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ANTÉE

DIVINITES DE LA MER ET DES EAUX

AMYKOS. C’est en Bithynie qu’Amykos, fils de Poséidon et de la nymphe Méfie,

exerçait ses ravages. Pugiliste sans rival, il était, disait-on, l’inventeur du ceste. Il forçait à lutter avec lui les étrangers à peine débarqués et les mettait à mort. Les Argonautes ayant abordé sur son territoire, Amykos s’avance à leur rencontre et les invite à désigner le plus brave d’entre eux pour lutter avec lui. Polydeukes, célèbre par sa beauté, mais en même temps brave et agile, accepte le

Poséidon et Amphitrite.

D'apres le tableau de Rubens.

combat et tue le géant. Théocrite nous rapporte cette légende d’une manière un peu différente. D après le poète des Idylles , Polydeukes, accompagné de Pollux, trouve Amykos, enveloppé d’une peau de lion, campé près d’une source. Les deux voyageurs veulent se désaltérer, mais Amykos n’y consent que si l’un d’eux veut lutter avec lui. Polydeukes accepte. Tous les Argonautes et les Bébrykes, sujets d’Amykos, viennent assister au duel. La victoire resta à Polydeukes qui ne tua pas son adversaire, mais lui fit jurer, par son père Poséidon, qu’à l’avenir il ne maltraitrait plus les étrangers.

On racontait que sur la tombe du géant poussait le laurier sauvage et que cette plante suscitait des luttes partout où on l’apportait.

KERKYON. Comme Amykos, le brigand Kerkyon, roi d’Eleusis, autre fils de Poséidon,

obligeait les étrangers à lutter avec lui et les tuait après un combat dont l’issue ne fut jamais douteuse jusqu’au jour où il s’attaqua à Thésée. Celui-ci triompha de son adversaire et le mit à mort. D’autre part, Kerkyon, quoique fils de Poséidon, vit celui-ci porter le déshonneur dans sa propre famille. 11 avait une fille du nom d’Alope qui fut séduite par le dieu de la mer. Elle accoucha à l’insu de son père d’un enfant qu’elle chargea sa nourrice d’exposer. Allaité par une jument, le nouveau né, enveloppé de langes qui décelaient son origine, fut recueilli par un berger qui l’emporta chez lui. Un

autre pâtre lui demanda l’enfant ; il y consent mais se refuse à remettre en même temps les vêtements que le fils d’Alope portait au moment où il avait été trouvé. D’où une contestation dont Kerkyon est fait juge. Il reconnaît les vêtements, interroge la nourrice qui avoue tout.

Dans sa colère, Kerkyon condamne sa fille à mort, la fait enfermer et ordonne qu’on expose de nouveau l’enfant. Une seconde fois allaité par une jument, le fils d’Alope est trouvé par des bergers. Ceux-ci voient dans ce fait une manifestation de la volonté divine. Ils élèvent l’enfant et ils lui donnent le nom d’Hippothoon sous lequel il devint l’éponyme de la tribu attique des Hippothontes. D’après la légende, Poséidon, ému de pitié en faveur d’Alope, la métamorphosa en une source du même nom qu’on montrait sur le territoire d’Eleusis. Non loin de là, on faisait voir son tombeau ainsi que l’endroit où Kerkyon avait exercé ses exploits.

SKIRON Les rochers skiromens, écueils dangereux, aujourd’hui encore appelés Kaki

Skala, tiraient, disait-on, leur nom d’un fils de Poséidon qui se rendit, lui aussi,

SINIS.

tristement célèbre par la manière dont il traitait ceux qui avaient le malheur de passer dans ces parages. Il les obligeait à lui laver les pieds à l’endroit le plus escarpé du rocher et d’une ruade les poussait dans l’abîme où ils étaient dévorés par une tortue monstrueuse. De même que Kerkyon, Skyron fut tué par Thésée.

(Lenormant et de Witte, Elile céramographique.)

DIVINITES DE LA MER ET DES EAUX

C’est également dans les parages de l’isthme de Corinthe qu’un autre géant, fils de Poséidon, Sinis, surnommé Pityocamptès (celui qui plie les pins), soumettait les voyageurs qui lui tombaient sous la main à un singulier genre de supplice. D’une force prodigieuse, il ployait jusqu’à terre un pin immense qu’il enjoignait à ses victimes de maintenir dans cette position. Les malheureux, incapables d’un pareil tour de force, étaient emportés par l’arbre qui se relevait, puis retombaient sur le sol où ils succombaient à la violence du choc. D’après une autre légende, Sims rapprochait l’un de l’autre deux pins, y attachait les voyageurs, puis lâchait les deux arbres. Thésée soumit le brigand à ce même genre de torture.

Poséidon avec des chevaux ailes. Hydrie archaïque. (Gerhard, Auserlesene Vasenbilder .)

PROCUSTRE La légende de Procustre est I une des plus populaires de la mythologie

ERYX grecque. Ce fils de Poséidon, posté entre les plaines d’Eleusis et d’Athènes,

arrêtait les voyageurs et les soumettait à un étrange supplice. Il les étendait sur un lit qui n était jamais a leur taille. Quand leurs jambes dépassaient, le brigand les coupait ; étaient-elles trop courtes, Procustre les allongeait à coups de marteau. De même que Sinis, il se vit infliger par Thésée le supplice même qui avait fait tant de victimes.

Le géant Eryx, fils, disait-on, d Aphrodite et de Poséidon, provoquait, lui aussi, les étrangers à la lutte et les assommait. Ce fut Herakles qui mit fin à ses exploits. Eryx fut enseveli sous la montagne de Sicile qui porte son nom et sur laquelle s’éleva un des sanctuaires les plus fameux d Aphrodite.

POLYPHÈME. Polyphème, rendu célèbre par son aventure avec Ulysse, était fils de Poséidon

et de la nymphe Thoosa. On l’appelait Cyclope, quoiqu’il n’eût aucun lien de parenté avec les géants du même nom dont il a été question dans le premier chapitre de cet ouvrage. Il représente la force brutale dans toute sa hideur et se distingue par son caractère bestial et stupide. Sa seule occupation consiste à faire paître ses troupeaux de moutons et de chèvres qu’à la tombée de la nuit il abrite dans la grotte, voisine de la mer, qui lui sert à lui-même de demeure. L’entrée en est fermée par un immense rocher que vingt-deux attelages n’arriveraient pas à remuer. Il a pour arme une massue plus grande qu’un mât de navire et précipite dans la mer des sommets entiers de montagnes. Un des épisodes les plus populaires de l’Odyssée raconte comment Ulysse triompha de la stupidité de Polyphème, ce qui lui valut d’être cruellement persécuté par Poséidon, père du géant.

KYKNOS. Kyknos, fils de Poséidon et de Skamandrodikè, fut lui aussi exposé par sa

mère après sa naissance. Nourri par un cygne, il avait disait-on la peau aussi blanche que le plumage de cet oiseau. De sa première femme, il avait eu deux enfants, Tenes et Hemithea. Devenu veuf, il épousa en secondes noces Philonome à laquelle la légende prête une aventure analogue à celle de Phèdre et d Hippolyte. Elle s’éprend de son beau-fils, Tenes, qui repousse ses avances. Alors elle accuse le jeune homme d’avoir voulu lui faire violence. Kyknos, n’écoutant que sa colère fait enfermer Tenes avec sa sœur Hemithea dans une caisse qui est jetée à la mer et portée par les flots jusqu’à l’ile de Leukophrys. Là, elle est recueillie par des pêcheurs qui l’ouvrent et sauvent ainsi la vie aux deux enfants de Kyknos. En l’honneur de Tenes, Pile de Leukophrys s’appela dès lors Tenedos, notissima fama insula, selon l’expression de Virgile. La légende racontait en effet que Kyknos, ayant reconnu 1 innocence de son fils était venu à Tenedos pour se réconcilier avec lui, mais que Tenes irrité contre lui avait d’un coup de hache coupé les cordages qui retenaient sa barque au rivage. On disait aussi que l’accès de l’ile était interdit aux joueurs de flûte, parce que c’était grâce au faux témoignage de 1 un d’entre eux que Philonome avait perdu Tenes dans l’esprit de son père. Enfin, suivant une autre légende, Kyknos, après avoir fait périr sa femme, serait venu à Tenedos où il aurait été tué par Achille. Le d uel entre les deux adversaires fut longtemps sans issue, parce qu’ils étaient tous les deux invulnérables, mais Kyknos ayant trébuché, Achille le saisit et l’étrangla. Le corps de Kyknos fut métamorphosé en celui de l’oiseau qui porte son nom, le cygne (zuzvos).

ORION. Les auteurs anciens nous rapportent deux légendes différentes au sujet de la

naissance d’Orion. Suivant l’une il était fils de Poséidon et d’Euryale, fille de Minos. La seconde version donne pour père à Orion à la fois Zeus, Hermès et Poséidon. On raconte, en effet, qu’Hyrieus, fils lui-même de Poséidon et de la Pleiade Alcyoné, avait un jour reçu la visite de ces trois illustres personnages et que pour le remercier de leur hospitalité, ils lui avaient dit de formuler un souhait qui serait exaucé. Hyrieus qui désirait vivement avoir un successeur, demanda qu un fils lui fût donné. Les trois dieux fécondèrent la peau d’un bœuf qu’Hyrieus enfouit dans la terre. Quand

DIVINITÉS DE LA MER ET DES EAUX

il l’en retira, au bout de neuf mois, il y trouva un petit enfant qui devait être le géant Orion. De son père Poséidon, celui-ci reçut le don de marcher sur les flots de la mer. Il devint le héros d’un certain nombre de légendes, dont nous nous contenterons d’exposer les plus intéressantes. Orion, nous dit l’Odyssée, avait été enlevé par l’Aurore « aux doigts de rose » tombée amoureuse de lui. La chaste Artémis elle-même ne fut pas insensible aux attraits du fils de Poséidon, à la grande colère de son frère Apollon. Pour se débarrasser d Orion, le fils de Leto eut recours à un stratagème. Il défia sa sœur d’atteindre avec ses flèches un point presqu’imperceptible surnageant à la surface des flots. Artémis bande son arc, décoche une flèche et frappe le but proposé qui n’était autre chose que la tête d’Orion. Une version postérieure raconte d’une manière différente la mort du géant. Chassant

avec Artémis dans l’ile de Chios, il veut attenter à la pudeur de la déesse. Pour l’en punir, elle le fit piquer par un scorpion et il mourut de cette blessure. Il est vrai que, suivant un autre auteur, ce ne serait pas Artémis, mais Gaea qui aurait fait sortir de terre le scorpion cause de la mort d’Orion. La chose se serait passée en Crète d’où le fils de Poséidon s’était vanté de faire disparaître toutes les bêtes fauves.

L’île de Chios fut le théâtre d’une autre aventure d Orion. Venu dans cette île, il avait été l’hôte du roi Oinopios, fils de

Dionysos et d Ariane. Epris de Mérope, fille d’Oinopios, Orion demanda sa main. Le roi

de Chios, opposé à cette union, enivra Orion et, pendant qu’il cuvait son vin, lui creva les yeux, après quoi il le fit jeter sur la côte. L aveugle ne perd pas courage; il entend dans le lointain le bruit d’une forge, se dirige de ce côté et arrive ainsi dans l’ile de Lemnos, domaine d’Héphaistos. Là, il enlève un jeune garçon qu’il met sur ses épaules en lui ordonnant de le conduire dans la

direction du soleil levant. Les rayons de l’astre bienfaisant lui rendent la vue. Orion se hâte de

revenir à Chios pour se venger d’Oinopios, mais celui-ci fut sauvé par Poséidon qui lui construisit une demeure souterraine inaccessible.

Orion fut placé dans le ciel à la demande, dit-on, d’Artémis, inconsolable de lui avoir involontairement donné la mort. Il en fut de même de son chien Sirios, monstre redoutable, au souffle duquel la terre se desséchait, ne produisant plus aucune récolte. Une légende racontait que les habitants de l’ile de Céos, en proie à une terrible famine, avaient supplié les dieux de mettre un terme à leur malheur. Apollon apitoyé ordonna à son fils Aristée de se rendre à Céos. Grâce à des

sacrifices faits a Zeus Ikmaios (qui répand la pluie) des vents rafraîchissants soufflèrent pendant quarante jours sur l’île et y ramenèrent l’abondance. En souvenir de ce fait, les habitants de Céos établirent sur les sommets de leur île le culte de Sirios auquel ils offraient des sacrifices à une époque déterminée de l’année.

LES ALOADES. Il a déjà été question a différentes reprises des Aloades. Une légende en

OTOS fait les fils de Poséidon et d’Iphimedia, fille de Triops; suivant une autre

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