‹ Nouvelle méditations poétiques: avec commentairesChapitre 48 sur 74 · A LAURENCE · texte numérisé non relu

A LAURENCE

Es-tu d'Europe ? es-tu d'Asie ?

Es-tu songe? es- tu poésie?

Es-tu nature, ou fantaisie, Ou fantôme, ou réalité ?

Dans tes yeux l'Inde se décèle, Sur tes cheveux le Nord ruisselle; Tout climat a son étincelle Dans le disque de ta beauté !

Sœur des Psychés, ou fille d'Eve I Quand ma jeunesse avait sa sève, C'était sous ces traits que le rêve M'incarnait en un mille amours ; Je leur disais : « Je vous adore !

Ne disparaissez pas encore!... »

Mais ils fuyaient avec l'aurore, Et tu renais avec les jours !

Oh ! pourquoi, divine inconnue, Pourquoi si tard es-tu venue Du ciel, de l'air ou de la nue.

Passer et luire devant moi ?

Du regard je t'aurais suivie !

O Dieu! qui me rendra ma vie?

Ma part de temps me fut ravie, Puisque je vécus avant toi.

Jour à jour, d'ivresse en ivresse.

Tu m'aurais conduit comme en laisse, Sans autre chaîne qu'une tresse, Depuis l'aube jusqu'au trépas; Sur tout l'univers dispersée, Et dans mille coupes versée, Ma vie, immobile pensée, [S'eût été qu'un pas sur tes pas!

Retour perdu vers l'impossible!

Le Tem])s sous sou aile inflexible A passé ma vie à son crible.

Ainsi qu'un rude moissonneur; Un peu de terre amoncelée Dira bientôt dans la vallée :

« De ses jours la gerbe est foulée.

Et voilà la part du glaneur ! »

Ces heures, en cercle enchaînées.

Qui dansaient au seuil des années.

Sortent du chœur découronnées,

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