DE ZEUS
La
ma-
Itera et le coucou. Amphore apulienne.
(Lenormant et de Witte, Elite céramographique .)
jorité des auteurs anciens s’accordent pour dire que de l’union d’Hera et de Zeus naquirent plusieurs enfants. D’après une autre tradition cette union serait, au contraire, restée stérile. Certaines légendes nous montrent même Hera devenant mère sans la volonté de Zeus.
L une des plus gracieuses déesses de l’Olympe était Hébé, généralement considérée comme la fille d Hera et de Zeus. Certains auteurs disent que Zeus n’avait été pour rien dans sa naissance qu’ils expliquent de la manière suivante : Apollon aurait invité Hera à un repas où la déesse mangea des laitues sauvages et c’est ainsi qu’elle aurait conçu sa fille. Celle-ci personnifiait la
jeunesse éternelle; c’est elle qui versait aux dieux l’ambroisie qui les empêchait de vieillir. On a vu dans le chapitre précédent à la suite de quel accident ce rôle d’échanson lui fut enlevé et attribué à Ganymède. Elle faisait partie, dans l’Olympe, du chœur de danses formé par les Heures, Harmonie, Aphrodite, Artémis, et qui évoluait aux accords de la lyre d’Apollon.
Etroitement unie à sa mère, Hébé devait servir de gage pour la réconciliation d’Hera et d’Héraklès. Fiancée à l’illustre héros, elle devient son épouse quand il est admis dans l’Olympe et on disait que de leur union étaient nés deux fils, Alexiarès et Aniketos.
On donnait comme sœur à Hébé une divinité d’un caractère tout à fait particulier, llithye « la mère des douleurs » , comme la qualifie Homère. Les douleurs dont il s’agit ici sont celles
de l’enfantement. Nous la voyons jouer son rôle dans plusieurs circonstances importantes. Quand Alcmène, séduite par Zeus, est sur le point de déposer son fardeau, Ilythie, à l’instigation d’Hera, fait tout son possible pour retarder le dénouement après avoir, au contraire, favorisé la naissance d’Eurysthée, le frère jumeau d’Héraklès. Selon la légende, llithye et les Moiras, assises devant la chambre d’Alcmène, les mains croisées sur les genoux et prononçant des paroles magiques, prolongèrent pendant neuf jours et neuf nuits le supplice de la malheureuse Alcmène. Une amie d’enfance de celle-ci, Galiathias, employa la ruse pour mettre un terme à la situation. Sortant brusquement de la chambre d’Alcmène, elle annonça que selon les vœux de Zeus, l’épouse d’Amphitryon venait de donner le jour à un fils. Effrayées, llithye et les Moiras se levèrent. Aussitôt le charme se trouva rompu et Héraklès naquit. La légende ajoute que pour punir Galiathias, llithye la transforma en belette, mais Hécate en eut pitié et l’attacha à son service. Par reconnaissance envers Galiathias, Héraklès lui éleva un temple à T hèbes et lui offrit lui-même le premier sacrifice.
Nous avons déjà raconté, dans le chapitre précédent, comment Hera essaya d’empêcher Leto de donner le jour à Apollon et à Artémis en retenant llithye dans l’Olympe. La « mère des douleurs » ne consentit à se transporter dans l’ile de Delos que sur la promesse d’un « grand collier de neuf coudées, noué de fil d’or « .
On cite encore une autre fille d’Hera et de Zeus, Angelos, élevée, dit-on, par les Nymphes. Les rapports entre la mère et la fille ne furent pas heureux. Angelos déroba à Hera l’onguent
Hera et Hébé.
Lecythe. (Lenormant et de Witte, Elite céramographique.)
HERA
auquel celle-ci attachait un prix particulier et le donna à Europe, fille de Phoenix. La colère d’H era fut terrible. Réfugiée d’abord dans une chambre d accouchée, Angelos ne trouva d autre moyen de se soustraire au courroux de sa mère que de s’attacher aux convois funèbres. A la fin elle fut purifiée par les Cabires, sur les bords de l’Achéron, et dès lors appartint au monde souterrain.
LES FILS D’HERA Arès, le dieu de la guerre, passait aux yeux des Grecs pour le fils légitime
ET DE Z US. <Je Zeus et d’H era. Dans l’Iliade Zeus l’invective en ces termes : « Tu es le ARÈS
ET HÉPHAÏSTOS plus haïssable des habitants de l’Olympe ; sans cesse tu te plais aux discordes,
aux combats, aux querelles ; tu as . ,
l’esprit inflexible et intraitable de ta mère Hera, que je peux à peine dompter par mes réprimandes. » Une autre légende dénie à Zeus la paternité d’Arès. Par dépit de la naissance d’Athéna, Hera aurait engendré son terrible fils par suite du simple contact d’une fleur merveilleuse.
Les auteurs anciens sont encore moins d’accord sur la filiation d’Héphaïstos que sur celle d’Arès. En général, il est considéré comme fils d’Hera et de Zeus.
Une légende dit même qu’il était né des relations qu’ils eurent avant leur mariage. D’après une autre version,
Hera portait déjà en elle, au moment de son union avec Zeus, l’enfant qui devait être Héphaïstos. L’ayant mis au monde, elle prétendit l’avoir conçu « iïosu yiçea>s » , c’est-à-dire sans commerce charnel.
Alors que tous les enfants des dieux resplendissent de beauté, Héphaïstos, d’après la légende, naquit laid et difforme. Sa mère eut honte de lui et, pour éviter les moqueries des Olympiens, le précipita dans la mer. Il y fut reçu par Eurynomé, fille de l’Océan, et par Thétis « aux pieds d’argent » ; elles le cachèrent et l’élevèrent. Cette chute avait, selon l’expression d’Homère, laissé Héphaïstos « infirme et les pieds tournés ». Pour se venger de sa mère, Héphaïstos lui envoya un trône d’or pourvu de liens invisibles. Quand elle y prit place, elle se vit enchaînée et tous les efforts des autres dieux furent impuissants à la délivrer. Il fallut qu' on allât chercher Héphaïstos pour que sa mère sortît de cette situation ridicule.
Une autre légende nous montre Héphaïstos précipité du ciel non par Hera, mais par Zeus. Héphaïstos avait voulu venir au secours de sa mère quand celle-ci avait été suspendue du haut de l’Olympe à une chaîne d’or, une enclume à chaque pied. Zeus irrité saisit Héphaïstos, le précipita dans le vide où il tournoya toute la journée pour tomber définitivement dans L île de Lemnos. Ce serait donc par piété filiale qu’Héphaïstos aurait encouru le courroux du maître de l’Olympe, quoiqu’il n’eût pas à se louer de sa mère Hera.
Zeus et Hera. Autel des douze grands dieux. Paris, Musee du Louvre.
HER A II a déjà été question du monstre Typhœus à propos de la lutte que
Zeus eut à soutenir contre lui. Certains auteurs en font un fils d’Hera. Dans
TYPHŒUS.
l'hymne à Apollon nous voyons l’épouse de Zeus, irritée de ce que celui-ci ait osé « enfanter seul Athéna aux yeux bleus », s’écrier : « Ecoutez-moi maintenant, Terre, et au-dessus, vaste ciel ; et dieux Titans, qui sous la terre demeurez autour du grand Tartare, et de qui nous sommes issus, hommes et divinités; écoutez-moi tous et donnez-moi un enfant, sans Zeus, et qu’il ne lui soit nullement inférieur en force, qu’il le surpasse même, autant que Zeus, au vaste regard, a surpassé Kronos. » Le poète nous dit qu’ensuite Hera « frappa la terre de sa forte main. Or, la terre productrice des aliments en trembla; ce que voyant, Hera en son cœur en fut charmée, car elle sentait que ses vœux étaient accomplis. De ce moment, jusqu’à ce que l’année fut révolue, elle n’entra pas dans la couche du pensif Zeus... Enfin, lorsque les mois et les jours se furent écoulés, et que les saisons de l’année revinrent recommençant leur cours, elle enfanta, non un fils semblable aux dieux ou aux hommes, mais l’effroyable, le terrible Typhœus, fléau des mortels ». Nous avons raconté dans un chapitre précédent quel adversaire redoutable fut pour Zeus le monstre engendré par Hera seule, ainsi que les péripéties dramatiques du duel qui s’engagea entre les deux adversaires. Une fois de plus, Hera dut renoncer à triompher de son tout puissant époux.
HERA Non contente de persécuter ses rivales, Hera s’ingénie à étendre sa
ET LES ENFANTS vengeance sur |es enfants qu elles ont eus de Zeus. Elle s’acharna d’une SES RIVALES façon particulière contre Héraklès. N’ayant pu l’empêcher de naître, elle médite de le supprimer dès son berceau. Tandis que le fils de Zeus et Alcmène sommeille, deux serpents monstrueux se glissent auprès de lui. Alcmène, réveillée, appelle au secours et son mari accourt l’épée à la main. Mais son intervention est inutile. De ses mains déjà prodigieusement vigoureuses, l’enfant a saisi les deux monstres et les a étranglés. L’entreprise d’Hera a échoué. Bien plus, d’après une autre légende, c’est elle qui, à son insu il est vrai, va assurer l’immortalité du héros, en le nourrissant pendant quelques instants de son lait. Zeus et Athéna s’entendent, en effet, pour envoyer Hermès, avec le jeune nourrisson, auprès d’Hera endormie. Héraklès s’empara du sein de la déesse, mais celle-ci se réveille et repousse brusquement l’intrus. De la gerbe de lait qui jaillit à ce moment, l’imagination poétique des anciens avait fait la voie lactée.
La haine d’Hera contre Héraklès s’étend jusqu’aux compagnons de l'illustre héros. Pour avoir construit le bûcher sur lequel devait monter le fils de Zeus et d’Alcmène, Philoctète est mordu par un serpent envoyé par Hera. De sa blessure se dégageait une odeur si épouvantable que les Grecs durent se décider à abandonner le malheureux, privé de tout secours, dans l’île de Lemnos.
C’est également un serpent qu’Hera envoie contre Leto, la mère d Apollon et d Artémis.
IIERA
Leto n’est sauvée que grâce à l’intervention de Zeus et d’Héphaïstos, puis Apollon tue le monstre à coups de flèches.
On a vu dans le chapitre précédent comment Semélé avait trouvé la mort pour avoir demandé à Zeus, à l’instigation d’Hera, de se présenter à elle dans tout l’apparat de sa divinité. Nous avons également raconté comment l’enfant qu elle portait dans son sein, et qui devait jouer un si grand rôle sous le nom de Dionysos, fut sauvé par Zeus. La sœur de Semélé, Ino, servit de mère à l’enfant et s’attira ainsi la haine implacable d’Hera. Les effets de cette haine ne se firent pas sentir
Zeus, Hera et Nike. Frise du Parthenon. (Overbeck, Allas der Kunslmythologie.)
immédiatement. Hera attendit qu’lno eut épousé Athamas dont elle eut deux fils, Learchos et Melicertes. Frappé de démence, Athamas tue Learchos qu’il prend pour un jeune cerf. Melicertes eût subi le même sort si sa mère ne l’eût saisi dans ses bras. Après une longue course elle arriva au bord de la mer où elle se précipita avec son fils. Un dauphin chargea l’enfant sur son dos et le transporta jusqu’à l’isthme de Corinthe. Quant à Ino, elle prit rang parmi les divinités de la mer.
On a lu plus haut de quelle façon Hera exerça sa vengeance sur deux autres malheureuses victimes de la passion de Zeus, Callisto et lo. C’est Hera qui, d’après une légende, aurait métamorphosé Callisto en ourse et poussé ensuite Artémis à tuer cet animal. Quant à lo, changée en vache, elle eut à subir, de la part d’Hera, un supplice d’une cruauté inouïe.
AUTRES VICTIMES D’HERA.
LES PROÏTIDES.
AEDON.