EXÉCUTION DU TOUR
On a un mouchoir blanc sous le côté de l'habit : on en emprunte un, et, en s'en allant, pour le porter sur la table, on fait l'échange, et on pose celui qu'on avait caché sous l'habit.
On va chercher la grande boite où est le millet;
mais, avant de le prendre, on met promptement le vrai mouchoir dans la boîte au café qui était préparée, et on met le compartiment dessus, mais sans le couvercle. On couche cette boîte , pour la cacher , dans la grande que Ton apporte sur la table. On prend la boîte pareille à celle où on vient de mettre le mouchoir : on la donne à visiter; on la reprend, en laissant son couvercle dans les mains d'une personne. On annonce que l'on va emplir cette boîte de millet, et, feignant d'y mettre de cette graine en la plongeant dans la grande boîte, on l'échange avec l'autre où est le mouchoir , et continuant de remuer le millet , on emplit le compartiment de la boîte que l'on tient , et on la fait voir aux spectateurs, qui la prennent toujours pour la même et la croient entièrement pleine de millet. On redemande le couvercle à la personne qui le tenait, on en couvre la boîte , que l'on pose sur la table.
Comme cette boîte et celle qui est restée dans la grande sont de même dimension, le couvercle de l'un va à l'autre.
On prend sur la table le mouchoir , que le spectateur croit être celui qui a été prêté , on le met dans le vase aux boules, après avoir retiré celle qui est massive. On met cette dernière dans la première case de la boîte aux tabatières , et on ferme.
On met le grand gobelet d'escamoteur sur un plateau ; on le pose en tapant sans affectation , pour que le cercle s'échappe et laisse tomber le millet»
On touche toutes ces pièces avec la baguette ma-
gique; ensuite , après avoir appuyé le bouton sur le vase aux boules, on ouvre ce vase et on fait voir que le mouchoir en est sorti et que la boule Ta remplacé. On ouvre aussi le vase aux tabatières, pour montrer qu'il n'y a plus de boule, et on jette les fleurs sur l'assemblée. On lève le gobelet, pour faire voir la graine qu'on avait mise dans la boîte au café. On ouvre enfin cette dernière, et on en retire le mouchoir, que l'on rend à la personne qui l'avait prêté.
Je termine ici la description des tours que l'on peut faire dans un salon , et dont la plus grande partie peut aussi se faire au théâtre. Je vais maintenant m'occuper de ceux qu'on ne peut exécuter qu'au théâtre seulement.
On comprendra facilement, qu'à l'aide des pièces mécanisées, on peut tripler le nombre des tours que j'ai expliqués dans ce chapitre, et même les varier indéfiniment, avec un peu d'imagination et de goût.
On a vu que j'ai fait servir le vase aux tabatières à autre chose que le tour de pièces de monnaie dont j'ai parlé.
Je n'ai rien dit du tour du mouchoir brûlé et rétabli , que l'on fait avec le vase décrit sous le n° 4, parce que ce tour s'explique de lui-même quand on connaît la propriété de ce vase : je l'ai fait servir dans un autre tour.
Je viens de parler de millet dans la dernière section : on peut composer plusieurs tours assez jolis avec cette graine» en faisant usage de pièces que nous connais-
sons et qui servent à toute autre chose. Que je mette de ce millet dans le compartiment et dans le gobelet à jouer, où il serait maintenu par le cercle en carton dont j'ai parlé dans la section précédente ; puis, que je prenne le vase décrit dans la section XVII, et qu'en présence des spectateurs , j'y verse du millet , alors je fais disparaître ce millet , pour le faire trouver dans la boîte au sucre que j'avais montrée vide , et de là passer sous le gobelet à jouer où il n'y avait rien ; lequel gobelet je donne après à visiter , pour prouver qu'il n'y a pas de mécanisme.
A combien de tours peut servir la boîte au tiroir double, et qui, pourtant, n'est pas encore la plus féconde en utilité !
Cette faculté de varier les tours se trouve dans les plus petites pièces : par exemple , la boîte cylindrique décrite dans la section V, avec laquelle je n'ai expliqué qu'un tour , peut servir à plusieurs autres. Que l'on emplisse de bonbons la partie du milieu , et qu'on l'ouvre comme il le faut pour ne laisser voir que l'intérieur de la boîte proprement dite, ce qui la fait paraître vide : on fait mettre un centime dans ce vide , en disant que la boîte va apporter des bonbons pour cette valeur. On ferme, et on donne la boîte à nn enfant, qui l'ouvre et la voit toute pleine de sucreries.
Si on voulait enrichir ce tour, il faudrait avoir plusieurs de ces boîtes bien pareilles , desquelles on ferait l'échange adroitement et à propos. Alors, on dirait, comme par réflexion : « Mais je puis offrir aussi quelque
MAGIE LLAIN'CIIE.
chose à ces dames. » On fait voir la boîte vide , on la ferme , et on la donne à une dame , qui la rouvre ellemême, et qui, sans doute , est fort étonnée de trouver des fleurs ou autres jolies choses , dont on fait une distribution.
Enfin , on ferait cent tours différents avec huit ou dix pièces, et on ne finirait pas, si Ton voulait les expliquer tous.