ZEUS AMMON
une oasis du désert de Libye où le dieu était adoré sous le nom de Zeus Ammon. Peu de points de
la mythologie grecque ont suscité plus de controverses, mais comme on l’a très bien dit : « les érudits ne sont d’accord ni sur la nature et la nationalité du dieu adoré dans l’oasis, ni sur la genèse de l’institut divinatoire » . L’hypothèse la plus plausible semble être celle d’après laquelle Ammon était une divinité égyptienne qui avait « soit une tête humaine, surmontée de deux grandes plumes, soit une tête de bélier, symbole de virilité dont le type de Zeus Ammon conserve encore un dernier vestige, les cornes recourbées en bas et en avant ». Les Grecs adoptèrent le dieu égyptien, mais transformeront son culte en l’adaptant à leurs croyances personnelles. D’autres écrivains soutiennent, au contraire, que le culte de Zeus fut importé de Grèce en Egypte au VIIe siècle avant J.-C., lors de la fondation de Cyrène.
Quoiqu’il en soit, le culte de Zeus Ammon finit par devenir très populaire en Grèce, et son oracle n’était guère moins important que ceux de Dodone et d’Olympie. Outre les modes d interprétations ordinairement usités ailleurs, il y en avait un tout à fait spécial à Zeus Ammon. C était de la statue même du dieu que partaient les signes de la volonté divine, ensuite înterpré-
tés par les prêtres. Placée dans une nacelle dorée et portée par quatre-vingts prêtres, cette statue était ainsi promenée à certains jours au milieu des assistants. On disait qu’elle faisait des signes de tête et que les reflets changeants des pierreries dont elle était couverte étaient également des indices de la volonté divine.
Comme leurs confrères d’autres sanctuaires, les prêtres de Zeus Ammon interprétaient le vol des oiseaux, le bruissement des feuilles agitées par le vent, le murmure des eaux d’une source merveilleuse : on disait que cette source se réglait sur la marche du soleil, « froide à midi, chaude à minuit, elle semblait vouloir faire équilibre à la chaleur du jour et à la fraîcheur de la nuit ».
Les historiens grecs citent diverses circonstances dans lesquelles plusieurs Etats grecs envoyèrent des missions consulter l’oracle de Zeus Ammon. La visite la plus célèbre fut celle que fit Alexandre à l’oracle libyen. Diodore de Sicile nous en a laissé le récit :
« Lorsque Alexandre fut introduit dans le temple et qu’il aperçut la statue du dieu, le prophète, homme très âgé, s’avança vers lui et lui dit : « Salut, ô mon fils, recevez ce nom de la part du dieu. » Je l’accepte « ô mon père », répondit Alexandre, « et désormais je me ferai appeler ton fils, si tu veux me donner l’empire « de la terre ». — Le prêtre entra alors dans l’adyton, et, pendant que les porteurs de la statue du dieu se mettaient en mouvement suivant certains signes de la voix du dieu, il assura Alexandre que le dieu lui accordait sa demande. Alexandre continua et dit : « Il me reste encore, ô dieu protecteur, à te
« demander si j’ai puni tous les assassins de mon père, ou si quelques-uns ont échappé à « mes recherches. » — « Ne blasphème pas », s’écria le prêtre, « nul ne saurait attenter « à la vie de celui qui t’a donné le jour : quant aux assassins de Philippe, ils ont tous reçu « leur châtiment. »
Un autre capitaine fameux de l’antiquité, Hannibal, consulta, lui aussi, l’oracle de Zeus Ammon, quand après la bataille de Zama il dût s’enfuir de Carthage. Mais le crédit de l’oracle baissa de plus en plus à l’époque romaine. On se moquait de l’ignorance des prêtres. Ceux-ci conservaient, paraît-il, une lampe qui ne s’éteignait jamais et qui d’année en année consommait moins d’huile. D’où ils concluaient, d’après Plutarque, « que la marche du temps est irrégulière, et que chaque année est toujours plus courte que la précédente, puisque, naturellement, il faut un temps moindre pour une moindre consommation » .
A l’époque où le christianisme fit son apparition, le culte du dieu cormgere avait complètement disparu.
Profil d'un buste colossal de Zeus de Melos. Londres, British Muséum.
(Overbeck, Allas der Kunslmythologie.)
ZEUS