ANCHISE
Aphrodite ne se borna pas à se faire aimer par des dieux. Ce serait Zeus lui-même qui, par esprit de vengeance, aurait fait entrer dans son âme « le doux désir de s’unir
à un homme mortel ; il ne voulut pas qu’elle fût exclue de la couche des humains, et que, se glorifiant, elle pût en riant raconter dans l’Olympe comment elle unissait les dieux à des femmes mortelles, ni comment elle unissait des déesses à des hommes mortels.
11 lui fit donc entrer dans l’âme le doux désir d’Anchise qui alors, sur les cimes de l’Ida, faisait paître des bœufs, et par sa beauté ressemblait aux immortels. » Le poète de l’hymne homérique nous raconte ensuite comment à la vue d’Anchise « le désir s’empara violemment » d’Aphrodite.
11 nous fait assister aux préparatifs de la
déesse « qui entra dans son temple parfumé de Delos, où elle a un bois sacré et odorant. Dès qu’elle y fut fut entrée, elle en ferma les portes brillantes. Alors, les Charités la plongèrent dans le bain et l’oignirent d’une huile incorruptible comme celle dont se servent les dieux éternels, divine, précieuse, qui lui avait été offerte en sacrifice. Elle entoura ensuite son corps de beaux vêtements, elle se para de ses joyaux d’or. » Nous la voyons arriver sur l’Ida « fécond en sources, asile des bêtes fauves. Elle se dirige à travers les monts droit à l’étable ; autour d’elle des loups chenus, d’horribles lions, des ours, d’agiles panthères avides de chevreuils, bondissent en remuant la queue. Elle les voit, et son âme est charmée ; elle remplit leurs cœurs de désir, et tous en même temps, s’accouplent dans les vallons couverts d’ombre. » Ce désir auquel aucun être vivant n’échappe sur son passage, Aphrodite va l’inspirer à Anchise, qui émerveillé à sa vue, lui demande si elle n’est pas une des déesses de l’Olympe. La séductrice lui répond qu’elle est fille d’Otrée, roi de Phrygie ; c’est pour obéir à l’ordre d’Hermès qu elle est accourue auprès d’Anchise pour lui offrir
Aphrodite au bain. Lecythe.
(Lenormant et de Witte, Elite céramographique.)
d’être son épouse légitime. Mais celui qui « par sa beauté ressemblait aux immortels », ne veut pas attendre plus longtemps pour satisfaire la passion qui s’est emparée de lui. « Nul des dieux, ni des mortels humains ne m’empêchera, s’écrie-t-il, de m’unir avec toi d’amour, dès maintenant, sans retard. 11 dit et lui prend la main ; la souriante Aphrodite se détourne, baisse les yeux et se laisse entraîner vers la couche bien dressée, où toujours s’étendait le roi. Elle était formée de moelleux tapis et recouverte de peaux d’ours et de lions rugissants que lui-même avait tués dans les hautes montagnes. Lorsqu’ils furent montés sur l’élégante couche, d’abord Anchise enleva du corps
Aphrodite et Adonis, accompagnes d'Eros et de Peitho. Aryballe de la collection Blacas. (Lenormant et de Witte, Elite céramographique.)
de la déesse sa brillante parure, les agrafes et les bracelets recourbés, et les épingles et les colliers; il dénoua ensuite la ceinture, et ôta les vêtements précieux qu’il déposa sur un trône orné de clous d’argent. Enfin, un mortel, par la volonté des dieux et de la destinée, dormit avec une immortelle, ignorant qui elle était. »
Quand Anchise se réveille, il voit devant lui la déesse parée de tous ses atours. Effrayé, il implore sa pitié « parceque l’homme qui s’est uni aux déesses immortelles ne conserve pas la vigueur de sa jeunesse » . Aphrodite le rassure. Sans doute il n’échappera pas à la vieillesse « mveleuse, impitoyable, qui se tient toujours auprès des hommes, destructrice, accablante, et que les dieux eux-mêmes ont en horreur. » En compensation il aura de la déesse un fils (< semblable à un dieu », qui sera nourri par les nymphes des montagnes, « aux puissantes mamelles » . La faveur dont il a été l’objet sera pour Aphrodite la cause d’amers regrets : « A cause de toi, lui dit-elle, je serai sans