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EROS

LES CABIRES propos du dieu du feu cette floraison de mythes, grâce à laquelle un grand nombre de peuplades et de familles helléniques faisaient remonter leur origine à quelque ancêtre divin. Certains auteurs prétendent, il est vrai, que de l’union d’Héphaistos et d’Aphrodite était né Eros dont nous avons étudié, dans un chapitre précédent, la personnalité indistincte et peu concrétisée dans la légende. D’autre part, on racontait que de Cabira, fille de Protée, Héphaistos avait eu les Cabires qui, par leur caractère de divinités du feu, se rattachent en effet très étroitement au fils d’Hera. On les considère tantôt comme les fils, tantôt comme les petits-fils d’Héphaistos. Cabira, unie au dieu du feu, aurait donné naissance à Camillos qui fut le père des trois Cabires. Ces personnages ont d’ailleurs de très bonne heure donné lieu à des discussions qui n’ont pas toujours donné des résultats satisfaisants. Dès le XVIIL siècle, Nicolas Fréret, dans un mémoire à l’Académie des Inscriptions et Belles- Lettres, écrivait : « Ce qui concerne les Cabires, est un des points les plus importants et les plus compliqués de la mythologie grecque ; les traditions qui les regardent sont tellement confuses et si souvent opposées les unes aux autres que l’analyse en paraît à peine possible. Les anciens eux-mêmes se contredisaient faute de s’entendre, et les modernes, en accumulant avec plus d’érudition que de critique leurs différents témoignages, ont embrouillé la matière au heu de l’éclaircir. » Nous reviendrons à la fin de ce chapitre sur le culte des Cabires qui, dans certaines îles de la mer Eg ée, prit, comme on le verra, un développement considérable.

On citait encore comme fils d’Héphaistos un brigand qui, à la manière d’un certain nombre de descendants d’Arès et de Poséidon, se rendit célèbre par ses sauvages exploits. Periphetes, tel était son nom, était la terreur des environs d’Epidaure. Il assommait à coups de massue les voyageurs qu’il rencontrait, et fut, comme plusieurs de ses congénères, tué par Thésée. Plus sympathique, Pyl 10s, autre fils d’Héphaistos, guérit dans l’ île de Lemnos Philoctète, le compagnon d’Heraklès, souffrant d’une horrible blessure. Enfin, on cite encore plusieurs autres fils d’Héphaistos dont le rôle est

LES DIVINITES DU FEU

sans importance, Ardalos de Trézène et Palaimonios ou Palaimon dont on sait seulement qu’il était infirme comme le dieu du feu.

La légende du nain Kédalion est un peu plus compliquée. Il habitait Pile de Naxos et c’est à lui qu’Hera aurait confié pour l’élever le fils qu’elle n’avait pas voulu garder auprès d’elle après l’avoir mis au monde. Kédalion était un habile forgeron qui enseigna son art à Héphaistos. Suivant une autre version il n’était pas le père, mais le fils du dieu du feu. Enfin, il joue un rôle dans la légende d’Orion. Quand celui-ci est aveuglé, c’est Kédalion qui lui sert de guide jusqu’au moment où arrivé à Lemnos il recouvre la vue.

HÉPHAISTOS On a fait ressortir avec raison la grande analogie qu’il y avait entre Héphaistos

ET . et le Titan Prométhée ; ils semblent parfois n’être que les deux figures d’un même

PROMETHEE.

personnage. L’un et l’autre sont représentés comme ayant aidé à la naissance d’Athéna. Chacun d’eux intervient également dans la création du genre humain, dont ils sont d’autre part les bienfaiteurs par le don du feu. En certains endroits ils étaient l’objet d’un même culte. A Athènes, dans les jardins de l’Académie, ils avaient un autel commun et étaient représentés l’un à côté de l’autre. Platon disait que le feu venait de Prométhée, mais que les arts qui en découlent étaient dûs à Héphaistos. Il y a cependant une différence capitale entre ces deux personnages. Si Prométhée a donné le feu aux hommes, ce n’est qu’après l’avoir dérobé, tandis qu’ Héphaistos en est le créateur.

HÉPHAISTOS Le personnage d’ Héphaistos est l’une des expressions les plus saisissantes de

l’anthropomorphisme grec. Aucun dieu du Panthéon hellénique ne se rapproche davantage de l’homme. Sans doute il est le dieu du feu, et en cette qualité, il peut à l’occasion manifester sa puissance d’une manière terrible. Mais, ce n’est pas là le principal rôle d’Héphaistos. L’épithète qu’on trouve le plus souvent accolée à son nom, c’est celle de « forgeron divin » ; c’est sous cet aspect qu’il nous apparaît le plus généralement. On le voit, puissamment musclé, maniant le marteau et les tenailles, au milieu de sa forge d’où sortent les objets les plus merveilleux, dépassant de beaucoup la capacité d’un ouvrier ordinaire. C’est que, malgré tout, Héphaistos reste un des grands dieux auquel les autres Olympiens ont recours dans les circonstances les plus diverses. Quand Hera par exemple voit Achille soutenir une lutte inégale avec le fleuve Xanthe, elle fait appel à « son fils chéri » dont Homère nous décrit de la façon suivante l’intervention décisive dans la lutte : « Déjà Héphaistos a dirigé ses feux divins ; d’abord il les promène dans la campagne et brûle les cadavres nombreux qui gisent pêle-mêle depuis qu’Achille les a frappés ; en un instant la terre se dessèche et l’inondation est contenue. Tel, en automne, Borée étanche promptement les champs que la pluie vient d’humecter et réjouit le laboureur ; ainsi Héphaistos assainit la [daine entière et consume les morts ; il tourne ensuite contre Xanthe ses traits étincelants. Les ormeaux s’enflamment, puis les saules, les tamaris, les lotos, les joncs, le souchet ; toutes les plantes qui croissent sur les

belles rives du fleuve ; les anguilles, les poissons souffrent et se plongent, çà et là, au plus profond de ses ondes et de ses tourbillons, accablés par le souffle d’Héphaistos. Le fleuve lui-même ressent sa flamme. » Il supplie Héphaistos de cesser la lutte, mais « la flamme le dévore ; ses belles ondes bruissent. Telle, dans une chaudière sous laquelle brûlent des rameaux secs, et qu’embrasent de grandes flammes, la graisse d’un porc succulent fond et bout à gros bouillons : telles les belles ondes du fleuve bouillonnent échauffées par le feu ; il ne songe plus à couler; son cours est suspendu, car le souffle d’Héphaistos l’a dompté. »

C’est exceptionnellement seulement qu’Héphaistos nous apparaît sous cet aspect terrible et majestueux. Son attitude ordinaire est celle d’un ouvrier dans sa forge qui, d’après Homère, était située sur l’Olympe. C’est, nous dit le poète de l’Iliade, une « demeure d’airain, impérissable, étincelante, superbe parmi celles des immortels, oeuvre du dieu difforme. » 11 nous montre le divin forgeron « actif, couvert de sueur, tournant autour de ses soufflets : car il a fabriqué à la fois vingt trépieds, posés autour du mur de son solide palais ; il en a mis le fond sur des roues d’or, afin que d’eux-mêmes, chose merveilleuse, ils se rendent à l’assemblée des dieux. Ils sont achevés, sauf les anses ; Héphaistos les ajuste et forge des liens. » Plus loin, le poète de l’Iliade écrit que « le dieu grand et monstrueux quitte son enclume en boitant, car ses jambes trop faibles s’affaissent sous sa masse; il détourne ses soufflets du foyer et rassemble tous ses outils dans un coffre d’argent; ensuite, avec une éponge, il essuie sa figure, ses mains, son cou nerveux et sa poitrine velue ; puis il revêt une tunique d’or, saisit un sceptre solide et sort en boitant. Des statues d’or le soutiennent, semblables à des adolescents animés ; la force, la pensée, la voix leur ont été données ; les dieux immortels leur ont enseigné leur devoir. Elles ne s’éloignent point des deux côtés du roi. Celui-ci marche péniblement. » Et voici de nouveau Héphaistos près de ses fourneaux. « Il dirige les soufflets vers la forge et leur ordonne d’activer la flamme. Tous à la fois agissent sur vingt creusets, et répandent de toutes parts une ardeur habilement mesurée, selon les travaux que médite Héphaistos. Le dieu place sur le foyer l’airain indomptable, l’étain, l’argent et l’or précieux ; il affermit ensuite sa base sur une large enclume, prend d’une main un lourd marteau et de l’autre des tenailles. »

On citait un grand nombre d’objets merveilleux sortis de l’atelier d’Héphaistos. Plusieurs, parmi les dieux, avaient reçu de lui des présents d’une valeur inestimable. Zeus lui devait l’égide et le sceptre, Déméter la faucille, Apollon et Artémis les flèches de leur carquois. Athéna avait reçu d’Héphaistos les cymbales d’argent dont elle fit cadeau à Héraklès et ce héros lui-même avait été gratifié d une cuirasse d’or par le divin forgeron. A Helios et à Dionysos, Héphaistos avait donné une coupe d or, à Ariane un diadème, à Cadmos un collier qui figura dans la corbeille de noces d’H armoma, fille d’Aphrodite et d’Arès.

Les « statues d’or, semblables à des adolescents animés », dont il a été question plus haut, étaient des automates doués de « la force, la pensée, la voix. » Appollodore d Athènes nous dit d’autre part que /Etes, le père de Médée avait reçu en présent d’Héphaistos deux taureaux sauvages qui soufflaient le feu par les narines et avaient des pieds d’airain. A la même catégorie appartiennent

LES DIVINITES DU FEU

les chiens en argent qui gardaient le palais d’Alcinoos. Enfin, le géant Talos « de la race des hommes d’airain » avait été donné par Héphaistos à Minos pour assurer la garde de l’île de Crète.

Homère nous fait assister à la confection des armes d’Achille par le divin forgeron. « Il fabrique d’abord un bouclier vaste et solide, l’orne partout et le borde d’un triple cercle d’une blancheur éblouissante, d’où sort le baudrier d’argent. Cinq lames forment le boucher et Héphaistos fait sur la surface nombre de belles ciselures. Il représente la Terre, le Ciel, la Mer, le Soleil infatigable et la pleine Lune ; il représente tous les signes dont le ciel est couronné: les Pléiades, les Hyades, le fort

Héphaistos travaillant a une poutre. Kylix. Londres, British Muséum. (Lenormant et de Witte, Elite céramographique.)

Orion, l’Ourse que l’on appelle aussi le chariot, qui tourne aux mêmes lieux en regardant Orion et seule n’a point de part aux bains de l’Océan. » 1 oute la fin du XVII L livre de l’Iliade est consacrée à la description des scènes qu Héphaistos a représentées sur le boucher du fils deTéthys. On y voit la célébration de noces « où l’on fait de grands festins », un jugement sur l'agora, une bataille sous les murs d’une ville assiégée. Athéna, Arès, la Discorde, le Tumulte et la Destinée sont figurés dans cette dernière scène. « L’art d’Héphaistos anime ces figures; on les voit combattre; on les voit, des deux parts, emporter les morts. » A côté de ce tableau de meurtre et de carnage, le dieu a représenté des scènes beaucoup plus riantes. D’abord nous assistons aux travaux de labour d une « vaste et molle jachère » , puis à la moisson ainsi qu’à la vendange d’une « belle vigne dont les

rameaux d’or plient sous le faix de grappes de raisins pourprés » . « Le dieu représente encore, dans un riant vallon, un vaste pré où paissent de grandes et blanches brebis ; près de là sont les étables, les parcs et les chaumières des bergers. » Enfin c’est un chœur de « jeunes gens et de vierges attrayantes qui, se tenant par la main, frappent du pied la terre. De longs vêtements d’un lin fin et léger, des couronnes de fleurs, parent les jeunes filles. Les danseurs ont revêtu des tuniques d’un tissu riche et brillant comme de l’huile ; leurs épées d’or sont suspendues à des baudriers d’argent. Tantôt le chœur entier, aussi léger qu’expert, tourne rapidement comme la roue du potier, lorsqu’il éprouve si elle peut seconder l’adresse de ses mains. Tantôt ils se séparent et forment de gracieuses lignes qui

s’avancent l’une au-devant de l’autre. La foule les admire et se délecte à ces jeux. Un poète divin, en s’accompagnant de sa lyre, les anime de son chant. Deux agiles danseurs, dès qu il commence, répondent à sa voix et pirouettent au milieu du chœur. »

Héphaistos avait travaillé à la construction de la demeure des dieux sur l’Olympe ; les murs du palais étaient consolidés de plaques d’airain qui sortaient de sa forge. Pour Zeus il avait édifié une « chambre nuptiale » dont le seuil était fermé de portes épaisses et où le maître des Olympiens était à l’abri de tous les regards indiscrets.

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