PRÉFACE
Au personnel enseignant.
er L'enfant, qu: p&:rle français dans
\ Principe de sa famille, sait la langue. Il la cette méthode.
sait mel, mais il la sait ; il n'y a donc pas lieu de la lui enseigner comme une langue étrangère ou ancienne. On a pu tomber dans cette erreur quand l'effort du maître visait surtout à apprendre l'orthographe, parce qu’en effet, l'orthographe est malheureusement quelque chose de presque extérieur à la langue, qui n’a en tout cas avec elle qu'un rapport lointain. Nous avons fait résolument passer cette étude au second plan. Il suffit que les enfants arrivent sur ce point à une correction approximative.
Ce qu'ils doivent surtout connaître, ce n’est pas le vêtement dont les mots sont affublés ; il suff+ qu'ils sachent, sous ce vêtement, les reconnaître et 1. :omprendre. Pénétrer complètement, et saisir avec une parfaite justesse les idées d'autrui, celles de leurs amis, de leurs maîtres, des écrivains qu'ils lisent, et plus tard du journal qu’ils discuteront, exprimer avec exactitude et sous une forme assez française pour qu'aucun Français ne s’y trompe, leurs pensées propres : voilà ce que des petits Canadiens français doivent apprendre de leur langue à l’école primaire.
Pour cela, il est nécessaire à l’enfant de compléter ce qu’il sait, de le corriger aussi ; il lui faut acquérir quelques notions grammaticales indispensables, et comprendre
ce que c'est qu’un sujet ou qu'un complément, sans quoi toute leçon devient impossible. Nous lui donnons ces notions, mais sobrement. Il nous a paru aussi vain de prétendre lui enseigner dans ce premier livre toutes les dix parties du discours et le reste, qu'il serait absurde de lui enseigner au même âge tous les détails de l’histoire. Point n'est besoin de tous les temps et modes des verbes, et des interminables tableaux qu'ils comportent. Nous avons donc choisi ce qui est véritablement ÉLÉMENTAIRE et INDISPENSABLE.
Encore avons-nous voulu que ces simples notions, l'enfant les tirât de lui-même, de sa propre observation sur des phases qui lui sont familières, où, à l’aide d’un petit effort d'analyse, dans lequel nous le guidons, il découvrira ce qu’il doit apprendre, ce qui doit être ou une définition ou une règle à généraliser et à retenir.
On pourra croire, à certains endroits, que nous avons, commencé par la fin. Ainsi, pour donner la notion du nombre, nous prenons le mot animaux, une exception.
Mais nous ne nous arrétons pas à cette exc. ption, nous ne parlons même pas de la façon spéciale dont ce mot fait sor pluriel. Ce qui nous importe, c’est que ce pluriel soit assez distinct du singulier pour qu’en parlant l'enfant remarque une différence. Deux bêtes, une bête, cela sonne de même. L'énfant n'y verrait rien, il faudrait lui donner dogmatiquement l'idée du pluriel ; il dit deux bêt-à-l’étable. Avec un animal, deux animaux, son attention s’éveille aussitôt, l’observation va lui faire découvrir qu'un nom change s’il représente un ou s’il représente plusieurs objets ou plusieurs êtres. Il ne s'agira plus que de l’acheminer à la connaissance du singulier et du pluriel,
Nous sommes donc là fidèles à un principe rationnel : nous voulons que l'enfant trouve d’après ce qu’il sait. Or il ne sait que la langue parlée, c’est sur elle que nous nous fondons, sauf à lui faire remarquer, quand il y a lieu, en quoi elle diffère de la langue écrite, que nous lui enseignons ensuite. |
Les Leçons grammaticales forment nécessairement le fond de ce cours.
Et cependant ce n’est point un cours de grammaire, c’est un Cours de Langue française. Pour qu’il méritât ce nom, nous y avons introduit une étude systématique du Vocabulaire, en nous en tenant aux mots les plus simples, mais choisis de façon à former un ensemble. Là aussi, nous nous sommes appuyés sur ce que l’enfant sait. Nous voulons lui apprendre à dire des mots qu'il comprend et dont le sens se précise par l'emploi qu'il en fait. Nous partons de termes désignant des choses qu’il peut toucher, qui l'entourent, pour nous aventurer peu à peu vers celles qui ne sont pas présentes, mais qui lui sont encore familières, sans jamais en venir aux abstractions, aux mots qui ne seraient que des mots.
Cette étude de la forme des mots sera facilitée par le caractère manuscrit que nous avons adopté pour la dictée et le vocabulaire, l'expérience prouvant que le jeune enfant le copie beaucoup plus correctement que le texte imprimé.
En exécutant les Exercices qui se rapportent au vocabulaire ou qui servent d’application à la leçon de grammaire, ou enfin qui suivent les textes de lecture ou de récitation, il apprendra à former de petites phrases, à s'exprimer par des propositions très simples. Ces exercices sont souvent écrits. Ils contribueront, en même temps que la Dictée, à lui apprendre ce qu'il doit savoir de l’orthographe des principaux mots usuels.
Les Gravures sont un ornement, elles ne sont pas que que cela. Elles sont des « illustrations » ; elles éclairent ou la leçon de grammaire, qui souvent se fonde sur elles, au point d’en être inséparable, ou la lecture, ou le vocabulaire. Elles devront servir de base à de nombreux exercices, à ceux qui sont indiqués, et à d’autres, où l'élève s’habituera à nommer exactement les êtres et les choses, à parler des uns et des autres, et commencera à se former à l’art difficile de dire simplement, mais justement, ce qu’il a à dire.
Applications de cette méthode.