PRÉPARATION DE CES PIÈCES AU MOMENT DE FAIRE LE TOUR
On bouche le trou du fond de la carafe avec une petite boulette de cire. Pour emplir les réservoirs des pyramides dont on doit couvrir les gobelets , on commence par boucher les petits tuyaux qui sont dans leur intérieur; ensuite , avec un entonnoir dont le tuyau est très-menu, on met , par le trou qui est audessus de chaque réservoir, dans l'un, un verre d'eau, et dans l'autre, un verre de vin, et on bouche aussi ces trous avec une boulette de cire ; mais, pour ne pas se tromper , on bouche le trou du réservoir à l'eau avec de la cire blanche, et celui du vin avec de la cire rouge.
Quand ces boulettes de cire sont mises sur les trous, on débouche les tuyaux de l'intérieur des pyramides. Il n'y a pas de danger que la liqueur en sorte, car cette disposition fait l'effet d'une pompe à vin qui serait pleine, et dont on aurait bouché une des ouvertures.
Yous emplissez la carafe en présence de l'assemblée, en y mettant un verre d'eau pure et un verre de vin. et vous la posez sur le socle en la couvrant de sa pyramide, en même temps que vous ôtez du doigt la boulette de cire qui bouche le trou fait au fond de ladite carafe.
Yous demandez alors dans lequel des deux verres,
celui de droite ou celui de gauche, on veut que le vin passe. Si, par exemple, on indique le verre de gauche, on prend une pyramide; en en couvrant ce verre, on retire la boulette rouge avec le doigt , et en couvrant l'autre verre, on retire la boulette blanche.
Vous attachez le ruban, et, pendant ce temps et celui employé pour la pantomime de la baguette sur le ruban, les liqueurs s'écoulent, et quand vous levez les pyramides , on voit la carafe vide et les gobelets emplis de la liqueur demandée.
Pour dérouter davantage les spectateurs, on peut, en commençant le tour , assurer que les pyramides sont toutes simples, sans aucun apprêt; et, en parlant, on montre de loin l'intérieur de celles des coins, et comme cet intérieur est peint en noir, on ne peut pas apercevoir le fond ni le petit tuyau. On les repose, et on prend celle du milieu. On avance vers les spectateurs en frappant des doigts sur cette pyramide, et on la met entre les mains de quelqu'un. Les assistants, voyant qu'il n'y a rien à celle-là, pensent naturellement que les autres sont de même.
On en peut faire autant des socles, en prenant ceux des coins sans affectation et comme premiers venus; mais il faut employer cette ruse avec adresse et naturel.
SECTION XV
Tour du plumet.
Effet. — On emprunte une pièce de cinq francs, que l'on fait marquer.
On emprunte aussi un grand châle, dans lequel on enferme la pièce. On donne le tout à tenir, en priant la personne à laquelle on s'adresse de se saisir, du bout des doigts, de la pièce ainsi enfermée, de sorte que le châle demeure pendant.
On demande une tabatière, et on la pose sur la table. Ensuite , on prend un long tube dans lequel on introduit un grand plumet ; on ferme ce tube, et on le donne à tenir à quelqu'un, après avoir fait remarquer, en rouvrant le tube, que le plumet y est réellement.
On prend la tabatière qui était sur la table, et on la donne aussi à tenir. On reprend la pièce et le châle de la main de la personne qui les tenait, et, au travers du châle, on retire la pièce et on l'envoie dans la tabatière que tient une autre personne ; puis on commande au plumet qui est dans* le tube de venir dans le châle prendre la place de la pièce. On relève le châle, et on montre le plumet. On fait ouvrir la tabatière; on y trouve la pièce marquée. On ouvre aussi le tube pour faire remarquer qu'il n'y à plus rien.
Explication. — 11 faut deux plumets pareils : à l'un
PHYSIQUE OCCi LTE. 81
d'eux, on fixe à la queue une pièce de cinq francs, ou, pour ne pas percer une pièce de cette valeur , on s'en procurera une fausse ou une médaille de peu d'importance, qui serait de même diamètre.
11 faut encore un tube ou étui en cuivre ou en fer blanc, qui puisse contenir le plumet dans toute sa longueur. Le fond de ce tube se retire à volonté : il entre comme la cuvette d'une tabatière ronde entre dans son couvercle , c'est-à-dire qu'il entre à gorge dans le tube , en laissant une légère saillie en dehors, formée de son propre fond.
Dans le haut de ce tube, il y a une fausse ouverture faite à peu près comme celles qui sont sur les boîtes au sucre et au café, mais un peu plus profonde ; le couvercle se met de même par-dessus, et peut aussi s'enlever seul, ou avec la fausse ouverture, en pressant avec les doigts.
Cette fausse ouverture sert à contenir un bout de plumet qui donne l'apparence du plumet véritable.
Ce tour se fait au commencement d'une séance, ou d'une partie de séance, parce qu'il faut placer le plumet à la pièce dans l'intérieur de la manche de l'habit , tout de son long et de façon à ce que la pièce vous touche la paume de la main.
On emprunte une pièce de cinq francs que l'on fait marquer. On emprunte aussi un châle, dans le milieu duquel on feint de mettre la pièce par-dessous; et comme, pour faire ce semblant, on est obligé d'étaler le châle le long du bras , au lieu de mettre la pièce
marquée, on la garde dans la main et on tire celle qui tient au plumet, lequel plumet vient avec et se trouve totalement caché par le châle.
On prie une personne de tenir du bout des doigts cette pièce enfermée , et le châle se trouve naturelle ment pendant. Alors on demande une tabatière, et en allant la poser sur la table, on y introduit adroitement la pièce de cinq francs qui restait dans la main.
On prend le tube duquel on a ôté le fond qu'on a posé sur la gibecière, et à la vue de tous, on met dans ce tube le plumet qui était resté sur la table.
Comme le tube est ouvert par le bas, et que vous êtes devant votre table, le plumet tombe dessous sans que personne puisse s'en apercevoir. On remet adroitement le fond qu'on reprend sur la gibecière, on ferme l'étui, et on le donne à tenir à quelqu'un, après l'avoir rouvert pour montrer que le plumet y est toujours; mais on ne fait voir que le bout de plumet, parce qu'on a eu soin de ne retirer que le couvercle.
Ces dispositions prises , on va chercher la tabatière qui était restée sur la table, et on prie un des spectateurs de la mettre dans sa poche. On reprend le châle de la main de la personne qui s'en était chargée, et toujours par la pièce attachée au plumet. Alors on feint de prendre cette pièce au travers du châle, et de l'envoyer dans la tabatière ; puis on commande au plumet, qui est dans le tube , de venir dans le châle à la place de la pièce.
On découvre le plumet, en ayant soin de tenir la
pièce cachée dans le creux de la main. On fait ouvrir la tabatière, dans laquelle on trouve la pièce marquée que Ton fait reconnaître, et ouvrant le tube, en enlevant la fausse ouverture avec le couvercle, on fait voir qu'il n'y a plus rien,
On peut simplifier le tour en supprimant la pièce qui tient au plumet , et l'emploi de la tabatière, qui n'est qu'accessoire au tour. On se sert alors d'un bout de crayon, que l'on feint de placer sous le châle, mais que Ton retient dans la main en donnant à tenir la baleine du plumet à sa place. On feint de retirer le bout de crayon au travers du châle, comme on fait avec la pièce. On commande au plumet renfermé dans l'étui de venir dans le châle, on lève ce châle, et on fait voir le plumet. On montre l'intérieur du tube pour prouver qu'il est vide.
On peut encore faire ce tour plus simplement et sans se servir de tube. Alors , on a plusieurs plumets placés dans ses manches, et on les fait paraître dans le châle l'un après l'autre.
Ayant emprunté un châle, on dit, en l'étendant sur son bras : « Il n'y a rien dans ce châle, comme vous voyez? » On tire un plumet, en prenant le châle par le milieu; on continue en disant : « Mais si; je crois sentir quelque chose. » On découvre un plumet. — « En voici encore un ! — Encore un autre ! ! L. »
On comprend que chaque fois que l'on veut tirer un plumet, il faut jeter le châle sur son bras, sous prétexte de faire voir qu'il n'y a rien dedans. On peut mettre ' • • ' 6
deux plumets dans chaque manche , pourvu qu'elles soient un peu larges. 11 faut alors manoeuvrer le châle par des mouvements bien naturels et bien légers.
Nota. — Je crois que Ton pourrait faire trouver dans le châle d'autres objets que des plumets, tels que des fleurs, des drapeaux, etc., toutes choses que l'on peut placer facilement dans les manches.
Ceci me fait penser à un joli petit tour qui n'est connu que de très-peu de professeurs. Ce tour fut imaginé en ma présence par un habile prestidigitateur, qui l'a exécuté dans une séance donnée devant une nombreuse assemblée, et qui en a été très-bien accueilli. Je vais le décrire.
SECTION XVI
Multiplication des drapeaux.
On fera une certaine quantité de petits drapeaux de diverses couleurs. La manière de les confectionner est bien simple : on choisit des morceaux d'une étoffe trèsmince, et on les coupe longs et étroits. On leur donne 10 ou 12 centimètres de longueur, sur 5 ou 4 de largeur ; on les attache ou on les colle par un bout à des brins de bois très-menus, tels que des petites branches de bouleau ou d'osier. On en assemble une dou-
zainc, et on les roule fortement ensemble; on n'en laisse qu'un d'étendu. En tenant ce paquet, le dos de la main se trouve naturellement en face des spectateurs, et on ne peut voir les hampes des drapeaux. Et comme il n'y a qu'un drapeau d'étendu, qui cache luimême aux yeux des personnes présentes le petit rouleau qui se trouve de votre côté, il semble réellement que vous n'en tenez qu'un seul.
On prépare trois bu quatre petits paquets semblables, on en met un ou plusieurs dans sa manche, on en met aussi sous l'habit.
Ces dispositions faites, on fait naître une occasion pour exécuter le tour, ce qui est facile. Par exemple, vous vous adressez à un enfant qui vous aura rendu quelques petits services, comme de tenir une boîte, de prendre des cartes, etc. Alors, vous lui dites : « Mon ami, pour vous récompenser de votre obligeance, je vais vous donner quelque chose, afin que vous vous souveniez de moi. »
Vous allez chercher un paquet et vous dites à l'enfant : « Voulez-vous accepter ce drapeau? il vous fera grandir, si vous le tenez toujours sur vous. » L'enfant accepte volontiers; mais vous regardez d'autres jeunes gens, et, comme si vous remarquiez qu'ils convoitent aussi un drapeau, vous dites : « Messieurs, je vois que vous désirez que je vous fasse le même cadeau? hé bien ! je vais vous satisfaire. » Alors, vous roulez vivement les hampes entre vos mains, et on voit les drapeaux se développer, se multiplier et présenter
un volume considérable; vous les distribuez; mais, quand vous êtes arrivé au dernier, vous profitez d'un demi-tour de corps pour tirer habilement un paquet de la manche, et vous le joignez vite au drapeau qui vous reste, et, sans interruption, vous roulez de même entre vos mains ce nouveau paquet, et vous faites encore une distribution. Vous procédez toujours ainsi jusqu'à ce qu'il ne vous reste plus de paquets.
Le description de ce petit tour ne peut pas donner une idée de son effet, surtout quand on connaît le moyen de le faire avant de l'avoir vu. Mais que l'on réfléchisse que, s'il est fait avec adresse, les spectateurs ne voient qu'un seul drapeau et sont bien persuadés qu'il n'y en a qu'un; que l'on se figure leur étonnement quand ils voient apparaître une multitude de drapeaux qui semblent émanés d'un seul que l'on n'a pas quitté des yeux. Ce tour est aussi brillant au théâtre qu'au salon.
SECTION XVII
Transposition sing u Hère.
Ce tour est très-agréable et bien facile à exécuter. On pourrait, en le voyant, le prendre pour de l'escamotage; il n'en est rien : son effet n'est dû qu'à la construction des pièces dont on se sert, comme on va
le voir; et on sait que l'escamotage ne s'opère qu'au moyen de l'adresse et de la légèreté des mains, sans le secours d'aucun objet mécanisé. Ainsi, par exemple, quand, dans un lieu où se trouvent réunies un grand nombre de personnes, il y en a une qui, voulant moucher son nez pour mieux savourer une prise de tabac, ne trouve plus dans sespoches ni mouchoir, ni tabatière, on peut être certain que, dans cette multitude, il y a un facétieux escamoteur qui, par désœuvrement, vient de faire un tour de son métier, en opérant la transposition desdits objets de la poche d'un autre dans la sienne.
Pour notre tour, il faut d'abord un vase en bois de la forme dite Médicis. Depuis le milieu du pied de ce vase jusqu'au fond de son ouverture, passe un fil de fer aux deux extrémités duquel est fixé un bouton plat qui le maintient dans sa position ; et, dans le pied, est placé un petit ressort à boudin à travers duquel passe le fil de fer. Par le moyen de ce ressort, quand on pousse avec le doigt le bouton du bas, celui du haut, qui est dans l'intérieur du vase, se lève et laisse ouvert le trou circulaire où se place le bouton.
La partie inférieure du vase, qui a la forme d'une demi-sphère , est creuse et évidée le plus possible.
Cette partie, qui est destinée à recevoir la graine que l'on met dans le vase, tient à vis à la partie supérieure. On appelle cette pièce vase au millet.
Voici son effet : on met du millet dans le vase; si l'on pousse le bouton du bas, alors, celui du haut, se
levant, permet à la graine de couler dans la partie inférieure. On laisse redescendre les boutons en lâchant le doigt, et le vase paraît vide.
Maintenant, il nous faut encore une pièce. C'est un gobelet d'escamoteur, dans l'intérieur duquel est placée, environ au milieu, une soupape à ressort, qui est maintenue en dedans par un crochet qui correspond en dehors par un petit bout de fil de fer qui sort par un trou percé sur le côté, à peu de distance de la tête du gobelet, de sorte que, si l'on pousse cette pointe avec le pouce, en prenant le gobelet, le crochet laisse échapper la soupape qui s'ouvre brusquement.
Au bout de cette soupape est ajoutée une espèce de cuillère qui fait le crochet; elle est aussi en fer-blanc, et sert à ramasser les objets qu'on met sur la table et que l'on couvre du gobelet. Cette pièce se nomme gobelet à ramasser.
MANIÈRE DE FAIRE LE TOUR
On emplit d'avance de millet la partie du gobelet qui est entre la tête et la soupape. On ferme cette soupape et le millet est maintenu.
Vous vous présentez avec le vase dans la main gauche et un œuf caché dans la main droite. Vous montrez l'intérieur, pour faire voir qu'il n'y a rien, et, sous prétexte de faire remarquer que ce vase n'est pas percé, vous le transportez vivement de la main gauche à ia
droite, en y introduisant l'œuf que les doigts maintiennent dans l'intérieur, en même temps que le pouce soutient le vase en dehors; et vous montrez le dessous du pied.
Vous reprenez le vase de la main gauche, et, en présence de l'assemblée , vous l'emplissez de millet , et, comme ce millet cache l'œuf entièrement , vous pouvez exposer le vase à la vue des spectateurs.
Vous prenez un œuf, que vous faites visiter, vous le mettez sur la table et vous le couvrez d'un gobelet.
Vous annoncez que vous allez faire venir le millet sous le gobelet, et que l'œuf, qui est sous ce gobelet, va prendre la place du millet qui est dans le vase. Vous montrez encore une fois le vase rempli de millet; vous le couvrez de son couvercle, et aussitôt vous poussez le bouton de dessous, et le millet tombe dans la partie inférieure du vase et laisse l'œuf isolé. Vous levez le gobelet, pour faire voir que l'œuf y est toujours, et, en le reposant, vous poussez avec le pouce la petite pointe qui fait ouvrir la soupape. Le millet tombe en même temps que la cuillère de la soupape ramasse l'œuf et le retient dans l'intérieur du gobelet.
Vous faites l'attouchement de rigueur avec la baguette, sur le vase et sur le gobelet, vous levez l'un et vous découvrez l'autre, et les spectateurs voient l'œuf dans le vase et plus de millet, et le millet sous le gobelet* en place de l'œuf qui y était.
SECTION XVIIL
Tour du gros dé.
En 1851, un dé à jouer, d'un volume gigantesque, ayant un mètre cube, fut trouvé dans un désert d'À-> frique par une caravane arabe. Ce dé fut apporté au Caire, et comme il avait quelque chose de particulier, d'extraordinaire, les savants du pays s'assemblèrent pour l'examiner.
En effet, on trouva beaucoup d'hiéroglyphes tracés en bas-relief sur les six surfaces de ce grand dé, et nos savants les expliquèrent, non sans difficulté ni sans débats. Les uns croyaient voir qu'il nous venait de l'étoile Syrius; d'autres, n'allant pas si loin, prétendaient qu'il sortait de la planète de Saturne, d'où il nous était arrivé, peut-être en compagnie de plusieurs aérolithes.
Après bien des contestations, cette dernière assertion prévalut; mais on rejeta le sentiment de ceux qui présumaient que c'était un des ornements qui s'était détaché du chaton de l'anneau de la planète.
Enfin, on tomba d'accord aussi sur cette opinion, que ce dé servait aux Saturnins pour faire la partie, comme nous nous servons des nôtres, et on convint qu'il était probable que son volume était approprié à la taille des habitants du globe en question.
Ce jugement me paraît fort judicieux; car, si Saturne est onze cents fois plus gros que la Terre, si nous en croyons nos astronomes, tout doit y être dans les mêmes proportions, parce que la nature est toujours conséquente dans ses œuvres.
Donc, les hommes de ce monde-là doivent être onze cents fois plus grands que nous, et, certes, ils feraient de beaux tambours-majors dans nos armées.
Comme nous sommes dans un siècle où on ne trouve plus rien d'impossible, je dis que, si l'on s'avise d'inventer le moyen d'aller visiter ces gens-là, il serait imprudent de faire ce voyage; car les chats de chez eux pourraient bien nous manger comme des souris, et les oies de leur basse-cour nous prendraient sans doute pour des hannetons. D'ailleurs, que d'autres accidents n'aurions-nous pas à redouter? Si, par exemple, nous passions auprès d'un de ces Messieurs dans le moment où sa poitrine l'obligerait de procéder à une expectoration!... nous serions inondés comme d'une vague Mais je crois que je divague.
Pardon, lecteur, je vais vite rentrer dans la voie, ce que j'aurais dû faire plus tôt, en vous disant, sans préambule ni digression , que le dé dont je viens de parler a donné aux prestidigitateurs qui l'ont vu l'idée du tour que nous allons décrire, et que, s'ils n'ont pas conservé tout-à-fait la dimension du prototype dans le leur, .c'est à cause de l'embarras de le poser sur les genoux d'une dame sans la gêner.
Ce 'tour ne date pas de longtemps, mais il s'est pro-
page assez vite. Il a été, en moins d'une année, la possession de tous les prestidigitateurs, qui le conservent toujours dans leur répertoire, parce qu'on le voit toujours avec un nouveau plaisir, quand même on l'aurait déjà vu plusieurs fois.
Il y a différentes manières de l'exécuter; j'en décrirai trois. Dans ces trois, il y en a une que Ton voit rarement et qui maintient ce tour dans le nombre des plus curieux ; et une autre, plus rare encore, puisque je ne connais qu'un seul prestidigitateur qui s'en serve. Cette dernière est enrichie d'une circonstance qui rend ce tour vraiment frappant.
Je vais commencer par expliquer comment on le fait le plus ordinairement.
Ce dé est un cube de bois auquel on donne environ 9 à 10 centimètres de surface. C'est loin du dé de Saturne, mais cela n'est déjà pas mal pour nous, chétifs. On le fait peindre en façon de dé à jouer : on a adopté l'usage dépeindre les points en blanc sur un fond noir.
Ce dé entre à l'aise dans une espèce de boîte en ferblanc que Ton fait peindre comme le dé, et qui semble être un dé elle-même, étant posée sur son ouverture, car il y a une surface d'ouverte sur les six.
Ce faux dé entre à son tour, aussi à Taise, d,ans une autre boîte que l'on aura fait peindre à volonté. On lui donne, si on veut,parla couleur, l'apparence de l'acajou ou du palissandre.
La couleur dont on se sert pour peindre les pièces en fer-blanc est toujours au vernis.
On peindra en noir l'intérieur de ces deux boîtes.
On met ces trois pièces Tune dans Vautre , et elles doivent toutes s'affleurer. Etant placées sur la table, l'ouverture en bas, si l'on ne veut enlever que la boîte de dessus seulement, on la prend avec légèreté. Si on veut enlever le faux dé avec, on serre un peu avec les doigts. La flexibilité naturelle du fer-blanc produit, sur ce faux dé, une pression qui permet de l'enlever avec la boîte.
Notez bien que le faux dé doit toujours passer pour le vrai. Notez encore que, quand il est dans la boîte, on peut montrer hardiment l'intérieur, parce que ce faux dé ne peut pas être aperçu, d'autant moins encore que l'intérieur est noir.
MANIÈRE DE FAIRE LE TOUR
On se présente , ayant ces trois pièces l'une dans l'autre, à la main. On sort le vrai dé pour le faire visiter, et après on le remet dans la boîte. On emprunte un chapeau. Ici, il faut trouver le moyen de mettre le vrai dé dans le chapeau, sans faire naître aucun soupçon. Un seul mot vous en donne l'occasion.
Vous demandez si on veut que vous fassiez passer ce dé dans le chapeau, visiblement ou invisiblement.
Si l'on répond visiblement, alors vous mettez le tout dans le chapeau, et vous retirez la boîte. Vous montrez l'intérieur du chapeau; on voit le faux dé,
que Ton prend pour le vrai, qui est dessous, et vous dites :« Ma foi ! cela n'est pas difficile, le voilà, et je l'ai mis visiblement, puisque vous l'avez demandé. Si vous aviez voulu que je le fisse passer invisiblement , voici ce que j'aurais fait. »
Vous allez à votre table et vous y posez le chapeau. Vous en retirez le faux dé seulement, et vous le mettez sur la table, en prenant garde de laisser apercevoir l'ouverture. Faites attention que les spectateurs prennent ce faux dé pour le vrai, et qu'ils sont loin de penser que dernier est resté dans le chapeau.
Yous prenez un plat ou uneassiette que vous mettez sur le chapeau. Yous demandez un second chapeau que vous posez sur l'assiette, le fond en haut. Sur ce chapeau de dessus, vous placez le faux dé que vous couvrez de sa boîte, et vous dites : « Messieurs, je vais maintenant faire passer invisiblement ce dé dans le chapeau de dessous. » Et, en parlant, vous faites voir encore le faux dé, en levant la boîte à moitié. Dubout de la baguette, vous touchez cette boîte, et vous la levez en serrant, pour enlever avec le faux dé. Yous montrez l'intérieur, et, retirant le chapeau et l'assiette, vous faites voir, dans le chapeau du bas, le déque vous faites tomber bruyamment sur la table.
Nota. — Si, en commençant, on vous demandait de le faire passer invisiblement, ce serait la même chose; seulement, vous diriez, en mettant de même le tout dans le chapeau et en reprenant la boîte : « Yous avez raison, car, pour le faire passer visiblement, il n'y au-
rait que cela à faire , et le tour ne serait pas bien surprenant. » — Vous continuez alors comme il vient d'être expliqué.
Seconde manière de faire le tour du gros dé\
Pour celle-ci , nous avons besoin d'une nouvelle pièce, dont voici la construction :
On aura une boîte toute simplement faite en bois très-mince. Cette boîte est carrée et destinée à contenir un faux dé, pareil à celui dont il est parlé cidessus.
On aura encore une autre boîte, proprement faite, dont la longueur, prise dans l'intérieur, sera un peu plus que deux fois la largeur totale de la première boîte , et sa largeur, prise aussi dans l'intérieur, est de la même largeur que la petite boîte.
On met la petite boîte dans la grande , de laquelle elle vient presqu'affleurer les bords , et doit y couler aisément dans toute sa longueur. Cela étant ainsi disposé, sur l'ouverture de la grande boîte et juste au milieu, on fixera une traverse, qui fera paraître la boîte partagée en deux cases , et de chaque côté de la traverse à chaque case , il y a un couvercle battant , à charnières , de même épaisseur que la traverse. Il est indispensable que le faux dé, qui est dans la petite boîte intérieure, puisse sortir des cases aisément,
Quant à cette petite boîte qui est dans la grande , elle ne peut plus en sortir, parce que , sur l'épaisseur des bords de la grande , il y a une bordure plate et mince en bois noir, qui est saillante de 5 ou 4 millimètres sur l'ouverture.
A chaque couvercle, en dedans, on écrira un numéro : sur l'un, le n° 2; sur l'autre, le n° 1.
On peint aussi en noir tout l'intérieur de la boîte.