‹ Nouvelle méditations poétiques: avec commentairesChapitre 16 sur 74 · A MADAME DE P · texte numérisé non relu

A MADAME DE P

Il est pour la pensée une heure... une heure sainte, Alors que, s'enfuyant de la céleste enceinte, De l'absence du jour pour consoler les cieux. Le crépuscule aux monts prolonge ses adieux.

On voit à l'horizon sa lueur incertaine, Comme les bords flottants d'une robe qui traîne. Balayer lentement le firmament obscur.

Où les astres ternis revivent dans l'azur.

Alors ces globes d'or, ces îles de lumière, Que cherche par instinct la rêveuse paupière, Jaillissent par milliers de l'ombre qui s'enfuit. Gomme une poudre d'or sur les pas de la nuit ; Et le souffle du soir, qui vole sur sa trace. Les sème en tourbillons dans le brillant espace. L'œil ébloui les cherche et les perd à la fois : Les uns semblent planer sur les cimes des bois. Tels qu'un céleste oiseau dont les rapides ailes Font jaillir, en s'ouvrant, des gerbes d'étincelles ; D'autres en flots brillants s'étendent dans les airs.

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Comme un rocher blanchi de l'écume des mers ; Ceux-là, comme un coursier volant dans la carrière, Déroulent à longs plis leur flottante crinière ; Ceux-ci, sur l'horizon se penchant à demi.

Semblent des yeux ouverts sur le monde endormi. Tandis qu'aux bords du ciel de légères étoiles Voguent dans cet azur comme de blanches voiles Qui, revenant au port d'un rivage lointain, Brillent sur l'Océan aux rayons du matin.

De ces astres brillants, son plus sublime ouvrage. Dieu seul connaît le nombre, et la distance, et l'âge : Les uns, déjà vieillis, pâlissent à nos yeux ; D'autres se sont perdus dans la route des cieux; D'autres, comme des fleurs que son souffle caresse. Lèvent un front riant de grâce et de jeunesse. Et, charmant l'orient de leurs fraîches clartés. Étonnent tout à coup l'œil qui les a comptés. Dans l'espace aussitôt ils s'élancent... et l'homme. Ainsi qu'un nouveau-né, les salue et les nomme. Quel mortel enivré de leur chaste regard.

Laissant ses yeux flottants les fixer au hasard, Et cherchant le plus pur parmi ce chœur suprême. Ne l'a pas consacré du nom de ce qu'il aime ? Moi-même... il en est un, solitaire, isolé.

Qui dans mes longues nuits m'a souvent consolé. Et dont l'éclat, voilé des ombres du mystère. Me rappelle un regard qui brillait sur la terre. Peut-être... ah! puisse-t-il au céleste séjour Porter au moins ce nom que lui donna l'amour!

Go MÉDITATIONS POÉTIQUES

Cependant la nuit marche, et sur l'abîme immense Tous ces mondes flottants gravitent en silence, Et nous-même, avec eux emportés dans leur cours. Vers un port inconnu nous avançons toujours.

Souvent pendant la nuit, au souffle du zëphire, On sent la terre aussi flotter comme un navire ; D'une écume brillante on voit les monts couverts Fendre d'ua cours égal le flot grondant des airs ; Sur ces vagues d'azur où le globe se joue, On entend l'aquilon se briser sous la proue.

Et du vent dans les mâts les tristes sifflements, Et de ses flancs battus les sourds gémissements ; Et l'homme, sur l'abîme où sa demeure flotte. Vogue avec volupté sur la foi du pilote !

Soleils, mondes errants qui voguez avec nous, Dites, s'il vous l'a dit, où donc allons-nous tous? Quel est le port céleste où son souffle nous guide ? Quel terme assigna-t-il à notre vol rapide ?

Allons-nous sur des bords de silence et de deuil, Échouant dans la nuit sur quelque vaste écueil. Semer l'immensité des débris du naufrage ?

Ou, conduits par sa main sur un brillant rivage. Et sur l'ancre éternelle à jamais affermis.

Dans un golfe du ciel aborder endormis ?

Vous qui nagez plus près de k céleste voûte, Mondes étincelants, vous le savez sans doute î Cet océan plus pur, ce ciel où vous flottez, Laisse arriver à vous de plus vives clartés ; Plus brillantes que nous, vous savez davantage :

LES ÉTOILES Gi

Car de la vérité la lumière est l'image.

Oui, si j'en crois l'éclat dont vos orbes errants

Argentent des forêts les dômes transparents,

Ou qui, glissant soudain sur des mers irritées,

Calme en les éclairant les vagues agitées ;

Si j'en crois ces rayons qui, plus doux que le jour,

Inspirent la vertu, la prière, l'amour.

Et, quand l'œil attendri s'entr'ouvre à leur lumière,

Attirent une larme au bord de la paupière ;

Si j'en crois ces instincts, ces doux pressentiments

Qui dirigent vers vous les soupirs des amants,

Les yeux de la beauté, les rêves qu'on regrette.

Et le vol enflammé de l'aigle et du poète.

Tentes du ciel, Edens, temples, brillants palais.

Vous êtes un séjour d'innocence et de paix !

Dans le calme des nuits, à travers la distance,

Vous en versez sur nous la lointaine influence.

Tout ce que nous cherchons, l'amour, la vérité.

Ces fruits tombés du ciel dont la terre a goûté,

Dans vos brillants climats que le regard envie,

Nourrissent à jamais les enfants de la vie ;

Et l'homme un jour peut-être, à ses destins rendu.

Retrouvera chez vous tout ce qu'il a perdu.

Hélas! combien de fois seul, veillant sur ces cimes

Où notre âme plus libre a des vœux plus sublimes.

Beaux astres, fleurs du ciel dont le lis est jaloux.

J'ai murmuré tout bas : Que ne suis-je un de vous !

Que ne puis-je, échappant à ce globe de boue,

Dans la sphère éclatante où mon regard se joue.

Jonchant d'un feu de plus le parvis du saint lieu,

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Eclore tout à coup sous les pas de mon Dieu, Ou briller sur le front de la beauté suprême, Comme un pâle fleuron de son saint diadème !

Dans le limpide azur de ces flots de cristal,

Me souvenant encor de mon globe natal,

Je viendrais chaque nuit, tardif et solitaire,

Sur les monts que j'aimais briller près de la terre;

J'aimerais à glisser sous la nuit des rameauK,

A dormir sur les prés, à flotter sur les eaux,

A percer doucement le voile d'un nuage.

Comme un regard d'amour que la pudeur ombrage.

Je visiterais l'homme; et, s'il est ici-bas

Un front pensif, des yeux qui ne se ferment pas.

Une âme en deuil, un cœur qu'un poids sublime oppresse,

Répandant devant Dieu sa pieuse tristesse ;

Un malheureux au jour dérobant ses douleurs,

Et dans le sein des nuits laissant couler ses pleurs ;

Un génie inquiet, une active pensée

Par un instinct trop fort dans l'infini lancée.

Mon rayon, pénétré d'une sainte amitié.

Pour des maux trop connus prodiguant sa pitié,

Comme un secret d'amour versé dans un cœur tendre

Sur ces fronts inclinés se plairait à descendre.

Ma lueur fraternelle en découlant sur eux

Dormirait sur leur sein, sourirait à leurs yeux ;

Je leur révélerais dans la langue divine

Un mot du grand secret que le malheur devine;

Je sécherais leurs pleurs, et, quand l'œil du matin

Ferait pâlir mon disque à l'horizon lointain,

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