A LAURENCE
Es-tu d'Europe ? es-tu d'Asie ?
Es-tu songe? es- tu poésie?
Es-tu nature, ou fantaisie, Ou fantôme, ou réalité ?
Dans tes yeux l'Inde se décèle, Sur tes cheveux le Nord ruisselle; Tout climat a son étincelle Dans le disque de ta beauté !
Sœur des Psychés, ou fille d'Eve I Quand ma jeunesse avait sa sève, C'était sous ces traits que le rêve M'incarnait en un mille amours ; Je leur disais : « Je vous adore !
Ne disparaissez pas encore!... »
Mais ils fuyaient avec l'aurore, Et tu renais avec les jours !
Oh ! pourquoi, divine inconnue, Pourquoi si tard es-tu venue Du ciel, de l'air ou de la nue.
Passer et luire devant moi ?
Du regard je t'aurais suivie !
O Dieu! qui me rendra ma vie?
Ma part de temps me fut ravie, Puisque je vécus avant toi.
Jour à jour, d'ivresse en ivresse.
Tu m'aurais conduit comme en laisse, Sans autre chaîne qu'une tresse, Depuis l'aube jusqu'au trépas; Sur tout l'univers dispersée, Et dans mille coupes versée, Ma vie, immobile pensée, [S'eût été qu'un pas sur tes pas!
Retour perdu vers l'impossible!
Le Tem])s sous sou aile inflexible A passé ma vie à son crible.
Ainsi qu'un rude moissonneur; Un peu de terre amoncelée Dira bientôt dans la vallée :
« De ses jours la gerbe est foulée.
Et voilà la part du glaneur ! »
Ces heures, en cercle enchaînées.
Qui dansaient au seuil des années.
Sortent du chœur découronnées,