‹ Nouvelle méditations poétiques: avec commentairesChapitre 73 sur 74 · LL. AA. RR. madame la duchesse et mademoiselle d'Orléans · texte numérisé non relu

LL. AA. RR. madame la duchesse et mademoiselle d'Orléans

Chàrle, à genoux, baissant son front sans diadème, Offre ses blancs cheveux aux parfums du saint chrême ; Et le prêtre, élevant la couronne en ses mains'. Parle, au nom du seul maître, au maître des humains.

l'archevêque.

Si nous étions encore aux siècles des miracles^, La colombe, planant sur les saints tabernacles. T'apporterait du ciel le chrême de Clovis, Et les anges eux-niêmes, aux accents d'un prophète.

Poseraient sur ta tête

La couronne de lis I

Mais ces temps ne sont plus I le passé les emporte ; Le ciel parle à la terre une langue plus forte : C'est la seule raison qui l'explique à la foi! Les grands événements, voilà les grands prestiges !

Tu cherches les prodiges :

Le prodige, c'est Toi !

C'est toi ! Roi sans sujets ! fugitif sans asile ! Proscrit du trône ingrat d'où l'Europe t'exile. Tu vas traîner des rois l'indélébile affront. Puis, au moment marqué par le Maître suprême,

Tu reviens : de lui-même

Le bandeau ceint ton front I

Tu reviens sans trésors, sans alliés, sans armes, Toucher du pied royal cette terre de larmes, Cette terre de feu qui dévorait les rois !

Comme un homme trompé par un funeste rêve.

On s'éveille, on se lève, On s'élance à ta voix !

« Le voilà !» — Ce seul mot a reconquis la France ;

Tout un peuple enivré de zèle et d'espérance

Te porte dans ses bras au palais paternel !

Le soldat des Germains ne compte plus le nombre,

Et se désarme à l'ombre

De ton trône éternel I

Les villes à tes pieds portent leurs clefs fidèles ; Les soldats étonnés, ouvrant leurs citadelles. Comme un salut royal déchargent leur canon !

Ces drapeaux que jamais, aux éclairs de la poudre.

Ne fit baisser la foudre,

S'abaissent à ton nom !

La Liberté superbe, à ta voix assouplie.

Sous un joug volontaire avec amour se plie ;

Tu souris au pardon sur la force appuyé !

Trente ans comme un seul jour s'effacent : ta mémoire

Se souvient de la gloire ;

Le crime est oublié !

Il semble qu'un esprit de grâce et d'harmonie Aux cœurs de tes sujets ait soufQé ton génie ! Que du royal martyr le vœu soit accompli, Et que chaque Français, comme une sainte offrande,

Devant tes pas répande L'espérance et l'oubli !

Viens donc ! élu du ciel que sa force accompagne ; Viens ! Par la majesté du divin Charlemagne ! La valeur de Martel ou du soldat d'Ivry !

Par la vertu du roi qu'a couronné l'Église I

Par la noble franchise

Du quatrième Henri !

Par les brillants surnoms de cette race auguste : Le Sage, le Vainqueur, le Bon, le Saint, le Juste; La grâce de Philippe ou de François premier ! Par l'éclat de ce roi dont l'ascendant suprême

Imposa son nom même

Au siècle tout entier !

Par ce martyr des rois qui mourut pour nos crimes ! Par le sang consacré de cent mille victimes ! Par ce pacte éternel qui rajeunit tes droits ! Par le nom de Celui dont tout sceptre relève I

Par l'amour qui t' élève

Sur ce nouveau pavois !

Au nom du seul puissant, du seul saint, du seul sage, Dont l'espace et le temps sont le vaste héritage, Dont le regard s'étend à tout siècle, à tout lieu ! Sois 'sacré! tu deviens, par ce royal mystère*,

Le maître de la terre.

Le serviteur de Dieui

35o CHANT DU SACRE

Règne ! juge ! combats I venge ! punis ! pardonne ! Conduis! règle! soutiens! commande! impose! ordonne! Par la vertu d'en haut sois couronné ! sois Roi ! Ta main dès cet instant peut frapper, peut absoudre ;

Ton regard est la foudre.

Ta parole est la loi!

Il dit : un seul cri part ; l'air mugit, l'airain sonne ! Les drapeaux déroulés flottent; le canon tonne. Et l'ardent Te Deum, ce cantique des rois.

S'élance d'un seul cœur et de cent mille voix !

« Que la terre et les cieux et les mers te bénissent ! Qu'au chœur des chérubins les séraphins s'unissent Pour célébrer ici le Dieu qui nous sauva.

Saint, Saint, Saint est son nom ! Que la foudre le gronde, Que le vent le murmure, et l'abîme réponde :

Jéhovahl Jéhovah!

<c Qu'il gouverne à jamais son antique héritage! Sur les fils de nos fils qu'il règne d'âge en âge ; Nos cris Font invoqué, sa foudre a répondu ! De toute majesté c'est la source et le père ! Le peuple qui l'attend, le siècle qui l'espère N'est jamais confondu !

« Qu'il est rare, ô mon Dieu, que ta main nous accorde Ces temps, ces temps de grâce et de miséricorde,

CHANT DU SACRE 35i

Où l'homme peut jeter ce long cri de bonheur, Sans qu'un soupir, faussant le cantique d'ivresse, Vienne en secret mêler aux concerts d'allégresse L'accent d'une douleur I

« Mais béni soit mon temps ! le monde enfin respire ; De trente ans de combats le bruit lointain expire : La terre enfante l'homme, et n'a plus soif de sang; Sur deux mondes unis qui marchent en silence On n'entend que la voix de la reconnaissance Qui monte et redescend.

« Les rois ont recouvré leur divin héritage ; Les peuples, leur rendant un légitime hommage, Ont placé dans leurs mains le sceptre de la loi ; Elle brille à leurs yeux comme un céleste phare. Et dans le temple en deuil leur piété répare Les débris de la foi.

« L'homme voit sur les mers ses flottes mutuelles A tous les vents du ciel ouvrir leurs libres ailes ; La sueur de son front ne germe que pour lui ; Et partout dans la loi, sourde conune la pierre, Le crime a son vengeur, la force sa barrière, Le faible son appui.

« En génie, en vertu, la terre encor féconde Ouvre un champ sans limite à l'avenir du monde; Chaque jour à son siècle apporte son trésor; Les éléments soumis ont reconnu leur maître.

35a CHANT DU SACRE

Et l'univers vieilli rêve qu'il voit renaître Un dernier âge d'or!... »

Et toi qui, relevant les débris des couronnes. Viens du trAne des rois embrasser les colonnes Rêve des nations, qu'ont vu passer nos yeux, Que le Christ après lui fit descendre des cieux, LiBEETé ! dont la Grèce a salué l'aurore, Que d'un berceau de feu ce siècle vit éclore. Viens, le front incliné sous le sceptre des rois. Poser le sceau du peuple au livre de nos lois ! Trop longtemps l'univers, lassé de tes orages. Aux mains des factions vit flotter tes images ; Trop longtemps l'imposture, usurpant ton beau nom, De ses honteux excès fit rougir la raison :

L'univers cependant, effrayé de lui-même.

T'invoque et te maudit, t'adore et te blasphème. Et, comme un nouveau culte aux humains inspiré, Ne peut fixer encor ton symbole sacré.

Je ne sais quel instinct, plus sûr que l'espérance. Présage aux nations ton règne qui s'avance :

L'opprimé, l'oppresseur, te rêvent à la fois ; Un peuple enseveli ressuscite à ta voix ; Le voile qui des lois couvrait le sanctuaire Se déchire, et le jour de tes yeux les éclaire. Les partis triomphants, si prompts à t' oublier. Se couvrent de ton nom comme d'un bouclier ; Chaque peuple à son tour te possède ou t'espère. Et ton œil cherche en vain un tyran sur la terre !

Viens donc! viens, il est temps, tardive Liberté!

Que ton nom incertain, par le ciel adopté,

Avec la vérité, la force et la justice,

Du palais de nos rois orne le frontispice !

Que ton nom soit scellé dans les vieux fondements

De ce temple où la foi veille sur leurs serments ;

Et que l'huile, en coulant sur leur saint diadème,

Retombe sur ton front et te sacre toi-même !

Règne ! mais souviens- toi que l'illustre exilé

Par qui dans ces climats ton œil fut consolé.

Précurseur comronné que salua la France,

T'annonça dans nos maux comme une autre espérance,

Et, t' arrachant lui seul aux mains des factions,

Fit de tes fers brisés l'ancre des nations ;

Que ton ombre, régnant sur un peuple en délire.

Et victime bientôt des fureurs qu'elle inspire.

Fit au monde étonné regretter les tyrans ;

Que tu fus enchaînée au char des conquérants ;

Que ton pied traîne encor les fers de la victoire

A ces anneaux dorés qu'avait rivés la gloire,

Et que, pour affermir et consacrer tes droits,

Ton temple le plus sûr est le cœur des bons rois !

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