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PHÈDRE

APHRODITE

enchanteurs il bannira de l’esprit le respect qu elle (Médée) doit aux volontés de son père et inspirera à son cœur dompté par la persuasion le violent désir de voir les campagnes de la Grèce. Cette princesse, en effet, ne tarda pas à révéler au jeune étranger par quel moyen il sortira victorieux des épreuves que lui préparait son père. Elle compose avec de 1 huile et des sucs précieux un onguent salutaire dont la vertu rend le corps de Jason inaccessible à la douleur. » Dans ses Argonautiques, Apollonius de Rhodes nous donne les détails suivants sur la composition de cette merveilleuse préparation : « La plante dont elle est tirée naquit pour la première fois dans les vallons du mont Caucase du sang que distillait de son bec 1 aigle cruel qui dévorait le foie du malheureux Prométhée.

La double tige est surmontée d’une large fleur dont la couleur est semblable à celle du safran de Cilicie.

Sa racine offre l’image d’un morceau de chair nouvellement coupée et renferme une liqueur noire, semblable à celle qui découle des chênes sur les montagnes. Médée l’avait exprimée autrefois dans une coquille de la mer Caspienne, après qu’elle se fut purifiée sept fois et que, vêtue de noir, elle eut dans l horreur des ténèbres invoqué sept fois Brimo.

Tandis qu’elle coupait cette racine, la terre mugit et trembla sous ses pas ; Prométhée lui-même ressentit une vive douleur au fond des entrailles et remplit l’air de gémissements. »

Il sera question dans un autre chapitre de cet ouvrage des malheurs de Médée qui, après avoir aidé Jason à triompher de toutes les difficultés, fut abandonnée par son amant. Non moins tragique fut la destinée de la femme et des filles de Minos, victimes, elles aussi des passions allumées dans leur cœur par Aphrodite, Celle-ci s’acharna d’abord sur Pa siphaé, fille du Soleil et épouse de Minos. On a vu plus haut (v. p. 171) que c’était le Soleil qui avait averti Héphaistos de ce qui se passait entre Arès et Aphrodite et comment le dieu boiteux s’était vengé des deux amants en les ridiculisant aux yeux de tout l’Olympe. Ne pouvant se venger du Soleil, Aphrodite s’en prit d’abord à sa fille. Elle lui inspire un amour monstrueux pour un taureau. On verra plus loin comment Pasiphaé réussit à assouvir cette passion et devint ainsi mère du Minotaure. Quand I hésée viendra

Aphrodite armee et Marsyas.

(Lenormant et de Witte, Elite céramographique.)

combattre ce monstre, il ne sortira vainqueur de la lutte que grâce à la fille même de Pasiphaé, Ariane, dans le cœur de laquelle Aphrodite a fait naître une passion violente pour le bel étranger. Comme Médée, Ariane trahira les intérêts de son père au profit de son amant ; comme elle, elle ne tardera pas à être abandonnée par l’infidèle. Mais Aphrodite console la victime de Thésée en lui prédisant la venue de Dionjsos et, à l’occasion de son mariage avec ce dieu, elle lui donne une couronne d’or.

La sœur d’Ariane, Phèdre, fut, elle aussi, victime d’une passion malheureuse inspirée par Aphrodite. Irritée de ce que Hippolyte, fils de Thésée et d’une Amazone, n’affectait que du mépris pour elle, la déesse enflamme le cœur de Phèdre, seconde femme de Thésée, d'un amour coupable

Jugement de Paris.

Sarcophage en marbre de Paros. Paris, Musée du Louvre.

pour son beau-fils. Les poètes, depuis Euripide jusqu’à Racine, nous montrent les vains efforts de

Phèdre, malgré elle, perfide, incestueuse,

pour échapper au feu intérieur qui la dévore et dont elle dit elle-même :

Ce n est plus une ardeur dans mes Veines cachée :

C'est Vénus toute entière à sa proie attachée.

La mort même d’Hippolyte ne mettra pas un terme aux tourments de Phèdre. Elle renoncera volontairement à la vie :

Puisque Vénus le Veut, de ce sang déplorable,

Je péris la dernière et la plus misérable.

Il y a une certaine analogie entre la tragique histoire de Phèdre et celle d’Hippodameia, fille d’Oinomaos, dont nous avons parlé dans le chapitre précédent (v. p. 172). On sait que grâce à l’intervention de Myrtilos, Pélops avait réussi à triompher d'Oinomaos dans une course de chars et obtenu ainsi la main d’Hippodameia. Celle-ci, amoureuse de Myrtilos, prétexte une soif ardente pour envoyer Pélops lui chercher de l’eau à une source voisine. Pendant son absence, elle déclare

ARTÉMIS DEPHÈSE (Phot. Alinari, Florence.)

Statue antique, en marbre, le bas en bronze.

Rome, Nouveau Musee du Palais des Conservateurs.

APHRODITE

sa flamme à Myrtilos qui se refuse à outrager l’honneur de Pélops. Craignant les révélations de celui qu’elle n’a pu séduire, Hippodameia prend les devants. Elle accuse Myrtilos d’avoir voulu lui faire violence. Pélops, n’écoutant que sa colère, saisit le malheureux aurige et le précipite dans la mer.

Certains auteurs attribuent à la colèrs d’Aphrodite la folie dont furent frappées les filles de Prœtos, sans d’ailleurs nous en indiquer les causes. « La reine de Chypre les rendit impudiques », dit l’un. « Leur honteuse impudicité, ajoute un autre, leur fit perdre la fleur de leur teint. » Enfin, d’après un troisième écrivain, « Aphrodite répandit sur leur tête une lèpre affreuse ; leur peau fut couverte de dartres, et leurs cheveux, en tombant, laissèrent à découvert leurs belles têtes. »

La déesse joue également son rôle dans la légende d’Aigeus qui attribuait à la mauvaise volonté d’Aphrodite la stérilité de ses deux premières femmes. Il consulta l’oracle de Delphes mais, n’en ayant pas compris la réponse, il s’ad ressa à Pitheus, fils de Pélops. Pitheus enivra Aigeus, puis lui fit partager la couche de sa fille Aithra qui, la même nuit, fut honorée des faveurs de Poséidon. Ce serait Aigeus qui aurait introduit à Athènes le culte d’Aphrodite.

11 a déjà été question d’Atalante à propos de Méléagre et de la chasse du sanglier de Calydon (v. p. 174). Rebelle au mariage, elle soumettait les prétendants à sa main à une épreuve qui se terminait par leur mort. Ils devaient lutter avec elle à la course. La vierge leur donnait quelques coudées d’avance, puis, se lançant à leur poursuite, les rejoignait et les tuait. Malgré cela, Melamos se mit à son tour sur les rangs, à l’instigation d’Aphrodite qui lui avait, d’après la légende, donné plusieurs pommes d’or du jardin des Hespérides. Lorsqu’il se voyait sur le point d’être rejoint, le coureur laissait tomber une des pommes, et Atalante s’arrêtait pour la ramasser. Grâce à ce stratagème, Melanios arriva au terme de la course sans que la jeune fille eut réussi à l’atteindre. Le mariage eut donc heu. La légende ajoute que les deux jeunes époux « étant un jour à la chasse, entrèrent dans l’enceinte consacrée à Zeus et s’y livrèrent aux plaisirs de l’amour ; le dieu irrité les changea en lions. »

Un certain nombre de légendes nous montrent Aphrodite venant en aide à des mortels victimes d'une passion malheureuse ou ayant su, par un bon mouvement, se concilier la bienveillance de la déesse. Le berger Selemnos, par exemple, avait réussi à se faire aimer par la nymphe Argyra qui le délaissa quand sa beauté fut fanée. 11 en mourut de chagrin. Aphrodite apitoyée le métamorphosa en un cours d’eau. Sous cette nouvelle forme, il n’en continua pas moins à se consumer de regrets. Venant une seconde fois à son secours, la déesse lui donna le don d’oublier tous les tourments causés

Aphrodite avec la chouette et la colombe. (Lenormant et de Witte, Elite céram.)

par l’amour. De là venait la légende d’après laquelle les eaux du Selemnos, qui arrosait l’Achaïe, avaient la propriété de guérir de leurs chagrins tous ceux, hommes ou femmes, qui s’y baignaient.

Une tradition populaire à Lesbos racontait qu’un habitant de l’île, Phaon, passeur de son métier, vit un jour arriver une vieille femme qui lui demanda de la transporter gratuitement de l’île sur le continent. Phaon y consentit. Or, la passagère n’était autre qu’Aphrodite qui avait pris cette forme pour éprouver la générosité du passeur. Pour le récompenser, la déesse lui fit présent d’une fiole qui contenait un merveilleux onguent. Phaon s’en frotta et au bout de quelques jours devint un des plus beaux hommes de Mitylène ; toutes les femmes tombèrent amoureuses de lui et l’illustre poétesse Sappho fut, dit-on, du nombre. D’après une autre version, Aphrodite elle-même s’éprit de

Phaon et, pour le soustraire aux recherches de ses rivales, le cacha au milieu d’un champ de seigle.

Un marchand de Samos , nommé Dexik reon, eut

dite. Au moment où il allait charger son navire de marchandises de toute sorte, la déesse lui conseilla de n’en rien faire, de n’embarquer que de l’eau potable et de mettre à la voile le plus vite possible. Dexikreon suit ce conseil. Quand il se trouve à une assez grande distance de la côte, un arrêt total des vents immobilise pendant longtemps tous les navires qui se trouvent aux alentours. On est bientôt à court d’eau potable. Dexikreon réalise une petite fortune en vendant la provision qu’il a emportée sur le conseil de la déesse. Par reconnaissance, il éleva une statue à Aphrodite à Samos, où le culte de la déesse avait été relégué dans les marais du littoral, parceque l’île était le domaine d’Hera.

Un des compagnons dejason dans l’expédition des Argonautes, Butes, fut, d’après la légende, sauvé par Aphrodite du péril auquel l’avait exposé sa folle témérité. Comme plus tard les compagnons d’Ulysse, les Argonautes au cours de leur voyage passèrent auprès des Sirènes. C’est Orphée qui sauva ses compagnons. Quand les Sirènes se mirent à chanter, il prit sa lyre dont les sons harmonieux empêchèrent les Argonautes de répondre aux appels des enchanteresses. Seul Butes, fils de Teleon ou de Poséidon, ne peut résister au charme. Il s’élance dans les flots pour aller rejoindre les Sirènes, mais à ce moment Aphrodite intervient, saisit l’imprudent et l’emporte jusqu’à Lilybée. D’après la légende, la déesse non contente d’avoir sauvé Butes lui accorda ses faveurs et de leur union naquit Eryx.

lui aussi à se louer d’Aphro-

Aphrodite assise sur un cygne et accompagnée d'Eros hermaphrodite.

Stamnos apulien. Paris. Musee du Louvre. (Lenormant et de Witts, Elite céram.)

APHRODITE

Aphrodite et les trois Charités au bain. Amphore bachique. Musee de Berlin. (Lenormant et de Witte, Elite ccramograpliique.)

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