L’INTELLIGENCE
ET son père, elle dépasse tous les dieux en intelligence ; elle est la protectrice d’Ulysse,
DE LA RAISON. le plus avisé des héros homériques. A ce point de vue elle méritait bien d’être la déesse de prédilection du peuple grec qui, suivant la belle expression de M. Victor Bérard « fut le premier peuple raisonnable. Le premier, il osa proclamer la légitimité, la nécessité en toute chose du libre raisonnement. Le premier, il déclara que les règles posées par la raison souveraine sont universelles et immuables, que tout dans ce monde est sujet à ces lois ; que sans doute les dieux régnent dans le ciel et le régissent au gré de leur caprice ; mais que la terre fut livrée à l’homme raisonnable pour y créer, par les efforts de la sagesse, le règne du bonheur et de la liberté ». A Athènes, c’est Athéna qui préside aux assemblées du peuple ; c’est à elle que la légende attribue la fondation de l’Aréopage et l’adoption de cette mesure si humaine qu’en cas d’égalité des voix, la balance de la ]ustice doit pencher en faveur de l’accusé. Lors de la fête du labourage, le prêtre d’Athéna chargé de tracer au pied de l’Acropole le sillon sacré, prononçait ces paroles empreintes déjà d’une si haute humanité : « Tu ne refuseras à personne de l’eau ou du feu ; tu n’indiqueras à personne un mauvais chemin ; tu ne laisseras aucun corps sans sépulture ; tu ne tueras pas le taureau qui sert à tirer la charrue. »
Athéna et Hermes. Amphore panathenaïque.
(Gerhard, Auserlesene Vasenbilder.)
ATHÉNA DÉESSE Les anciens pensaient avec raison que la première base de la civilisation était
PROTECTRICE l’agriculture. Or, c’était Athéna qui passait pour avoir enseigné aux Grecs la
L’AGRICULTURE culture du sol. On lui attribuait l’invention de la charrue et nous avons déjà vu
qu elle avait planté sur l’Acropole le premier olivier. Pendant assez longtemps, quiconque abattait un oliver était condamné à mort. A Athènes, différentes fêtes rappelaient chaque année le souvenir d’Athéna déesse de l’agriculture. Les Chalfaeia (de ytd/.bi, airain) fêtaient l’invention de la charrue. Il y avait une fête particulière aux différentes dates qui ont une importance particulière pour l’agriculture, depuis les semailles jusqu’à la moisson. Nous avons déjà
parlé plus haut de la cérémonie où un prêtre d’Athéna, le Bouzyge, traçait, avec la charrue, un si lion au bas de l’Acropole. A la fin de l’hiver avait heu la fête des Procharistéria, destinée à remercier d’avance la déesse de ses bienfaits. Au printemps se célébraient également les fêtes assez mystérieuses des Plynteria et des Kallynteria. Les Plynteria (de nhjvrr'jpcov, lavoir) avaient principalement pour but le nettoyage du temple d’Athéna et de la statue même de la déesse. Par les Kallynteria on célébrait la fin de ces travaux et on y associait l’idée de l’abondance des futures récoltes. Cette hypothèse repose sur le fait que parmi les objets portés pendant la procession qui avait lieu à cette occasion se trouvait un plat de figues. Or, la figue était considérée comme un don d’Athéna.
Au cœur même de l’été, alors qu’on redoutait pour les récoltes les effets d’une chaleur
excessive, on célébrait les fêtes appelées Sfairophoria (de < T/.ittov , ombrelle, dais).
Une procession partant du temple d’Athéna, allait jusqu’à un endroit situé à quelque distance d’Eleusis.
Elle était conduite par un prêtre qui s’abritait sous un grand parasol blanc. La cérémonie se terminait par un sacrifice à Athéna.
Vers la même époque
Athéna avec Dionysos, Apollon et Kore. Hydrie archaïque.
(Gerhard, Jluserkscne Vasenbilder.) avaient lieu les fêtes des
Arrephoria qui se rattachent
également au culte d’Athéna comme déesse de l’agriculture, bien qu’il soit assez difficile d’établir clairement ce rapport.
Ces fêtes restent pour nous voilées d’un mystère impossible à pénétrer. On choisissait chaque année, parmi les meilleures familles d’Athènes, un certain nombre de jeunes filles. Deux d’entre elles recevaient le titre d’arréphores. Pendant une année entière, elles devaient vivre sur l’Acropole. Au moment des fêtes, la prêtresse d’Athéna leur remettait des corbeilles contenant des objets mystérieux qu’elle-même ne connaissait pas. Les arréphores portaient, pendant la nuit, ces corbeilles jusqu’à un souterrain où elles en recevaient d’autres, qu elles rapportaient tout aussi mystérieusement à la prêtresse d’Athéna. On a émis l’hypothèse que les Arréphoria étaient peut-être une fête du battage du blé.
Enfin, Athéna était également associée aux Oschophoria, qui marquaient le début des vendanges. Il en sera question plus longuement dans le chapitre consacré à Dionysos.
ATHENA
LES