‹ Nouvelle magie blanche dévoiléeChapitre 4 sur 24 · CHOIX DE PETITS TOURS DE TABLE OW TOURS DE SOCIÉTÉ · texte numérisé non relu

CHOIX DE PETITS TOURS DE TABLE OW TOURS DE SOCIÉTÉ

SECTION ï.

Tour mathématique avec deux dés.

Prenez deux dés et jetez-les sur la table ; comptez les points qu'ont amenés ces deux dés. Prenez-en un

PETITS TOURS DIVERS

des deux, n'importe lequel : regardez le point de dessous, et ajoutez-le au premier nombre. Rejetez sur la table ce même dé que vous tenez. Voyez le point qu'il donne, et ajoutez encore ce nombre à celui que vous avez déjà.

Maintenant, si vous regardez les points que présentent ensemble les deux dés restés sur la table, et que vous ajoutiez mentalement 7 à ce nombre, cette addition vous donnera le nombre pareil à celui que vos trois petites opérations vous avaient fourni.

MANIÈRE DE FAIRE LE TOUR

Après avoir montré aux personnes présentes comment il faut faire cette opération, une d'elles la fait secrètement, vous étant éloigné. Quand cette personne a fini et retenu le nombre que le hasard lui a fourni, vous revenez et vous jetez un coup d'œil sur les deux dés, que l'on n'a pas dû déranger.

Vous voyez le nombre que les points vous présentent; vous y ajoutez 7 mentalement, et vous annoncez ce total comme étant celui que la personne a réuni par ses trois opérations.

Bien que ce nombre varie sans cesse, vous n'avez jamais que 7 à ajouter à celui que donnent les deux dés restés sur la table à la fin.

poui\ l'amusement d'une société a table.

SECTION IL

Etant à table, escamoter un couteau ou tout autre objet en feignant de V avaler.

Assis à table , vous étendez sur vos genoux une serviette ou un mouchoir de poche, faisant en sorte que personne ne remarque cette disposition.

Vous proposez le tour par un colloque dans lequel vous empruntez le style des physiciens des rues , par exemple, dans ce goût, où le bon sens n'est pas le mérite dominant :

« 11 n'y a pas que les autruches qui digèrent le fer, je puis me vanter de jouir de la même faculté. Du reste, c'est une chose toute simple pour certaine nature d'estomacs. Quand je suis en appétit, je pourrais avaler la boutique d'un maréchal, sans m'en sentir le moins du monde incommodé.

» 11 y a beaucoup de personnes qui ne peuvent manger que par la bouche, et je crois même que c'est le plus grand nombre ; moi , j'ai cela de particulier, que je puis faire passer les aliments par toute autre voie, et, si je ne le fais pas ordinairement, c'est pour éviter le ridicule, parce que celui qui affecte de dédaigner les modes et de fronder les usages établis, passe pour un original, et on se moque de lui. Du reste, j'aime autant manger par la bouche, quoique ce soit

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bien vulgaire; mais je n'y trouve ni inconvénient, ni difficulté.

» Comme vous n'êtes pas obligés de me croire sur parole, je vais vous donner un petit échantillon des facultés dont je viens de vous entretenir : les preuves sont tout, les propos ne sont rien. Voici un couteau (vous le tenez entièrement dans les deux mains fermées, les deux poings l'un sur l'autre) ; pour que ce couteau aille dans mon estomac, voulez-vous qu'il me passe par le nez, les yeux, les oreilles, la bouche, le front ? j>

Vous levez les bras pour toucher avec les poings l'endroit que vous nommez. Vous les rabaissez de suite sur le bord de la table; mais, toutes les fois que vous relevez les bras, il faut entrouvrir un peu le poignet de dessous, pour laisser apercevoir le couteau que vous avez dans les mains.

En prononçant cette dernière phrase : Où voulezvous qu'il passe? vos mains étant sur le bord de la table, vous laissez couler le couteau sur vos genoux, sans faire le moindre mouvement des poignets.

L'endroit par où on veut qu'il passe étant indiqué, vous y portez les deux mains fermées, que vous ouvrez brusquement. Les spectateurs, qui croient toujours que vous teniez le couteau, sont frappés de cette disparition subite.

Cet escamotage étant terminé, vous dites : « Je crois qu'il s'est trompé de chemin, je ne le sens pas arrivé dans mon estomac. N'est-il pas allé, Monsieur,

POUR L AMUSEMENT d'iINE SOCIÉTÉ À TABLE. 9

se promener dans votre poche ? Non? Il est donc dans la mienne? »

Pendant que vous faites semblant de chercher dans votre poche, de la main droite, la main gauche s'empare du couteau, et vous terminez le tour, en disant : <r 11 n'est pas dans cette poche-ci, il est donc dans l'autre. » Vous feignez de l'en tirer, et vous le jetez sur la table.

Nota. — Ces mouvements des bras, que vous levez et que vous baissez en posant les poings sur la table, sont indispensables. Les spectateurs , voyant le bout du couteau dans vos mains chaque fois que vous levez les bras, sont tout-a-fait détournés des soupçons qu'ils pourraient concevoir, que vous le laissez tomber sur vos genoux.

SECTION m.

Faire sortir une liqueur de la pointe d'un couteau.

Ce petit tour est de bien peu d'importance, cependant il cause de la surprise quand il est fait avec une certaine intelligence. Mais la principale raison qui m'engage à le placer ici, c'est que je le crois très-peu connu.

Vous trempez un morceau d'éponge dans une liqueur quelconque, vous le mettez secrètement der-

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rière votre oreille, vous relevez vos manches, et vous montrez vos mains pour faire voir aux spectateurs que vous n'y avez rien de caché. Yous prenez un couteau de table, que vous faites visiter. L'ayant repris et le tenant à pleine main, pour avoir occasion de vous saisir de l'éponge sans qu'on s'en aperçoive, vous dites que, toutes les fois que vous faites ce tour, qui est puisé dans la magie noire, vous avez une peur terrible qu'il ne prenne fantaisie au diable de venir vous serrerla gorge ou de vous emporter, et que, pour vous tranquilliser, vous priez quelqu'un de venir vous faire une croix sur le coude.

Les spectateurs qui, bien certainement, ne voudraient pas être privés de votre présence, vous rendent volontiers ce petit service. La personne qui s'en charge s'étant approchée, vous pliez l'avant-bras sur le bras, que vous levez un peu, et, en présentant ainsi votre coude, la main se trouve naturellement contre votre oreille, et très à portée pour prendre l'éponge.

La croix faite et l'éponge enlevée, vous déployez le bras, vous serrez un peu le poignet pour presser 1 eponge contre le couteau. On voit aussitôt couler de la pointe de la lame la liqueur dont l'éponge était imprégnée.

Yous reprenez le couteau de la main gauche pour le poser sur la table, et vous vous débarrassez de l'éponge le plus adroitement qu'il vous sera possible, comme, par exemple, en la mettant dans votre poche, sous prétexte de prendre votre mouchoir pour vous

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essuyer les mains, que vous auriez un peu mouillées dans l'opération.

SECTION IY.

Passe avec des grelots.

Vous placez à l'avance un grelot dans la manche du bras gauche, et vous en posez deux sur la table. Vous en prenez un des deux que vous escamotez , c'est-àdire que vous retenez dans la main droite en feignant de le mettre dans la main gauche ; vous laissez cette main gauche fermée, comme si vous teniez le grelot; vous secouez le bras en l'étendant. Les spectateurs, qui entendent sonnerie grelot, s'imaginent que le son part de la main , et ne doutent pas qu'il n'y soit effectivement.

Vous prenez de la main droite l'autre grelot resté sur la table, vous étendez le bras , et , comme dans le tour de la pièce volante , vous faites un mouvement du poignet, comme si vous lanciez dans la main droite le grelot censé dans la main gauche.

On voit que ce petit tour tient à la prestidigitation. Pour le bien faire, il serait nécessaire de savoir un peu escamoter la muscade dans le creux de la main, car le grelot s'escamote de même. Cependant, si vous n'aviez

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pas encore acquis cette adresse, et que vous voulussiez faire ce tour , vous placeriez le grelot entre le pouce et l'index de la main droite, en faisant le geste de le mettre dans la main gauche.

SECTION V

Entourer et lier exactement un corps avec des cordes, qui l tombent d'elles-mêmes comme par enchantement.

Demandez parmi les assistants une personne de bonne volonté. Quand elle se sera présentée, priez-la de se tenir debout, et, avec sa permission, vous lui plantez tout doucement, un peu au-dessus du nombril, un couteau dont vous enfoncerez la lame à six ou sept centimètres de profondeur, pour que le couteau puisse se tenir dans une position horizontale. Cette disposition est de rigueur pour mener l'expérience à bonne fin.

Si, par insouciance ou par scrupule , personne ne voulait se prêter à cette intéressante formalité, alors, vous prendriez une canne ou un bâton de chaise, ce serait absolument la même chose , et peut-être plus commode.

Le couteau étant donc fixé dans lebâtondelamême

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manière que vous l'auriez placé dans l'abdomen du personnage qui l'aurait bien voulu, vous prenez un cordon ou une jarretière, que vous tenez des deux mains. Vous posez le milieu du cordon au-dessus du couteau, et vous faites un tour autour du bâton , en ramenant les deux branches du cordon par-devant. Vous croisez ces deux branches au-dessus du couteau , et vous les rabaissez pour les croiser , cette fois , au-dessous du couteau. Vous reportez encore les deux bouts parderrière, pour faire un deuxième tour. Les deux bouts étant ramenés par-devant, vous les tenez d'une main, et, de l'autre main, vous retirez le couteau. Aussitôt le cordon se dégage et se sépare du bâton.

Cette petite expérience est étonnante, car le bâton a été réellement entouré plusieurs fois.

Mais il importe de prévenir que, toutes les fois que vous croisez le cordon , il faut toujours continuer de mettre en dessus la branche du cordon que vous avez commencé de mettre sur l'autre. Vous vous tromperiez seulement une fois, que le cordon ne se détacherait pas. Cette observation fait tout le secret du tour.

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SECTION VI

L'écriture au tabac.

Je suppose que l'on ne sache pas encore faire prendre forcément la carte.

Vous aurez arrangé d'avance un jeu par dix-huitièmes. Vous faites prendre une carte , en faisant remarquer que vous laissez toute liberté de choisir celle qu'on voudra. Vous coupez à l'endroit où la carte a été prise, et , en jetant un coup d'oeil sous le jeu, vous connaissez, par celle qui s'y trouve, la carte que l'on vient de prendre.

Vous allez chercher une feuille de papier blanc, que vous avez préparée dans un endroit un peu écarté, et' avant que d'apporter cette feuille, vous écrivez vite, avec un bout de suif propre et bien net, dont vous aurez eu soin de vous munir, le nom de la carte prise. Vous présentez à une personne cette feuille de papier, qui paraît d'un blanc intact. Vous priez cette personne d'écrire le nom de la carte que l'on vient de prendre. Elle vous répondra naturellement qu'elle ne le peut pas , n'ayant ni plume ni crayon ; alors vous dites : « Mais, Monsieur, on peut se passer de tout cela quand on peut disposer d'une prise de tabac. » Vous en prenez une, que vous jetez sur le papier, et le nom de la carte paraît tout-à-coup en caractères trèsvisibles.

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SECTION VIL

Se rendre invisible à une nombreuse assemblée, en se présentant devant elle à visage découvert , sans être masqué d'aucun corps, et ayant un flambeau à la main.

11 n'est pas nécessaire , pour se rendre invisible , d'avoir l'anneau de Gygès, à l'aide duquel ce perfide favori enleva d'un seul coup, au pauvre roi Candaule, la vie, le trône et la femme.

En vous proposant mon secret, ne pensez pas que je veuille vous parler du procédé qu'emploient certains débiteurs à l'égard de leurs créanciers ; ce moyen est trop vulgaire et n'a rien d'étonnant. Voici celui que je donne.

Lorsque vous voudrez faire cette expérience devant une assemblée , faites retirer toutes les lumières qui seraient dans le salon où se trouve cette assemblée : il faut que l'obscurité soit complète.

Vous aurez un vase demi-sphérique, de n'importe quelle matière, pourvu qu'elle soit opaque.

Vous tiendrez ce demi-globe par sa base, et de façon à ce que le plan de son ouverture soit dans une position verticale.

Au bas de cette ouverture, un peu dans la concavité, fixez une lumière de chandelle ou de bougie. Entrez dans le salon, en tenant le vase contre vous.

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Le corps de ce vase vous enveloppera d'une ombre qui vous rendra tout-à-fait invisible. Cette ombre paraît d'autant plus noire, que la lumière vient frapper les yeux des spectateurs.

SECTION VIII

Merveilleuse apparition de trois stigmates dans la main.

Il faut être circonspect sur la foi des annonces ; en voici une preuve.

L'intitulé de cette section vous promet quelque chose de curieux, d'extraordinaire, et il n'est question que d'un tout petit tour que je ne mets ici qu'en raison du peu de personnes qui le savent, et de ce que, d'ailleurs, j'ai vu qu'il étonnait ceux devant qui on le faisait sans qu'ils puissent en deviner le moyen.

Sur une surface derrière laquelle on peut mettre la main, telle qu'une table, une cloison, une porte, etc., on fait tracer à la craie trois petites barres. On montre l'intérieur delà main, pour faire voir qu'il n'y a aucune marque. Les trois barres faites , je suppose sur une table, on place la main dessous, en recommandant de frapper sur ces trois petits traits , et, aussitôt, on démasque sa main, en faisant voir les trois barres qui y sont parfaitement imprimées.

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Yoici le mystère : avant de proposer le tour, on fait, avec de la craie, une marque bien appuyée sur chaque ongle des trois doigts du milieu , et , au moment où quelqu'un frappe sur les trois petites barres tracées sur la table, on ferme la main en serrant fortement, et on la rouvre en faisant couler les ongles contre la paume, mouvement qui imprime parfaitement les trois marques de craie dans la main, dont on ne voyait pas le manège, puisqu'elle était cachée par la table.

SECTION IX

Singulière manière de jouer aux dominos.

Rien de plus plaisant, pour les initiés, que de voir la surprise des témoins de cette manière de jouer, parce qu'on joue en posant le dos en dessus.

En effet, voir deux personnes jouer aux dominos, posant les points en-dessous, entendre dire : Je passe, allez toujours , j'en ai, je bouche le jeu; et, la partie étant finie, voir qu'en retournant les points, ils se rapportent tous et coïncident parfaitement ensemble, cela a quelque chose d'étonnant et de mystérieux.

Si quelqu'un, parmi les spectateurs, soupçonne que les dominos sont marqués de façon à faire connaître les points qu'ils portent, on désabuse ces personnes en

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les priant de fournir elles-mêmes le jeu, et en continuant de jouer avec ces nouveaux dominos.

Le moyen de faire cette partie n'est certes pas bien sorcier. Les deux joueurs sont d'intelligence. Celui qui pose le premier avertit son partenaire du nombre de points que porte son domino, en lui marchant sur le pied, sous la table, autant de fois qu'il y a d'unités. Je suppose qu'il ait posé le doubîe-quatre, il donne avec son pied quatre légers coups rapides sur le pied de son compagnon ; il observe un petit temps d'arrêt, et recommence à donner encore quatre coups. L'autre est prévenu par cela que le domino posé est le doublequatre : alors il pose quatre. Si c'est, par exemple, le trois-quatre, il donne à son partenaire, à son tour, trois petits coups avec le pied. L'autre joueur sait de suite qu'il a du trois à poser. On finit ainsi la partie, en s'avertissant r éciproquement, par le même moyen, des points que l'on vient de poser; ensuite on retourne les dominos sur place, pour faire voir qu'il n'y a point d'erreur.

Il est bien entendu qu'on prend , comme à l'ordinaire, ses sept dominos dans sa main.

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SECTION X

Nouvelle manière de magnétiser, qui réveille au liéu d'endormir.

Cher lecteur, je crois que je suis abandonné de Dieu, puisque je ne puis résister à la tentation de vous initier dans un secret vraiment infernal ; oui , infernal , car ce ne peut être que le diable qui en soit l'inventeur , et , tout en vous donnant cette preuve de mon amitié satanique I j'éprouve de terribles inquiétudes sur le repos à venir de ma conscience, parce que, si l'humanité n'est pas votre vertu dominante, je me vois exposé aux malédictions d'une infinité de victimes qui feront sans doute de moi un réprouvé. Mais à la garde de Dieul le sort en est jeté, je me risque. Ecoutez des conseils qui vous attireront bien des tribulations , si vous en faites usage.

x\dressez-vous à quelqu'une de ces femmes complaisantes qui pourra vous procurer une de ces jolies créatures, à la taille svelte, à l'œil fin, au pied mignon, plus délié cent fois que celui de la favorite en titre du maître absolu du Céleste-Empire, intéressante enfant du génie, à qui nous devons la forme élégante de nos vêtements, et queTindocte vulgaire appelle prosaïquement une aiguille.

Lorsque vous serez en possession de ce joli bijou

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d'acier , passez-lui dans l'œil un de ces généreux conducteurs qui, grâce à la fille de Minos, sauva la liberté et la vie à Thésée dans le labyrinthe de Crète, et que je nommerai , en faveur de ceux qui ont négligé l'étude de la mythologie , un long bout de fil ; il doit être en soie noire, et, comme il faut qu'il soit double, vous joindrez les deux bouts ensemble.

Cette noble et importante opération terminée, choisissez un siège de prolétaire, car les sophas , les bergères, les fauteuils aristocratiques, etc., ne conviennent pas à notre expérience ; il faut une chaise de paille, et cette nécessité met les patriciens à l'abri de tout danger.

Au milieu de l'assiette de ce siège , au point où se réunissent les quatre angles formés par la disposition de la paille , plantez votre aiguille par la tête et enfoncez-la jusqu'à ce que la pointe soit de niveau avec la surface dans laquelle vous l'enfoncez; quant au fil, vous le cachez entre deux torons de paille, et vous laissez pendre les bouts.

Si vous tirez ce fil, vous verrez l'aiguille s'élever bien verticalement avec dignité et majesté, sans s'incliner à droite ou à gauche comme un solliciteur. La force de ce mouvement est telle f que l'on peut percer une brochure ou une main de papier.

Supposez maintenant qu'une personne soit assise sur ce siège , et qu'ayant fait parvenir le fil entre vos doigts, vous le tiriez peu à peu, avec mesure et prudence, pour faire fonctionner le gentil instrument ; il en résultera, pour la personne assise, une sensation

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médiocrement agréable à cet endroit que nos lois civiles (ou sur la civilité) ne permettent pas de nommer, si ce n'est en parlant du fond d'un gobelet, de la profondeur d'une basse-fosse ou de la partie la plus délicate d'un artichaut.

On comprend bien que la personne ainsi affectée de cette impression inattendue se lève subitement, comme si elle venait de recevoir une commotion électrique, et si vous tirez vite le fil pour enlever l'aiguille, elle cherchera en vain la cause immédiate de cette impertinente familiarité.

Double embarras pour la déplorable victime de ce tour perfide; car, si on lui demande raison d'un petit cri aigu qu'elle n'a pu retenir, un certain respect humain s'oppose à toute réponse explicite; la langue s'embarrasse dans des monosyllabes tels que : « Mais... diable c'est que » Cependant, un geste significatif de la main, toujours immanquable en pareil cas, vient bientôt à son secours , en donnant l'explication positive que la langue se refuse à donner.

On peut faire cette plaisanterie peu chrétienne dans une assemblée de personnes réunies à table. En causant avec ses voisins de droite et de gauche, on amène la conversation à propos, pour leur dire que, par la seule volonté , comme dans le magnétisme , on peut électriser une personne qui serait éloignée de soi. « Cela n'est pas possible, vous répondra-t-on. — Faites-moi seulement le plus léger signe, quand vous voudrez en voir l'effet. »

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On ne manquera pas de vous prendre au mot ; alors, vous tirez furtivement le fil qui , du siège préparé , aboutit dans votre main en passant sous la table ; et l'expérience a lieu au grand étonnement de ceux que vous aviez mis dans la confidence.

Pour donner une haute idée de votre puissance magique , il faut désigner la victime avec cette indifférence qui donne à croire que vous prenez la première venue.

Mais n'oubliez pas qu'il faut que la prudence guide la main qui tient le fil.

Je laisse ces petites récréations de table,pour passer à des tours plus intéressants.

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