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I. — LES MYTHES POSIDÜNIENS

NAISSANCE Comme Zeus et Hadès, Poséidon était fils de Kronos et de Rhea. D’après

la tradition généralement admise, Zeus était le dernier né des Kronides. Certains

POSEIDON

auteurs cependant font de lui le frère aîné de Poséidon et disent que ce dernier aurait échappé à la voracité de son père grâce à une substitution analogue à celle qui sauva le futur maître de l’Olympe. Cette fois, ce n’est pas une pierre emmaillotée, mais un poulain que Rhea fait avaler à son époux à la place de l’enfant qu elle vient de mettre au monde. Elle cache ce dernier au milieu d’un troupeau d’agneaux paissant auprès de la source Arné qui se trouvait à quelque distance de la ville de Mantinée. Suivant d’autres auteurs, ce nom d’Arné aurait été porté par la nourrice même de Poséidon. Kronos inquiet serait venu lui réclamer son fils, mais Arné faisant l’étonnée, lui affirma qu elle n’en soupçonnait même pas l’existence.

L’imagination grecque inventa au sujet de l’éducation de Poséidon une légende qui rappelle en tous points celle qui nous montre Zeus élevé dans l’île de Crète par les Curètes. Ceux-ci sont remplacés ici par les Telchines qu’on retrouve à la fois dans l’île de Crète, à Chypre et à Rhodes. Il a déjà été question d’eux, dans le chapitre précédent, comme génies du feu. C’est d’eux que Poséidon reçut le trident dont la confection est également attribuée aux Cyclopes. Fils de la mer, les Telchines furent chargés par Rhea d’élever Poséidon enfant, avec le concours de Capheira, fille de l’Océan. On racontait même que, parvenu à l’âge adulte, Poséidon s’éprit de Halia, sœur des Telchines et qu’il en eut six fils, ainsi qu’une fille, Rhodos.

POSEIDON On a vu dans un chapitre précédent que Zeus avait réussi à s’imposer comme

maître aux autres Olympiens. Nous avons également montré que certaines divinités

ZEUS

n’avaient pas accepté sans protester cette omnipotence. Poséidon, en particulier, ne se soumet qu’à contre-cœur à son frère qu’il considère comme un usurpateur. On trouve dans l’Iliade plusieurs passages qui caractérisent très nettement cette situation et nous montrent les sentiments dont les deux frères sont animés l’un vis-à-vis de l’autre. Zeus entend être obéi sans conteste de son frère quand il dit à Iris, la messagère des dieux : « Vole rapidement et porte au roi Poséidon cet ordre. S’il n’obéit pas à mes paroles, s’il les méprise, qu’il considère en son esprit et en son cœur que, malgré sa force, il ne pourrait me tenir tête. Car je me glorifie d’être le plus puissant et le premier né. Mais il ne craint pas en son âme de s’égaler à moi devant qui tremblent tous les autres dieux. »

Et voici comment Homère traduit l’état d’âme de Poséidon, sommé de s’incliner devant les ordres de son frère : « L’illustre Poséidon pousse un profond soupir et s’écrie : « Hélas, si Zeus est « tout puissant, que son langage respire d’orgueil ! Quoi ! me contraindre par la force, moi, son égal

DIVINITES DE LA MER ET DES EAUX

« en honneur ! Kronos donna le jour à trois frères que Rhea porta dans son sein : Zeus et moi ; le « troisième est Hadès qui règne sur les morts. L’héritage paternel fut divisé en trois lots, et chacun « eut sa part d’honneur ; lorsqu’on eut agité les sorts, il m’échut d’habiter la mer écumeuse ; à Hadès « échurent les immenses ténèbres. Zeus obtint le vaste ciel au sein de l’air et des nuées; la terre et « le vaste Olympe restèrent en commun. Je ne suis point soumis à la volonté de Zeus; qu’il jouisse « en paix, fier de sa puissance, de la part que le sort lui a faite, et qu’il ne tente pas de me faire peur « de sa force, comme si j’étais un lâche ; mieux vaudrait pour lui s’en prendre à ses fils et à ses filles

Poséidon combattant contre trois Géants, ou les Pallantides. Amphore bachique, (Lenormant et de Witte, Elite céramographique.)

« et garder pour ceux-là ses paroles menaçantes; il faut bien qu’ils l’écoutent quand il les réprimandé. » Nous voyons même Poséidon se poser en rival de Zeus auprès de Thémis, à la main de laquelle les deux frères aspirent concurremment. « Mais, dit Apollodore d’Athènes, Thémis ayant prédit que celui qui naîtrait d’elle serait plus puissant que son père, ils abandonnèrent leur poursuite. » Finalement, Poséidon se résout, comme les autres Olympiens, à se ranger sous 1 autorité de son frère. On le verra même à l’occasion lui prêter son assistance et favoriser ses bonnes fortunes. Quand Zeus, après s’être transformé en taureau, enlève Europe, Poséidon aplanit les flots pour permettre au ravisseur de traverser la mer en emportant sa proie. C’est grâce à lui aussi que Leto trouve finalement l'abri où elle pourra donner naissance à Apollon et à Artémis. Enfin, lo, si cruellement persécutée par

Hera trouvera également un appui auprès de Poséidon dans ses courses vagabondes à travers la mer. D’autre part, Poséidon seconde puissamment son frère dans sa lutte contre les Titans et dans la Gigantomachie.

POSEIDON

ET

HERA.

dit-elle, dieu au

L épouse légitime de Zeus essaye à un moment donné d’exciter la rancune de Poséidon contre le maître de I Olympe. C’est au moment où, pendant la guerre de Troie, la balance semble pencher en faveur des ennemis des Hellènes. « Hélas, lui loin tout puissant, toi qui ébranles la terre, ton cœur n’est-il pas affligé du désastre des

Dispute de Poséidon et d’Athena pour l’Attique. Amphore tyrrhénienne,

Grecs qui, dans Aigæ et dans Heliké te font de nombreuses et gracieuses offrandes ? » Mais Poséidon reste sourd à cette invite et répond à son interlocutrice : « Je ne voudrais pas, même avec l’aide de tous les dieux, combattre Zeus, car sa puissance l’emporte de beaucoup sur la vôtre. «

Dans une autre circonstance nous voyons Hera entrer directement en lutte avec Poséidon. Il s’agissait de savoir à qui appartiendrait l’Argolide. Les dieux décidèrent de s’en remettre à un jury composé d’Inachos et des deux fleuves Céphissos et Asterion. Ceux-ci se prononcèrent en faveur d’Hera qui, comme on l’a vu plus haut, devint la déesse tutélaire par excellence d’Argos. Poséidon n’accepta pas de gaité de cœur cette décision. Sa colère se traduisit d’une façon terrible. Il tarit toutes les sources de l’Argolide. D’après une autre version, il aurait au contraire inondé le pays. En souvenir de ce fait on éleva un temple à Poséidon Proklustios (celui qui refoule les eaux).

DIVINITES DE LA MER ET DES EAUX

POSEIDON On a vu dans le chapitre relatif à Athéna que celle-ci, d’après une légende

ET qui n’a pas trouvé grand crédit, aurait été la fille de Poséidon et de Tritonis.

ATHENA

Nous avons également parlé, dans le même chapitre, de la dispute d’Athéna et de Poséidon au sujet de la possession de l’Attique. Apollod ore d’Athènes donne, à ce propos, un récit un peu différent de celui que nous avons rapporté plus haut. « Sous le règne de Cécrops, premier roi de l’Attique, les dieux résolurent de s’approprier certaines villes dans lesquelles on leur rendrait à chacun des honneurs particuliers. Poséidon vint le premier en Attique et, ayant frappé la terre de son trident au milieu de la citadelle, il y fit paraître une mer qu’on nomme Erechthéide. Athéna vint ensuite et, prenant à témoin Cécrops de sa prise de possession du pays, y planta un olivier qu’on montre encore maintenant dans le Pandrosion. Une dispute s’étant élevée entre eux sur la question de savoir à qui appartiendrait le pays,

Zeus leur donna des juges qui furent, non pas Cécrops et Craonos, ni Erechthée comme le disent quelques auteurs, mais les douze dieux ; ils adjugèrent le pays à Athéna d’après le témoignage de Cécrops qu elle y avait la première planté un olivier. Poséidon irrité inonda les champs Thiasiens et submergea l’Attique. »

Les auteurs anciens nous montrent encore Poséidon obligé de céder la place à d’autres divinités sur plusieurs points importants de l’Hellade. Il dut abandonner l’île d’Egine à Zeus, Delphes à Apollon, Naxos à Dionysos. Hélios et lui se disputèrent la région de Corinthe. Briarée, appelé à départager les deux prétendants, donna à Hel 10s l’ Acrocorinthe et à Poséidon tout le reste de l’isthme où le culte posidonien devait prendre une extension dont nous parlerons dans la suite de ce chapitre.

Dispute d’Athéna et de Poséidon.

Amphore tyrrhénienne. Coll, de Luynes.

(Lenormant et de Witte, Elite céram.)

On donnait comme femme à Poséidon une divinité de la mer Amphitrite. Les auteurs anciens ne sont pas d’accord sur son ascendance. Suivant Hésiode, elle était fille de Nérée et de Doris, tandis qu’ Apollodore d’Athènes lui donne comme parents Océan et Téthys. C’est la première de ces deux traditions qui est la plus généralement admise. Sœur de Téthys, autre fille de Nérée, Amphitrite dansait un jour dans Pile de Naxos, au milieu des autres Néréides qu elle éclipsait par sa beauté. Poséidon l’ayant vue, en tomba amoureux, l’enleva et en fit sa femme. D’après une autre tradition, les choses ne se seraient pas passées si simplement. Amphitrite essaye de se soustraire aux entreprises de Poséidon. Elle s’enfuit et va se réfugier auprès d’Atlas, au plus profond de la mer. Poséidon a perdu sa trace, mais le dauphin la retrouve. Il ramène la belle Néréide auprès du dieu de la mer qui, en reconnaissance, plaça le dauphin parmi les astres.

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