‹ Nouvelle méditations poétiques: avec commentairesChapitre 17 sur 74 · LES ETOILES · texte numérisé non relu

LES ETOILES

Mon rayon, en quittant leur paupière attendrie.

Leur laisserait encor la vague rêverie,

Et la paix et Tespoir; et, lassés de gémir.

Au moins avant l'aurore ils pourraient s'endormir !

Et vous, brillantes sœurs, étoiles mes compagnes. Qui du bleu firmament émaillez les campagnes, Et, cadençant vos pas à la lyre des cieux, Nouez et dénouez vos chœurs harmonieux; Introduit sur vos pas dans la céleste chaîne. Je suivrais dans l'azur l'instinct qui vous entraîne ; Vous guideriez mon œil dans ce vaste désert, Labyrinthe de feux où le regard se perd :

Vos rayons m'apprendraient à louer, à connaître Celui que nous cherchons, que vous voyez peut-être ; Et, noyant dans son sein mes tremblantes clartés. Je sentirais en lui.... tout ce que vous sentez.

La nuit est le livre mystérieux des contemplateurs, des amants et des poètes. Eux seuls savent y lire, parce qu'eux seuls* en -ont la clef. Cette clef, c'est l'infini. Le ciel étoile est la révélation visible de cet infini. L'œil n'y cherche pas seulement la vërité, mais il y cherche l'amour, surtout l'amour évanoui ici-bas. Ces lueurs sont des âmes, des regards, des silences pleins de voix connues. Qui n'a pas senti cela n'a jamais aspiré, aimé, regretté dans sa vie.

6i MÉDITATIONS POÉTIQUES

J*ëcrîvis cette mëdîtation sur un étang des bois de Montcuiot, château de ma famille, dans ces hautes montagnes de Bourgogne, à quelque distance de Dijon, pendant ces belles nuits de Vété où T ombre immobile des peupliers frissonne de temps en temps au bord de Teau transparente, comme au passage d'une ombre. Je détachais la barque du rivage, et je me laissais dériver au hasard, ou échouer au milieu des ajoncs. Ce lieu, que j'ai été obligé de vendre, m'est resté sacré. J'y ai tant lu, tant rêvé, tant soupiré, tant aimé, depuis l'âge de onze ans jusqu'à l'âge d'homme! J'ai vendu le château, mais pas les mémoires ; les bois, mais pas l'ombre; les eaux, mais pas les murmures. Tout cela est dans mon cœur, et ne mourra qu'avec moi.

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