‹ Nouvelle magie blanche dévoiléeChapitre 7 sur 24 · REPRISE DE LA SECTION VII · texte numérisé non relu

REPRISE DE LA SECTION VII

Spécialement consacrée aux amateurs de fortune.

Vous vous souvenez, lecteur, de la confidence que me fit un certain fournisseur d'industriels en jambons; que cette confidence me suggéra l'idée d'une spéculation admirable, et que mon inspiration tomba sur l'or de la Californie? Voici mon raisonnement ; vous allez voir, lecteur, à quel point il est judicieux.

Vraiment, quand je pense à la haute intelligence dont la nature a été si prodigue envers moi, je sens le rouge me monter à la figure et ma modestie dans un état de malaise à faire compassion.

En réfléchissant sur l'ingénieux stratagème de mon négociant en porc frais, voici ce que je pensais :

Les cailloux dont il se sert pour accroître son bénéfice ne lui coûtent rien, à la vérité; mais cette matière a encore trop d'étendue et tient beaucoup de place pour son poids. Cherchons quelque chose de moindre volume à égalité de pesanteur.

Nous avons le plomb, le mercure, etc. ; mais ces métaux sont inadmissibles , à cause de leur prix. Que prendre? Ah ! nous y voilà.

Il arrive tous les jours, de la Californie, des vaisseaux remplis d'or jusqu'aux mâts, et , dans toutes les parties de l'Europe, il tend déjà à être dépossédé de

son premier rang parmi les métaux; il en deviendra bientôt le dernier , et sera mis au plus vil prix ; voici comment je le prévois.

La houille revient en gros à quatre centimes à peu près le kilogramme. Son produit n'est, à présent, guère plus considérable que celui de l'or ; mais la houille se consomme tous les ans, et For reste en totalité et ne se réduit pas. Donc, la quantité de For va s'accumuler de telle façon que, nécessairement, il deviendra plus commun que la houille et sera à plus bas prix.

Mais n'attendons pas le dernier degré du décroissement de sa valeur; arrêtons-nous au moment où cette valeur sera de niveau avec celle de la houille.

Soit quatre centimes le kilogramme d'or : c'est beaucoup l'estimer, mais contentons-nous de ce taux pour commencer notre spéculation.

L'or est reconnu comme le plus pesant de tous les corps; si vous en doutez, consultez les chimistes, les physiciens et les naturalistes.

Procurez- vous de ce métal , quand il sera , comme nous le disions, au prix de la houille, à quatre centimes le kilogramme; mais ne vous approvisionnez que pour le besoin du moment, parce que, si vous en preniez une trop grande quantité, vous feriez une perte réelle quand il serait baissé des trois quarts, ce qui sera immanquable nécessairement, surtout quand seront arrivés les chargements qu'on va nous envoyer de la Nouvelle-Galles du Sud, dont Jesplacers sont tellement

féconds, que la Californie n'en sera plus qu'une succursale.

Mettez 12 kilogrammes d'or à côté de 6 kilogrammes de cailloux , et vous verrez que ces 6 kilogrammes de cailloux présenteront un volume encore plus considérable que les 12 kilogrammes d'or.

Ces 12 kilogrammes d'or vous reviendront à 48 centimes ; fourrez-les dans l'estomac d'un cochon ; ils y seront à l'aise et vous rapporteront 6 francs ; ce qui est le double du bénéfice fait avec les cailloux, aux 48 centimes près.

On doit sentir tout l'avantage de ce calcul. Que sera-ce donc' quand For sera arrivé au minimum de sa valeur?

A présent, il faut trouver une raison pour expliquer la présence de l'or dans les entrailles de notre marchandise, car nous n'avons plus la ressource des truffes. Hé bien ! on dira que les éleveurs ont réfléchi que, si les autruches digèrent le fer, les cochons, qui ont l'estomac aussi solide au moins, pourront bien digérer l'or, qui, par sa nature, est encore plus nutritif; qu'ils en ont fait un essai qui a très-bien réussi, et qu'ils ont pris le parti de nourrir leurs élèves avec cette substance , comme plus salubre et plus économique, vu son abondance et son bon marché, et que, si cet aliment s'est trouvé dans l'état de nature au moment de l'achat des animaux, c'est qu'ils venaient de déjeuner un instant avant leur passage de vie à trépas.

Que voulez-vous que les acheteurs répondent à cela? ils savent bien, du reste, que, quand on achète une bête au poids, les aliments y sont pour quelque chose.

Je conseillerai encore aux propriétaires qui aiment à faire bâtir d'attendre l'entier abaissement de ce métal, jadis précieux, pour faire ériger des maisons et des châteaux; car alors on pourrait rejeter les pierres, que l'on remplacerait par des lingots d'or. On sait que ce métal est inaltérable et indestructible; on peut même penser que le diable, dans son intérêt personnel, s'est mêlé de sa création, puisque For a fait damner tant de monde.

On voit clairement qu'en suivant le conseil que je donne, les personnes qui feraient bâtir pourraient jouir de leurs propriétés quelques centaines d'années de plus, tout en faisant moins de dépense, puisque les matériaux aurifères seraient à meilleur marché que les pierres et de plus de durée.

Je n'ai point d'amour-propre, lecteur, mais je crois que si Robert Peel revenait au monde, il mourrait une seconde fois de dépit, se voyant prévenu dans une conception aussi sublime , et je m'attends tous les jours à recevoir les félicitations de notre grand économiste L... F

Que vous avez été bien inspiré, lecteur, d'acheter mon livre, dans lequel vous trouvez, pour quelques francs, un moyen sûr et facile de devenir millionnaire!

MAGÎE BLANCHE.

SECTION XI

Métamorphoses.

Ce tour est fort joli , point connu et très-faciie a exécuter. On peut le faire au théâtre comme dans un salon, et je ne crois pas qu'il se trouve dans aucun répertoire de prestidigitateurs.

Ces métamorphoses n'ont rien de commun avec celles d'Ovide, ni avec celles des fées d'autrefois, qui, d un coup de baguette , changeaient les citrouilles en calèches, les hannetons en chevaux de carrosse et les souris en demoiselles ; et qui, de plus, aussi puissantes que Jupiter , ont favorisé Perrault d'une petite place parmi les mortels immortels.

J'avouerai encore que je n'ai pas la prétention de comparer mes métamorphoses à celles qu'Apulée a faites dans son Ane d'Or : je suis loin de donner les miennes pour aussi merveilleuses ; mais, enfin, elles ont leur mérite.

Effet du tour.— On donne à visiter un mortier en bois et son pilon. On fait aussi visiter un œuf. On fait mettre cet œuf dans le mortier, et on donne dessus un fort coup de pilon.

On voit alors un oiseau des plus laids qui semble sortir de l'œuf cassé.

Pour rendre présentable ce vilain animai, on le met

dans un petit vase rempli de millet, que l'on couvre d'une cloche qui aura aussi été visitée avant. Un instant après, on enlève la cloche, et il sort du vase un joli petit serin, et le millet, qui a disparu, est remplacé par des fleurs que l'on jette sur les dames qui sont présentes.

Explication. — La masse du pilon est creuse et d'une capacité assez étendue pour contenir un moineau franc, appelé vulgairement pierrot.

Cette masse du pilon est fermée au bout par une rondelle plate qui entre à feuillure. Le manche est percé dans toute sa longueur, afin de donner de l'air à l'oiseau qui est renfermé dans la masse. On a aussi un deuxième pilon, mais massif, qui est celui qu'on donne à visiter, et que l'on échange en allant chercher l'œuf.

Le mortier a la forme que l'on donne ordinairement aux mortiers en fonte. Quand il est tourné, on ajoute une oreille de chaque côté, ce qui complète la figure.

On creuse ce mortier en rétrécissant un peu l'ouverture en allant vers le fond, afin que le pilon s'arrête au point convenable pour ne pas toucher l'œuf et l'écraser.

Quand on frappe, la rondelle dont j'ai parlé se detache du pilon et reste attachée dans le mortier, duquel l'oiseau sort, ayant recouvré la liberté.

Ce mortier est le même qui sert pour la montre brisée et raccommodée.

Le vase est en cuivre ou en fer-blanc peint, de la forme d'un gobelet qui serait aussi large par le bas que par le haut. Il a un bord plat de 4 ou 5 millimètres de largeur. On fait percer son fond de quelques trous, pour donner de l'air au serin qu'on y enferme.

0uant à la grandeur , elle est proportionnée à la grosseur de l'oiseau, qui doit y être un peu à Taise.

Dans ce vase, il en entre un second,d'un tiers seulement de la hauteur du premier. Il a aussi un bord plat, mais plus large à peu près d'un millimètre que celui du grand vase.

Ce deuxième vase doit entrer facilement dans le premier et en sortir de même.

Enfin, un autre vase, auquel on donne quelquefois la forme d'une cloche, souvent celle* d'un cône tronqué , au sommet duquel on ajuste un manche , complète l'appareil.

Ce vase est fait aussi en cuivre ou en fer-blanc ; il sert à couvrir ceux dont on vient de parler , et à enlever celui qui est contenu dans l'autre. ïl doit les couvrir totalement, mais de manière à pouvoir serrer le bord du plus petit, vase, qui est un peu plus large que celui de dessous, qui appartient au plus grand vase. Par ce moyen, quand on lève la cloche, on emporte avec elle le petit vase et ce qu'il contient.

Avant de commencer le tour, voici les dispositions qu'il faut faire : vous enfermez dans la masse du pilon un moineau des plus laids, ou qu'on peut rendre

PirYSIOJJE OCCULTE.

tel en lui coupant une aile à moitié et quelques plumes par-ci par-là, et en le mouillant un peu.

Dans celui des deux vases qui contient l'autre, vous mettrez des feuilles de roses, et sur ces feuilles un joli petit serin. Dans celui qui entre dans l'autre , et dont l'ouverture , qui est à découvert, paraît être celle du grand, vous y mettrez de la graine de millet, et l'emplirez aux deux tiers environ.

On comprend maintenant qu'il faut que les vases soient assez grands pour que, quand le plus court est placé dans l'autre, l'espace qui est entre les deux puisse contenir aisément les fleurs et le serin , qui ne doit pas y être pressé , car les oiseaux aiment à être au large, et ne sont pas du goût de ces dames, qui veulent être serrées par leur taille, en disant que rien ne les gêne plus que d'être à l'aise.

Ces dispositions prises, vous faites visiter le mortier et le pilon massif. Ensuite vous allez chercher un œuf préparé sur une table de derrière, et, en le prenant, vous faites l'échange du pilon en vous emparant de celui qui contient le moineau, et en laissant le massif à la place. Le pilon creux doit être caché derrière d'autres objets. Tenant ce pilon au moineau et le mortier, vous donnez l'œuf à visiter; après, vous ie faites mettre dans le mortier, et vous donnez dessus un coup avec le pilon. L'oiseau, redevenu libre, se montre, et vous feignez d'être surpris de sa présence et humilié de sa laideur.

Yous dites : « Voilà un Monsieur d'une mise bien

négligée pour se présenter en bonne compagnie; heureusement que j'ai ici une graine merveilleuse qui a la propriété de métamorphoser tout animal qui en aurait mangé seulement deux ou trois grains. Elle me vient d'un pays où tout, est extraordinaire; je ne vous dirai pas son nom parce que je ne peux pas le prononcer, ce mot n'étant composé que de vingt-sept consonnes.

» Dans ce pays-là , ce sont les femmes qui battent les maris et les hommes qui donnent à tèter aux enfants: c'est une coutume que je trouve très-louable, car il en résulte que l'on n'y rencontre point de mauvais ménages.

» Ce peuple n'a qu'un désagrément, c'est que n'ayant qu'un soleil de qualité médiocre et à moitié usé, il fait si froid l'hiver que le feu gèle, ce qui les gène beaucoup dans la cuisson de leurs légumes.

y> Du reste, tout y est agréable, on n'y trouve qu'honnêteté et prévenances. On prendrait les habitants des campagnes pour des bergers et des bergères du temps des Amadis, et tels qu'on en voit encore dans les pastorales et les idylles de Gessner,tant ces braves gens ont de délicatesse et de savoir-vivre. Jusqu'aux échos, qui sont en grand nombre chez eux, paraissent avoir reçu l'éducation la plus soignée ; car, si on leur fait une question , ils ne vont pas bêtement, comme les nôtres, répéter mot iv'mot ce que vous dites, comme un enfant auquel on apprend sa leçon : ils répondent toujours obligeamment et à propos. Si, par exemple,

vous êtes au milieu d'une plaine , et que vous vous mettiez à crier : Comment vous portez-vous ? Y écho répond de suite : Ça ne va pas mal, et vous? Enfin, on peut faire avec ces invisibles personnages une conversation très-sensée. »

Mais je m'aperçois que la mienne ne l'est guère, et que je ferais mieux de continuer l'explication de notre tour.

On prend le moineau et on le couche sur la graine. S'il se débattait trop, on l'entourerait d'un léger ruban pour lui assujettir les ailes et les pattes.

On le couvre de la cloche en appuyant un peu, pour étreindre les bords du petit vase. On attend quatre ou cinq secondes, comme pour donner le temps à l'oiseau de manger quelques grains. On retire la cloche, qui enlève avec elle le moineau et la graine; alors le serin sort de sa prison et s'envole.

On prend le vase en disant : « Il paraît qu'il a trouvé la graine de son goût, car voilà tout ce qu'il en a laissé ; aussi, vous le voyez sous un habit plus décent.

Et on jette les feuilles de roses sur les dames.

Nota. — Si vous deviez entourer le moineau d'un ruban , il faudrait en attacher un pareil à la patte du serin.

Ce tour en présente plusieurs : le moineau que l'on croit sortir d'un œuf cassé; l'apparition du serin en place du moineau ; le millet qui disparaît et qui semble changé en feuilles de roses; tout cela en fait un tour très-agréable.

SECTION XII

Le tour du sucre et du café en grains.

Effet. — On fait voir deux boîtes , dont Tune est emplie de sucre, et l'autre de café en grains.

Pour prouver qu'il n'y a point de fraude, on verse tout le sucre et tout le café dans des vases séparés, et on les remet dans les boîtes que l'on éloigne Tune de l'autre.

On prie les spectateurs de bien remarquer où est le sucre et où est le café.

On les montre de nouveau sur place. Ensuite on toucbe les boîtes du bout d'une baguette, et celle qui contenait le sucre est alors remplie de café, et celle qui contenait le Gafé est pleine de sucre. Enfin, ces deux amis ont changé invisiblement de domicile.

On vide encore une fois l'un et l'autre, pour faire voir que le déménagement n'est pas une illusion.

Un spectateur qui voyait faire ce tour disait à ses voisins et le plus bas possible : En vérité , en y songeant, on n'est pas en sûreté dans un spectacle comme celui-ci. Ces métamorphoses, ces objets enfermés qui changent de lieu invisiblement et sans bruit, à la volonté du magicien, tout cela doit donner de l'inquiétude aux spectateurs qui portent sur eux quelque chose de valeur. Je crois qu'il serait prudent de tenir

toujours les mains dans ses poches ; et encore est-on bien sûr que cette précaution ne serait pas inutile? ces sorciers sont si malins! On m'a assuré qu'un jour un Monsieur avait prêté quelques pièces d'or à un prestidigitateur, qui les rendit après avoir fait son tour. Mais le Monsieur, de retour chez lui, ne trouva plus que des moules de boutons en place de ses louis. Vous voyez ce qu'on risque, si le physicien n'est pas riche en probité ' Aussi, j'ai soin de me tâter souvent pour m'assurer que ma montre est toujours dans mon gousset et ma bourse dans ma poche : vous agirez sagement en faisant comme moi. /

On va voir, par l'explication du tour , combien ces craintes sont chimériques et mal fondées , et à quel point le savoir du prestidigitateur est calomnié. Ceci nous donne la mesure des lumières et de la sagesse des tribunaux d'autrefois, qui condamnaient au bûcher les prétendus sorciers, qui ne l'étaient pas plus que ceux qui font le tour qua je vais décrire.

Dans ce tour, on se sert de deux boîtes d'une forme cylindrique qui ont environ 12 centimètres de hauteur sur 9 de diamètre; elles doivent se ressembler parfaitement.

Sur ces boîtes s'ajuste une deuxième partie qui n'est guère plus haute que la gorge de la boîte.

Cette partie a un fond en treillage de fil de fer; elle est faite de deux pièces qui, entrant Tune dans l'autre, sont réunies en haut, et, ne se touchant pas dans le bas, laissent un espace pour recevoir la gorge de la

boîte. Quand cette partie est mise sur la boîte, elle n'en change pas la forme, car c'est elle-même qui sert de gorge au couvercle quand on ferme la boîte. Ce couvercle doit entrer aisément. À l'endroit de la réunion delà boîte avec sa deuxième partie, il y a un rebord à chacune d'elles, mais très-peu saillant. Celui de la boîte est en fil de fer recouvert de fer-blanc. Celui du faux fond est plat et un peu saillant sur l'autre, ce qui aide à enlever cette »pièce avec le couvercle, quand il en est besoin. Quand on veut laisser cette deuxième partie sur la boîte, on retire le couvercle légèrement; et quand on veut enlever cette partie, on serre le couvercle en prenant par le rebord plat dont je viens de parler, et sur lequel pose le couvercle.

Ces boîtes sont connues des prestidigitateurs sous le nom de boîtes au sucre et au café.

MANIÈRE DE FAIRE LE TOUR

Préparation. — Dans la partie de dessus, que Ton pourrait appeler faux fond, ou double fond, on met à l'une des boîtes quelques morceaux de sucre. Dans cette même partie de l'autre boîte on met du café en grains : les boîtes paraissent pleines , bien qu'il y ait peu de l'un et de l'autre.

Yous remplissez de sucre la vraie boîte au-dessus de laquelle vous avez mis du café, et de café la boîte sur laquelle est le sucre.

Ces dispositions prises , vous ouvrez les boîtes en enlevant les parties de dessus avec les couvercles, que vous posez sur la table. Vous faites voir le sucre et le café que vous versez entièrement, comme je l'ai dit, dans d'autres vases, et vous remettez l'un et l'autre dans leurs boîtes.

Comme les spectateurs remarquent naturellement celle où est le sucre et celle qui contient le café, il faut trouver un moyen de détourner leur attention et de leur faire perdre de vue ce que Tune et l'autre de ces boîtes contiennent.

Dans ce but, vous prenez ces boîtes comme par distraction; vous en mettez une sous un bras et gardez l'autre à la main. Vous les changez plusieurs fois, comme pour les tenir d'une manière moins embarrassante.

Vous faites cette manœuvre en avançant vers les spectateurs, pour présenter à l'un d'eux une petite baguette que vous tenez aussi à la main.

Vous priez cette personne de venir toucher les boîtes avec cette baguette. En arrivant à votre table, vous posez les boîtes dessus ; mais vous feignez de ne plus savoir ce que chacune contient.

Les spectateurs, qui ont cessé de les suivre de vue, le savent encore moins que vous. Vous levez les couvercles seulement , et on voit le sucre et le café qui sont dans les fausses boîtes. Vous les éloignez l'une de l'autre, en recommandant de ne pas oublier ce que chacune renferme.

Vous remettez les couvercles, et vous dites à la personne que vous avez fait venir près de vous : « Monsieur, cette baguette que vous tenez a, comme l'aimant,deux pôles dont les effets sont opposés. Touchez

les boîtes avec ce bout-ci — Vous allez voir qu'il

n'y a rien de changé. »

Vous retirez les couvercles seulement, et on voit le sucre et le café toujours dans les mêmes boîtes. Vous refermez en disant : « Maintenant, Monsieur, touchez avec l'autre bout.... » Vous enlevez, cette fois, les fausses boîtes avec les couvercles, et on voit que, dans la boîte où était le sucre il y a un moment, c'est le café qui s'y trouve, et que, dans l'autre, se trouve le sucre en place du café que l'on venait d'y voir. Vous versez l'un et l'autre dans des vases, et vous montrez l'intérieur des boîtes, en faisant remarquer qu'il n'y a absolument rien.

Les prestidigitateurs ont toujours fait et font encore ce tour de la manière qui vient d'être décrite; mais Conus père a imaginé de l'exécuter d'une autre façon, qui, tout en rajeunissant le tour, lui donne une forme plus agréable. Au lieu de sucre et de café, il se servait d'un mouchoir blanc et d'un mouchoir de couleur. Dans les fausses ouvertures des boîtes, il faisait coudre ou coller, dans l'une, un morceau de mousseline ou de batiste, et dans l'autre, un morceau d'étoffe pareille à celle du mouchoir de couleur. Comme ces mouchoirs sont fournis par le prestidigitateur, il peut choisir ceux qu'il veut.

Dti reste, c'est la môme manière d'opérer dans l'exécution du tour.

SECTION XIII

Boules changeantes.

L'analogie qui existe entre ce tour et le précédent me fait penser à le placer immédiatement après. Cette ingénieuse combinaison est de l'invention d'un amateur allemand, de ma connaissance, assez fort sur la prestidigitation, et qui abien voulu que je la publie. En même temps que le tour est joli, il donne le moyen de tirer parti de ces boules abandonnées dont il est question dans la section X de ce chapitre, et Ton va voir que Ton peut encore s'en servir avec avantage.

Ces boules, décrites au commencement de la section que je viens de citer, doivent être très-grosses pour produire plus d'effet. On en prend deux. Les boîtes doivent se ressembler sous tous les rapports.

On peint une de ces boules en rouge et l'autre en noir. On peint les coques de même. La coque noire se met sur la boule rouge, et la coque rouge sur la boule noire.

11 est inutile d'entrer dans de plus amples explications, car c'est la même marche pour conduire le

MÀG1E BLANCHE.

tour, et la même manière d'exécuter que dans celui qui précède : toute la différence, c'est qu'au lieu de se servir de mouchoirs , on se sert déboules.

On ne peut se faire une juste idée de ce tour que quand on l'a vu faire. Ceux mêmes qui connaissent la construction de ces boîtes sont déroutés, parce qu'ils voient plusieurs fois les boules véritables , que l'on montre dans leur entier, quand ils pensent que l'on va ne faire paraître que les coques, et ils en sont à douter qu'il y ait réellement de ces dernières.

SECTION XÏV.

Tour des pyramides.

Ce ne sont pas des pyramides d'Egypte que je veux parler, car je pense qu'elles seraient déplacées dans un cabinet de physique, et jamais je ne m'aviserai d'en faire l'acquisition , dans le cas où on les mettrait en vente. D'ailleurs, je ne crois pas qu'un prestidigitateur, quelque habile qu'il soit, puisse les trouver commodes , pour jouer des gobelets. Et, je le dis sans jactance, malgré la haute renommée de ces pyramides, je doute qu'elles soient aussi merveilleuses que les miennes. Celles-ci ont encore cet avantage que, quand je ne m'en sers pas pour faire des expériences, je puis en orner ma

cheminée, et, pour cet usago, on me donnerait les py- *. ramides d'Egypte pour rien, que je n'en voudrais pas.

Les pyramides que je vais décrire ne doivent leur nom qu'à leur forme. Parlons d'abord de leur effet.

On pose sur la table trois petits socles que l'on fait visiter. Sur chaque socle des coins, on pose un grand gobelet vide.

Sur le socle du milieu, on met une carafe remplie d'eau et de vin, moitié de l'un et moitié de l'autre.

On couvre ces trois objets chacun d'une pyramide, dont on fait voir l'intérieur.

On prend un long ruban , que Ton attache par le milieu à la pyramide qui couvre la carafe, et on attache les deux extrémités aux deux pyramides des coins. Alors le prestidigitateur annonce que, par cette communication qu'il vient d'établir, au moyen du ruban, entre les pyramides qui couvrent les gobelets, et celle du milieu qui couvre la carafe pleine , et par le concours de la baguette magique, l'eau et le vin vont sortir de la carafe , et se rendront séparément dans les gobelets, au choix des spectateurs, c'est-à-dire que le vin ira dans le verre que l'on désignera, et que l'eau ira dans l'autre.

Le choix étant arrêté, le prestidigitateur fait couler lentement la baguette le long du ruban , ensuite il retire ce ruban et lève la pyramide du milieu. On voit la carafe vide. Il lève les deux autres pyramides, et le verre désigné pour le vin en est plein, et l'eau se trouve dans l'autre verre.

MAGIE BLASCHE.

J'ai vu des savants, assistant à cette expérience, se mettre l'esprit à la torture pour se rendre raison de ce phénomène. Un médecin voulait l'expliquer par le système delà transfusion du sang ; un chimiste, par la sympathie, dont la vertu opère invisiblement et à distance, témoin la fameuse poudre du chevalier Digby ; un physicien, par l'attraction électrique; un magnétiseur, par la force de la volonté; un métaphysicien, par l'antipathie qui existe entre le vin et l'eau, antipathie si bien comprise des joyeux buveurs, qui appellent immorale l'union de ces deux êtres (1). Enfin, un naturaliste, qui improuvait toutes ces conjectures, après avoir bien cherché, et n'ayant rien trouvé, dit, pour décider la question, qu'il fallait que le diable s'en mêlât. S'il persiste dans son opinion, on peut le désabuser facilement , en lui donnant l'explication toute naturelle que voici.

Les pyramides sont faites en fer -blanc peint, tronquées à leur sommet et surmontées d'une petite boule qui leur sert d'ornement et qui sert aussi pour attacher les rubans.

On donne ordinairement à ces pyramides environ 50 centimètres de hauteur.

(1) Et n'ont-iis pas raison? Oui, entre le vin et l'eau, il y a incompatibilité d'humeur; on ne doit pas les unir ensemble ; car, qu'est-ce que l'eau ? une coureuse ! qui, souvent, porte le trouble et la désolation partout où elle passe. Tandis que le vin, bon par nature, se tient, jusqu'à la fin de ses jours, bienfaisant et paisible dans le palais de Diogène.

Dans la partie supérieure de celles des coins, en dedans, existe un réservoir qui doit pouvoir contenir deux grands verres de liqueur. Pour construire ce réservoir, on fixe un fond à la distance convenable des sommets pour avoir la capacité dont je viens de parler.

Ce réservoir est partagé en deux parties égales, par une cloison qui va du fond au sommet et qui est soudée partout, de sorte que ce réservoir en formedeux.

Sous chacun de ces deux réservoirs est ajusté un petit tuyau de 5 ou 6 centimètres de longueur, et audessus, à l'extérieur, sur les deux côtés du sommet, on fait un petit trou pour laisser circuler l'air et introduire la liqueur dans les réservoirs.

La carafe est percée au fond, et doit pouvoir contenir autant de liqueur que les deux gobelets en contiennent ensemble, et chaque gobelet doit être de la capacité de chaque réservoir. Le socle sur lequel on pose la carafe doit pouvoir recevoir aisément, dans son intérieur, toute la liqueur que cette carafe contient. Pour que la liqueur puisse entrer, le socle est percé de petits trous qui ne se voient point, parce que le ferblanc dont sont faits les socles est peint d'une couleur brune.

Les deux socles des coins sont faits comme celui du milieu, en forme de boîte plate; toute la différence, c'est qu'à ceux-là il n'y a point de trous. La pyramide du milieu est toute simple; elle n'a, bien entendu, point de réservoir, ni rien de particulier.

Page 1