; il ne luut pas pour cela considérer les tubercules comme entièrement perdus; il est, en eiï'et, possible encore aloi's de les conserver en usant d'un moyen simple, conseillé par Berthier ; il consiste à les étendre sur le sol et à les y abandonner pour que les pluies les lavent et qu'ils se dessèchent spontanément. Alors ils durcissent, Jj-huK'bissent et peuvent ensuite se garder longtemps. Cependant on en tire alors lui meilleur parti eu les transformant inmiédiatement en fécule.
Mais ces procédés divers de conservation ne réussissent pas toujours. Malgré tous les soins que l'on a pu prendre, les pommes de terre, entassées dans les caves ou les silos, souvent fermentent, se corrompent ou émettent de nombreuses pousses étiolées qui diminuent sensiblement leurs propriétés nutritives. C'est aiin de remédier à cet inconvénient que l'on a tenté, à diverses reprises, pour les tubercules destinés à la consommation, au lieu de les conserver entiers et intacts, de les soumettre à certaines préparations préalables de nature à anéantir les diverses causes d'altération au.\quelles ils sont exposés.
On a conseillé, ainsi, de les passer au four, après que le pain en a été retiré, pendant cinq minutes ; cela suffit pour faire périr les yeux ; après quoi les pommes de terre sont portées dans une cave, où l'humidité qu'elles absorbent leur rend leur aspect primitif. En les desséchant à une température moindre, on peut même conserver les yeux. Ainsi, des pommes de terre soumises, pendant une heure, à une chaleur de 40 degrés, peuvent encore servir à la consommation et même à la reproduction. M. Chatel assure avoir replanté avec succès des pommes de terre qui, extérieurement, paraissaient entièrement desséchées.
Un autre moyen depuis longtemps en usage consiste à réduire les pommes de terre en farine et à les conserver sous cette forme ajjrès les avoir soumises à une compression suffisante pour bien les dessécher. Plusieurs procédés ont été indiqués pour cette préparation. Dans les Annales d'Arthur Young (1797) se trouvent mentionnés les deux suivants : 1" peler, puis râper les pommes de terre et mettre la pulpe sous la presse entre deux toiles grossières ; il en sort un gâteau mince, qu'on fait sécher. Le volume est réduit au sixième, et le poids au tiers ; mais à la cuisson ces gâteaux donnent autant que l'eussent fait les pommes de terre employées ; 2° laver et piler les tuberculer sans les peler, puis les mettre à la presse comme les autres ; on obtient ainsi une grande économie de main-d'œuvre, mais las gâteaux sont moins lilancs et se conservent moins bien.
Dans plusieurs localités, en France, on suit un procédé analogue. Les tubercules, coupés en tranches minces, sont déposés dans des baquets où
ils baignent complétemoiil. dans l'can. An liont de quelques jours, celle-ci devient rouge, et contracte une mauvaise odeur; on la fait écouler et ou la remplace par une nouvelle eau qu'on laisse écouler à son tour quand elle s'altère. Dès que les tranches peuvent s'écraser i'acilcmeut entre les doigts, la macération est jugée suffisante, et les pommes de terre, retirées de l'eau et égouttées, sont mises à la presse dans des sacs de toile; les gâteaux qu'on en relire sont séchés au soleil on dans un four modérément chauffé, puis portés au moulin et réduits en farine. Celle-ci, bien qu'imparfaitement blanche, la peau n'ayant pas été enlevée, est légère et facile h conserver si on la met à l'abri de l'humidité. Ce moyen est également applicable aux pommes de terre atteintes par la gelée; celles-ci sont d'abord trempées dans l'eau jusqu'à ce qu'elles soient dégelées ; après quoi on les traite comme il vient d'être dit.
Un autre moyen usité en Angleterre, et décrit dans pjlusieurs journaux, est la cuisson immédiate combinée à la salaison. Les pommes de terre arrachées sont brossées et lavées à plusieurs reprises; puis elles sont soumises à la cuisson dans l'eau ou à la vapeur, écrasées dans un vase quelconque, et étendues en couches superposées, qui sont successivement recouvertes de sel. On obtient ainsi une masse pulpeuse et salée, qui, grâce au sel, résiste parfaitement à la putréfaction, et qui constitue pour tous les animaux de la fei'me, chevaux, vaches, porcs, oiseaux de basse-cour, une provisioiî pouvant être conservée jusqu'au printemps.
Rendement. — Le rendement de la Pomme de terre est extrêment variable, suivant la nature du sol, son degré de fertilité, la sécheresse ou l'humidité de l'année, la variété cultivée, le mode de culture, sans compter les variations qui peuvent dépendre de l'influence de la maladie. Avant l'apparition de celle-ci, on estimait le revenu qu'elle donnait à un chiffre variant de 100 à 550 hectolitres par hectare, soit une moyenne de 260 à 300 hectolitres de 70 kilog., ou environ 20 à 25 mihe kilog.
Ce chiffre était considérable, eu égard notamment aux autres cultures. Ainsi Dandolo, en Italie, constatait qu'un terrain qui rapportait 1,000 kilog. de pommes déterre, en fournissait seulement 104 de froment, 116 de seigle, 90 de maïs ou de haricots, 250 de foin.
D'un autre côté, Vauquelin calculait qu'un hectare cultivé en pommes de terre donnait en substance deux fois et demie autant de matière nutritive que cultivée en blé.
Mais le rendement, aujourd'hui , n'est plus aussi considérable ; il est descendu à un chiffre variant de 100 à 300 hectolitres, en moyenne à 180 hectolitres, diminution considérable, due, soit à la maladie, soit à la substitution aux variétés tardives des variétés précoces moins productives.
Le chiffre du rendement peut d'ailleurs être modifié encore par le poids même des tubercules, assez variable, selon leur degré de maturité. Ils pèsent ainsi :
Complfj terne ni, mftrs . . '. .''. 1 ,09
Imparfaitement inôrs 1,11
Noa mûrs 1,13
Avec le temps, ils perdent de leur poids; la diU'i'rence an mois de mars, quatre à cinq mois apri"'s la récolte, est d'environ 'i/h pour 100. Le poids de l'hectolitre, évalué de 64 à 70 kilog., est variable aussi, et peut être accrii, suivant que, par leur forme et leur volume, les tubercules sont plus ou moins facilement tassés, et qu'ils conservent une plus ou moins forte proportion de terre adhérente dont presque toujours ils retiennent 5 ou 10 pour 100 au moins du poids total.
A ces données, il faut ajouter, pour l'évaluation totale du rendement, le poids des fanes formant, quand elles sont fraîciies, 25 pour 100 du poids des tubercules, et 6 pour 100 seulement après leur dessiccation.
En tant que culture fourragère, elle produit notablement plus que la plupart des autres cultures du même ordre, et notamment que le foin. Ainsi, si l'on estime la valeur nutritive de la Pomme de terre à la moitié de celle du foin, les 20,000 kilog. par hectare de pommes terre équivaudront à 10,000 kilog. de foin ; or, les bonnes prairies ne donnent pas plus de 3 à 5,000 kilog. de foin; c'est donc moitié moins de substance nutritive que la récolte de pommes de terre. Avec la luzerne, qui donne plus que le foin, la difïérence est moins considérable; mais elle l'est assez encore pour permettre d'apprécier le chiffre relativement élevé des rendements de la Pomme de terre.
Valeur agricole et économique de la Pomme de terre.
Peu de plantes peuvent être comparées à la Pomme de terre pour les avantages divers qu'on retire de sa culture, soit au point de vue exclusivement agricole, soit par son emploi comme plante industrielle et alimentaire.
La Pomme déterre, en premier lieu, favorise l'activité végétative du terrain, en augmentant sa perméabilité, en le divisant, en l'épurant autant par elle-même que par les nombreuses façons que sa culture nécessite, en étouffant les mauvaises herbes sous l'ombre portée par ses tiges. Elle offre, d'ailleurs, l'avantage de pouvoir être cultivée partout sur les plus mauvais terrains. Ainsi on a essayé, en Angleterre, de la faire venir sur les tourbières préalablement desséchées par des fossés creusés autour, puis soumises au chaulage, et elles ont réussi, fournissant de la sorte -un moyen économique de rendre à la culture des terres tourbeuses sans valeur. Elles ont également réussi sur leslaudes qui produisent beaucoup de bruyères, après incinération de celles-ci.
Plante par elle-même épuisante, elle peut néanmoins venir, sur un même sol, plusieurs années de suite, en exigeant de moins en moins de travaux, pourvu qu'on fournisse des engrais à la terre. Elle s'accommode, d'ailleurs de tout, de la vase des étangs ou des mares, du purin, des urines, des
550 SOLANliES.
coniposls divers, douuauL de la sorte le moyen de [j'ausloriner eu liuii riiiiuiT de ferme beaucoup de substances l'ertilisantes de médiocre valeur pour les autres plantes. Elle augmente même sensiblement la production du fumier, eu ce sens que les aliments qu'elle fournit par hectare en donnent beaucoup jilns qu'elle n'en exige elle-même; elle on fournit ainsi, d'après Sclnverz, I3,?,'50 kilog., tout en n'en consommant ipie 8.000 Idlog.
Ne UTiisanl point aux plantes voisines, elle peut avec avantage s'associer dans le même sol à d'autres plantes : pois, haricots, maïs, plants de chènevis, et offrir par ce fait la ressource, toujours utile et souvent précieuse, d'une double récolte sur le même sol.
Le pins généralement, elle constitue une culture intercalaire qui trouve aisément sa place entre les autres récoltes de la ferme. Ainsi, elle vient très bien après le trèfle, la luzerne, le sainfoin, dont les racines laissent le sol dans l'état de division qui lui convient. Dans le Midi, on la cultive parfois, la même année, après le faroucli ou des céréales coupées en vert pour fourrage. Ameublissant elle-même le sol , elle peut aussi elle-même parfaitement s'intercaler entre deux récoltes de céréales.
Quant au produit net des pommes de terre, il est fort difficile à déterminer, vu l'extrême variation, suivant les circonstances générales de la culture et de la vente, du prix de revient, allant de 1 à 3 fr. environ l'hectolitre, et du prix de vente, s'élevant de 3 à 6 fr. Mais ce qui, dans tous les cas, aide à maintenir cette récolte au rang des plus avantageuses, est la possibilité offerte au cultivateur de l'utiliser comme plante industrielle.
Emploi industriel de la Pomme de terre.
La Pomme de terre fournit à l'industrie plusieurs produits importants, notamment la fécule et l'alcool, qui permettent de classer cette plante parmi nos princip;iles espèces industrielles. Les applications industrielles de la Pomme de terre remontent à la fin du siècle dernier.
A cette époque, F. de Neufchateau, reçut de M. Villiez, de Nancy, fixé à Kefferthal", près Manheim, dans le Palatinat, un mémoire relatif à un établissement d'agriculture et de chimie, fondé sur les produits de la Pomme de terre, et dans lequel M. Villiez annonçait qu'il obtenait, à son gré, de ce tubercule, de la farine, du fromage, un beurre économique, de la poudre, de l'eau-de-vie et du vinaigre, sans compter les résidus servant à la nourriture d'un grand nombre de bestiaux. Près de 300 hectares d'un terrain sableux et couvert de bruyères étaient consacrés à cette culture, qui avait changé un désert en une exploitation importante et productive. M. Villiez, obtenait de 100 kilog. de pommes de terre, soit 12 kilog. d'amidon, soit, après cuisson à la vapeur des tubercules, 60 kilog. de farine, 40 litres de vinaigre ou 4 litres d'alcool, et cela en ne se servant que de la tourbe pour alimenter les fourneaux.
SHI.ANliHS. .")5I
Col ayroiioiiiLi dislinyiio pos;ii(,'*(lèH loi's l'ii principe; ijuu luiiLu u.vploil.'iLioii agricole cJoil èlre iino niaiiuracLuru ; que luiit iiillivaleiir devrait avoir un alambic, et aurait avantage à cnUiv(3r, dans li.'s Jachèi-es, les racines ijni serviraient iï cette nonvcUo industrie.
Cet établissement n'était point le seul (Ji'i l'on disLilliit alors la Ponnne de terre. La même oiiération était [)raliipiée dans beanconp d'antres localités, et, notanuuent, ciiez la plupart des cuJtival<;urs aisés, chez ceux des deux rives du Rhin. Elle consistait à faire bouillir les pommes de terre, à les faire fermenter avec un peu de levure de bierre, et à distiller. On obtenait ainsi une eau-de-vie estimée. La plus renommée était néanmoins celle de Manheim, à laquelle étaient mêlées quelques herbes aromatiques.
Depuis lors, ces établissements se sont de plus en plus répandus; ils se sont surtout multipliés en Europe, lorsque, après avoir reconnu que la Pomme de terre malade donne une fécule valant en i]uantité et en qualiU; celle des tubercules sains, on trouva, dans celte fabrication, un moyen d'utiliser, sans perle aucune, une grande masse de tubercules impi'opr es à la consommation. Par la fermentation de la Pomme de terre râpée, on obtient encore une eau-de-vie et un alcool très usités, ce dernier, distillé avec soin, valant l'alcool de grains. La proportion d'alcool à 90" que l'on obtient est, par hectolitre de pommes de terre, de 8 à 9 litres, soit 10 à 12 litres environ pour 100 kilog.; plus, suivant Math, de Dombasle, 2 hectolitres et demi de résidus à l'état frais. C'est là un débouché important, d'une grande ressource dans les années d'abondance et de bas prix des pommes de terre.
Conjointement avec les féculeries, les distilleries de pommes de terre sont souvent une dépendance des grandes exploitations agricoles, auxquelles elles viennent puissamment en aide, en permettant de transformer des produits altérables, et souvent privés de débouchés, en deux produits d'une conservation facile, ne perdant rien en vieillissant et permettant d'attendre le moment favorable pour une vente dans de bonnes conditions.
Outre ces produits divers, on peut utiliser encore les eaux provenant des féculeries. D'abord, on laissa perdre ces eaux dans les ruisseaux et les étangs, où elles devenaient une source d'infection, principalement par la transformation du sulfate de chaux du sol en sulfure de calcium qu'elles déterminaient, et qui avait pour conséquence la formation d'hydrogène sulfuré, empoisonnant les eaux où ces produits se répandaient. Mais, sur le conseil de M. Payen, on utilisa ces eaux à l'arrosage des terres, et on obtint ainsi un supplément de fertilisation, tout en débarrassant le voisinage des féculeries d'une source d'insalubrité.
On a utilisé de même, sous le nom de poudrctte végétale, le dépôt de matière organique et terreuse qui se forme au fond des réservoirs où séjournent les eaux, et qui constitue un excellent engrais..
Enfin, on a retiré de l'incinération des fanes de la Pomme de terre un autre produit, la potasse, que ses parties contiennent dans la proportion.
assez Ibrto, fie I pour 100 environ, après leur dessiccation. MolleraL a exlrail, do leurs cendres, de 200 à 330 Idlog. par hectare de cet alcali. Saus doute, cette quantité n'est point sufiisanle pour qu'il y ait un grand avantage à extraire ce produit. Mais on voit par là, tout au moins, combien il importe de ne pas perdre ces fanes, et de les réunir au tas de fumier, aûn que l'alcali fertilisant si essentiel qu'elles renfermen t retourne au sol dont il a été extrait.
Emploi alimentaire de la Pomme de terre.
Valeur nutritive. — La Pomme de terre , offrant un parenchyme peu serré, contient, mêlés à beaucoup d'eau, divers principes : de la fécule, des traces d'albumine et un élément narcotico-âcre eu proportions très variables selon les circonstances de la culture et de la récolte. A l'analyse on trouve en moyenne, pour 100 parties :
Fécule 20 parties.
Eau 74 —
Matières sèches 6 —
Ces proportions varient selon la variété cultivée, le sol, l'état de l'atmosphère pendant la végétation, le degré de maturité des tubercules, etc.
Parmi les variétés, les plus grosses ne sont pas celles qui tiennent le premier rang quant à la valeur nutritive. Ainsi, en supposant cette valeur en rapport avec la quantité de matière sèche, on peut l'apprécier d'après les résultats d'une expérience de Math, de Dombasle, qui a obtenu (Ann. de Rov., t. "VU, p. 135) en substance sèche, de 100 parties de tubercules :
De la variété hâtive rouge clair 35,59 parties.
— tardive rouge foncé 28,97 —
— grosse patraque rose 22,36 —
toutes cultivées dans le même terrain et par les mêmes procédés.
On sait d'ailleurs, d'une manière générale, que les variétés offrant le moins de poids net sont souvent plus fermes, moins aqueuses et plus salubres. On constate également que les meilleures pour l'usage alimeutaii-e sont celles qui ont le moins d'yeux, chaque œil étant un bourgeon accompagné de fibres qui vont jusqu'au centre du tubercule et diminuent d'autant la x)roportion de matière féculente; ces filaments sont visibles surtout sur la Pomme de terre cuite. On a même recommandé le procédé suivant pour reconnaître la quantité des tubercules ; les couper en deux et frotter l'une contre l'autre les deux- surfaces coupées ; si elles adhèrent fortement, la qualité est bonne; dans le cas contraire, elle est médiocre.
La qualité varie encore avec la nature du terrain, les tubercules récoltés en sols légers, perméables, contenant plus de fécule et moins d'humidité que ceux venus en sol argileux et compacte.
Les tubercules récoltés en automne sont également plus fermes, plus
saluJDrcs que ceux du printemps. On a constaté, de jilns, (juo lo principe vénéneux est plus abondant dans les tiges et racines jeunes (|u"à leur maturité, qu'il aboudo surtout dans los jots naissants des tubercules non enterrés et qu'il peut alors déterminer des diarrhées ou des coliques. Le porc seul ne paraît pas souffrir de leur emploi.
La composition eu général, et notamment la pi'oportion de fécule, varie d'ailleurs sensiblement suivant le degré de maturité, conformément à ce que l'on observe pour tous les fruits, et pour les farineux en particulier, qui contiennent d'autant plus de matière nutritive qu'ils ont végété plus longtemps. Le fait a été au surplus mis en complète évidence par les résultats obtenus dans quatre concours successifs, ouverts il y a quelques années par la Société d'agriculture de Boulogne parmi les instituteurs de l'arrondissement, en vue de rechercher l'influence exercée par l'époque de la plantation. On constata de la sorte, toutes autres conditions égales d'ailleurs, que la quantité de fécule pour 100, a été :
Dans la plantation de janvier, de 22,95
■— février, de 17,80
— mars, de 1 5,45
— avril, de 14,30
— mai, de 1 1 ,95
— jnin, de 8,75
C'est-à-dire que l'on a obtenu 2 ou 3 fois plus de substance nutritive selon le temps donné à la plante pour mûrir, les pommes de terre plantées tardivement arrivant même à ne donner que de l'eau. On n'a pas constaté, par l'analyse, la variation des substances albuminoïdes.
Ces résultats d'ailleurs sont conformes à ceux obtenus il y a longtemps par MM. Payen, Darblay, Dailly, qui, dès 1847, signalaient à la Société centrale d'agriculture que plus la Pomme de terre a mis de temps pour accomplir sa végétation et mûrir, plus elle contient de fécule.
M. Leroy-Mabille, qui a insisté avec le plus de persévérance pour montrer les avantages, à tous les points de vue, d'une maturation plus complète de la Pomme de terre, remarque, en outre, que cette maturité la rend nonseulement plus riche en fécule, mais encore plus agréable au goût et plus saine. La fécule, qui se forme immédiatement sous la peau et s'y développe en couches concentriques, forme ainsi une couche d'autant plus étendue et plus épaisse qu'elle a mis plus de temps à se former.
Rappelons enfin que la prox^ortion de fécule augmente, après la récolte, par l'espèce de seconde maturation que la Pomme de terre, comme la plupart des fruits, éprouve alors. Beaucoup de variétés, telles que la Chardon notamment, ne sont même mangeables que plusieurs mois après la récolte.
Dans le tubercule même, la fécule n'est pas distribuée partout uniformément. Ainsi, au microscope, on reconnaît facilement que les couches les
on I SOLANKES.
plus raiijiiiiiliéi's do lï'coi'cc! sont celles qui coutieiuR'ul la [ilus grauih; quantité de fécule, et (juc le cenlrc n'en contient ipie dos (piantités beaucoup moindres.
D'où il résuile que lorsqu'on épluche les ponnues de terre eu détachant, avec l'écorce, une partie du tubercule, on enlève, avec ces couches superficielles, la partie la plus riche en principes alimentaires et que l'on jette au fumier ou que l'on donne aux animaux, en ne gardant pour manger qu'une espèce de mélange d'eau et de cellulose, contenant très peu de fécule, et qui forme le centre de la Pomme de terre : pratique des plus irrationnelles ; car il est peu économique, en effet, de faire pousser des végétaux pour rendre à la terre, sous forme de fumier, la portion utile que l'on doit rechercher en eux.
Considérée d'une manière relative par rapport à celle des autres substances alimentaires, la valeur nutritive de la Pomme de terre n'est point fort élevée. Donnant à l'analyse chimique, outre 20 pour 100 de fécule, 1 à 2 pour 100 seulement de matières azotées, elle ne peut suffire seule à une alimentation complète. Les auteurs, toutefois, sont loin d'être d'accord sur la fixation de son équivalent nutritif; on le porte généralement, celui du foin fixé à 100, et en se basant, sur les elFets constatés chez les animaux, à 200, ce qui est une valeur plus grande que celle déduite de l'analyse chimique. Mais beaucoup d'auteurs ont donné un chiffre soit plus fort, soit plus faible. Math, de Dombasle {Ann. ch Rov., Vil, p. 107) a trouvé, à la suite de diverses expériences, que 14 livres de pommes de terre crues équivalent à 7 livres et demie de luzerne; cuites, et à poids égal, elles ont donné un produit plus élevé pouvant être évalué comme la différence de 13 à 1.5, soit un sixième environ d'augmentation de valeur nutritive, ce qui compense à peine la dépense occasionnée par la cuisson.
Vauquelin, ayant fait des essais comparatifs avec le blé, a démontré que 250 kilog. de pommes de terre nourrissent autant que 100 kilog. de blé. Le baron Crud, de son côté, estime qu'il en faut 2661dlog. pour 100 de blé. Mais cette quantité n'équivalant qu'à 130 kilog. de foin environ, il en résulte, eu égard à la valeur proportionnelle du foin par rapport au blé, que la valeur nutritive de la Pomme de terre est moindre pour les animaux que pour l'homme.
Math, de Dombasle a fait des essais pour déterminer la valeur nutritive des résidus de la distillerie, que quelques auteurs estiment égale sinon supérieure à celle de la Pomme de terre elle-même. On sait d abord que 1 hectol. de pommes de terre de 75 kilog. fournit 2 hectol. et demi de résidus. D'un autre côté, un bœuf à l'engrais, de 300 à 350 kilog., consomme par jour 90 kilog. de résidus, plus 5 kilog. de foin et 3 kilog. et demi de tourteaux ; or ces 90 kilog., produits par 36 litres ou 27 kilog. environ de pommes de terre, produisent l'effet de 10 kilog. de foin, équivalant eux-mêmes à 20 kilog. de tubercules; et comme il en a fallu 27, c'est donc une perte d'un quart qu'a éprouvée la valeur alimentaire du résidu.
SOLANKKS.
Emploi dans ialimenlaiiun dit, bclail.
La Poniriiu de torro est mio subsUiuee Jouant un l'ôle il(;s [iliis iinjioi'tants flans la iiourritiiri! du bétail, et des plus aptes àsuppléei', qiiajid ils loiit drJ'aiil, les fourrayes ordinaii-es. Ou peut la donmu' à toutes les esprees doniestitjues; mais elle couvient plus particulièrenieut aux animaux de rente : bêtes d'engrais, femelles laitières, etc. On la fait manger ainsi aux bœufs, aux vaches, aux moutons, aux porcs et môme à la volaille, et ces animaux se trouvent généralement bien de son emploi ; ils se maintiennent en santé et donnent une viande excellente. Elle est, déplus, très lactifère, bien que généralement elle donne un lait plus riche en caséum qu'en beurre (Crud).
La Pomme de terre peut nourrir aussi les bêtes de travail ; ainsi on la donne souvent aux chevaux, et non-seulement à ceux employés aux légers travaux agricoles, mais quelquefois aussi aux chevaux faisant un service plus actif. Toutefois cette alimentation, en général, leur convient peu, sinon à titre de ration exceptionnelle et temporaire, et seulement alors pour les animaux trop longtemps soumis à une alimentation échauffante.
La Pomme de terre est distribuée au bétail crue ou cuite. Crue, elle a l'inconvénient de répugner d'abord à beaucoup d'animaux, et de provoquer chez eux nue diarrhée passagère. Mais elle est plus lactifère et, par ce fait, convient mieux aux vaches laitières et aux brebis nourrices. Quand ou la donne sous cette forme, il est essentiel de bien nettoyer, laver et de diviser les tubercules en enlevant, s'il en existe, les germes développés, à cause de leurs propriétés vénéneuses. On ne donne entiers que les tubercules d'un petit volume. Il convient, en outre, pour eu faciliter la préhension et les rendre moins débilitants, de les saupoudrer de son, de balles de froment et d'avoine. En Pologne, ou les donne aux chevaux, coupés par petits morceaux, saupoudrés de sel pendant les premiers jours, et les animaux les prennent ainsi sans peine.
La Ponmiede terre est aussi donnée cuite aux animaux. Lacuissou peut se faire : au four, procédé dispendieux, entraînant un perte eu poids de 30 pour 100; à l'eau, ce qui augmente le poids des tubercules de 4 pour 100, mais en diminuant leur puissance nutritive ; à la vapeur, moyen le plus avantageux, ne faisant perdre que 12 pour 100 du poids, et conservant aux tubercules toute la valeur alimentaire.
Parla cuisson, les pommes de terre perdent leur principe acre, se digèrent mieux et nourrissent mieux ; Math, de Dombasle a calculé que 861vilog. de pommes de terre cuites nourrissent autant que 96 kilog. de pommes de terre crues. Toutefois, elles donnent alors moins de lait et sont plus particulièrement propres à l'engrais, soit des bestiaux, soit de la volaille.
La fermentation est une préparation plus simple et plus économique
de la Ponuuc de icrrc. Dans un silo en béton et cimenl, ou lasse simploraenl le tubercule haché au coupe-racines en couches successives saupoudrées d'une dose de sel provenant des salaisons de morue. Au bout de quelques jours, il se produit un certain aO'aissement ; on recharge ime ou deux fois. Environ un mois après, la fermentation est suffisante. Le bétail et la volaille sont très friands de cet aliment (]ui les engraisse parfaitement. A défaut de silo, on peut employer de grands tonneaux; mais alors la Pomme de terre fermeutée exhale une odeur très acre qui, du reste, ne déplaît pas aux animaux et n'enlève aucune des qualités nutritives du produit. La fermentation a snr la cuisson les avantages d'économiser le combustible, de mieux réduire tous les principes nutritifs et de conserver longtemps les tubercules : la couche supérieure s'aigrit seule avec le temps et sera rejetée.
Les pommes de terre, dans certains cas, peuvent suffire seules à l'alimentation ; ainsi on peut en nourrir les porcs exclusivement pour leur entretien comme pour l'engrais. Thaër en faisait la nourriture presque unique de ses moutons, et leur en donnait par jour 3 livres, crues, avec addition seulement d'un peu de paille. Mais, en général, cette nourriture trop exclusive est peu favorable aux animaux. Elle les rend mous, sans énergie; relâche l'appareil digestif, provoque des diarrhées fétides, l'enflure des membres, et parfois des indigestions graves ; ce que l'on évite en la faisant consommer mêlée à d'autres aliments, tels que de la paille, des fourrages secs, hachés, des graines de foin, des feuilles sèches, etc., ou à des féveroles, des pois moulus, des glands, des marrons d'Inde, des farines diverses, des poudres toniques, etc., substances que les pommes de terre ramollissent, surtout si on fait fermenter le mélange, tout en devenant elles-mêmes plus sapides et de plus facile digestion.
Ainsi, pour l'engrais des porcs, des ruminants, de la volaille, elles ne peuvent seules suffire à compléter l'engraissement, même cuites ou fermeutées, et l'addition d'un peu de farine est le plus souvent nécessaire. Pour les chevaux de travail, elle ne peut remplacer l'avoine ; il faut la joindre à ce grain avec du sou et de la luzerne, à la dose de 8, 10, 12 kilog. par jour, et elle peut constituer de la sorte, même employée cuite, une nourriture économique.
Dans tous les cas, lorsqu'on commence à l'employer, il faut la donner d'abord à petites doses, le quart ou le tiers au plus de la ration, toujours mélangée, et n'augmenter, la ration jusqu'à la proportion maximum déterminée qu'autant qu'on en juge les effets favorables.
Quelquefois on donne au bétail les pommes de terre gelées. Dans cet état, elles ont une saveur sucrée prononcée ; mais elles ont une odeur vireuse, désagréable ; sont moins farineuses, moins nutritives, et occasionnent des indigestions, des diarrhées et même des symptômes nerveux, surtout lorsqu'on les fait prendre seules et en excès. Il ne faut donc les distribuer, dans ce cas, qu'avec précaution, toujours peu à la fois et mélangées cà des matières saines ; il sera mieux encore, en pareil cas, de ne pas les faire manger du tout et de les transformer en fécule ou en alcool.
solaniSes. ' 557
On n, aussi essayé de faire consommer par les animaux les fanes vei'les de la Pomme de lerro. Mais ces fanes, aiiueiises el peu sapides, ne sonl, ijue très pen nourrissantes ; ou ne peut les domuw ((u'aiix vaciics, et celles rpii eu mangent donnent un lait assez aJjoudaut, mais casé(;u.\. Elles ne conviennent pas aux bœufs de travail et aux moutons, chez lesquels elles provoquent de fortes diarrhées ; mieux vaut les enfouir à titre d'engrais végétal.
Maladie de la Pomme de terre.
La Pomme de terre, on le sait, est sujette à des affections assez diverses. Ainsi, elle peut être attaquée par des insectes, tels que la courlilicre, la larve du hanneton ou ver blanc, etc., auxquels sont exposées toutes les cultures ; par un parasite végétal filamenteux ou Rhizoctone (Byssockidium violaceum FL), formé de filaments violacés d'une extrême ténacité, qui enveloppent les racines et les tubercules et en arrêtent le développement : mal qui a été observé à plusieurs reprises, en 1803 et en 1807, d'abord, dans le Nivernais, puis, en 1847, en Bourgogne par M. Fleuret, eu Auvergne par M. H. Lecoq, et qui disparaît quand on replante les tubercules atteints dans un sol très sec.
La Pomme de terre est sujette encore à la rouille qui apparaît sur les feuilles, et dont le développement est surtout provoqué par les brouillards d'été ; à la gdle, qui se manifeste, très rarement d'ailleurs, à la sui-face des tubercules, sous la forme de petites saillies remplies d'une poussière brune.
Mais raffection la plus remarquable par sa fréquence, l'étendue de ses ravages, sa persistance, est celle observée principalement dans le cours de ces dernières années et spécialement désignée sous le nom de Maladie des pommes de terre, appelée encore Pénétration brune, Gangrené, et qui va ici particulièrement nous occuper.
Dans la généralité des cas, la maladie attaque d'abord les tiges et les feuilles, qui présentent çà et là des taches noires, puis se fanent et meurent; elle gagne ensuite les tubercules, sur lesquels elle s'annonce par un léger changement de couleur, devenant bientôt une tache brune et réticulée, recouverte par l'épiderme que le moindre frottement enlève. La Pomme de terre alors semble contuse, et prend une odeur vineuse. La maladie progressant, se manifeste sur plusieurs points, accusant un contraste de plus en plus marqué entre la couleur des parties malades et celle des parties saines.
Le tubercule étant coupé, on voit en même temps le tissu sous-épidermiquc prendre une couleur jaunâtre, puis brune, qui s'étend irrégulièrement en largeur et en profondeur, et finit par l'envahir totalement, avec d'autant plus de rapidité que les points primitivement malades sont plus nombreux, et que le mal va constamment de dehors en dedans. A une certaine profondeur, il s'arrête et forme, autour du corps ligneux central, une enveloppe plus ou moins épaisse qui peut même s'en détacher assez facilement. Si alors
■'iPiS SDLANKES.
la ilossiccalioli a licîu, le mal conserve la fonm; ililo (laiif/rhic sirhc (Martius).
En cel étal, les parties envahies résistent plus que les ant;ros à la pulréfaclion ; et à la cuisson, elles deviennent plus dures, ne s'écrasent pas entre les doij^ts coninio le reste de la Pomme de terre. — An microscope, on voit les tissus, réduits à un étal moléculaire exlrêmemonl tenu, simuler une agglomération de très fuies monades, toujoui's en mouvement, tandis ijnc les grains de fécule, devenus libres, paraissent encroûtés d'une matière colorante hrnne.
Si la végétation du tubercule continue, la partie centi'ale est frappée à son tour et se transforme en une pulpe d'un hlanc ou d'un gris jaunâtre, filante, d'une odeur d'abord fade, puis infecte et putride. Au microscope, on voit la fécule de la partie attaquée colorée en brun, et celle du centre conserver sa forme, sa blancheur, sa transparence, alors que les utriculcs qui les renferment sont entièrement désorganisés. A un degré plus avancé, l'altération devient la véritable pourriture, caractérisée par la transformation en terreau des tissus restants, y compris la fécule des parties blanche et brune, et amenant la mort du tubercule par une sorte d'empoisonnement dû aux produits des liquides et tissus décomposés.
C'est généralement à l'époque de la maturité, c'est-à-dire vers la fin d'août, que la maladie se déclare sur les plants de pommes de terre. Parfois aussi, elle attaque les tubercules apri's la récolte, lesquels, bien qu'arrachés sains, se gâtent en magasin. Il y a lieu de penser que, dans ce cas, les pieds déjà portaient le germe de la maladie.
La marche delà maladie est généralement rapide. Du jour au lendemain on la voit apparaître, et une fois les cultures envahies, le mal ne s'arrête plus et fait chaque jour des progrès. Elle ne s'étend point d'ailleurs d'une manière uniforme ; ainsi dans une contrée, dans une même culture, elle n'atteint pas tous les tubercules, bien que ceux-ci soient, en apparence, soumis à des influences identiques. On n'a pas remarqué davantage que les plus superficiels y soient plus exposés que ceux placés profondément, et qu'ils soient attaqués les premiers, car ils sont également atteints tantôt les uns, tantôt les autres, et le plus souvent tons ensemble.
La maladie est-elle contagieuse? Les faits le démonti-ent; dans la plupart des cas, en effet, on a vu la maladie se transmettre par le contact plus ou moins prolongé des pommes de terre gâtées. D'un autre côté, on voit fréquemment des tubercules sains toucher des tubercules malades sans en être affectés.
Causes immédiates, origine de la Maladie.
On a attribué la Maladie des pommes de terre aux causes les plus diverses. Ainsi on a cru d'abord qu'elle était due à une action du sol, que l'on a d'ailleurs expliquée de diverses façons, en invoquant : soit la compression que la terre, tassée et durcie autour des racines, doit opposer au développe-
menl des tul)or(;nl(^s, oo ([iii i)on(. proilnin? uni; sorLo do ooiitiision du couxci; soit, au coiilrairo, uai; l.roji grande [lormoaJjiliir; du sol, ouipêcliaiit le tubercule de se ïiourrii'; soit uiiu cultiu'i! drfiMMiK.'uscoii rrinploi d'engrais trop al>ondauts, beaucoup de faits ayant uHbctivuuiout dùuioutré que les fortes fumures, surtout quand le sol est iiundde, tendent plutôt à accroître le mal qu'à l'atténuer : le fumier agissant surtout, alors, en provoquant une végétation lultive (jui ne fournit que des produits tendres et sensibles, ou encore en introduisant dans le sol une multitude d'insectes qui peuvent piquer le tubercule et le prédisposer au mal.
On a cru aussi parfois à une action directe de l'air atmosphérique, que l'on n pour cela supposé imprégné d'un principe pestilentiel spécial, s'abaltant çà et là sur les plantations ; mais cette iulluence propre de l'atmosplière n'est point confirmée par les faits d'observation, lesquels ont seulement permis de constater, dans la grande majorité des cas, que le développement de la maladie est favorisé par l'excès d'humidité de l'air. Quelques agriculteurs ont même reconnu que la maladie se montrait plus spécialement après les pluies successives succédant aux fortes chaleurs. On a constaté, d'ailleurs, qu'elle ne parait jamais tant que dure la sécheresse ; mais que, si un orage, quelques jours de mauvais temps, surviennent à la suite, c'est alors qu'on voit les feuilles et les fanes se flétrir, puis les tubercules être à leur toui' attaqués, attestant ainsi l'influence immédiate et directe du changement survenu dans l'état de l'atmosphère.
En résumé, de ces causes diverses, successivement considérées comme pouvant déterminer la maladie, ou tout au moins favoriser son développement, restent seules acceptées et mises à peu près hors de contestation : l'emploi en excès des fumiers frais, et les pluies, qui semblent exercer, sous ce rajiport, l'action la plus directe.
Quant à la cause immédiate des phénomènes observés sur les pommes de terre malades, elle est due à la présence sur la plante et le tubercule atteints d'une production cryptogamique, signalée, dès 1842, par M. Martius, sous le nom de Fusisporium solanl; cette production, dont la nature a été déterminée ou plutôt découverte par M"" Libert et par M. Montagne, et qui n'a cessé d'être l'objet de nombreuses études, est un champignon parasitaire, de la tribu des Tricliosporées, successivement appelé Botrytis fallax Danz., Botrytis infestans Montag., Peronospora infestans Montag., et se propageant avec une extrême rapidité au moyen des sporules innombrables dont il remplit l'air ambiant.
Ce champignon, pouvant se développer sur les feuilles et les tubercules, se montre, sur les feuilles principalement, sous forme de taches occupant les deux faces et coi-respondant entre elles d'une face à l'autre. Les feuilles affectées se crispent, deviennent noirâtres et se dessèchent; les taches au contraire, sont blanchâtres, farineuses ; au microscope, elles apparaissent sous la forme de filaments libres, simples à la base, très rameux ensuite, creux, formés de cellules allongées non cloisonnées, et portant à l'extrémité de chaque rameau
une spore ovale, transparente, laquelle émet des germes de denx sortes, des zoospores et des anthéridies. Ces germes, portés sur l'épidcrme de la l'euille, ne tardent pas, sous l'influence de l'humidité, à émettre un tube (jui, perçant la paroi d'une cellule épidermique, y pénètre, s'y ramifie et s'y développe aux dépens du contenu de celle-ci ; cette cellule se déchirant, laisse pénétrer îi l'intérieur de nouvelles ramifications qui, gagnant les méats sous-épidermiques, forment une sorte de mycélium réticulé constituant les taches que l'on observe à la surface des feuilles malades.
Comme l'a constaté M. de Bary, professeur à l'Université de Fribourg, ce sont les spores des champignons occupant les faces inférieures des feuilles qui, se détachant, puis pénétrant dans la terre avec l'eau des pluies, donnent ordinairement lieu, en arrivant sur les tubercules, à la maladie dont sont affectés ceux-ci, et qui se manifeste, d'abord, par des taches superficielles qui s'étendent en largeur et en profondeur jusqu'à produire la pourriture complète.
Cette doctrine, il est vrai, fait de la présence de l'eau une condition nécessaire au développement et à la marche delà maladie ; mais en cela, elle est d'accord avec l'observation qui permet de constater, en effet, que la pluie est l'une des principales causes de l'apparition du mal, tandis que le tubercule reste presque toujours sain quand la terre est sèche.
Causes générales de la Maladie.
Si l'on est aujourd'hui à peu près d'accord sur la nature et l'origine immédiate de la Maladie de la Pomme de terre, il n'en est pas de même en ce qui concerne la cause première du mal, dans lequel les uns, les naturalistes spécialement, voient un simple empoisonnement produit par le contact et le développement du champignon parasitaire, né lui-même, en dehors de la plante, sous l'influence de circonstances encore inconnues, et que les autres, c'est-à-dire la plupart des agronomes, considèrent comme le résultat d'un état morbide de la plante, dont l'apparition du Peronospora serait ainsi l'effet et non la cause.
Les causes générales par l'effet desquelles peut primitivement se développer la Maladie de la Pomme de terre, sont restées, il est vrai, jusqu'à ce jour fort obscures. On a invoqué surtout la différence qui existe entre nos climats, si variables, et le climat beaucoup plus uniforme du pays d'où la plante est originaire, et particulièrement les excès de température, de sécheresse, d'humidité, communs dans l'ancien Continent, et tous nuisibles au développement de la Pomme de terre. On a constaté, par exemple, l'influence également fâcheuse : des grandes chaleurs, qui rendent le sol incapable de réparer les pertes d'eau occasionnées par la transpiration des plantes ; des froids excessifs, surtout s'ils sévissent au printemps, quand la végétation est active, alors que le soleil, en desséchant les feuilles contribue déjà à troubler partiellement le mouvement de la sève; des années froides et humides qui
soi.ani5ks. 5fi1
laissenl la vr^ôlalion Jiuitj;nir, cl ii.o proiluisuiiL i|iu; des l,ul)i!n;iilc.s ai|iiuux i-l, sans fécule; dos années l,i'op sèches qui arrôlent. I.oni, h lail, la végi'Hation el pi'ovoqnenl. la J'ornialion, après les plnies d'auLonnie, de nonvelles ponsses qui n'arriveuL pas à niaUirité. Mais ces circonstances diverses, malgré leni' ellél. l'Aclieiix sur le déveloii])enienl, de la pl;nile et sui' le rendement définitil' de la {;ultnre, ne paraissent |)as favoriser (THni.' manière sensible la manifestation de la maladie.
On a pensé alors à faire remonter la source du mal dans la natn.re plus ou moins altérée de la plante. Ainsi, d'abord, il a été admis que certaines variétés y étaient plus exposées que d'autres. Mais l'expérience a montré que. selon les circonstances, toutes peuvent également être atteintes.
On l'a attribuée ensuite à l'abus de la pi'odnction par l'emploi indéfini des tubercules pour la plantation, moyen contre-nature, dit-on, el devant amener, avec le temps, la dégénérescence du végétal.
Mais cette cause estpeu admissible; si elle exerçait une réelle influence, on verrait les champs beaucoup plus également attaqués; puis, il estd'autres racines fourragères que l'on cultive de la même manière, et qui néanmoins ne soutTrent pas d'une affection de ce genre.
Une cause dont l'influence sur le développement de la Maladie semble |ilus réelle que celle des circonstances précédemment signalées, est la plantation tardive delà Pomme de terre, dont l'action, signalée par MM. Leroy-Mabille, Victor Ghatel. P. Joigneaux, Bossin, etc., a été, depuis quelques années, l'objet de vives et persévérantes controverses. M. Leroy-Mabille, de Boulognesur-Mer, qui a, l'un des premiers rattaché à cette cause l'apparition du mal, s'appuie notamment sur ce fait, que la Pomme de terre, plantée ou non, entrant eu végétation aussitôt qu'elle est miire, c'est-à-dire dès l'automne, doit, par suite, être mise immédiatement dans les conditions propres à son développement ; d'où il suit que la plantation au printemps, telle qu'on la pratique liabituellement, en ne laissant pas à la plante le temps de se former, d'arriver à maturité, provoque dans l'organisation du tubercule un affaiblissement dont l'apparition de la Maladie est la principale conséquence.
De tout cela, on est donc, en définitive, autorisé à conclure que la maladie de la Pomme de terre est une affection parasitaire provoquée par l'insuffisante maturité de la plante, résultant surtout d'une plantation trop tardive, et dont la pluie, après son apparition sur les fanes, provoque le développement sur le tubercule.
Moyens propres Ji combattre la Maladie.
La maladie de la Pomme de terre, ayant pour résultat immédiat la destruction totale on partielle du tubercule, il n'y a pas à songer, lorqu'elle s'est manifestée, à lui opposer un moyen curatif quelconque. Reste donc à rechercher les moyens propres à en préserver les cultures. Les procédés conseillés
562 ■ SOLANliES.
à ci'l, oUVt sdul iiiiiiihrcux, iM oui di'i viiriiT iialiii'i'Uemcnl, avec les idées que Ton a [111 se l'aire de la nature réelle du mal. Ceux qui n'y voient (jn'iui l'i'siil- I al accidentel de l'invasion cryptof^aniique, se bornent à poursuivre la destruction du champiî^nou parasitaire ; taudis que ceux qui, attribuant la maladie à nue dégénérescence de la plante, dont le Peronospora ne s(!rait alors que le produit secondaire, se préoccupent, avant lout, indépcudaninient des moyens propres à détruire le parasite, des soins à prendre, pour en prévenir l'apparition et préserver ainsi la plante des phénomènes morbides qui accompagnent la préseuce du cryptogame. De là deux séries de moyens préventifs, les uns spéciaux, les autres généraux, que nous aurons à exposer successivement.
Moyens préservatifs spéciaux. — Au nombre de ces moyens nous aurons à citer d'abord :
Le chaulngc, avant la plantation, des tubercules soupçonnés de porter le germe du mal ; ou bien leur immersion, pendant une demi-heure environ, dans une dissolution de sulfate de chaux, de sulfate de zinc ou de cuivi-e, de sel marin ; dans de la lessive on encore leur dépôt dans de soufre, de la cendre, etc.;
L'addition aux tubercules, au moment de la plantation, de divers corps : sel marin, sciure de bois, poussière de charbon, cendrons de chaux, cendre commune, etc., mis dans les poquets avec les semis ;
La dessiccation du tubercule, conseillée par le professeur Boleman, qui réussit, par ce moyen, à le préserver complètement de la maladie, alors que toutes les autres plantations du pays en étaient atteintes.
Citons encore, entre autres moyens conseillés :
La culture en ados, par ceux qui admettaient l'action comprimante de la terre ; le buttage de la tige avec foulage de la terre, par ceux qui accusent, au contraire, son excès de perméabilité;
Le fauchage des fanes commençant à jaunir, et dont l'effet, quelquefois, a été d'arrêter le développement des tubercules et de rendre la récolte presque nidle;
La projection sur les feuilles et les tiges malades de sel marin, de plâtre en poudre, de chaux éteinte, de fleur de soufre, etc.
Ces divers moyens n'ayant donné aucun résultat positif, on a cru cependant pouvoir déduire de la multiplicité des expériences et des observations connues quelques préceptes dont l'application suivie avec soin a semblé faire espérer des récoltes saines. Ainsi, par exemple, on prescrit d'éviter les excès de fraîcheur, d'humidité, de fertilité, en choisissant de préférence des terres sèches, saines et peu fumées ; de procéder à la récolte aussitôt que les tiges accusent un commencement de maladie ; puis, si, malgré tout, le mal progresse, d'en venir à l'arrachage prématuré des tubercules, qui sont alors, il est vrai, de qualité inférieure, plus difficiles à conserver, mais non pas au moins totalement perdus.
A ces prescriptions générales, il convient d'en ajouter une autre plus
SOLAiNIÏKS. 563
directe et basée sur la connaissance (jiio l'iin .-i anjoiii'd'hui (h; la nature du mal et de sou mode do propaj^ation. S'il ust acijiiis, eu ellet, (]U(; le liolryik, naissant sur les feuilles, arrive aux Uiljercules par les germes que l'eau entraîne daus le sol; (jne l'eau, ainsi, est nécessaire i'i. la propagation du mal des Fanes aux pai'ties souterraines, on est autorisé à admettre qu'eu coupant les leuilles malades avant qu'i^Ues n'aient été mouillées pai' la plui(3, ou iiii'ii, si la pluie est survenue et si les tultercules sont prestjue niArs, en les aj'j'achant peu de temps a[U'ès, on pourra espéi'ei' bis préserver de toute atteinte. Des essais en ce sens, entrepris par quelques horticulteurs, semblent eu ellet, par les heureux résultats obtenus, confirmer l'avantage de cette manièi-e de procéder ; il y a donc lieu, en conséquence, d'en conseiller l'application, d'autant que la théorie sur laquelle elle repose est confirmée par le fait de l'immunité plus grande, pour la Maladie, des variétés hâtives, qui doivent précisément cet avantage à ce qu'elles peuvent être récoltées avant les pluies de l'arl'ière-saison.
Moyens préservatifs généraux. — Nous réunissons sous ce nom les moyens divers mis en usage, non pour combattre, par la destruction du cryptogame ou de ses sporules, la Maladie elle-même déjà existante ou en voie de développement, mais pour en prévenir l'apparition eu modifiant la nature même de la plante. A cette fln, diverses méthodes ont été prescrites.
On a conseillé ainsi le verdissement^ obtenu par un séjour plus ou moins prolongé du tubercule à l'air et ayant pour effet, eu retardant la végétation de celui-ci jusqu'au moment où il est déposé dans le sol, de faire naître des produits plus vigoureux.
Admettant que la Pomme déterre de nos climats avait pu, en changeant de latitude, subir une sorte de dégénérescence, on a essayé d'y remédier par le renouvellement des semences; à cet effet, comme déjà nous l'avons dit, on a fait venir du Chili, du Pérou, patrie primitive de la plante, des graines et des tubercules récoltés, dans ces contrées, à l'état sauvage. Mais ces produits, plantés et semés dans les diverses régions de l'Europe où l'on cultive la Pomme de terre, ont donné des tubercules aussi malades que les autres.
Où a, d'un autre côté, conseillé la culture exclusive des variétés qui paraissent habituellement le moins atteintes, fussent-elles un peu moins productives. On a même tenté de créer artificiellement des variétés douées de cette immunité, en pratiquant des semis à la manière ordinaire, et en arrachant successivement, pour les mettre au rebut, dans le cours de la végétation, tous les pieds malades et défectueux, de manière à ne conserver que les plus beaux et ceux absolument sains ; la même opération se répétant à l'ai-rachage, et les produits, soigneusement conservés, étant semés l'année ensuite et épurés de môme. Mais on n'a pas obtenu, de la sorte, des résultats entièrement satisfaisants, ce qui, dans tous les cas, doit au moins éloigner l'idée d'une prédisposition purement individuelle.
Une autre méthode, proposée depuis longtemps, toujours vivement
564 ■ SULANKES.
discutée, mais cloiil une uxiu'rioiicr ûr plus l'ii |)liis ('tcuiliic ih'iuijiilri' i-haiiiic jour l'oificacité, est la planlation aulmnnale. coiiseilléii el uiisi; à l'essai par plusieurs cultivateiu's, et ayant aujourd'hui pour elle l'appui des noms les plus autorisés pour tout ce qui se rattache à la culture de la Pomme de terre. MM. Leroy-Mabille , P. Joigneaux, Victor Chatel, Bossiu, L. Vibuoriu. Tougard, Thiriat, Jules Bonhomme, Montai^^nac, le iiaron de Blaisel, le comte de Raineville, Huet, Félizel, etc.
Mais, entre tous, l'un de ceu.\ qui oui le plus contribué à l'aire connaître et à populariser celte méthode est M. Leroy-Mabille, de Bouloj;ne-sur-Mer. dont les recherches sur cette question, de tlate déjà ancienne, remontent à l'origine môme de la dernière apparition du mal, et ont eu pour point de départ l'observation du fait suivant. Un jardinier de Boulogne, M. Capet, avait, en 1845, perdu les 7/8 de sa récolte; il semait alors en toute saison, sans se préoccuper de l'origine ni du moment de la i-écolte des tubercules reproducteurs. A pai'tirde cette époque, il changea de méthode, opéra toutes ses plantations dans les premiers jours de lévrier, eu se servant toujours de tubercules obtenus de ce mode de plantation. Dès l'année suivante, il ne perd plus que la moitié de la récolte ; puis la perte, allant toujours diminuant, fut nulle la septième année.
A ce premier fait, attestant l'iniluence amélioratrice, progressive d'une plus longue durée de végétation, s'en ajoutèrent d'auli'es recueillis par divers agriculteurs et concourant à démontrer l'efficacité de la plantation anticipée. M. Leroy-Mabille, groupant ces diftéren tes observations, y puisa les éléments d'une doctrine qu'il exposa dans une série de mémoires pubhés à diverses ' époques dans tous les journaux, et par laquelle il établit : que la principale cause de la maladie doit être attribuée à la maturité incomplète des tubercules employés pour semences ; que cette absence de maturité vient de ce que les cultivateui's sèment leurs pommes de terre beaucoup trop tard, et ne laissent pas ainsi à ceux qui se forment le temps d'arriver à leur développement normal ; que la Pomme de terre, pour arriver à sa perfection, a besoin d'un séjour en terre beaucoup plus long que celui qu'on lui accorde habituellement et qui ne doit pas être moindre de neuf à dix mois ; que quand on sème en mars, il est déjà trop tard; qu'à plus forte raison il n'est plus permis de compter sur la maturité des tubercules semés eu avril, eu mai et même en juin, desquels on n'obtient jamais que des produits médiocres, pauvres en matière féculente, peu nutritifs, et, finalement, toujours en plus faible quantité.
Cette manière de voir est également celle des auteurs dont nous avons plus haut cité les noms, qui tous ont également conseillé ou pratiqué la planlation autumnale ou tout au moins plus hâtive, et signalé, comme une conséquence constante de cette pratique, outre la disparition progressive de la maladie, une augmentation notable de la récolte, tenant à la grosseur des tubercules ainsi qu'à leur nombre, et pouvant aller à la moitié et au double
même du pnjiliiit UiLal. La iilaulaLioii iraiiloiiiin' a i'.lv cssayei^, en milrc, r^ii Angleterre, par M. Liiidley et M. 'l'annloii. cl Imir a pai'ii aussi \i: iiioxeii Ir plus eflicace, ipiand on met les Inhorcnlcs assez iiroloiids pour évit(!r la gelée, ponr enipAelu^r le développement de la maladie. Ajontons ipie déjà Hose attribuait la Fri.suk an défant de maturité, l'X (lu'avaiil lin. l'anijcntii'i' mentionnait cette cause de la maladie, tout en ne l'admettant pas lui-même, car il l'attribuait à la reproduction par tubercule, moyen contre-nature, dit-il, et qui affaiblit graduellement la plante.
Des considérations (|ni précèdent, il est donc permis de conclure à l'elGoacité à peu près certaine, sinon immédiate, de la plantation autumnale comme moyeu d'arriver à la disparition plus ou moins rapide et complète de la Maladie de la Pomme de terre.
Cette méthode, toutel'ois, est peu répandue encore. Beaucoup d'agronomes la repoussent comme exposant les plantations : à rhumidité, [louvant amener la pourriture d'une partie des tubercules ; à la gelée, qui les détruit non moins sûrement; à la dent des mulots et autres rongeurs, à l'action des insectes, aux poursuites des maraudeui-s, etc., inconvénients qui, dit-on, s'ils ne constituent pas des obstacles absolus, autorisent au moins à admetti'e que la méthode, bonne peut-être pour le Midi, oii les effets de l'hiver sont moius à redouter, n'est point susceptible, dans le Nord, d'une apiilication générale.
Ces difficultés, cependant, ne sont point insurmontables, comme le prouve l'expérience des divers agronomes précédemment cités et qui. presque tous, ont séjourné ou ont fait leurs essais dans les régions septentrionales de la France : ce qui établit an moins, à ce point de vue, la présomption que l'opposition faite à la méthode a été pins souvent la conséquence d'une sorte de raisonnement à priori que le résultat de l'expérimentation.
On objecte encore que les pommes de terre plantées à la profondeur exigée, pour qu'elles restent soustraites à l'action du froid, produisent moins que celles plantées superficiellement ; mais on peut, si leur nature exige une plantation superficielle, les couvrir par un buttage. Cette opération, il est vrai, n'est point toujours possible dans une grande culture : sans compter tp.ie, souvent, eu automne, le temps manque pour préparer les terres et faire les semis.
En ce cas, on peut, suivant le conseil de MM. V. Chatel, Bossin, et de M. Leroy-Mabille lui-même, surtout si le sol est compacte, humide, ajourner la plantation à la première quinzaine de février, ou plus tôt s'il se peut, sans i{u'il y ait lieu de fixer une règle absolue à cet égard, l'essentiel étant de planter le plus de bonne heure possible, de manière à laisser aussi longtemps qu'il se pourra les tubercules en terre. Si avec cela ou choisit des variétés hâtives et demi-hâtives ; si on a des terres perméables, saines, les seules qui conservent bien les tubercules l'hiver ; si on applique des fumiers longs, des fumures en couverture qui garantissent les plants du froid et du dégel; si on plante assez profondément sur un sol préparé en billons pour le facile écoule-
566 soLANiiKS.
ment des eaux, les iucouv('iiieiits de la plantation d'antomn(! ponrronl être considérés comme entièrement évités.
Ainsi (pu; l'écrivait déjà M. P. Joigueaux, dans le journal le Temps, h la date du 15 novembre 1861, « la [)lautation d'automne est préféraljle à celle de printemps, toutes les lois qu'on a affaire à des sols légers, et qu'on ne redoute pas trop les rigueurs de l'hiver, rigueurs moins redoutables qu'on ne le croit avec des pommes de terre replantées de suite, et moins sensibles au froid que les tubercules de conserve. Et la preuve de ceci, c'est que cette méthode, pratiquée par nous sept ou huit années de suite, dans le climat le plus rude de la Belgique, nous a constamment réussi.
« Il est clair aussi que si, au lieu d'arracher nos tubercules à l'automne pour les planter au printemps, nous nous contentions de butter fortement les touffes, et de les laisser passer l'iiiver en place, nous aurions ainsi du plant de qunlité supérieure à la sortie de la mauvaise saison. Cette méthode de reproduction a été proposée dans ces derniers temps, et nous la croyons bonne. Quand elle n'est pas applicable, le mieux, c'est d'empêcher les tubercules de germer en cave et de les planter dès la fin de février ou en mars. »
Nous venons de voir quels résultats on peut attendre, pour la régénération de la Pomme de terre, de la plantation autumnale, qui se montre surtout utile en ce qu'elle permet de ne point interrompre l'action végétative du tubercule, laquelle, alors même que celui-ci a atteint son complet développement et a été arraché, ne discontinue point, mais s'exerce toujours dans des conditions plus avantageuses au sein de la terre que lorsque la Pomme de terre en a été retirée.
D'où il faut conclure que si les tubercules n'étaient point arrachés du tout, ils devraient donner des produits tout à fait supérieurs en quantité, en qualité et en vitahté. C'est, en effet, ce que l'on a constaté depuis longtemps, et sur quoi M. Lucien Georges vient de nouveau d'appeler l'attention dans une note publiée récemment {Bull, hebdomad. de l'Agy'icult., n° du 15 mai 1869), et dans laquelle il rapiporte avoir obtenu, de pieds semés au printemps, abandonnés l'hiver et l'été suivants, et arrachés après la seconde saison végétative, des quantités extraordinaires de tubercules, et cela sous le climat froid de Rennes, dans une terre humide et compacte.
Ce résultat remarquable est obtenu malgré la Maladie. Ainsi, lorsqu'on trouve, au moment de l'arrachage, d'un champ affecté, des germes sains et développés, si on les i-eplante à l'instant même ou si on les conserve en terre, ils donnent d'aussi bons produits que ceux provenant des cultures non attaqués. Il y a plus, les tubercules atteints eux-mêmes peuvent se reproduire de la même manière. On cite ainsi des faits nombreux de plantations de pommes de terre malades qui, abandonnées dans les champs, ont donné l'année suivante de plus belles récoltes que les cliamps plantés avec de bons tubercules suivant la méthode ordinaire.
Cela prouve d'abord que la maladie, non hérèditaij'e, est bien réellement
HOJ.ANliliS. 007
liée à un état morbide spéoial du tubercule, et, eu .sei-uiHi lieu, iail euUevoir la possibilité d'arriver à sa régénération complète et, par suite, à sa guérison, par une cullm^c blsammcltc, (|ui n'est ainsi (pie l'application, dans sa plus grande extension, de la, [il;uit;itioii anlinniiali'. Sans dont(j, la nécessité d'occuper la terre deux ans fera obstacle à la généralisation de cette métliode radicale; mais, comme le fait observer avec raison M. Lucien Georges, elle peut être appli(|uée sans difficulté à la production des pommes de terre de semence.
Emploi des Pommes de terre malades.
Lors(jue, malgré toutes les précautions, on n'a pu réussir à se préserver entièrement de la Maladie, on ne doit pas pour cela considérer la récolte comme entièrement perdue, car il est possible encore de tirer (juelipie parti des tubercules atteints.
Ainsi, on peut les utiliser dans l'alimentation du bétail. A l'origine de la maladie, on ne crut pas d'abord pouvoir les employer de la sorte, et on les laissa se perdre en totalité. Mais on s'assura bientôt que les tubercules malades ne sont pas vénéneux ; ainsi l'homme peut les manger en enlevant les parties altérées, et les bestiaux les consomment en entier, avec les parties malades, sans en éprouver aucun accident. Leur seul inconvénient est de fournir un aliment moins riche et peu propre à l'engrais. En Angleterre, on les donne crues aux porcs ; en Suisse, on les fait cuire auparavant, et les animaux ne paraissent pas, si on a le soin de ne pas les donner d'une manière exclusive, ressentir un effet particulier de cette alimentation.
La fécule se conservant sur les parties saines, on peut encore livrer les tubercules malades aux féculeries, qui en tirent parti quel que soit leur degré d'altération, et oii l'on obtient une fécule valant celle extraite des pommes de terre saines et propre aux mêmes usages. Puis, les eaux, ainsi que les résidus de la fabrication, servent de même à fertiliser les terres. Toutefois, il serait plus économique de pouvoir, avant l'opération, séparer la partie malade de la partie saine.
Quand on ne peut les utiliser ainsi, il faut étendre les tubercules dans un endroit aussi sec que possible, ou les faire cuire à la vapeur, de manière à arrêter toute végétation. En foulant et entassant cette pulpe cuite dans des vases, où on la met à l'abri du contact de l'air au moyen d'une légère couche d'huile, on s'en sert pour nourrir les animaux domestiques. Mais si la décomposition était trop avancée, il faudrait les réduire en bouillie par rébullition, traiter par la diastase ou l'acide sulfurique, et on aurait alors une matière sucrée susceptible de fermenter et de donner ainsi de l'alcool à la distillation.
Ne pouvant pas toujours employer les pommes de terre malades immédiatement, on est parfois obligé de les laisser se perdre ; en ce cas, le mieux est de les replanter immédiatement, ce qui permet souvent d'en obtenir des
5(58 , SOLANlilES.
produits oijiiiviiluut.s à ceux des luberciilos sains. L'expérience, coimiie nous l'avons dit, souvent l'aile et avec succès, démontre que la maladie ne l'ail nullement perdre aux pommes de terre leurs facultés germinalivcs, et (jn'une replanlalion immédiate olFrc encore le meilleur moyen qu'on ail de les utiliser presijue sans perte.
S'il n'est ]}oinl possible de les planhu' de suilo, on les conserve dans un endroit bien sec à l'abri des variations atmosphériques. Toutefois, il faut éviter de les laisser mêlées aux pommes de tejTe saines, auxquelles l'altération peut facilement s'étendre. Si l'on craignait néanmoins que la Maladie alors se propageât, on pourrait recourir au soufrage, essayé avec succès par M. Bossin, qui, ayant rentré des tubercules sains mêlés à des tubercules malades, et craignant que la Maladie se généralisât, brûla dans le cellier du soufre à deux reprises et à quati'e jours d'intervalle, en faisant bouclier hermétiquement toutes les issues; il se débarrassa ainsi instantanément et complètement de la maladie.
Reste à savoir seulement si les pommes de terre n'avaient pas alors perdu leurs propriétés germinatives.
s. stoloniferum Sohl. et Boiich., plus petite que le S. tuberosum dans toutes ses parties, longuement traçaute, à rameaiix souterrains portant des tubercules petits d'un goût .-îpre ; non comestible, — plante rapportée du Mexique par MJI. Schiede et Deppe, de peu d'intùrêt économique, grainant beaucoup, et pouvant, par suite, être facilement propagée par les semis.
MoRELLE NOIRE, S. iiigrum L.
Mourelle, Morette, Mouretk, Herbe des magiciens, Cerisette, Crève-chien, Raisin de loup.
Fleurs petites, blanches, en corymbes pauciflores, brièvement pédoncules. Calice petit, à lobes arrondis. Corolle à lobes lancéolés. Baies globuleuses, de la grosseur d'un pois, noires, parfois rouges ou jaunes. Feuilles d'un vert sombre, ovales-aiguës, entières ou dentées. Tige herbacée, anguleuse, de 2 h 5 décimètres. Annuelle.
Espèce croissant naturellement eu Europe et en Amérique, très commune dans toute la France, et venant partout, dans les décombres, autour des habitations, au bord des haies, dans les lieux cultivés, siu-tout dans les prairies à fonds substantiel. Elle exhale une odeur désagréable rappelant celle du musc, et offre une saveur acre et uauséabonde qui paraît repoiisser les animaux, car aucun ne la touche. Elle passe pour vireuse et narcotique, et cependant aux colonies ses feuilles sont mangées, comme les feuilles de choux, à l'Ile de France, à Bourbon, sous le nom de Bréde, aux Antilles, sous le nom de Laman. Les fruits seuls, à la vérité, sont vénéneux ; ils peuvent cependant être utilisés en médecine; ainsi le suc en est employé, à l'extérieur, contre les dartres rebelles, et les feuilles peuvent servir comme émollients pour calmer les plaies et ulcères douloureux.
S. chlorocarpum Spenn.; S. ochroleucum Bost., feuilles longues; tige longue, ailée, dentée; baies jaunes, — rare.
S. humile Beruh., forme de la précédente.
S. miniatum Mert. et Koch., baies petites, d'un rouge vif, odeur musquée prononcée, — surtout commun dans le Midi.
S. villosum hm., fleurs blanches, graudes ; baies safranées ou rouges ; feuilles d'un vert blanchâtre, ovales, sinuées-dentées ; tige de 2 à .5 décimètres ; toute la plante velue, tomenteuse ; annuelle, — assez commun dans les lieu.x cultivés du Midi et de l'Est; propriétés du S. nigrum.
80LANÉEB, ÔOO
MonKLLii MELONGiiNE, S. fncloiifjcnu L., S. acUll'lUllIlL l)Ul\.
Aubergine, Morelle vomestiblo, Mérangène, Mayenne, Poule qui pond.
Kloiirs violacc'es, grandes, sur dos pédoncules oxtni-axilliiires, réilécliis. Calice épineux, a
li.H divisions, acoreseent. Corolle à (i.!) lobes. Baie très volumineuse, obtuse, glabre, violette on
marbrée. Fe\iillo3 ovales, sinuéos, cotonneuses en dessous. Tige berljacée, un peu épineuse, de
3 à K décimètres. Aunuello.
Originaire des Indes; fruits acres et miilt'aisants, devcDiint comestible» par la cuisson. Cultivée dans les jardins pour ses fruits, formant plusieurs variétés.
Morelle douce-amère, S. dulvamara L.
Morellu grimpante, Vigne sauvaf/e, Vigne vierge, Vigiie de Judèc, Herbe de Judve, Herbe à la fièvre, Herbe à la parte, Brondef Courge, Toque, Vréve^chien.
Fleurs violettes, en cymes corymbiformes, extra axillaires, longuement pédonculées. Corolle il lobes souvent réfléchis. Baies ovoïdes, ronges, pendantes. Feuilles entières, ovales, cordiformes, d'un vert foncé. Tige ligneuse sarmenteuse, grêle, grimpante, à rameaux Hexibles, effilée, se soutenant sur les buissons j de 1 à 2 mètres.
Très commune partout, dans les buissons, les bois humides, au bord des ruisseaux, dans les décombres. Fi'oissée enti-e les doigts, elle répand à l'état frais une odeur désagréable, offre une saveur qui d'abord douce devient amèro; ses fruits, sans être vénéneux, provoquent des vomissements. Tons les animaux, sauf les moutons et les chèvres, la repoussent. Est employée en médecine comme calmante à l'extérieur et comme dépurative à l'intérieur.
S. pseudo-persicum L. (Faux piment, Amane), fleurs petites, blanches ; baies rouges ; tige ligneuse, rameuse au sommet; de 8 à 15 décimètres, — arbuste originaire du Brésil, croissant au pied des Pyrénées, et cultivé dans les jardins d'agrément.
S. sodomeum L., fleurs violettes, grandes; baies globuleuses, très grosses; feuilles sinuéespinnatitides, aiguillonnées ; tige ligneuse, aiguillonnée ; de B à 15 décimètres, — propre à la Corse.
Genre TOMATE. — LYCOPERSICUM T.
Fleurs eu cymes extra-axillaires ; — calice aecrescent, à 5.10 divisions profondes: — corolle rotacée, plissée ; — étamines dA^, à anthères saillantes, conniventes ; — fruit bacciforme. déprimé, lobé, à 2.3.8 loges.
Tomate comestible, S. esculentuni Dun., Solanum lycopersicum L.
Fleui-s jaunes. Baies volumiueuses, glabres, rouges ou jaunes. Feuilles grandes, pinnatiséquées, à segments très inégaux. Tige de 4 à 8 décimètres ; annuelle. — Plante velue, rude, exhalant une odeur forte et désagréable.
Originaire du Mexique et du Brésil ; cultivée, dans tous les jardins potagers, pour ses fruits, communément appelés pommes d'amour, et produits par la soudure de plusieurs fleurs. Ces baies contiennent un suc abondant et d'une agréable acidité, qui les fait rechercher soit comme condiment, soit comme aliment.
Genre PIMENT. — CAPSICLM L.
Calice court, évasé, nou aecrescent, ii 5.ti dents: — corolle rotacée, plissée: — baie à 2.4 loges polyspermes, volumineuse, lisse, sèche, coriace.
Piment annuel, C. annuura L.
Poivre long, Poivron, Poivre de Guinée, Corail de jardin.
Fleurs rl'iin lilniio jaunâtre, petites, solitaires ou g(5miiiéos. Feuilles entières, ovales, longuement inVloneulées, à limbe .déourrent. Tige drossiîe, anguleuse, de 3 à 4 décimètres ; annuel. Toute la plante lisse et luisante.
Originaire do l'Amérique méridionale ; cultivé dans les jardins potagers, pour son fruit, d'une saveur poivrée, acre et piquante, et employé soit comme condiment, soit comme aliment, avant sa maturité complète. La culture on a produit plusieurs variétés.
Genre COQUERET. — PHYSALIS L.
Fleurs solitaires; — calice à 5 dents, campanule, s'accroissant après la floraison, devenant vésiculeux et formant une enveloppe large non appliquée sur le fruit ; — corolle i-otacée, plissée; — ètamines 5 ; — baie biloculaire, globuleuse.
CoQUERET alkekenctE, P. alkekengi L.
Coquerelle, Herbe à coques. Cerisier d'hirer. Cerisier de juif, C. de Mahon.
Fleurs blanchâtres, axillaires, penchées. Calice devenant vésiculeux, ovoïde, rouge. Baie du volume d'une cerise, lisse, d'un ronge vif. Feuilles ovales, acuminées, sinnées, les supérieures géminées. Tige dressée, de 3 à 5 décimètres. Vivace.
Kspèce commune dans toute la France, venant dans les haies, les lieux ombragés, les vignes des terrains calcaires. Le fruit, d'une saveur aigi-elette et non véni'ueux, est mangé dans quelques pays méridionaux ; il sert à colorer le beurre, et, en médecine, sert quelquefois comme diurétique et sudorifique. — Les animaux ne touchent point à ses feuilles, qui répandent, comme toutes les plantes de la famille, quand on les froisse, une odeur nauséeuse.
P. inihescens L., P. edulis Bot., fruits jaunes, à saveur un peu acide; plante fort touffue, — plante de l'Amérique méridionale, cultivée, dans quelques jardins potagers, pour ses fruits servant de condiment.
Genre NICANDRA. — NJCANDRA Adans.
Calice à ô divisions profondes, devenant vésiculeux et enveloppant le fruit. N. phijsalotdes Gœrtn., fleurs d'un bleu violacé, plus grandes que celles du P. nll<ekengi, originaire du Pérou; cultivé dans quelques jardins, et subspontané aux environs de Toulouse.
Genre BELLADONE. — ATROPA L.
Fleurs solitaires ou géminées, axillaires ; — calice à 5 divisions aiguès, profondes, faiblement accrescent, à la fin étalé ; — corolle tubuleuse-campann'ée, à 5 lobes courts ; — élnmiries 5, incluses, écartées de l'axe; — iaie biloculaire, globuleuse.
SOLANÉIiS. 571
BELLADONE COMMUNE. — A. UEUADONA L.
Noms vulgaiues. — Belle-dame, Boulon noir, Morclle furieuse, Herbe eniiioisnnnèe.
Fleurs cl'im pourpre hruiiiltre, assez praiidos, peiioliéos. — Baies de la grossoiir rl'une cerise, noires, luisantes. — Feuilles presque sessiies, nmples, entii'rcs, ov.ile.'', aiguî-'s, les supérieures géminées, très inégales. — Tige robuste, cylindrique, très rameuse. • — Kacinc forte, pivotante. — Taille de 10 h 15 décimètres. — Vivaee.
Très commune dans toute la France, venant dans les bois et les lieux humides, autour des habitations. D'une odeur vireuse prononcée, d'une saveur Acre et nauséabonde, elle est dans toutes ses parties extrêmement vénéneuse, constitue un poison narcotico-âcre, dont les effets s'annoncent par une sorte d'ivresse avec délire et accès convulsil's. A l'extérieur, elle constitue un calmant stupéfiant des plus énergiques, et exerce en outre, sur la pupille de l'œil, une action dilatatrice très prononcée, que l'on utilise pour faciliter les opérations pratiquées sur cet organe.
Ces propriétés de la Belladone, dues à la présence d'un alcaloïde spécial désigné sous le nom d' atropine, sont développées surtout dans le fruit, ce qui rend d'autiint plus dangei-euses les méprises que sa ressemblance avec les cerises peut faire commettre. Toute la plante, les feuilles surtout, sont utilisées en médecine sous les états pharmaceutiques les plus divers, et se rangent parmi les médicaments calmants les filus fréquemment en usage.
La Belladone, cultivée quelquefois dans les jardins comme plante médicinale, doit soigneusement être extirpée des lieux cultivés ou frétjuenlés qu'elle envahit, à cause des accidents qu'elle peut faire naître. Mais cette extirpation est parfois difficile, à cause de la facilité avec laquelle chaque fragment de racine laissée en terre peut former un pied nouveau.
Genre MANDRAGORE. — MANDRAGOBA T.
Calice à 5 dents, en toupie, acci'escent ; — corolle à 5 divisions profondes, campanulée. marcescente ; — élamines 5, incurvées, k filets dilatés ; — baie à 1 loge par avortement, ovoïde.
Mandragore officinale, M. offîcinalis Mill., Atropa mandragora L.
Fleurs d'un bleu violacé, sur des pédoncules radicaux de K à 12 centimètres. Baies volumineuses, jaunâtres. Feuilles toutes radicales, très grandes, étalées, bosselées, ovales-oblongues, obtuses, sinuées-ondnlées. Plante aoaule. Racine épaisse, cliarnue. Vivaee.
Non spontanée en France, mais se montrant en Espagne, en Italie, dans la vallée d'Aoste. Offre deux variétés, croissant l'une en automne, l'autre au printemps ; celle-ci, à baies plus volumineuses, est quelquefois considérée comme espèce partioidière. L'une et l'autre sont cultivées parfois dans les jardins comme plantes officinales. La Mandragore offre l'odeur, la saveur et les autres propriétés de la Belladone ; mais ses effets sont moins constants ; est rarement employée.
572 ■ Sdl.ANI'iES.
Genre LYCIKT. — LYCIUM l..
Fleurs axillaires, solitaires ou f'asciculées, brièvement péflicellées ; — roliie petit, iirocolc, appliqué; — cornllr infniiilibiiliforiiie ; — élamities 5, saillantes; — haie biloculaire, succulente.
— Feuiih's entières, souvent fasciculées. — Arbrisseau à rameaux épineux.
Lyc.hît de i!.\nB.\niE, L. barhaium Fi.
.lasminoidn.
Fleurs d'un violet clair, dressées, t'alice bilabié. Baie oblon^ne, ronge on orangée. Kenilie? étroitement lancéolées, atténuées en court pétiole. Tiges grêles, ne se soutenant pas, très rametiscs, à rameaux pendants, de 1 à 2 mètres.
Espèce originaire de l'Asie, de l'Afrique septentrionale, et naturalisée en France ; venant partout, ça et là, surtout dans le Midi, pi'ès de Montpellier, dans les baies, les buissons et les vignes ; quelquefois elle est plantée pour former des baies ou garnir des palissades.
L. sinense Lra., feuilles plus larges, — mêmes lieux que le précédent ; plus rare.
L. mediterraTiemnDiiu., fleurs blanches ou purpurines; tiges fermes à rameaux non pendants,
— littoral de la Méditerrannée.
L. nfmm L., pourprées, penobées ; feuilles linéaires, — dans le Konssillon.
Genre STRAMOINE. — DA'fURA L.
Fleurs solitaires, brièvement pédonculées ; — calice pentagonal, à tube allongé, se séparant circnlairement de la base persistante et acoresoente ; — corolle infundibuliforme, très longue, ii .5 plis dans toute sa longueur, à 5 lobes courts; -^ fruit capsulaire, ovoïde, épineux, à. parois épaisses et à 4 loges, s'ouvrant au sommet par 4 valves. — Feuilles ovales, aouminées, très amples.
.STRAMOINE COMMUNE — D. STRAMONIUM L.
Noms vulgaike-s. — Pomme épineuse, Endormie^ Herbe dv diable^ Chasse laujte. Herbe à ta lnu}ie.
Estramon, Herbe des démoniaques.
Fleurs blancbes, longues de 7 à H centimètres. — Capsule dressée, à épines fortes. — Feuilles longuement pétiolées, sinuées-dentées, à dents larges. — Tige dressée, cylindrique, à raraiiications diohotomes, de ti à 12 décimètres: — Annuelle.
Originaire du Pérou , cette espèce s'est complètement acclimatée en France et dans toute l'Europe; elle vient aux bords des chemins, dans les décombres, les lieux secs et incultes. Elle répand une odeur vireuse désagréable, offre une saveur acre et nauséeuse prononcée, et, comme la Belladone, constitue un dangereux poison ; elle possède d'ailleurs toutes les propriétés de celle-ci, est même plus active. Egalement employée à l'extérieur comme calmant, elle n'inspire pas, toutefois, la même confiance, et n'est pas aussi communément mise en usage. On s'est servi aussi quelquefois des graines, pour faciliter l'engraissement des chevaux et des porcs.
SOLANÉKS. 573
U. liilula I,., Ilours violiiocîes ; ciilioo, pntiolo, iiervuros «les fouilles ; tige do couleur purpurine ; l'iiiiillos ilenti'!OS, — ospfcco rare, se montrant çfi et lii dans diverses contrée» dn Midi et do l'Ouest.
I). metcl Ij., flonrs blanches; capsule pou (épineuse; feuilles en cicur, presque cntii-res. — originaire d'Asie, spontanoe dans le Midi.
Quelques autres espc'ces exotiques sont cidtivées dans les jardins irornemeut.
Genre TABAC. — NICOTIANA L.
Calice campanule, persistant, à 5 divisions in^^gales ; — corolle infundiliulifornie, i\ tube alloufi'é, à limbe plissé ; ■ — fruit capsulaire, à 2 valves fendues i\ leur sommet, à 'J lopes, n parois minces, h déliiscence septifrage ; — graines tri'S nonibreiises et tri^s petites.
Tah.vc cultivé, A^. tahacum. L.
Fleurs roufjeâtres, en panicule lâche. Corolle t» divisions triaufçulaires ai^ïnes. Capsule oblongue. Feuilles sessiles, très amples, lancéolées-aigut^s. Tige dressée, rameuse supérieurement, de 10 n 15 décimètres. Annuelle.
Originaire d'Amérique, introduite en Europe en 1518 et eu France en 15G0, comme plante médicinale d'abord, le Tabac est aujourd'hui une plante industrielle, monopolisée par l'Etat, qui eu limite la culture k quelques régions, sous le contrôle de la régie. Ses feuilles très Rcres, à l'état frais, subissent, avant leur emploi, une fei'meutatiou suivie de dessiccation, qui en moditîe les propriétés. Elles constituent, dans cet état, un poison uarcotico-ficre très violent, à la fois éméti- (]ue et purgatif; ces etl'ets sont dus surtout il un principe actif, la nicotine, constituant l'une des substances les plus vénéneuses que Ton connaisse. Elle agit sur le système nerveux d'ime manière très rapide ; elle provoque d'abord le vomissement, des fortes coliques et détermine une vive irritation sur le tube intestinal. Sur une cbèvre qui mangeait parfaitement du tabac à fumer, nous voulilmes nous rendre compte de la quantité qu'elle en pourrait prendre et les effets qui en résulteraient. 500 grammes furent mangés en peu de temps. Au bout d'une heure environ, l'animal paraissait être en proie à des douleurs sourdes qui allèrent rapidement en augmentant ; tous les symptômes de l'empoisonnement par des poisons narcotico-âcres se manifiestèreut, et l'animal mourut au bout de 5 à six heures environ. Voulant étudier comparativement les effets que peut produire le tabac vert, nous primes 1 kilog. de feuilles vertes, qTii furent broyées et pilées de manière à en extraire tout le suc ; 300 grammes environ de ce liquide furent aussitôt administrés à une autre chèvre ; une heure après, on remarquait tous les symptômes de l'empoisonnement. Pour en arrêter les effets, on administra une forte infusion de café très concentré (demi-litre environ), puis la décoction de lin en boissons et en lavements, qui suffirent pour rétablir l'animal vers le huitième jour. La décoction de tabac est quelquefois employée contre certaines maladies cutanées rebelles. Ou l'utilise aussi pour détruire les insectes nuisibles aux cultures ; pour ce dernier usage, on l'emploie généralement en fumée.
N. nistica L., fleurs d'un jaune-verdâtre, petites ; corolle à divisions obtuses ; capsule presque globuleuse ; feuilles pétiolées, obtuses, — même origine que la précédente, propriétés analogues, vient principalement dans le midi de la France, quelquefois subspontauément autour des habitations et dans les terrains rapportés, rocailleux et élevés. Dans tous les cas, il est peu répandu et ne vient que par pieds isolés çà et là ; les animaux n'y touchent jamais.
Genre JUSQUIAME. — HYOSCYAMUS T.
Calice urcéolé, renflé à sa base, persistant en totalité, acorescent et enveloppant le fniit, :i .5 dents courtes ; — corolle iufundibuliforme, ii 5 lobes obtus ; — capsule biloculaire, enveloppée dans le calice, s'ouvrant circulairement, en pyxide, vers le sommet.
574 VERBASCÉES.
.TiJSQUiAME Ndiniî, H. nhjcr L.
Porcelée, Porlelée, MorI nui /loii/c», Ciireillaih, Herbe à In Iciijne, Herbe, aux angelures, Hannebonne.
Fleurs jniiiic jnile, veim-es, liniiies à l'intérieur, presque sossiles, en épi nnilntéral feuille. Fouilles liirpes, les radicales en rosette, sinuées-pinuatitiiles, les caulinaires sessiles, denii-emlinissautes, il dents aigui'S, les llorales embrassantes, )>resipie cntiires. Ti{;e dressée, de 4 il 8 décimètres. Plante velue, visqueuse. Bisannuelle.
Commune dans toute la France, vient au bord des chemins, dans les lieux incultes et les décombres, et exhale une odeur vii-ense qui éloigne les animaux , bien que quelques-uns, le porc et la chèvre, parait-il, puissent la brouter impunément. On la leur donne quelquefois pour aider à l'engraissement. Dans tous les cas, c'est un poison nai'cotioo-âcre dangereux, comme les espi-ces des genres précédents, et offrant aussi, employée il l'extérieur, des propriétés calmantes que l'on utilise communément en médecine.
H. albus L., fleurs irrégnlières, jaune p.île, verdiîtres ii l'intérieur; feuilles toutes pétiolées, en cœur, sinuées-deutées ; annuelle, — région méditerranéenne.
H. major Mill., fleurs poni'prées ii l'intérieur; feuilles ovales-sessiles ; vivace, — Midi.
Famille des VERBASCEES B.\rtl.
SOLANÉES Jnss.
[Caract. génér. des Solanées). Fleurs peu régulières, à 5 divisions; — étamines bÂ, inégales, à antlières unilocnlaires , s'ouvrant en long; — fruit capsulaire, à déhiscence septifrage, à 2 valves et à 2 loges polyspermes ; — graines très petites, tuberculeuses, à embryon droit.
Famille peu nombreuse, comprise d'abord dans les Solanées, puis dans les Scrofular lacées, et formant, entre ces familles, un groupe intermédiaire. Se compose de plantes herbacées, prenant parfois un assez grand développement, sans odeur, à saveur douce et fade et contenant toutes un suc aqueux et mucilagineux qui leur donne des propriétés émollientes. Les graines cependant passent pour narcotiques. — Elles forment deux genres :
S 5 étamines Vebbasciim.
, 4 étamines Celsia.
Genre MOLENE. — VERBASCUM L.
Fleurs ordinîiirement jaimes, quelquefois tachées de violet; — corolle rotaoée, à 5 lobes inégaux; — étamines 5, les 2 supérieures plus longues, il filets laineux; — style dilaté et comprimé au sommet. — Feuilles alternes, sinuées-dentées, le caulinaires toujours sessiles, embrassantes ou décurrentes ; — tiye dressée, raide. — Plantes en général fortement tomenteuses dans toutes leurs parties; ordinairement bisannuelles.
vmtiiAscÉES. 575
Kspocos iiombreiisoK, croissant dans les lieux iuciill.es, an boni des r;lieiiiiiis, dans les chanips sablonneux, -les IVicbes, les bois laillis, sni' les décombres, où elles aljondeuL souvent et se dcîveloppeut avec une yrande vi^'ueui'. Toutes plus ou moins sèclics, dures et coriaces, sont dédaignées des bestiaux ; et elles sont utilisées seulement eu médecine comme bécliiiiues et calmantes. QueLjuel'ois on donne leurs racines pilées à la volaille à l'engrais en les mêlant à d'autres substances plus appétissantes. Les graincîs, narcotii|ues, jetées dans les viviers, engourdissent, dit-on, les poissons. — Les diverses espèces de ce gem'c, s'unissaul; entre elles avec une grande lacilité, forment des hybrides en nombre indéterminé et de caractères très variables. Nous ur. mniliouncrons ici que les espèces admises comme types.
!„ . ,. ■ . ( Tiucsis r..
Cor. petite, concave — StiRm.enti-'tei „
1 «oiitanum Stiirail.
Corel. Krande,(Fe'"l- '«"P- 'l^curr.; ,.,„„,./„,„„,„„„,.„.„,
plane-Stisra. . ^ ( p„,.„„„,e8 i..
décurrent fFeuil.Dnev.decurr.i , , o . .
( Australe Sclirad.
l''e. iion[ IPanicule étalée — Feuil.coton. Put„,„oLE.STUM Vill.
décnrr.\Filets à poils blancs . , ) (Pamc.dress. — Feuil.pq.glab. Lïcuniti» I.
insérées/ [Fleur en grande panieule. . . Sinuatom L
transv(^"^'^-'P''"''''°'^'^ j NIGRUM L.
g j '^^ i (Fleur en grappe spiciforme. . ! Chaixii
' BocTÎia
Fleurs solitaires — Capsule globuleuse l Pédicelles étalés Blaiiabu I..
Feuill. non décurr. — Filets à poils violets | Pédicelles dressés. . . . Blattaboïdes Lm.
Fleurs pourprées Pliœnkeiim L.
Boerhavii !..
MOLÈNK OFFICINALE, V. thapSUS L.
Bouillon blanc, Bonhomme.
Fleurs petites, concaves, en épi dense, allongé, stigmate en tête. Feuilles épaisses, presque entières, fortement tomenteuses sur les deux faces, décnrrentes jusqu'à la feuille inférieure, les radicales très amples. Tige raide, de B à 10 décimètres.
Commune dans toute la France ; l'espèce le plus fréquemment employée comme adoucissante, légèrement astringents et surtout comme émoUiente.
V. thapsiforme Schrad., fleurs graudes, planes, stigmate décurrent sur les deux côtés du style ; feuilles fortement crénelées ; 1 à 2 mètres, — abondant partout.
y. pMomoïdes L., feuilles supérieures brièvement décnrrentes, ailées, les inférieures pétiolées ; 1 à 2 mètres, — Midi, Centre, Est.
V. pulverulentum Vill., V. floccosmn Waldst. , fleurs petites, planes, en panieule pyramidale, à rameaux étalés ; feuilles elliptiques, presque entières, les raméales seules embrassantes ; 3 à 6 décimètres, — abondant partout.
V. lyclmitis L., fleurs en panieule étroite; feuilles presque glabres, les inférieures très amples, fortement crénelées ; tige anguleuse, de 4 à 8 décimètres, — commun partout.
V. sinuatum L., fleurs petites, en panieule pyr.amidale^; feuilles lancéolées, les inférieures sinuées-pinnatifides ; tige rougeâtre, de 5 à 10 décimètres, — Midi, très répandu.
MoLÈNE NOIRE, V. iiigrum L.
Cierge maudit.
Fleurs petites, planes, à gorge violette, eii grappe dressée, spiciforme ; stigmate en croissant. Feuilles arrondies à la base, les radicales longuement pétiolées, cordiformes, crénelées. Tige anguleuse, de ô n 13 décimètres.
sr.itopiiin.AuiACi'iKS.
Commun dans toute lu l'"riiuco, est la seulo esjn^cc que rccherelieut les codions, ïiinsi que les moutons, qui on mauf^ent les jeunes feuilles.
V, blatlaria L., Heurs grandes, planes, à p'cn'{,'e violetle, solitaires, en grappe sim])le, allongée, riiide ; fouilles glabres, luisantes, inégalement deuti'es, embrassantes, les radicnlos pétiolées; 5 ii 12 décimètres, — venant partout, commune.
I'. blatlarotdes Lm., V. virgatum With., Heurs quelquefois géminées ou ternées; feuilles brièvemeut décurreutes, couvertes de poils glanduleux, — abondant partout.
V. phœniceum L., fleurs d'un pourpre foncé ; feuilles olilongues ; 4 ii (> décimètres, — région de l'Est ; cultivé dans quelques jardins d'ornement.
Genre CKLSIK. — CELSIA L.
C, gtandiilo.'ia L.. C. rretica L., C. ortentahs L,, — espaces nives et siins importance.
FamUle des SCROPHULARIACEES LiNni..
PERSONÉES T., DtDYNAMIE ANGIOSPEIiMIE L. , HYPOCOKOLLIE .Trss.
Fleurs hermaphrodites, irrégulières ; — calice libre, persistant, à 4.5 divisions pkis ou moins profondes; — corolle moiiopétale , hypogyne , à 4.5 divisions inégales, rotacée, tubuleuse-campanulée, ou à "2 lèvres rapprochées ou écartées, parfois prolongée en éperon à la base, à préfloraison imbriquée; — étamines 'i, didynames, parfois réduites à 2; anthères hiloculaires, s'ouvrant en long, ou unilocnlaires et s'ouvrant en travers ; — ovaire libre, à 2 loges; style simple, à stigmate entier ou bilobé ; — fruit capsulaire, biloculaire, à 2 valves entières ou dentées, à déhiscence loculicide ou septifrage, ou s'ouvrant par des trous au sommet; ordinairement poh'sperme, à 4 placentas, disposés sur les bords ou les nervures des valves, sur la cloison, ou bien libre et central; — graines à embryon droit, au centre d'un albumen charnu. — Feiiilles opposées ou alternes, simples ou divisées, sans stipules.
Plantes herbacées ou sous-frutescentes, renfermant des sucs acres et amers qui leur communiquent des propriétés actives, mais peu uniformes, les unes agissant soit comme narcotiques, sédatives, soit comme purgatives, ou simplement comme excitantes ; les autres n'exerçant pas d'action sensible sur les organes : toutes étant d'ailleurs refusées par les animaux.
Cette famille très nombreuse et répandue partout, dans les lieux les plus divers, offre les plus grands rapports avec la famille des Salariées, dont elle ne diffère essentiellement que par l'irrégularité de la corolle et l'avortement d'une ou de plusieurs étamines, réduites à 4 didynames ou à 2 seulement. Elle se sépare assez naturellement en trois tribus distinctes, flonl beaucoup d'auteurs même ont fait autant de familles différentes.
SCROPHlU.AKIACfilîS.
SCnOPHULAniACÉES. '>1~
Comllc (ilnnB lo IjiiiirKeon) i\ li'vro siipc'îr. rocouvr. l'inli-r. ActirrbinéeS.
Con.llo (cln>,s le l,oi.rgeon) .MJ.yre inf.'T, (''"''«« '' ■''*"■'"■ VéronicéeS.
onvelopp.^e [un- les nuti-e» jf.,,,,,,,. ;, ,, ,y^^.-^ RhinanthéeS.
1" Ti-iim. — awtirr.hii>*:é:eis.
Scrofulaires .Tiiss., Personiôes Vent,
Corolle bilabiée , à lèvre supérieure enveloppant, dans le bourgeon,
l'inférieure. Calice à 5 divisions. Embryon à radicule tournée vers le bile.
Capsule s'ouvrant par des trous ou des valvules opposées à la cloison, qui
reste intacte. Antbères non appendiculées.
Comprenant, — outre un grand nombre [de genres exotiques, dont quelques-uns, tels que les Calcéolaires, les Mhnulcs , etc., sont cultivés, — les genres indigènes réunis dans le tableau ci-après :
Corolle bilabiée, à tube presque globuleux PcROPHrLARiA.
iCoroUe bossue ;i la base Antirbhikum.
Corolle personnée. j ,g^^^^ ^^^.^^^^ Anabrhinum.
ANTIRRHINÉES..{ (CoroHe éperonnéej
(Gorge fermée Likaria.
Corolle tubuleuse, tétragone — Etamines 4, dont 2 stériles. Gratiola.
Corolle plus petite que le calice, bilabiée Lindernia.
Genre SCROPHULAIRE. — SCBOPHULARIA T.
Fleurs petites, brunes; — corolle ii tube presque globuleux, bilabiée, à lèvre supérieure plus grande et à 2 lobes, l'inférieure h 3 lobes ; — élamines à anthères uniloculaires, s'ouvrant transversalement ; — capsïtle biloculaire, à 2 valves, à déliiscence septifrage. — Feuilles opposées, pétiolées ; — tige dressée, souvent quadrangulaire, herbacée.
Plantes amères, acres, d'une odeur fétide et nauséabonde, et plus ou moins vénéneuses pour les bestiaux, qui tous les dédaignent ; sans usages économiques. Genre comprenant les espèces principales ci-après :
SCnOPHULARIACÉES.