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PUISSANCE ET ATTRIBUTIONS DE ZEUS

TOUTE Si l’imagination grecque a prêté à Zeus des aventures plus ou moins

scabreuses, les Hellènes ne s’en firent pas moins de ce dieu une conception très DE ZEUS. , r

élevée, où l’on a pu voir les premiers germes du monothéisme. Comme on le

verra par la suite, l’Olympe abritait un grand nombre de divinités, aux attributions les plus diverses.

Leur puissance, cependant, est infime par rapport à celle de Zeus. Celui-ci résume tout en lui, et

c’est à juste titre que les Grecs l’appelèrent le père des dieux et des hommes.

Zeus est d’abord le plus fort. Pour arriver à imposer sa suprématie, il a dû soutenir de longues

luttes contre les Titans et les Géants. Il en est sorti vainqueur, mais sa sœur Hera, qui est en

même temps son épouse, et ses deux frères, Poséidon et Hadès, se résignent mal à lui obéir

passivement. N’était-il pas convenu que Poséidon devait régner sur la mer, Hadès sur les enfers,

tandis que la souveraineté du ciel appartiendrait à Zeus ? Mais le dernier-né de Kronos ne l’entend

pas ainsi. Il accepte bien de voir d’autres dieux à côté de lui, mais à condition que ceux-ci soient

ses humbles sujets auxquels il consent à déléguer une partie de son pouvoir. A l’occasion, il les

rappelle à la réalité, comme dans ce passage typique de l’Iliade :

« Vous connaîtrez combien il est vrai que je suis le plus fort de tous les dieux. Voyons,

essayez, dieux, afin que vous le sachiez tous : attachez au ciel une chaîne d’or, à laquelle vous

vous suspendrez tous, dieux et déesses. En dépit de tous vos efforts, vous n’entraînerez pas vers la

terre Zeus, le souverain ordonnateur. Mais, si moi-même je voulais tirer la chaîne à moi, je tirerais

avec elle la terre et la mer ; puis je l’attacherais au sommet de l’Olympe et tout l’univers resterait

suspendu. Tant je suis au-dessus des dieux et des hommes. »

Une poésie orphique, citée dans un ouvrage faussement attribué à Aristote, nous présente sous

la forme suivante l’idée que les Grecs se faisaient de la toute-puissance de Zeus :

« Zeus a été le premier ; Zeus est le dernier et le maître du tonnerre. — Zeus est la tête ;

Zeus est le milieu ; c’est de Zeus que vient l’univers. — Zeus est la base de la terre et du ciel aux

astres brillants. — Zeus a été mâle, Zeus a été aussi une nymphe immortelle. — Zeus est le

souffle de tout ; Zeus est la racine de la mer ; Zeus est le maître du monde tremblant sous la

foudre qu'il lance. — Après avoir créé tous les êtres il les met dans une lumière éblouissante qu’il

tire de son cœur sacré, accomplissant les choses les plus merveilleuses. »

D’innombrables épithètes, accolées au nom de Zeus (on n’en a pas compté moins de cent

cinquante), nous présentent le dieu sous les faces multiples que lui avait attribuées 1 imagination des

peuples grecs. « On l’appelle le dieu qui lance les éclairs et la foudre, on 1 appelle éthéré, aérien,

auteur du tonnerre et de la pluie et des phénomènes analogues. On 1 appelle le père des fruits à

cause des fruits que porte la terre ; gardien des villes à cause des cités qu il protège ; générateur,

ZEUS

défenseur, père, créateur, à cause des bienfaits qu’il répand à tous ces égards ; amical, hospitalier, guerrier, triomphateur, purificateur, combattant, suppliant, favorable, tous noms que lui donnent les poètes ; sauveur et libérateur ; et, pour tout dire en un mot, il est à la fois céleste et terreste,

Leda et le cygne. D’apres le tableau d’un elève de Leonard de Vinci. (Phot. Alinari, Florence.)

recevant ainsi des noms tirés de toute la nature et de tous les phénomènes, comme étant lui-même la cause de toutes les choses. »

Chacune de ces épithètes pourrait prêter à un long développement, mais une telle énumération finirait par devenir fastidieuse. Ce qu’il faut retenir c’est que Zeus avait de nombreuses attributions,

physiques et morales, qu’on a très bien résumées en disant que son empire « était fondé sur la double supériorité de la force et de la sagesse » .

La force de Zeus, nous l’avons vue à l’œuvre dans les luttes qu’il avait dû soutenir pour établir sa suprématie définitive. Son autorité, désormais incontestée, s’exerce librement sur tous les autres dieux. Elle n’est cependant pas tout à fait illimitée, car elle est elle-même soumise à une puissance supérieure, la Moira ou destinée, que l’anthropomorphisme grec personnifia dans la figure des trois Parques.

LES MOIRAS La Théogonie d’Hésiode explique de deux manières différentes l’origine

des Parques. Dans un premier passage le poète nous dit : « La Nuit engendra les Destinées, les Parques impitoyables, Clotho, Lachésis et Atropos, qui dispensent le bien et le mal aux mortels naissants, poursuivent les crimes des hommes et des dieux, et ne déposent leur terrible colère qu’après avoir exercé sur le coupable leur terrible vengeance » . A la fin de la Théogonie on lit ces vers, sans doute interpolés : « Thémis épousée par Zeus lui donna Clotho, Lachésis et Atropos, qui dispensent aux hommes les biens et les maux. »

Quelle que soit leur origine, les Parques jouent un rôle considérable dans la mythologie grecque. Elles représentent une puissance qui veille sur la destinée de l’homme depuis sa naissance jusqu’au tombeau. On les a représentées sous la forme de fileuses et comparé la vie de l’homme à un fil qui se casse à chaque acte de son existence, la force inhérente à la vie humaine étant aussi mince et aussi faible qu’un fil.

Voici comment un auteur ancien expliquait les attributions respectives de chacune des trois Parques : « Le fil du fuseau est ou ce qui a été accompli, ou ce qui doit l’être , ou ce qui est et tourne encore. Une des Parques est consacrée au passé, c’est Atropos, parce que tout ce qui est passé est irrévocable ; pour l’avenir c’est Lachésis, car la fin, conforme à la nature, se manifeste en toutes choses ; pour le présent c’est Clotho, parachevant et cousant pour chaque chose tout ce qui s’y rapporte. »

Quelle est la situation des dieux, et de Zeus en particulier, vis-à-vis de la Moira ? Un fait est certain, c’est qu’ils sont impuissants contre elle et ne peuvent pas la modifier. Dans l’Iliade, Homère nous montre comment Zeus, ému dans ses entrailles de père en voyant un de ses fils, Sarpedon, sur le point de succomber sous les coups de Patrocle, n’en finit pas moins par se soumettre à l’inévitable. Il fait part des sentiments qui l’agitent à Hera, qui le rappelle à la réalité en termes véhéments : « Fils impérieux de Kronos, qu’oses-tu entreprendre ? Veux-tu arracher une seconde fois à la sombre Parque un mortel destiné dès longtemps au trépas ? Satisfais ce désir mais tu exciteras le murmure de tous les dieux ». Zeus s’incline et, dit le poète, « le père des dieux et des hommes ne s’oppose point au cours des destins. Il fait distiller des deux une sanglante rosée en témoignage de sa douleur » .

C’est qu’il ne peut pas y avoir de contradiction entre la Moira et Zeus ; la destinée, c’est la

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