‹ Nouvelle mythologie illustréeChapitre 105 sur 206 · APHRODITE DANS LA LEGENDE · texte numérisé non relu

APHRODITE DANS LA LEGENDE

I 1 mythe d’Aphrodite est un exemple frappant de la transformation par le génie grec d’une

| conception d’origine étrangère. Il ne semble pas douteux en effet que ce mythe soit de

provenance orientale dans ses traits les plus saillants, ni que l’Aphrodite grecque ne soit proche parente de l’Astarté phénicienne. On saisit là toute la différence entre deux civilisations, différence que M. Victor Bérard a si heureusement caractérisée dans les lignes suivantes :

« Sans ordre et sans choix, à sa mode ordinaire et constante, l’Oriental avait durant des siècles, durant des millénaires, entassé des notions, des expériences, des contradictions, des songes, des traditions, des vérités et des folies qu’il vint un jour apporter à la Grèce. L’Hellène entré dans ce trésor, y met ses distinctions logiques, ses classifications rationnelles, ses raisonnements humains, et de ce chaos monstrueux, il tira notre monde intellectuel. Le Sémite fournit la matière, le Grec inventa l’idée. »

Grâce à cette méthode, la divinité phénicienne perdit si bien son caractère exotique, qu’elle apparut comme un produit spontané de l’imagination hellénique. Les Grecs ne faisaient d’ailleurs pas naître Aphrodite sur leur continent, mais à Chypre voisine de la Phénicie, ou à Cythère où les plus hardis des navigateurs de l’antiquité venaient chercher le coquillage d’où l’on tirait la pourpre. Sur plusieurs points le nouveau culte avait même été accueilli avec hostilité, comme à Rhodes, à Lemnos, à Samos et en Thessalie. Mais, dans l’ensemble de la Grèce, Aphrodite ne tarda pas à devenir la plus populaire des divinités.

Aphrodite, Hera et Athéna au bain. Amphore apulienne. (Lenormant et de Witte, Elite céramographique).

NAISSANCE D'après le second hymne homérique consacré à Aphrodite, celle-ci serait

née sur les rivages de l’île de Chypre « où le souffle humide de Zéphyre l’a poussée sur la molle écume, à travers les vagues de la mer aux bruits tumultueux. Les Heures, aux bandelettes d’or, l’accueillirent avec joie et l’enveloppèrent de vêtements immortels ; sur sa tête, elles posèrent une couronne d’or resplendissante, d’un travail merveilleux ; elles passèrent dans ses oreilles percées des fleurs d’orichalque et d’or précieux ; elles ornèrent son cou délicat et sa poitrine blanche de colliers d’or, dont elles-mêmes étaient parées, lorsqu’elles se mêlèrent, dans le palais de leur père, aux grâcieux chœurs des divinités. Mais bientôt elles ont achevé sa parure ; alors elles la conduisent parmi les immortels ; à son aspect tous la saluent et lui tendent la main ; chacun désire

APHRODITE

la prendre pour épouse et l’emmener dans sa demeure ; tous sont frappés de la beauté de Cythérée, couronnée de violettes ».

Suivant Homère, Aphrodite était la fille de Zeus et de Dioné, divinité dont il est difficile de déterminer la place exacte dans l’Olympe et dont on fait tantôt une Titanide, tantôt une Océanide. La légende de la naissance d’Aphrodite, telle que nous la rapporte Hésiode est toute différente. L’auteur présumé de la Théogonie rattache la naissance de la déesse à la mutilation d Ouranos

La toilette d’Aphrodite. D'après le tableau d’Albani. (Phot. Bulloz.)

Madrid, Musee du Prado.

par Kronos dont il a été question dans le premier chapitre de cet ouvrage. Après la description de la scène où Ouranos est réduit à l’impuissance il ajoute : « Cependant ces divins débris, que le tranchant du fer avait détachés, étaient tombés dans la vaste mer ; longtemps ils flottèrent à sa surface, et tout autour une blanche écume s’éleva d’où naquit une jeune déesse. Portée d’abord près de Cythère, puis vers le rivage de Chypre, ce fut là qu’on vit sortir de l’onde cette déesse charmante ; sous ses pas croissait partout l’herbe fleurie. Les dieux et les hommes l’appellent Aphrodite parcequ’elle naquit de l’écume, Cythérée à la belle couronne, parcequ’elle s’approche de Cythère ; Cypris parcequ’elle parut pour la première fois sur les rivages de Chypre ; amie de la volupté en souvenir de son origine. Dès sa naissance, lorsqu’elle allait prendre place dans l’assemblée

des dieux, l’Amour et le bel Himeros (le Désir) marchaient à sa suite. Elle eut d’abord en partage, entre tous les immortels et tous les humains, les entretiens séducteurs, les ris gracieux, les doux mensonges, les charmes, les douceurs de l’amour. »

RELATIONS

D’APHRODITE

AVEC

LES AUTRES DIVINITÉS

les Géants dans

Le génie grec a si bien faite sienne la figure d’Aphrodite qu’il lui a accordé une des premières places dans l’Olympe. D’après certains auteurs, la déesse joue dans la lutte contre les Géants un rôle spécial. On ne la voit pas comme Athéna et Artémis aux prises avec un de ces êtres monstrueux, nés des gouttes du sang d’Ouranos tombées sur la terre. C’est à ses charmes qu elle a recours, pour attirer une caverne où Héraklès vient les mettre à mort. Quand Zeus, débarrassé de tous

Aphrodite assise, les trois Charités et Eros,

Vase en forme de thermopolium. Musée de Pétrograd. (Lenormant et de Witte, <5lite céram.)

ses ennemis, règne en maître incontesté, il n’échappe cependant pas à l’empire de celle qui « parmi les dieux a fait naître le doux désir, et qui a subjugué les tribus des mortels humains, et les oiseaux descendus du ciel, et toutes les bêtes farouches que nourrit la terre, et les monstres marins. » «Aphrodite, dit l’hymne homérique, a égaré l’esprit de Zeus qui se réjouit de la foudre. Autant de fois qu elle l’a voulu, elle a trompé cette âme prudente, elle a uni le dieu à des femmes mortelles, elle a su le cacher d’Hera sa sœur et son épouse. » Cependant, elle sait à l’occasion ménager son appui à Hera pour ramener l’infidèle, en lui prêtant cette ceinture merveilleuse dont l’effet est irrésistible.

D’après l’auteur de l’hymne homérique, il n’y eut dans tout l’Olympe que « trois âmes » qu’Aphrodite ne put « ni séduire ni tromper ». Ce furent Athéna, Artémis et Hestia. La première de ces déesses osa même, ainsi qu’Hera, disputer à Aphrodite la palme de la beauté. Nous avons déjà raconté dans le chapitre relatif à Athéna la légende du jugement de Pâris. Aphrodite sortit victorieuse de l’épreuve. D’autre part, elle apparaît dans la mythologie

APHRODITE

comme unie par des liens légitimes tantôt à Héphaistos, tantôt à Arès. Homère en fait 1 épouse du dieu du feu qu’elle trompe avec le dieu de la guerre. On a vu plus haut (v. p. 172) comment le divin boiteux se vengea de son rival et de son infidèle compagne. Nos lecteurs savent aussi déjà qu'on faisait naître de 1 union d Aphrodite et d Ares plusieurs enfants, en particulier Harmonia qu’épousa Cadmos et les deux terribles compagnons du dieu de la guerre, Deimos et Phoïbos ainsi qu’Eros.

Page 1