CHARLES JUGEL, LIBRAIRE - ÉDITEUR
Imprimerie de Ph. Mûller & Сотр. à WiesDade.
Avant-propos.
Qui nous délivrera des Grecs et des Latins? s'écriait jadis un célèbre penseur. Notre siècle lui répond: Moi! L'étude des langues mortes a dépassé son temps, et la nécessité de donner la préferance aux langues vivantes devient de plus en plus visible. Laissons donc le latin et le grec aux philologues et adonnons -nous à l'étude des langues des peuples contemporains que les voies ferrées, les bateaux à vapeur, et, que sais -je? bientôt peut-être les aérostats, rapprochent de plus en plus de notre patrie. Les voyages ne sont plus un objet de luxe, ils sont devenus un devoir pour quiconque prétend au titre d'homme bien élevé. Les liens qui relient, de nos jours, entre eux les peuples sont si multiples qu'il nous serait difficile de les énumérer; c'est le commerce, la science, l'échange des idées et notions industrielles, ces nombreux rapports qui, loin de se restreindre, cherchent de jour*en jour un plus vaste terrain pour leur activité. L'étude des langues vivantes est de prime nécessité pour tout le monde ; elle
ri
est tout aussi indispensable au riche désoeuvré qui dépense ses revenus en voyageant pour voir le monde, qu'elle l'est au commerçant, au banquier, à l'industriel au savant, au militaire, en un mot, à toutes les classes sociales.
L'étude des langues est, en général, bien négligée en France, le Français est trop imbu de l'idée que sa langue est la langue du monde. Il y a du vrai dans cette idée, on le comprend presque partout où il va, mais lui, il doit, ne comprenant pas la langue du peuple, se fier à ce qu'on veut bien lui en dire, et cela l'induit non seulement dans de grandes erreurs, mais lui apporte souvent rie très -graves dommages.
L'étude de la langue russe surtout est trop négligée en France malgré les intérêts de tout genre qui lient étroitement les deux pays. La Kussie est un des plus grands débouchés pour le commerce d'export de la France, les principaux chemins de fer du pays des czars sont entre les mains de Français, des Français sont à la tête de grandes entreprises industrielles, des milliers de Français sont occupés comme chimistes, ingénieurs etc. dans les manufactures russes, des milliers de Français et de Françaises encore vont en Russie pour y faire l'éducation de la jeunesse. L'avenir promet de resserrer encore plus ces liens, car la Russie marche à grands pas vers la civilisation, dont l'initiative vient toujours de la France. Il n'y a pas longtemps que nous entendions un des plus grands savants de l'Allemagne, le célèbre géographe Mr. A. Petermann, se plaindre que l'étude de la langue russe soit si négligée; il parlait du pré-
sident de Г Association brittanique, le célèbre Sir J. Rawlison, qui avait préconisé un récent touriste comme le premier explorateur de l'Asie centrale ne connaissat pas les beaux ouvrages russes sur cette contrée. Combien de savants sont tombés dans de pareilles erreurs, combien d'industriels et de commerçants ont été gravement lésés dans leurs intérêts, combien de touristes ont raconté de bonne foi les mensonges qu'on leur avait débité, combien de Français, allant en Russie chercher fortune ont manqué leur carrière, — et tous parce qu'ils n'avaient pas appris préalablement le russe.
Nous espérons que notre ouvrage, en rendant la langue russe accessible à tout le monde, en propagera l'étude. La méthode que nous avons suivie, en l'adaptant pour la première fois au russe, est reconnue comme la meilleure ; sans s'occuper de formes scholastiques qui fatiguent l'élève et lui font perdre le goût de l'étude, elle va droit à son but qui est de donner, dans un temps comparativement très -minime, une connaisance approfondie d'une langue. Car le temps est de l'argent, comme disent les Anglais ; nous ajoutons qu'il est même plus que de l'argent, car l'argent perdu peut être retrouvé, mais le temps perdu jamais. La méthode que nous avons suivie, et dont notre éditeur, Mr. Charles Jugel de Francfort, est un des principaux propagateurs, a été améliorée par ses collaborateurs et amenée par eux à un très -haut degré de perfection, — la faveur avec laquelle les nombreuses grammaires qu'il a publées ont partout été accueillies, tout autant en France qu'en Angleterre, en Russie qu'en Allemagne, ainsi qu'en Orient et en Amérique en portent le meilleur témoignage.
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L'éditeur n'a pas craint de faire de grands frais pour donner à notre grammaire un extérieur digne et élégant. Nous terminons en exprimant l'espoir qu'un accueil favorable sera fait à notre ouvrage; cet accueil sera pour nous la meilleure récompense d'un travail consciencieux dû à de longues et arides études.
Wtirzbourg, Janvier 1865.
Paul Puchs (de Paris).
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De la Prononciation.
Caractères imprimés
Dénomination
Prononciation.
Eusses
Ancienne
Moderne
Son propre
Son accid.
азъ (ase)
буки (buki)
вѣди (viedi)
глаголъ (glagol)
re (gué)
g, gh
добро (dobro)
есть (ieste)
ié, é
живете (givété)
j> ge
ch
земля (zemlia)
зе (zé)
иже (igé)
како (caco)
gh
люди (lioudi)
мыслете (mislété)
m 1 n'ont jamais la
нашъ (nache)
n j prononc. nasale.
онъ (onne)
покой (pocoi)
ne (p)
рцы (rtzy)
слово (slovo)
твердо (tverdo)
P. Fucus, Gra
ramaire russe.
ou
Caractères imprimés
Dénomination
Prononciation.
Eusses
Ancienne
Moderne Son propre
Son accid.
фертъ (ferte)
ph
хѣръ (herre)
xa (h)
kh
h (aspiré)
цы (tzy)
це (tsé)
ts
червь (tcherve)
ч (tché)
tch
cb
ша (cha)
ch
щ (stcha)
chtch
ѣръ (ierre)
ne se prononce pas, mais donne un son dur à la consonne qui précède.
ѣры (ierroui)
i sourd à peu près comme ouï.
ѣрь (ièr)
ne se prononce pas, mais donne un son mou à la consonne qui précède.
ять (iate)
ié, é
io
ю (iou)
iou
я (ia)
ia
ie, è
ѳита (fita)
йжица (igitza)
иже съ краткою (igé scratquôiou)
i semimi
iet.
La langue russe compte donc 36 lettres, dont 12 voyel-
1 e s (гласныя буквы) qui sont :
а, e, i, и, o, y, ы, ѣ, э, ю, я, y; 21 consonnes (согласныя буквы):
2 signes de prononciation (знаки произношенія) ъ, ь, dont l'an est quelquefois employé comme semivoyelle, c'est la lettre ъ; et enfin 1 signe d'aspiratfon (придыханье) : й.
La langue française n'a pas de lettres correspondantes aux lettres russes suivantes: y, ы, ю, я, т, ц, ч, щ, о, ъ, ь, п, ainsi qu'au e quand il se prononce io, la lettre ш correspond au ch.
La langue russe, au contraire, n'a ni le и français ni le son nasal du m ou%; le. h muet manque aussi, tandis que le h aspiré a pour correspondants le x et le r, par exemple Henri est traduit en russe par Генрихъ.
De la Prononciation russe.1)
A. Les voyelles (гласныя бг/квы).
A. a se prononce:
1) comme a dans Адамъ, ананасъ.
2) comme e dans жалеть, шалунъ.
3) comme о dans добраго, сухаго, зпегаі dans la terminaison du génitif des adjectifs.
e se prononce:
1) comme é entre deux consonnes, p. ex.: берегъ, че-
2) comme iê au commencement des mots: елботъ, •
ons^ou
Nous prenons^our base la prononciation moscovite qui est pus pure.
3) comme io au commencement de beaucoup de mots et de syllabes quand l'accent tonique repose sur cette lettre, p. ex. ёрзать, ёжъ.
4) comme о à la fin des mots: лице, ещё, quand l'accent repose sur Г e comme dans ces deux mots.
Remarque. Beaucoup de personnes écrivent un tréma (**) sur le e, quand il se prononce comme о ou io ; nous le ferons aussi afin de faciliter à nos disciples la prononciation de cette lettre, le tréma remplace l'accent tonique.
И, и se prononce comme le i français, mais doit ou bien se trouver seul ou à la fin d'une syllabe, ou bien être suivi d'une consonne : идётъ, иди, и.
I, i se prononce comme г, mais doit toujours être suivi d'une voyelle2): нзбавленіе, идйлліл.
О, о se prononce:
1) comme о quand l'accent tonique repose sur cette voyelle: онъ, выббръ, пересмбтръ.
2) comme a quand l'accent tonique est sur une autre syllabe qui suit: оборбтъ, основать.
У, y se prononce comme le diphthongue ou : улусъ, уксусъ.
Ы, ы se prononce comme un i sourd, du reste il n'a pas son analogue en français: вы, бутылйа, сыръ. Cette lettre est une pierre d'achoppement pour tout étranger qui veut étudier la langue russe.
Ъ, Ѣ se prononce:
1) comme é au milieu d'une syllabe: бѣльё, вѣт^ъ.
2) comme iê au commencement d'une syllabe: ѣздбкъ, ѣхать.
3) comme io, mais très - rarement , il n'a ce^ que dans les mots suivants : звѣзды , звѣздоч| гнезда, Сѣдла, цвѣлъ, обрѣлъ, et dans les dérivés
des substantifs susdits.
2) I n'est suivi d'une consonne que dans^ mot міръ, Puni\^^ pour distinguer ce mot de миръ, la paix. ^Ш
Э, э se prononce comme é et ne se place qu'au commencement d'un mot pour remplacer e ou Ѣ qui auraient dans ce cas le son ié. Ce n'est pas un son russe proprement dit, et ne s'emploie ordinairement que dans les mots passés dans la langue russe d'une langue étrangère: эмйръ, эллектрйзмъ. Les mots russes qui s'écrivent avec э sont: эдакій, эдакъ (этакій, этакъ), эй! экій et экой, экъ! et этотъ (эта, это).
Ю , ю se prononce iou : шлютъ , шлюпка. Faute d'un analogue, on remplace» par ю le и français dans les mots passés du français dans la langue russe: Кювье.
Я, я se prononce:
1) comme ia au commencement d'une syllabe quand • l'accent tonique repose sur elle, et à la fin des
mots: ягнёнокъ, время, заря.
2) comme ié au commencement d'une syllabe qui n'est pas accentuée: яйцо, заяцъ.
3) ê après une consonne au commencement d'un mot: вяжу, Пятигбрскъ.
V, y se prononce * et ne s'emploie que dans quelques mots provenant du grec: мтръ, тпатъ, шостасъ.
В. Les consonnes (согласным буквы).
Б, 6, В, в, Д, д, Ж, ж, 3, з se prononcent comme 6, i?5 d, g (devant e et г), %\ благородный, вйдѣть, добродетель, вижу, земледѣлецъ, mais prennent le son de leurs correspondantes fortes п, ф, т, ш, с (qui se prononcent p, f, t, ch, s) dans les mots terminés par un ъ (signe de prononciation dure) ou devant une consonne forte (voyez plus loin), p. ex. бобъ, ровъ, садъ, ножъ, возъ, обстановка, втираться, водка, кружка, сказка.
Г, г se prononce:
1) comme ди au commencement et au milieu des mots : гибну, глагблъ.
2) comme h à la fin des mots et devant la consonne ш: врагъ, помбгшій.
3) comme h semi- aspiré dans Богъ et Господь.
4) comme h aspiré devant une consonne forte et dans les mots étrangers terminés en ргъ : лёгкій, нбгти, Дюнабургъ.
5) dans аго, яго, ого, его, qui sont les terminaisons du génitif et de l'accusatif des adjectifs et des pronoms, le г se prononce comme un v: дббраго, пбздняго, котбраго, того, моего.
К, к se prononce comme с (devant а, о, и): конь, каша; dans la préposition къ il prend, devant les consonnes faibles б, д, ж, 3, le son de sa correspondante faible г : къ Богу, къ добродетели, къ жизни, къ земл-ь, tandis que devant les consonnes fortes к, t, ч, il s'assimile au x: къ то>$, къ котбрымъ, къ часамъ.
С, с et Т, т se prononcent comme s et t : слово, твёрдо ; devant б, г, д, ж, з ils prennent le son de leurs correspondantes faibles 3, д ; сбродъ, отгонять, сдать. Quand le с est suivi de t h, la lettre т ne se prononce pas, par exemple : постный, частный. Devant m et ч la consonne с prend le son ш : сшить, счастіе. Quand la consonne ж précède un autre ж, le premier ж se prononce comme с жжётъ.
П, n et Ф, ф se prononcent comme le p et le f français, полъ, письмо, франтъ.
Ѳ, ѳ se prononce aussi /*, mais ne s'emploie que dans les mots passés de la langue grecque: Ѳёдоръ, Ѳнрсъ.
X, x se prononce comme le h aspiré: хорУнгвь, ахтй!
Ш, ш se prononce comme ch: піестъ, шброхъ.
Щ, щ se prononce comme chtch: щеглёнокъ, щитъ, щука.
Ч, ч se prononce comme tch\ человѣкъ, часы.
Ц, ц se prononce ts: цапля.
С. Le signe d'aspiration (придыханье) .
И, и se prononce avec un plus grand effort de respiration ; cette lettre est toujours précédée d'une voyelle ^vec laquelle
elle se prononce conjointement; plusieurs grammairiens la nomment semivoyelle à cause de cela. Le français n'a pas d'analogue à cette lettre; celle qui s'en approche le plus est le y dans le mot paye.
D. Les signes de prononciation (знаки произношенія) .
Ъ, ъ est le signe d'une prononciation dure (твёрдый знакъ) et donne un son dur à la consonne qui précède.
Ь, ь est le signe d'une prononciation molle (мягкій знакъ) et donne un son mou à la consonne qui précède.
Remarque 1. Aucun mot russe ne se termine par une consonne; si la dernière syllabe a pour désinence une consonne, celle-ci doit être suivie d'un ъ ou d'un ь.
Remarque 2. Aucun des deux signes de prononciation ne se place après une voyelle, et le signe d'aspiration (и) n'est jamais placé après une consonne.
Remarque 3. Quelquefois on place un des deux signes de prononciation au milieu d'un mot, mais toujours à 4a fin d'une syllabe, pour marquer que la voyelle suivante appartient à une autre syllabe et qu'elle se prononce séparément.
Remarque 4. Quelquefois on trouve le signe de prononciation molle au milieu d'un mot entre deux consonnes, il marque alors la prononciation molle de la consonne précédente.
Classification des lettres.
D'après leur prononciation on distingue les voyelles molles (мягкія), dures (твёрдыя) et moyennes (среднія); et les consonnes fortes (сйльныя), faibles (слабыя) et liquides (шгавныя).
Voyelles (гласныя буквы).
Dures.
Molles.
Moyenne.
Consonnes (согласныя буквы).
Fortes. п, ф, к, х, т, с, ц, ч, ш, щ. Faibles. б, в, г, д, ж, з.
Liquides, л, м, н, р.
Les consonnes liquides se nomment aussi semiconsonnes (иолусо-
гласныя), toutes les autres consonnes se nomment muettes (нѣмыя).
D'après les quatre organes de prononciation les consonnes sont:
1) Gutturales (гортанныя): т, к, x.
2) Palatales (нёбныя) : p, л, н.
3) Dentales (зубныя): д, т, з, с, ц, ж, ш, щ, ч.
4) Labiales (губныя): б, в, п, ф, м.
Alliance et permutation des lettres.
1) Deux voyelles dures ne peuvent jamais s'allier; on place entre elles les consonnes в ou x, ou bien la seconde voyelle se permute en sa correspondante molle: одѣ - в - аться, зна - x - арь, Генуя (et non pas Генуа), благую (et non pas благуу). Exceptions: 1) Peux voyelles dures s'allient dans les mots composés : богоотступникъ, наука, караулъ etc. 2) dans l'interjection ay !
2) Une voyelle dure ne suit pas après une voyelle molle, mais se permute ordinairement en sa correspondante molle. Exceptions: 1) Les terminaisons ая, ie, ыя des adjectifs et des pronoms : добрая, котбрыя, хорошіе. 2) Les terminaisons des participes présents en ающій, оющій : страдающій, нокоющій. 3) La terminaison ая de gérondifs : дѣлая, торгуя.
3) Les gutturales г, к, x ne s'allient pas avec la voyelle dure ы. Les dentales ж, ш, ч, щ ne s'allient, de même, pas avec la voyelle dure ы, de plus elles ne s'allient pas avec les voyelles molles я, ю, qui sont remplacées dans ce cas par les voyelles dures a, y: жизнь, шпрокін. слышу, вижу, чары, et non pas жызнь, шырокій, слышю, вйжю, чяры.
La voyelle moyenne Ѣ, au milieu d'un mot, ne suit jamais après les dentales ж, ч, ш, щ ; elle est toujours, dans ce cas, remplacée par sa correspondante dure e: жертва, черёмуха, шерсть, щедрый et non pas ж-ьртва, чѣрёмуха, шѣрсть, щѣдрып.
Les voyelles molles я, ю, ne suivent jamais après les labiales б, в, п, ф, m, mais sont, dans ce cas, toujours précé- ! dées du л euphonique : люб - л - ю, куп - л - ю, лов - л - я. -Exception. Le gérondif terminé en я : люб - я, лов - я.
Permutation des consonnes.