‹ Nouvelle magie blanche dévoiléeChapitre 15 sur 24 · EXPLICATION DU MOYEN · texte numérisé non relu

EXPLICATION DU MOYEN

C'est tout simplement une espèce de bouton en cuivre, qui a quelque ressemblance avec ces doubles boutons de chemise que Ton passe par les deux boutonnières. Ce sont enfin deux boutons jumeaux séparés par une profonde rainure, et qui tiennent ensemble par une petite tige ménagée au centre. On pourra donner à ces boutons 45 ou 16 millimètres de diamètre. De ces deux boutons, il y en a un qui est mince et plat, sur la surface duquel on fera quelques rayures pour mieux retenir de la cire que Ton doit y mettre. L'autre partie de ce bouton doit être très-épaisse et assez pesante pour pouvoir équilibrer une pièce de cinq francs.

On met de la cire à sceller sur la surface du bouton mince.

Quand on fait le tour, on tient ce bouton caché dans la main gauche. On prend, de la main droite, la pièce qu'on vous présente, et, la transportant dans l'autre main, on y colle le bouton, qui tient de suite.

La surface delà pièce qui est opposée à celle où est le bouton, étant tournée du côté des spectateurs, empêche ceux-ci de voir ce bouton, qui est d'un bien moindre volume que la pièce.

On prend le sabre, que l'on tient dans une position horizontale ; on met la rainure du bouton sur le tail-

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lant, qui y entre aisément, et faisant jouer légèrement le sabre, comme on fait avec la canne, c'est-à-dire en le portant et l'inclinant un peu de droite à gauche, on voit la pièce, allant et revenant, parcourir en roulant toute la longueur de l'arme; on la reprend, et, la détachant du bouton, que l'on garde toujours dans la main gauche, on la rend , pour en reprendre une autre, que l'on fait manœuvrer de même. On sent bien que l'on en peut faire autant d'une tabatière ou d'une bonbonnière légère , comme d'une pièce de cinq francs.

SECTION XXXI

La montre brisée et raccommodée.

Sans être doué d'un génie supérieur, ni d'une adresse prodigieuse, on peut avoir le talent de briser une montre; mais, pour la raccommoder en aussi peu de temps qu'il en faut pour la broyer, je le donne à l'horloger le plus habile. C'est cependant ce que je me propose de vous enseigner, mais par les moyens que donne la magie blanche ; je n'en connais pas d'autres, et je crois même qu'il n'y en a pas.

Que l'on vienne, après cela, me dire que la prestidigitation est une science frivole ! En fait de rétablis-

sèment, notre pouvoir ne se borne pas à remettre une montre cassée en bon état en soufflant dessus : nous ne sommes pas plus embarrassés quand il s'agit de reconstruire un habit coupé par morceaux, une robe déchirée en mille pièces, et pour faire renaître de leurs cendres des mouchoirs de toute espèce, des papiers importants, etc., que le feu aurait consumés. Par ces moyens magiques, que de choses on peut ressaisir, qui seraient à jamais perdues î que de secrets importants on peut surprendre et que Ton ignorerait toujours ! tenez, en voici une preuve.

Un mari, initié dans les mystères de la magie blanche^ et que Ton n'attendait pas, entrant chez lui brusquement, sur le soir, surprit son épouse qui brûlait un billet.

— Quel papier brûlez-vous là, Madame? lui dit-il.

— Une chanson, répondit-elle en souriant.

— Donnez-la moi.

— Quand elle sera brûlée.

— Soit! dit le mari.

Il prit les cendres du papier, les mêla avec de la

poudre palingénésique, puis, versant ce mélange sur une feuille de papier blanc, il fit voir, à sa femme interdite, les caractères qu'elle venait de brûler.

Avis aux dames qui ont des maris amateurs de magie blanche. Quelques-unes, peut-être, diront que cette expérience-là est un mauvais tour.

En attendant que nous expliquions la renaissance des chansons, occupons-nous de la montre

Je prie le lecteur de me permettre de suspendre un moment le cours de mes descriptions, pour lui faire part de quelques pensées fâcheuses qui me sont suggérées par la critique d'un mien ami, qui vient de parcourir quelques pages de mon manuscrit. En terminant son examen, et après avoir jeté les yeux sur le petit récit préliminaire que vous venez de lire, il me dit : « Mais à quoi servent ces préambules superflus que vous mettez en tète détours vos articles ? Il faudra que vos lecteurs soient doués d'une énorme dose de patience pour ne pas vous donner cent fois au diable. Il serait plus simple d'aller tout droit au fait et de ne point assommer les .gens de toutes ces digressions inutiles.

— J'entends, lui dis-je, vous aimeriez mieux que j'écrivisse mon livre en manière de recettes?

— Sans doute; la matière qui vous occupe nedoit pas être traitée autrement , c'est mon avis. En effet, à propos d'une petite récréation de peu d'importance, vous nous faites intervenir Gigès, le roi Candaule et sa femme, qui ne sont guère plus connus que le père de Melchjsédech , et qui , d'ailleurs, n'ont que faire ici. Dans un autre endroit que je viens de lire, au sujet de la plus sale ordure, vous vous avisez d'y mêler Socrate et Platon, avec un surcroît d'invocations à Mercure et Minerve. Je trouve qu'il est non-seulement inutile, mais même inconvenant de s'étendre sur un pareil objet, sur lequel il est bon de passer le plus lé» gèrement possible. »

Je l'avoue, ces observations me causèrent subitement un frisson d'épouvante dont je ne pus me rendre maître d'abord. Mon livre était presque fait ; il fallait donc le refaire. Plutôt me pendre ! Ma cervelle se troubla, mon imagination fut saisie d'une telle hallucination que je vous voyais, lecteur, mon livre entre les mains, le taper avec colère sur l'angle de votre table, au risque d'en écorner la couverture et d'en froisser les feuillets. Je vous entendais vous récrier, en frappant fortement du pied, sans songer que vous pouviez faire accourir, effrayé, dans votre cabinet, tout le personnel de votre maison , tant la violence est imprévoyante; je vous entendais, dis-je, murmurer avec une fureur contenue : Mais quel diable de galimathias nous débite-t-il à tout propos ? Quelle rage de radoter ! ou ne se sert-il de ce style de grimoire que pour faire damner son prochain ?

Mais cet état de délire ne dura pas longtemps ; je pris un parti décisif, et le calme revint. Ce parti, c'est de faire* franchement l'aveu des motifs secrets qui m'ont engagé à agir dans un sens contraire à celui que me conseillait mon censeur. Voici donc les raisons que je lui donnai, et que je vous confie, lecteur, parce que, d'abord, je sens la nécessité de m'expliquer auprès de vous à ce sujet; qu'ensuite, je n'ai rien à vous cacher, d'autant moins que je compte sur l'inépuisable indulgence dont je vous sais doué.

— Si je suis tombé, lui dis-je, dans la diffusion que vous me reprochez, ce n'est que d'après des conseils

qui m'ont paru pleins de sens et de justesse. C'est mon libraire qui me les a donnés, étant chez lui en consultation. Enflez vos volumes le plus que vous pourrez, me dit-il : plus ils seront gros, plus cette apparence leur donnera de considération, et plus ils seront de rapport. Si vous n'avez que peu de choses à fournir de bon, débitez toutes les sottises qui vous passeront par la tête; n'ayez pas de honte: vous aurez cela de commun avec plus d'écrivains que vous ne pensez ; d'ailleurs , le public n'y fera pas attention, il y est accoutumé.

— Mais ceci me paraît d'une délicatesse un peu équivoque, lui dis-je.

— Mon Dieu ! que vous êtes innocent, mon cher î on dirait que vous n'êtes pas de ce monde. Ne savezvous pas que, dans le temps où nous sommes, frauder un peu est d'un usage reçu ? C'est le moyen de de jouir plus tôt et plus longtemps des douceurs de la vie. Remarquez l'épicier qui vous fournit le repas du matin , quand il vous pèse le café et le sucre, il vous met, sous prétexte de propreté , un large morceau de gros papier qu'il vous vend au prix des substances qu'il contient. Si, par hasard, vous examinez le marc de votre café, vous aurez le plaisir de voir que, pour corriger la qualité échauffante de ce dernier, on a eu soin d'y adjoindre une bonne partie de chicorée ou de lentilles rôties.

Le débitant de boissons serait en droit de dire qu'il a veillé à la santé de ses pratiques, en leur faisant payer l'eau au même taux que le vin.

Je ne parle pas des meuniers ni des tailleurs : ce serait une superfluité.

Enfin, j'en aurais pour longtemps, s'il fallait fouiller dans le secret de toutes les professions et dévoiler le savoir-faire de chacune; cela ferait un riche dictionnaire d'industrie. C'est une besogne que je n'entreprendrai pas; seulement, ce que je vous en dis, mon cher, c'est pour vous faire comprendre qu'il serait de vos intérêts de vous conformer aux mœurs du temps et de vous placer à la hauteur de votre siècle.

Convaincu de la sagesse de ce raisonnement, je me suis bien promis de mettre le conseil à profit; voilà pourquoi je barbouille d'encre des poignées de papier, que je fourre dans tous les coins de mon volume, pour lui donner plus de poids.

• — Ma foi ! il n'y a pas de réplique à cela, me dit mon Aristarque, et je m'incline devant l'expérience de votre libraire.

Quant à vous, cher lecteur, j'espère, qu'en faveur de mon candide aveu, vous voudrez bien accepter mon livre tel qu'il est, c'est-à-dire avec toutes ses taches et ses défauts.

Je reprends mon explication sur l'art de briser les montres.

Je vais expliquer ce tour comme les professeurs de physique amusante l'ont toujours fait jusqu'à présent, et en le comparant avec le même que M. Decremps a décrit dans sa Magie blanche , il sera facile de voir combien il était dans l'erreur dans sa façon de le con-

ccvoir. On va comprendre que l'on n'a pas besoin de deux sortes de compères, comme il le dit , ni d'attendre l'occasion d'examiner la montre d'une personne pour s'en procurer une pareille, dans l'espoir que cette personne assistera à une séance dans laquelle on' ferait ce tour.

Il en est de même dans presque tous ceux qu'il a décrits avec beaucoup d'esprit, mais peu de fondement; comme j'avais à cœur de le démontrer, m'y étant engagé dans l'introduction de cet ouvrage, j'ai choisi ce tour de préférence aux autres, parce qu'il est un des moins abandonnés. Sans le motif que je viens d'alléguer, je n'en n'aurais pas parlé, parce qu'il est déjà ancien et qu'on ne le pratique plus guère à présent. Dans la description des tours de théâtre, j'aurai occasion de revenir sur Ge sujet, pour appuyer mes preuves et les rendre plus évidentes.

Il y a plusieurs manières de faire ce tour, qui diffèrent toutes de celle insérée dans la Magie blanche de M. Decremps. Voici la plus simple, qui n'est pas la moins bonne :

On se sert du mortier et du pilon décrits dans la section XI de ce chapitre. Dans le pilon, on placera toutes les parties d'une montre avec sa boîte, qu'il faudrait un peu bossuer. On choisira cette boîte de la forme de celle qu'on porte le plus communément. Avoir peur que le propriétaire de la montre que vous allez emprunter demande la fausse boîte, pour l'examiner et voir si c'est la sienne, serait le fait d'un près-

MAGIE BLAISCI1E.

tidigitateur novice. Celui qui a de l'expérience n'a pas cette crainte, qui ne serait que chimérique, parce qu'on ne demande jamais à faire cet examen.

On fait visiter le mortier, que Ton reporte après sur la table. On emprunte une montre, et comme, ordinairement, on en offre plusieurs, on a soin de prendre celle qui a le plus de ressemblance avec la fausse boîte. On ôte la chaîne, et on met ou on fait mettre la montre dans le mortier. On donne dessus un fort coup avec le pilon ; on sait que, d'après la construction des instruments, ce coup ne peut pas endommager la montre.

La nature du bruit occasionné par les débris renfermés dans le pilon, fait croire que la montre est effectivement brisée. On renverse le tout sur la table; la montre ne court aucun risque de tomber, étant retenue dans le mortier par la rondelle que lè pilon a lâchée.

On reporte le mortier sur une table du fond, sous prétexte d'aller chercher le papier dans lequel vous voulez enfermer les débris -que vous venez de verser sur la table de devant. Quand ces débris sont rassemblés, on les enveloppe dans le papier, et on va chercher le vase aux tabatières, qui est tout disposé. Mais avant, on prend vite la vraie montre restée dans le mortier; on l'enveloppe à la hâte et on la met dans le fond du vase, que Ton referme.

La lenteur inévitable que l'on met dans cette opération n'est pas sensible pour les spectateurs, qui

croient que vous cherchez quelque chose qui ne vous tombe pas sous la main.

Etant revenu à sa table , on ouvre la première case du vase: on y met les débris de montre, et, en touchant avec la baguette magique , vous dites que la montre va rentrer dans son état primitif. Vous ouvrez à la deuxième case, et vous faites voir la montre raccommodée.

Nota. — En place du vase aux tabatières, on peut encore se servir du tombeau à l'oiseau, dont je donnerai la description dans le dernier chapitre.

SECTION XXXIÏ.

Transposition soudaine de divers objets dans des lieux différents.

Effet. — On emprunte un mouchoir que Ton met dans un vase qui contenait une grosse boule, que Ton retire pour la mettre dans un autre vase.

On emplit une boîte de millet , et on pose un gobelet à jouer sur un plateau.

Il résulte , d'après cet arrangement , que le mouchoir qu'on avait placé dans le premier vase, se trouve dans le vase au millet , que ce millet est venu sous le gobelet

où il n'y a^ait rien , que la boule qu'on avait mise dans le vase aux tabatières est retournée dans le premier vase , d'où elle avait été retirée pour y mettre le mouchoir, et que cette boule est remplacée par des fleurs, dans le vase aux tabatières d'où elle vient de sortir.

Avant d'expliquer la manière de faire le tour, nous avons à décrire une pièce qui nous manque, et dont nous n'avons pas encore parlé.

C'est une espèce de vase en bois, dé forme sphérique, et qui peut contenir juste une boule creuse en fer-blanc, de 10 centimètres de diamètre. Ce vase et la boule s'ouvrent par le milieu. Une des demi-sphères de la boule doit se tenir seule, en l'appuyant un peu, dans la partie supérieure du vase , et l'autre demi-sphère est mise dans la partie inférieure.

Pour que cette dernière demi-sphère ne vacille pas, on placera, dans le milieu du fond du vase, une petite pointe qui entrera dans un trou imperceptible fait à la boule. Quand ces deux parties sont placées dans le vase, il semble qu'il n'y a rien.

Ce vase est surmonté d'un bouton de forme ronde ou ovale, qui entre dans une ouverture circulaire, et peut s'enfoncer et remonter par le moyen d'un petit ressort à boudin placé dans l'ouverture par où passe la queue de ce bouton , et qui fait repoussoir. Si l'on ferme le vase muni des deux parties de la boule , et que l'on appuie sur le bouton , les deux demi-sphères de la boule se joignent et ne forment plus qu'un globe.

Déplus, on fera tourner une boule en bois, qui de-

vra entrer juste dans celle en fer-blanc, sans, toutefois, empêcher celle-ci de se fermer entièrement.

Ce vase sera porté sur un pied ou sur une petite colonne.

On fera peindre d'une couleur quelconque l'extérieur delà boule en fer-blanc et celui de la boule en bois; mais toutes deux doivent être de pareille couleur. Vues séparément, elles doivent toujours passer pour la même.

L'intérieur de la boule en fer-blanc et celui du vase seront peints en noir.

Ce vase peut servir dans plusieurs tours; mais, comme on le trouve rarement, je dirai, pour surcroît de renseignement sur sa construction , qu'il est absolument comme ces petits vases que l'on est convenu d'appeler Boules de magnèse, et que l'on se procurera facilement aux adresses que je donnerai à la fin du présent traité.

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