COMPLÉMENT DE LA SECTION XIX
Lecteur , je viens de me rappeler que je vous dois une explication sur la mise en œuvre de l'objet dont il est question dans la section XIX du présent chapitre. Comme je suis en fonds en ce moment , je vais me libérer envers vous , en vous donnant deux ou trois exemples des petites mystifications que l'on peut faire avec ces imitations.
D'abord, une très-simple est de placer furtivement
l'objet sur le sol ou sur le parquet. On dirige l'attention des personnes présentes sur cette apparition insolite. On prend de suite le premier chapeau qui se trouve, que l'on tient de la main gauche pour en cacher l'autre main. On se baisse, et en même temps que l'on couvre du chapeau le nouveau venu, la main droite s'empare de ce dernier que l'on tient caché. On motive son action, en disant que ce que Ton en fait n'est que pour concentrer la mauvaise odeur qui pourrait incommoder des nez délicats.
Les spectateurs, étonnés de cette mauvaise plaisanterie, sont loin de se clouter de l'escamotage , d'autant que l'on ne pouvait voir le mouvement de la main droite, qui était cachée par le chapeau.
Le premier soin du propriétaire du chapeau est de le relever au plus vite, peu satisfait de la préférence; mais, ne voyant rien à la place où il croyait découvrir quelque chose, ainsi que le reste des spectateurs, il demeure tout surpris. Néanmoins , il visite attentivement sa coiffure, non sans crainte de trouver une sale décoration attachée aux bords.
Autre. — Une plus simple encore : quand l'imitation est placée sur le plancher, comme nous l'avons dit, et qu'on l'a fait remarquer, au moment où quelqu'un se dispose à l'enlever, on jette son mouchoir dessus, et, avec un grand sérieux, on l'enveloppe soigneusement et on met le tout dans sa poche, en disant : <t Quand je sortirai, je le jetterai au ruisseau ; ne vous un embarrassez pas. »
Et chacun de trouver étrange cet excès de propreté.
Nota. — Quand ie plancher le permet, on crache et ©n étend la salive en marchant dessus. On pose le caca à côté de rhumidité, ce qui lui donne un petit air de fraîcheur qui ajoute encore à l'illusion.
Voici irne mystification plus plaisante et de laquelle, je le confesse, je me suis rendu coupable.
Je me trouvai, un jour, dans une assemblée assez nombreuse, et, comme par hasard, l'objet en question faisait partie de mes bijoux de poche; j'en fis l'usage auquel il était destiné, en le plaçant furtivement sur le parquet du salon. Dès qu'on se fut aperçu de sa présence, je pris un chapeau qui se trouvait à ma portée, et j'en cou vris l'intrus.
Le possesseur du chapeau accourut pour le relever, en disant, d'un air très-fàché ; « Peut-on se permettre une aussi sale plaisanterie ? — Comment, sale ? » dis-je en l'empêchant de se saisir de son chapeau : « je parie manger ce qu'il y a dessous. »
Cette proposition dérida la figure de notre homme, qui espérait se réjouir beaucoup , en me voyant faire une collation aussi extraordinaire. A ma demande, l'enjeu fut un cigare.
Je le priai de lever son chapeau, et il vit , ainsi que toutes les personnes présentes, un morceau de sucre , que je pris et mangeai , selon ma promesse.
Explication. — J avais vu sur un guéridon une jatte remplie de sucre. J'en escamotai un morceau. En posant le chapeau, j'enlevais lestement , comme je i ai ex-
pliqué ci-dessus,lehérosdemon histoire, en mettant à sa place le sucre que je tenais caché dans la main droite.
Comme personne ne peut avoir de soupçon, pour peu que l'escamotage soit exécuté adroitement, on peut aisément mettre dans sa poche , sans qu'on y fasse attention, l'objet auquel on vient de substituer le sucre»
Voilà des thèmes sur lesquels on peut composer bien des variations.
SECTION XXIV
Faire passer dans un vase vide un mouchoir mis dans une boîte, et faire retourner dans la boîte ce même mouchoir r le vase et la boîte étant éloignés l'un de Vautref ou chacun dans les mains d'une personne.
On peut voir, par ce tour, combien il est facile d'en faire de très-surprenants avec des instruments mécanisés.
Prenez la boite aux bonbons n° 3 , section XXIII. Donnez-la à visiter, après en avoir ôté le tiroir, que personne ne suspecte, le voyant vide et sans apparence d'apprêts. Remettez-le, et posez la boîte sur la table.
Dans le vase n° 4, vous mettez d'avance un mouchoir blanc dans l'une des deux cases , et amènerez à Fouverture la case qui reste vide.
Vous faites remarquer qu'il n'y a rien dans ce vase, en montrant son intérieur, et en faisant jouer dedans le bout d'une baguette , pour mieux prouver qu'il est vide*
Vous remettez le couvercle, et en portant le vase sur la table, vous faites faire un demi-tour au pied,, pour ramener à l'ouverture la case qui est remplie.
Vous empruntez un mouchoir : si Ton vous en présente un de couleur , vous le refusez , sous prétexte qu'il: est,, soit trop grand, soit trop épais, ou sous tout autre prétexte ; mais en vous adressant à des dames, qui toutes portent des mouchoirs blancs , ce contretemps n'est point à craindre. Dans tous les cas, gardezvous d'affecter de n'en vouloir qu'un blanc; ce serait une* maladresse.
Vous mettez ce mouchoir dans le tiroir de la boîte devant toute l'assemblée. Alors, en touchant les deux objets du bout de la baguette magique, vous commandez au mouchoir que vous venez de mettre dans la boîte de passer dans le vase que l'on vient de faire voir vide. Vous ouvrez ce vase, et vous en tirez le mouchoir pour le mieux montrer. Vous le remettez , et , pour prouver que vous ne l'escamotez point, vous faites quelques pas devant les spectateurs , en leur faisant voir l'intérieur du vase dans lequel ils aperçoivent toujours le mouchoir. Cette démarche a pour but de vous donner le loisir de faire faire le demi-tour au pied, pour ramener la case vide en allant reporter le vase sur la table. Vous prenez la boîte en poussant le ressort de dessous , pour arrêter la partie intérieure du tiroir où est le mouchoir , et ne tirer que la partie extérieure qui est vide, et le mouchoir paraît être sorti de là boîte. Vous la refermez et la reportez sur la table. Maintenant, en
retouchant de nouveau la boîte et le vase avec la baguette, vous ordonnez au mouchoir de sortir du vase et de revenir invisiblement dans la boîte.
Vous faites voir que le vase est vide, et, en ôtant le tiroir de la boîte, on revoit le mouchoir qui en remplit toute la capacité , et on le rend à la personne qui l'a prêté et qui le reconnaît.
SECTION .XIV
Faire que deux pièces de cinq francs, enfermées dans une tabatière , qui est elle-même enfermée dans un vase, passent au travers dJun ruban dans un verre éloigné du vase.
Effet. — On emprunte deux pièces de cinq francs que l'on met dans une tabatière; on met cette tabatière dans un vase que Ton ferme. On prend un verre è pied sur lequel est placé un couvercle, et ce verre et le vase sont posés sur la table à une certaine distance l'un de l'autre.
Un ruban communique à ces deux objets, auxquels il est attaché à chacun d'eux par ses bouts.
Au commandement d'une des personnes présentes, les pièces enfermées dans la tabatière qui est dans le vase, en sortent et se rendent dans le gobelet avec bruit.
On retire la tabatière du vase, on l'ouvre, et elle ne contient plus rien.
On remet la tabatière vide dans le vase, que Ton referme.
On reprend les pièces dans le verre, on les met dans sa main et on leur ordonne de rentrer magiquement dans la tabatière enfermée. On fait remarquer qu on n'a plus rien dans la main ; on ouvre le vase pour reprendre la tabatière, dans laquelle on commence par faire entendre les pièces, que Ton fait voir ensuite en ouvrant la boite.
Explication, — Pour ce tour, on se sert du vase n° i et du couvercle mécanisé n° % section XXIII.
On se souvient que le vase est à deux compartiments et que chacun peut aisément contenir une tabatière : on en a deux toutes pareilles. On en met une dans chaque case. On place d'avance deux pièces de cinq francs dans le couvercle, et on a préparé un gobelet à pied sur lequel le couvercle doit s'ajuster. Il ne faut pas oublier le ruban, et toutes les dispositions seront prises.
On commence le tour par retirer du vase la tabatière qui est dans la première case; on montre l'intérieur de cette case pour prouver qu'il n'y a plus rien.
On emprunte deux pièces de cinq francs et on les met dans la tabatière, que l'on secoue en la mettant dans le vase pour faire sonner les pièces. On couvre le vase et on le pose sur la table.
On met à quelque distance de ce vase le verre à pied, sur lequel on place le couvercle, On attache à l'anneau mobile de ce couvercle un ruban, que Ton fait tenir par un nœud. On attache l'autre bout de ce même ruban au bas de la boule qui est au sommet du vase. On écarte le verre et le vase pour faire raidir le ruban; et, en posant les mains sur les pieds de ces deux objets, vous invitez une personne de commander aux pièces de sortir de la tabatière. Au moment du commandement, vous appuyez sur les pieds placés sous vos mains.
Cette pression fait tendre fortement le ruban, qui, en tirant l'anneau, fait ouvrir la rainure du couvercle, et les pièces tombent dans le verre.
Comme il y a peu d'espace entre le fond du couvercle et celui du verre, on pourrait dire que les pièces touchent ce dernier fond en même temps qu'elles sortent du premier; aussi, chose très-avantageuse pour le tour, c'est que, si attentifs que soient les spectateurs, ils ne peuvent pas distinguer d'où viennent les pièces, en les voyant paraître.
On ouvre le vase en serrant, pour enlever la deuxième partie avec celle qui la couvre. C'est alors la tabatière de la seconde case que l'on retire et que les spectateurs prennent toujours pour la première.
On fait voir qu'il n'y a plus rien dedans. On la remet dans le vase, que l'on referme; ensuite, on prend, l'une après l'autre, les pièces qui étaient dans le verre, et on les escamote en les laissant tomber sur la gibe-
cière, comme il est expliqué dans l'article premier de la deuxième partie de cet ouvrage.
On ouvre le vase à la première case , en n'enlevant que le couvercle, et on fait voir que les pièces sont revenues dans la tabatière.
SECTION XXYI.
Faire sortir invisiblement un oiseau mis dans un vase, pour le faire trouver dans une boîte tenue par une dame, en place d'une carte tirée quon avait mise dans ladite boîte, laquelle carte se trouve dans une boîte où il ny avait rien.
Ce tour produit beaucoup d'effet, et il est aussi facile à exécuter au salon qu'au théâtre.
On se sert de trois pièces dans son exécution : du vase aux tabatières, n° 1 , de la boîte à l'oiseau, n° 5, et de la petite boîte carrée que l'on a fait connaître dans la section IX du présent chapitre.
On se procurera deux oiseaux assez semblables pour qu'on puisse prendre l'un pour l'autre, chose facile, surtout parmi les serins.
On en apportera un dans une petite cage que l'on posera sur la table.
On mettra l'autre, d'avance, dans le fond de la boîte n° 5, et le double fond par-dessus.
Dans la petite boîte carrée on placera, sous le double fond, une carte pareille à celle que l'on doit faire tirer forcément.
Ces dispositions prises, on ouvre le vase aux tabatières à la seconde case, pour faire voir qu'il n'y a rien. On ouvre aussi la petite boîte , où est une carte cachée, pour montrer qu'elle est vide; on referme.
On fait tirer la carte par une dame, on la prie ensuite de mettre cette carte dans la boîte n° 5, qu'on lui laisse entre les mains après l'avoir fait fermer.
On reprend le vase n° 1, on l'ouvre à la première case, dans laquelle on met l'oiseau, que l'on tire de sa cage ; on referme le vase. On pose le bout de la baguette magnétique sur chacune des trois boîtes, en disant que cet attouchement va opérer un changement remarquable dans leurs intérieurs.
On ouvre le vase à la seconde case, on fait observer qu'il n'y a plus d'oiseau. On ouvre la petite boîte carrée, et on y voit la carte prise par la dame qui tient la boîte dans laquelle cette carte était. Cette dame ouvre la boîte quelle tient, et, à sa grande surprise, y voit le serin en place de sa carte.
Ce qu'il y a de plus frappant dans ce tour, c'est que les spectateurs sont toujours tentés d'examiner la boite d'où l'oiseau vient de sortir, et, dans ce moment, cette boîte paraît dans toute sa profondeur et sans la moindre apparence de mécanisme, parce que le double fond est
MAGIE BLAjNCIIE.
relevé, et que, dans cet état, il met en défaut les recherches les plus minutieuses. Quand ce double fond est couché, on n'y fait pas attention , d'abord, parce que tout l'intérieur est peint en noir, et que , de plus, on n'a nulle raison alors pour désirer le visiter.
On comprend que, par le mécanisme de cette boîte, le double fond qui se relève, relève avec lui la çarte, en même temps qu'il découvre l'oiseau ; et cette carte se trouve naturellement cachée entre lui et la paroi de la boîte.
SECTION XXVH.
Autre usage de la boite à l'oiseau.
Si, n'ayant pas d'oiseau, on voulait se servir de cette boîte dans une séance, voici un tour très-agréable que l'on pourra faire avec.
On aura une vingtaine de cartes blanches, sur chacune desquelles on écrira le nom d'un objet quelconque , comme, par exemple : millet , haricot , café, bonbons, fleurs, amandes, raisin sec, etc.
On fait tirer forcément la carte qui porte le nom de l'objet que l'on a préparé dans le fond de la boîte.
Je suppose que l'on ait mis des fleurs ; on fait tirer la carte qui porte le mot fleurs. Alors vous dites :
« Madame, mettez dans cette boîte la carte que vous avez pr ise au hasard parmi toutes ces cartes qui portent des noms différents. Cette carte va se métamorphoser en la substance dont elle porte le nom. Ouvrez la boîte, Madame. Vous voyez que la carte n'existe plus, et qu'elle est changée en fleurs, puisqu'elle en portait le nom. »
On distribue ces fleurs aux dames. Il peut en tenir encore passablement, en les pressant un peu , et on en augmente le volume en les remuant légèrement.
SECTION XXVIII
Naissance spontanée d'une fleur.
Il y a plusieurs moyens de faire ce tour, mais trop connus pour les rappeler ici. Cependant, en voici un dont je réponds de la nouveauté, parce que je l'ai fait exécuter pour moi d'après ma propre idée ; mais on va voir qu'il ne m'a pas fallu faire grands frais d'imagination pour cela.
C'est un vase en fer- blanc, que l'on fera peindre au vernis le plus proprement possible. On lui donnera la forme d'un vase aux fleurs, peu évasé et assez élevé.
Ce vase est double et construit de manière qu'entre les deux doubles il puisse y être contenu à peu près
les trois quarts de ce que peut contenir toute la capacité du vase.
Il y aura un trou percé au fond dans l'intérieur de ce vase, et un au-dessus , sur le bord.
Pour remplir cet intervalle qui existe entre les deux corps de fer-blanc, on bouchera le trou du fond avec une cheville et avec un entonnoir dont le bout du tuyau est très-délié ; et, avant de retirer la cheville qui bouche le trou du fond, on bouchera celui du haut avec une petite boulette de cire, et l'eau ne bougera pas quand on retirera la cheville. Mais, si l'on ôte la boulette de cire, l'eau s'échappe par le trou du fond et monte dans l'intérieur du vase, jusqu'à ce que toute l'eau soit écoulée de l'espace où elle était.
MANIÈRE DE FAIRE LE TOUR
On aura une rondelle en liège, d'un centimètre au moins d'épaisseur, et ad*un diamètre un peu moindre que celui du fond du vase. On fixera au milieu de celte rondelle une petite douille en fer-blanc. On la fera peindre en vert.
Dans l'ouverture qui est au bout de cette petite douille, on plantera une fleur par sa queue , qui sera courte, pour que la fleur ne s'élève pas trop. Ces préparatifs terminés, on les met dans le vase.
En raison de la forme élevée de ce vase, la fleur, qui est au fond, ne peut pas être aperçue.
On entretient rassemblée d'un moyen chimique dont on est en possession pour faire naître des fleurs à l'instant.
; On feint de mettre quelque graine dans le vase; on y verse deux ou trois gouttes d'une liqueur quelconque , et en même temps on retire la boulette qui bouchait la petite ouverture du haut. Un moment après, on voit la fleur commencer à paraître et s'élever peu àfpeu jusqu'à ce qu'elle soit entièrement découverte; on la cueille pour l'offrir à une dame.
Il serait bon de poser le vase sur une assiette , pour prévenir tout soupçon de communication entre lui et la table.
Je ne crois pas qu'il soit nécessaire de faire observer que le liège, surnageant toujours sur l'eau, monte, ainsi que la fleur, au fur et à mesure que Feau s'élève.
SECTION XXIX
Voyages d'un mouchoir dans différentes contrées.
Effet du tour. — On emprunte un mouchoir que l'on va poser sur la table.
En présence de l'assemblée, on emplit deux boîtes de millet ou de riz, et on les recouvre.
magie i> langue.
On donne une boîte vide à une personne en la priant de la mettre sous ses pieds.
On met le mouchoir emprunté dans une autre boîte que Ton ferme. Ce mouchoir sort de la boîte invisiblement pour se rendre dans une des boîtes où on a mis du millet, qui ne s'y trouve plus. De cette boîte au millet, le mouchoir passe dans l'autre, de laquelle le millet disparaît aussi. Et, enfin, ce mouchoir sort de même de cette dernière boîte, pour se trouver dans celle qu'une personne tient sous ses pieds, et dans laquelle il n'y avait d'abord rien.
On fait remarquer que, quand le mouchoir sort des boîtes au millet, le millet y revient aussitôt.
Explication. — On vient de voir qu'il faut quatre pièces mécanisées pour l'exécution de ce tour : les deux boîtes au sucre et au café, la boîte au tiroir double, et une quatrième boîte que je vais décrire.
Cette boîte est très-simple dans sa construction : elle est faite comme celles dont les dames se servent pour mettre leurs ouvrages à l'aiguille, et que, pour cela, on appelle boîtes à ouvrage.
Voici les moindres proportions qu'on pourra lui donner : 25 centimètres de longueur, 17 de largeur et 10 de hauteur en tout, c'est-à-dire en y comprenant le couvercle.
Il n'y a de différence entre cette boîte et les boîtes ordinaires, que dans la construction du couvercle.
On fera ce couvercle assez haut , ce qui n'aura rien de choquant pour la vue, parce que, dans ces sortes de
boîtes, on les fait tels; un peu plus, un peu moins, c'est indifférent. Dans l'intérieur de ce couvercle, on fixera, à chaque coin, un petit tasseau pour arrêter un double fond très-mince, qui doit laisser, entre lui et le fond propre du couvercle, assez d'espace pour loger un mouchoir de poche.
Dans les boîtes ordinaires à ouvrage , on met souvent, de chaque côté, une petite poignée en acier ou en cuivre , pour les enjoliver. ïl faudra en mettre à notre boîte ; mais, au lieu de les placer sur la cuvette,, on les placera sur les côtés du couvercle, au niveau de l'endroit où s'arrête le double fond.
La queue de ces poignées passant au travers du bois, il faudra disposer celles de notre boîte de façon qu'elles puissent être un peu poussées et tirées sans qu'elles puissent se détacher du couvercle.
On comprend déjà que ce sont ces queues de poignées qui doivent soutenir le double fond en dedans, et que leur petit mouvement de va et vient est nécessaire pour faire sortir les queues hors de l'épaisseur du bois, ou pour les faire rentrer.
Quand on veut que le double fond reste en place, contre les quatre petits tasseaux, on pousse les poignées; leurs queues ressortent dans l'intérieur et arrêtent le double fond. Si l'on veut faire tomber ce double fond sur celui de la boîte, on tire les poignées, et les petits crochets rentrant dans le bois, le double fond tombe, n'ayant plus de soutien. Tout l'intérieur de la boîte sera peint en noir.
Voilà tout le mécanisme de cette boîte et ce qui en constitue le mystère.
MANIÈRE DE FAIRE LE TOUR
Dans les compartiments du haut des boîtes au sucre et au café, on simulera des mouchoirs avec des morceaux de mousseline, comme cela est expliqué à la fin de la section XIÏ de ce chapitre. Vous poserez ces boîtes sur votre table.
Vous cacherez sous votre habit un mouchoir blanc à vous, et vous en emprunterez un. En retournant à votre table, vous ferez l'échange, ce qui est facile puisque vous avez le dos tourné du côté des spectateurs.
Vous posez votre mouchoir sur la table, et vous allez chercher la boîte que je viens de décrire, qui doit être placée dans un endroit hors de la vue des personnes qui composent l'assemblée. Vous mettez promptement le mouchoir qui vous reste sous l'habit entre les deux fonds du couvercle, et vous poussez les poignées pour fixer le double fond.
En revenant avec la boîte, vous l'ouvrez et vous faites voir qu'elle ne contient rien. Vous la refermez, et en la mettant sous les pieds de la dame qui vous a prêté le mouchoir, vous tirez les poignées pour que le faux fond tombe dans le fond de la boîte avec le mouchoir.
Vous ouvrez les deux boîtes au sucre et au café, en enlevant le compartiment du haut avec le couvercle. Ces deuxboîtes paraissent alors entièrement vides ; vous les remplissez de riz ou de millet devant les assistants; vous les recouvrez, et, en les reposant sur la table, vous les éloignez un peu l'une de l'autre.
Vous prenez le mouchoir resté sur la table, et que les spectateurs prennent toujours pour celui qui a été prêté ; vous le mettez dans la boîte au tiroir double, après avoir fait visiter cette boîte.
Vous ordonnez à ce mouchoir, que vous venez de renfermer, de passer dans une des boîtes qu'on vient de voir remplir de millet. Vous tirez la partie du tiroir qui paraît vide , vous ouvrez la boîte où il devrait y avoir du millet, et on ne voit plus que le mouchoir, parce que vous n'avez ôté que le couvercle. Vous refermez et ordonnez de nouveau au mouchoir, que l'on vient de voir, de passer dans l'autre boîte. En ouvrant cette dernière, vous faites voir que le mouchoir a obéi. Enfin, ayant refermé cette boîte, vous commandez au mouchoir, que l'on vient démontrer; de passer dans la boîte qu'une dame tient sous, ses pieds. Cette dame ouvre, et voit son mouchoir qui semble emplir toute la boîte, parce qu'en tombant dans le fond il s'est développé. '
Cette dernière circonstance du tour est vraiment étonnante, car les spectateurs, ayant vu l'intérieur de la boîte au moment de la donner à la personne qui la met sous ses pieds, sont bien persuadés qu'il n'y avait
rien. La dame prend son mouchoir et le reconnaît.
On n'oubliera pas , quand le mouchoir en sera censé sorti, de faire voir que le millet est revenu dans les boîtes.
SECTION XXX
Promenade isolée d'une pièce de cinq francs sur la lame d'un sabre.
Malgré ma répugnance à rappeler un tour qui a déjà été publié, j'y suis quelquefois forcé pour en faire comprendre un nouveau ou inédit, qui aura de l'analogie avec le premier.
C'est le cas dans lequel je me trouve en ce moment, pour satisfaire le désir que j'ai défaire part aux amateurs de prestidigitation d'un tour depuis peu importé en France par un étranger.
On connaît depuis lontemps la danse de l'œuf sur une canne. M. Dccremps, dans sa Magie blanche, a très-bien décrit le moyen de faire ce tour, qui, publié depuis plus d'un demi-siècle, est encore vu avec plaisir.
Le moyen n'est autre chose qu'une aiguillée de- fil' noir, dont l'un des bouts lient à l'œuf à laide d'une
épingle ou d'un brin de bois lié au milieu par le fil et que l'on fait passer dans l'œuf par un petit trou qu'on y a fait. Cette épingle ou brin de bois, étant entrée se place de lui-même longitudinalement sur la surface intérieure de l'œuf. L'autre bout du fil est attaché au bouton de la ceinture du pantalon ou de l'habit. Il est inutile de boucher, comme le dit Decremps>le trou fait à l'œuf.
Mais le plus important du tour, et ce que Decremps a négligé d'expliquer, c'est de faire croire aux spectateurs que l'œuf qui danse a été choisi par eux.
Il y a, pour cela , plusieurs moyens, plus ou moins ingénieux, employés par les prestidigitateurs ; mais, de tous, voici celui que je préfère, comme étant le plus simple et le plus naturel.
On prend d'une main son œuf préparé avec deux autres. De l'autre main on tient une assiette. Etant arrivé devant l'assemblée, on pose ces trois œufs dans l'assiette, mettant au milieu celui qui est préparé. On prie quelqu'un de désigner celui qui doit montrer son savoir-faire sur la valse.
Si, par hasard (car ce serait un hasard), on ne désignait pas celui du milieu , on prend celui qu'on indique, comme pour le séparer de ceux qui restent, et, en allant reporter sur la table l'assiette et les deux œufs, on échange adroitement celui qu'on tient avec celui qui est préparé. Les spectateurs, ayant vu trois œufs rouler sur un plat, n'ont aucune raison pour suspecter l'un plus que les autres,
On prend une canne au milieu de laquelle on pose l'œuf; on affecte de tâtonner un moment et on exécute le tour. On penche insensiblement tantôt la main droite, tantôt la gauche, et l'œuf paraît parcourir de lui-même toute la longueur de la canne ; mais il faut s'exercer pour bien faire cette manœuvre, parce que le fil qui maintient l'œuf doit toujours être tendu également.
On voit qu'il n'est pas nécessaire de se servir du chapeau dont parle Decremps. Si c'était une nécessité, comme il faut que le chapeau tombe, cela serait sans doute dans l'intérêt des chapeliers, mais point du tout dans celui du propriétaire du chapeau.
L'œuf ayant rempli son rôle en artiste consommé, pour le récompenser de son travail, on te prend et on l'ouvre en deux sur une assiette, sous prétexte démontrer qu'il était très-naturel, et en même temps pour s'en débarrasser.
Quelquefois on fait, immédiatement après ce tour, celui de l'omelette dans le chapeau ; dans ce cas, on se sert de l'œuf cassé. Je ne parlerai pas de ce tour, qui est trop connu.
Si je me suis un peu étendu dans l'explication de celui-ci, depuis longtemps publié, c'est, comme je l'ai dit, parce que Decremps, qui a bien donné le moyen par lequel se fait un tour, n'a pas donné la manière de l'exécuter. Connaître le moyen n'est pas tout : l'essentiel est de savoir le présenter et le faire valoir; à ce sujet, il ne faut passer sur rien dans les explica-
lions, et je crois que, clans la matière que je traite, contrairement à toute autre, le laconisme ne serait pas toujours un mérite, car tout le monde n'a pas la faculté de deviner.
Je viens au tour que j'ai promis.
On peut faire suivre celui-ci immédiatement de la danse de l'œuf. Ayant terminé ce dernier, on dit : « Plusieurs personnes se sont imaginé que le tour que je viens de faire s'exécutait par le moyen de ressorts, de fils ou de quelque mécanisme. On se trompe, il n'y a rien de tout cela. Si quelqu'un a des œufs dans sa poche , qu'on me les donne, et je les ferai valser aussi bien que celui dont je viens de me servir. Si on n'a pas d'œuf, on a bien quelques pièces de cinq francs , des tabatières, des bonbonnières? C'est la même chose. Je renonce aussi à ma canne, pour prouver que tout objet m'est indifférent. Voici un sabre que j'avais disposé pour quelques autres tours, je vais m'en servir On peut le visiter (on le donne). »
Après cet éloquent exorde, on prend le sabre. On emprunte une pièce de cinq francs, on la pose de suite contre la lame du sabre, et elle se promène et roule d'un bout à l'autre, comme l'œuf sur la canne.
On remet cette pièce à la personne qui l'a prêtée; on en demande une autre, qui fait le même exercice. On peut faire valser ainsi des tabatières, des bonbonnières et autres choses semblables, pourvu qu'elles ne soient pas trop pesantes. On change plusieurs fois les objets, que l'on rend pour en reprendre d'autres.