HEPHAISTOS DIEU DU FEU INTÉRIEUR
Héphaistos d’après un vase peint.
(Conze, Heroen und Goettergestallen.)
La légende d’après laquelle Héphaistos aurait été précipité du haut du ciel non par Hera mais par Zeus nous dit que l’infortuné « lancé dans l’espace, fut emporté pendant toute la durée du jour : au coucher du soleil, il tomba à Lemnos où il fut recueilli par les Sintiens. » Or, c’est à Lemnos qu’à une époque qu’il est impossible de déterminer on plaça la forge d’ Héphaistos qui, d’après les données homériques, était, comme on vient de le voir, située sur l’Olympe même. Lemnos était une île volcanique dont le sommet principal, le M oschylos, devint le centre principal du culte d’Héphaistos. Ce n’était pas un volcan proprement dit, mais de ses crevasses s’échappaient des vapeurs gazeuses, plus ou moins mélangées de flammes, dont la vue avait fortement frappé l’imagination des contemporains. Ces masses incandescentes provenaient, disait-on, de la forge d’ Héphaistos ; les grondements souterrains, c’était le bruit des coups de marteaux. Une tradition voulait d’ailleurs que ce fût à Lemnos que Prométhée vint dérober le feu pour en faire présent aux hommes. On cite également une légende d’après laquelle le feu serait né d’un arbre frappé par la foudre à Lemnos. Apollonius de Rhodes nous raconte qu en passant à Lemnos, les Argonautes offrirent à Héphaistos des sacrifices et célébrèrent des fêtes en son honneur.
LES DIVINITÉS DU FEU
La même île était en outre le centre du culte des Cabires dont nous parlerons plus loin et qui d’après certains auteurs passaient pour être les fils d Héphaistos.
Par une tendance naturelle, les Grecs transportèrent le siège de l’activité d’Héphaistos dans les principales régions volcaniques du bassin de la Méditerranée au fur et à mesure qu’ils apprirent à les connaître. Ce fut en particulier le cas de la Sicile et des îles Lipari. On disait qu’Héphaistos et Déméter s’étaient disputé la possession de la Sicile.
Le différend avait été tranché par Aitné, fille de Briarée, à qui l’/Etna devrait son nom. On sait que le géant Typhœus avait été enseveli sous cette montagne, sur laquelle Héphaistos s’était assis pour empêcher l’évasion du prisonnier. Une autre légende disait que le dieu du feu avait suspendu son enclume au cou de Typhœus afin de le réduire à l’immobilité. Enfin, d’après une autre tradition, Aitné aurait été une fille d’Océan et de son union avec Héphaistos seraient nés les deux Pahkes, génies du feu qui avaient un sanctuaire dans la ville portant leur nom.
LES TRAITS D’après ce qui a été dit jus-
DISTINCTIFS >• • • , j'M » L • ,
qu ici au sujet d riephaistos, on DU
PERSONNAGE peut se ^aire une 'dée assez exacte
D’HÉPHAISTOS. de la place qu’il occupe dans le
Panthéon hellénique. Il est le dieu du feu et sait, dans certaines circonstances, comme par exemple dans sa lutte contre le Xanthe, donner la preuve de son irrésistible puissance. Mais ce n’est pas là le trait dominant de son caractère. Le feu dont il est le maître, il s’en sert surtout pour le travail des métaux, en particulier des métaux précieux, dont il est l’inventeur. C’est lui qui a enseigné aux hommes
l’usage du feu pour des travaux artistiques de tout genre. Il est ainsi devenu le dieu de tous les artisans occupés à travailler les métaux et spécialement des forgerons pour lesquels il était à Athènes l’objet d’un culte très populaire. C’est sous les traits d’un forgeron qu’ Héphaistos nous apparaît d’ailleurs le plus souvent. Il est fortement musclé, avec des bras vigoureux, la poitrine velue. Mais l’infirmité de ses jambes imprime à tout son être un caractère de gaucherie qui se traduit par sa démarche claudicante. Il s’avance péniblement, appuyé sur un bâton, ou soutenu par les jeunes filles ou automates en or, dont parle Homère. Sa physionomie est empreinte de bonhomie et
Hephaistos de style archaïque.
(Conze, Hercen und Goeltergestalten.)
de malice. Il sait à l’occasion jouer, à ceux dont il a se plaindre, des tours qui les couvrent de ridicule. On se rappelle l’aventure d’Hera enchaînée sur son siège et celle d’Aphrodite et Arès que des liens invisibles empêchent de se soustraire à la risée des autres dieux.
Héphaistos était généralement représenté avec de longs cheveux, avec une barbe en pointe. Il ne porte que rarement un vêtement complet ; le plus souvent il n’a qu’une courte tunique sans manches, ou l’exomis, tunique à une seule manche qui laissait le bras droit à découvert. Quand il s’active dans sa forge, ce vêtement est simplement ceint autour de ses rems, à la manière d’un
tablier, ou encore le dieu est complètement nu.
CULTE C’est surtout à Athènes, cité où le
D’HÉPHAISTOS. . i ,• .• i •.
travail artistique des métaux avait pris un
grand développement que le culte d’ Héphaistos était devenu
populaire. Il partageait avec Athéna, à qui l’on attribuait
l’invention des arts, les hommages et les offrandes des artisans.
Il y avait un dème des Héphaistiades où se trouvait un
sanctuaire du dieu qui possédait également un autel dans
l’Erechtheion. Les fêtes des Chalcheia et des Apaturies
étaient communes à Héphaistos et à Athéna. Les Hépha-
isteia, célébrées tous les cinq ans, étaient exclusivement
consacrées au dieu du feu. Elles comprenaient en particulier
une course aux flambeaux réservée aux jeunes gens et peut-
être aussi des jeux équestres.
On retrouve encore des traces du culte d’ Héphaistos
sur un certain nombre de points, à Epidaure en Grèce, à
Cumes et à Naples dans l’Italie méridionale, en Phrygie, en
Carie, en Lycie dans l’Asie Mineure. Mais les détails que
nous possédons sur ces lieux de culte sont peu abondants.
Nous sommes un peu mieux renseignés au sujet de Lemnos, où, comme on l’a déjà vu, une tradition
plaçait la forge d Héphaistos. Un écrivain de Lemnos même, Philostrate, raconte que chaque année
tout feu était éteint pendant neuf jours dans l’île. Le neuvième jour, un navire qui était allé chercher
le feu à Delos accostait, impatiemment attendu par la foule en prières. « Lorsque le navire a abordé,
et qu on a distribué le feu, non pas seulement pour l’usage de la vie, mais pour les foyers des métiers,
on dit qu une nouvelle vie recommence. » Héphaistos était en outre vénéré à Lemnos comme dieu
guérisseur. Ses prêtres possédaient, disait-on, un remède contre les poisons. On a déjà vu que ce
fut à Lemnos que Philoctète vint chercher la guérison de sa blessure et qu’il en fut redevable à un
fils d Héphaistos, Pylios. Enfin, on racontait que la terre même de Lemnos permettait d'arrêter
les hémorragies.
Héphaistos forgeron,
(Conze, Heroen und Gcetlergeslallen .)