PHAETON
comme parents Eos et Céphale. C’était dit la Théogonie un « homme semblable aux dieux. Encore paré des tendres fleurs de la jeunesse, il ne pensait qu’aux jeux de son âge, lorsque Aphrodite, amante des plaisirs, l’enleva, l’établit nocturne gardien de ses temples sacrés et lui accorda les honneurs divins. »
APHRODITE L une des victimes les plus célèbres d’Aphrodite, ce fut Hélène, cause
ET
- . primordiale de la guerre de Troie. Brûlant de remporter le prix de la beauté sur
1 1 El LE N E .
ses rivales Hera et Athéna, la déesse ne néglige aucun moyen pour influencer en sa faveur I arbitre du concours, le beau Paris. Elle lui promet la possession de la plus belle de toutes les femmes, d Héléne, fille de Léda et de Zeus, elle-même épouse du roi de Sparte Ménélas.
Dans un petit poème intitulé L’ Enlèvement d’ Hélène, Colluthos, qui vivait au cinquième siècle, nous fait assister aux préparatifs d’Aphrodite avant son départ pour l’Ida où H ermès devait emmener les trois déesses pour que Paris se prononçât entre elles. « Kypris, toujours habile dans l’art de séduire, déployant alors son voile et dénouant 1 agrafe embaumée qui retenait sa chevelure, sema l’or
parmi ses boucles et dans ses cheveux.
Les jardins d’Adonis.
Scene dans laquelle paraissent Aphrodite, Eros et deux Charités. Lecythe du Musee de Carlsruhe.
(Lenormant et de Witte, Elite ce'ramographique.)
Ensuite, regardant tendrement les Amours, elle leur parla ainsi : « Le moment décisif s’approche, mes enfants ; rassemblez-vous autour de votre mère. C’est aujourd’hui qu’on doit juger si je possède quelque beauté. J’ignore à qui le berger adjugera la pomme et cette incertitude me donne des craintes. Hera est, dit-on, mère des Charités ; elle dispose à son gré des sceptres et distribue les empires. Pallas préside aux combats. Moi seule entre les déesses, je n’ai aucune puissance. Ni l’autorité royale, ni la lance, ni les javelots, ne sont de mon partage. Mais pourquoi concevrais-je de vaines alarmes ? Au lieu de pique, n’ai-je pas une arme bien plus puissante dans cette ceinture qui me sert à enchaîner les Amours, charmés des liens que je leur impose ? Ne suis-je pas armé d’un aiguillon bien piquant et d’un arc dont les traits sont assurés ? Combien de mortelles souffrent des ardeurs que leur inspire cette ceinture fatale sans pouvoir trouver la mort qu elles implorent ? »
Voici la scène de la séduction, rapportée par le même poète. Hera et Athéna ont essayé l une après l’autre de convaincre Paris. « Aphrodite parla à son tour, et pour paraître avec plus d avantage, elle commença par délier les agrafes qui attachaient sa tunique. Dès qu elle fut en liberté, elle se redressa, sans rougir de ce qu elle allait faire. Puis, dénouant la ceinture où résident les tendres Amours, elle présenta sa gorge nue, en étala complaisamment toutes les beautés. Ensuite, s’adressant au berger avec un sourire de volupté : « Jouis, dit-elle, jouis de tous les charmes que j’offre à ta vue. « Ne méritent-ils pas bien la préférence sur les travaux guerriers ? Et leur possession ne vaut-elle pas « mieux que celle de tous les sceptres et de tous les royaumes d’Asie ? Les fatigues des combats me « sont étrangères. Et qu’ai-je à faire de boucliers ? Les femmes se distinguent surtout par l’éclat de leur « beauté. Je ne donne pas la valeur ; mais je peux te donner une compagne charmante. Ce n’est pas
APHRODITE
« sur un trône que je te ferai monter, mais je te ferai monter au lit d Hélène. Tu ne quitteras Troie « que pour aller former à Sparte les nœuds les plus fortunés. »
Pâris n hésite pas. Il accorde à Aphrodite la palme de la beauté. Arrivé auprès d Hélène il
lui dit que la déesse de l’amour lui a promis une épouse charmante, « Hélène est son nom et la
déesse est sa sœur. C’est pour elle que je viens ici serrer des nœuds que Cythérée elle-même
m’ordonne de former. » L’épouse de Ménélas ne résiste pas à son séducteur. « C en est fait, dit-elle,
partons et conduis moi à Troie ; je consens à t’y suivre, puisque la déesse des Amours le veut ainsi. » La protection qu’Aphrodite accorde à Pâris, ne cessera de s’exercer de la manière la plus effective. Dans le troisième chant de l’Iliade, Homère nous montre les Grecs et les Troyens décidés à en finir par un duel entre Ménélas, le mari outragé, et Paris, le ravisseur d’Hélène. Les deux combattants en viennent aux mains. Ménélas saisit Pâris par le panache de son casque et le traîne vers le camp des Grecs. Mais Aphrodite accourt au secours de son protégé. « Elle rompt la courroie (qui liait le casque sous le menton de Pâris); le casque vide suit aussitôt la main guerrière de Ménélas, qui, le faisant tourner avec effort au-dessus de sa tête, le jette au milieu des Grecs. Alors, il se précipite une seconde
fois vers son ennemi, brûlant de lui ravir le jour par le javelot dont il s’est armé. Mais, Aphrodite, tel est le pouvoir des dieux, enlève Pâris, l’environne d’un nuage épais, et volant au palais de ce prince, le place sur le lit nuptial, qui exhale des parfums odorants. »
Hélène, du haut des murs de I roie, a assisté à la lutte entre son mari et son amant. Elle ne peut manquer d’être fâcheusement impressionnée envers Pâris. Aphrodite voit le danger. Elle s’apjtroche d Hélène, la lire par sa robe aussi odoriférante que le nectar, et se montre à elle sous les traits ridés d une vieille courbée sous les ans, habile à former en lame une belle broderie et qui, de Lacédémone, avait suivi la princesse et la chérissait tendrement. La déesse sous ces traits lui dit : « Viens, suis-moi; Pâris t attend dans son palais. Il est sur sa couche nuptiale, et sa beauté est éclatante, ainsi que sa parure, on ne dirait pas qu’il vient de combattre un guerrier formidable, mais qu’il va se rendre à quelque danse, ou que, sortant d’une fête, il goûte le repos. »
Hélène ne tarde pas à reconnaître dans son interlocutrice « la déesse à son cou délicat, à son sein qui excite les désirs, à ses yeux étincelants » . Saisie de frayeur elle s’écrie :
« Cruelle, pourquoi veux-tu me séduire encore ? Me conduiras-tu plus loin, dans l’une des
Aphrodite et Adonis.
(Lenormant et de Witte, Elite céramographique.)
villes populeuses des Phrygiens ou de la riante Méonie ? Est-il en ces contrées quelqu’un qui te soit cher parmi les mortels ? Est-ce parceque Ménélas, après avoir vaincu le divin Paris, désire m’emmener, odieuse que je suis, au sein des demeures paternelles, que déjà tu viens près de moi, méditant de nouveaux artifices? Que ne vas-tu toi-même t’asseoir auprès de lui ? Renonce aux voies célestes ; ne porte plus tes pas sur l’Olympe ; mais veille toujours sur sa personne et supporte tout de lui, jusqu’à ce qu’il te prenne pour épouse et pour esclave; pour moi je refuse de te suivre, ce serait trop blâmable ; non, je ne veux plus partager sa couche ; toutes les Troyennes à l’avenir me couvriraient de honte ; j’ai déjà dans mon âme d’intolérables douleurs. »
Ces violents reproches ne font qu’exciter le courroux d’Aphrodite. « Crains de m’irriter, malheureuse, s’écrie-t-elle. Prends garde que je ne t’abandonne, que je ne te haïsse autant que je t’ai aimée. Je saurai bien exciter la discorde entre les Grecs et les Troyens, et tu périras, victime d’une destinée terrible. »
Hélène n’ose pas davantage résister à la déesse. Elle la suit dans le palais où se trouve Pâris auquel elle essaye de faire honte de sa couardise. Le fils de Priam cherche à s’excuser, puis il ajoute : « Allons, livronsnous aux délices de l’amour. Jamais de tels transports n’ont troublé mes sens, lors même que, pour la première fois, au sortir de la riante Lacédémone, après avoir sillonné les flots, je te possédai dans l’ile de Cranaé. Aujourd’hui je me sens enivré de désirs plus vifs encore. Il dit et prend place sur sa couche ; son épouse le suit, et bientôt tous deux s'adonnent au sommeil. »
Comme on le voit, Hélène que la volonté d’Aphrodite a jetée dans les bras de Pâris, essaye vainement de se ressaisir. Malgré elle, elle est ramenée par la déesse aux côtés d’un homme qu elle méprise en le comparant à l'époux qu elle a trahi.
Offrande d’une matrone à Aphrodite.
Dossier du trône Ludovisi Rome
Aphrodite ne joue pas un rôle moins important dans l’expédition des Argonautes que dans la guerre de Troie. C’est grâce à elle que Jason mettant à profit la passion dont la déesse a enflammé le cœur de Médée, pourra s’emparer de la fameuse toison d’or et échapper à tous les périls. Pindare dans la quatrième Pythique nous raconte comment Aphrodite favorisa les desseins de Jason :
« Mais voici que la déesse dont les traits subtils blessent les cœurs des hommes, l’aimable Kypris, descend de l’Olympe, portant sur son char aux roues brillantes, cet oiseau qui le premier inspira aux mortels les fureurs d’un incurable amour. Elle enseigne au fils d’Eos, par quels prestiges
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