I. Le Paradis perdUf vendu pour dix guinée
ao4 MÉDITATIONS POÉTIQUES
Trop grand pour un siècle vulgaire, Ta gloire tristement éclaire Son envieuse obscurité !
ce £n vain Timpure Calomnie Lançant ses traits sur l'avenir, Ne pouvant nier ton génie, S'efforce au moins de le ternir :
Comme un vaisseau voguant sur Tonde Traîne après soi la vase immonde Qu'il a soulevée en son cours, Ton nom, plus fort que l'injustice, Traîne ton Zoîle au supplice D'une honte qui vit toujours !
ce Meute hideuse qu'un grand homme Traîne sans cesse sur ses pas.
Toujours acharnés s'il vous nomme.
Honteux s'il ne vous nomme pas ; Je pourrais... Mais que ce silence Soit contre eux ma seule vengeance !
Les dieux nous vengent à ce prix.
Que l'oubli soit leur anathème ; Que leurs noms n héritent pas même L'immortalité du mépris !
ce Vils profanateurs que vous êtes, Aux yeux des siècles indignés Croyez-vous couronner vos têtes Des rayons que vous éteignez ?
SUR L'INGRATITUDE DES PEUPLES 2o5
Non ! la gloire par vous ternie Ne couvre que d'ignominie Un front que l' ombre aurait caché ; Et de ce front livide et blême Le laurier tombe de lui-même, Flétri dès qu'il vous a touché ! »
Il se tut : sa lyre plaintive Suspendit ses rythmes touchants, Croyant que l'écho de la rive Avait seul entendu ses chants.
Mais, par ses rivaux irritée.
Sur ses pas la foule ameutée Suivait sa trace et l'entendit :
Leurs cœurs de venin se gonflèrent, Au lieu d'applaudir ils sifflèrent ; Car ainsi l'envie applaudit.
Du sein de la foule ofi'ensée De ces ennemis inhumains.
Soudain une pierre lancée Va frapper sa lyre en ses mains.
L'aveugle en vain la presse encore, Elle roule en débris sonore Du sein qui veut la retenir ; Mais, en se brisant sous ce crime, Elle jette un accord sublime Qui retentit dans l'avenir !
SALUT A L'ILE D'ISCfflA
Il est doux d'aspirer, en abordant la grève, Le parfum que la brise apporte à F étranger, Et de sentir les fleurs que son haleine enlève Pleuvoir sur votre front du haut de l'oranger.
U est doux de poser sur le sable immobile Un pied lourd et lassé du mouvement des flots ; De voir les blonds enfants et les femmes d'une île Vous tendre les fruits d'or sous leurs treilles éclos.
Il est doux de prêter une oreille ravie A la langue du ciel, que rien ne peut ternir, Qui vous reporte en rêve à l'aube de la vie.
Et dont chaque syllabe est un cher souvenir.
Il est doux, sur la plage où le monarque arrive, D'entendre aux flancs des forts les salves du canon De l'écho de ses pas faire éclater la rive, Et rouler jusqu'au ciel les saints à son nom.