‹ Nouvelle mythologie illustréeChapitre 142 sur 206 · NÉ LEE · texte numérisé non relu

NÉ LEE

Statue archaïque de Poséidon. Dresde.

(Conze, Heroen und Goetlergestaflen.)

L’Odyssée nous raconte en détail la légende de Poséidon et de Tyro. « EP rise du divin Enipée, le plus beau des fleuves qui coulent sur la terre, Tyro aimait à errer sur ses riantes rives. Soudain Poséidon sortit des flots à l’embouchure du fleuve majestueux, dont il emprunta la figure; une vague azurée, haute comme une montagne, se courba et enveloppa le dieu et la jeune mortelle. Poséidon alors dénoua sa ceinture virginale et répandit sur elle un doux sommeil. Lorsqu’il eut assouvi ses désirs, il serra la main de Tyro et lui dit : « O femme, réjouis-toi de mon amour ; l’amour des immortels n’est point stérile. Dans le cours de l’année tu seras mère de deux beaux enfants ; nourris-les et prends soin d’eux. Maintenant, retourne en ta demeure, et garde-toi de me nommer ; je suis le puissant Poséidon. »

Tyro ayant mis au monde deux jumeaux, ceux-ci, comme la plupart des bâtards de Poséidon,

DIVINITES DE EA MER ET DES EAUX

furent exposés par leur mère. Ils furent allaités par une jument suivant les uns, par une chienne d’après une autre version. L’un d’eux ayant été blessé à la figure d’un coup de sabot par un cheval qui passait, reçut le nom de Pélias, après avoir été recueilli par un valet. Son frère fut appelé Nélée. Tous deux, élevés, dit-on, parmi les troupeaux de chevaux de la plaine thessahenne, devinrent d’intrépides cavaliers. Parvenus à l’âge adulte ils retrouvèrent leur mère qui dans la maison paternelle avait été réduite à des travaux serviles par une impitoyable marâtre, Sidero, qu’ils massacrèrent bien qu elle se fûr réfugiée auprès de l’autel d’Hera.

Les deux frères, à la suite d’une dispute, se séparèrent. Pélias resta en Thessalie. Outre un

fils, Bias, il eut quatre filles, objets elles-mêmes de légendes, Peisidiké, Pelopeia, Hippothoé et Alceste. D’autre part, Pélias fut pour ainsi dire le promoteur de l’expédition des Argonautes. Un oracle lui avait prédit qu’il était exposé à se voir dépouiller de son royaume par un homme n’ayant de chaussure qu’à un seul pied. Or, ayant organisé des fêtes en l’honneur de Poséidon, Pélias y invita Jason. Celui-ci, en traversant le fleuve Anauros, perdit un de ses souliers Frappé de ce fait, le fils de Tyro et de Poséidon demande à son hôte ce qu’il ferait s’il se trouvait en face d un homme qui d’après l’oracle devait le tuer. Jason répondit qu’il se débarrasserait de cet individu en lui imposant d’aller conquérir la toison d’or gardée en Colchide par un terrible dragon. On sait que c’est à Jason lui-même qu’incomba cette tâche. Revenu de Colchide au bout de quatre mois, il chargea Médée de le venger de Pélias. La magicienne se rend dans le palais du roi et dit à ses filles qu elle connaît un moyen de rajeunir leur père. Pour cela, il faut d’abord le couper en morceaux, qu’on fera cuire ensuite. Un essai fait sur un vieux bouc convainquit les malheureuses. Quand le forfait est accompli, Jason et Médée s’enfuient.

Nélée qui s était établi en Messénie où il avait fondé Pylos eut de son mariage avec Chions,

trois fils, Nestor, Chromios et Periklymène, ainsi qu’une fille, Pero. Heraklès étant venu demander à Nélée de le purifier du meurtre d’Eurytos, il refusa. Le héros furieux le tua ainsi que tous ses fils à l’exception de Nestor.

Il ne vint pas facilement à bout de Periklymène « heureux mortel que le puissant Poséidon avait doué des dons les plus précieux. Tantôt il paraissait en aigle parmi les oiseaux, tantôt (chose admirable), il se changeait en fourmi ; quelquefois il devenait une abeille et quelquefois un serpent terrible et cruel. Enfin, il prenait mille formes qu’il est impossible de détailler. Mais, par le conseil d’Athéna, Heraklès éluda tous ses artifices ». Suivant certains auteurs, Periklymène fut écrasé par

Poséidon, Herakles et Hermes, dieux pécheurs. Londres, collection Hope. (Lenormant et de Witte, Elite céramographique )

son adversaire au moment où, transformé en mouche, il se préparait à le piquer. D’autres nous le montrent transformé en aigle au moment où il fut tué. Enfin, d’après une autre légende, le fils de Nélée, ayant sauté sur le timon du char d’Heraklès, le provoqua au combat et tomba, transpercé d’une flèche.

POSEIDON Victime de la passion de Poséidon, Astypalée, fille de Phœmx, eut de lui

ET . Ancée qui, d’après Apollodore, fut le fondateur de la ville de Samos. C’était,

ASTYPALEE.

dit le même auteur, le plus vigoureux des Argonautes « et on lui donna en conséquence les rames du milieu ». Il fut le héros d’une aventure qui mérite d’être rapportée parce qu’elle est l’origine d’une de nos locutions proverbiales les plus connues. Ancée qui avait planté une vigne, y faisait travailler ses esclaves d’une manière très dure. L’un d’entre eux lui dit qu’il ne boirait pas du vin de sa vigne. Au moment des vendanges, alors que le raisin était déjà pressé, Ancée fait

DIVINITES DE LA MER ET DES EAUX

appeler le même esclave, lui ordonne de remplir une coupe, et quand il la tient en main, lui rappelle sa prédiction. « L’esclave lui répondit : il peut arriver beaucoup de choses avant que la coupe soit aux lèvres. » Au même moment on annonce à Ancée qu’un sanglier monstrueux ravage sa vigne ; il laisse là sa coupe et court attaquer le sanglier qui le tue.

Les auteurs anciens nous citent encore le nom d’un assez grand nombre de victimes de la passion

Poséidon sur son trône, Thesee et Amphitrite. Cratere d’Agrigente. Collection de Luynes. (Lenormant et de Witte, Elite céramographique.)

de Poséidon. Nous voyons se reproduire ici le même fait que nous avons déjà constaté à propos d Apollon et d’autres divinités.

Dans leur désir de se créer une ascendance divine, des tribus et des familles grecques prétendaient que le dieu de la mer avait honoré de ses faveurs une de leurs aïeules. Le fils né de ces relations était leur véritable ancêtre, ce qui leur donnait un lustre très envié. Des pays et des villes avaient reçu leur nom de fils de Poséidon nés dans de telles conditions. Byzas était le fondateur de Byzantion, Dyrrhachios de la ville de Dyrrhachiom en lllyrie ; Delphos avait donné son nom à la ville de Delphes. Dans l’île de Rhodes, la ville d’Ialysos était ainsi appelée d’un fils de Poséidon. Le héros éponyme de 1 île de Calaurie était Calaurios et celui de la Phocide Phokos, tous deux nés des amours du dieu de la mer.

Les Nereides. D’apres un sarcophage ancien. Paris, Musée du Louvre. (Clarac, Musée.)

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