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ZEUS FOUDROIE LES TITANS

D’apres le plafond de Veronese. Paris, Musee du Louvre.

LES DYNASTIES SUCCESSIVES DES DIEUX GRECS

montagnes. De sa tête il touchait souvent aux astres ; de ses mains, l’une touchait au levant et l’autre au couchant... Des ses cuisses sortaient des vipères nombreuses qui, en formant des replis tortueux, l’entortillaient jusqu’à la tête et faisaient entendre des sifflements effroyables. Tout son corps était couvert de plumes ; des crins épais et mêlés flottaient sur sa tête et sur ses joues » .

Typhœus attaque les dieux qui, le voyant escalader le ciel, sont terrifiés. Ils s’enfuient en Egypte, où, pour échapper au monstre, ils se métamorphosent en animaux. La lutte entre le géant

Athéna et Dionysos combattant contre les Géants. Amphore bacchique. (Gerhard, Auserlesene Vasenbilder.)

et Zeus fut particulièrement âpre. Zeus, grâce à la foudre et à une faulx en diamant repousse Typhœus et le poursuit jusqu’en Syrie. Là, un corps à corps s’engage entre les deux adversaires. Typhœus enlace Zeus dans les replis des vipères qui sortaient de ses cuisses et le réduit à l’impuissance. S’emparant de la faulx de diamant, dont s’était armé le maître de l’Olympe, il s’en sert pour lui couper les nerfs des pieds et des mains. Incapable d’opposer la moindre résistance, Zeus se voit emporté sur les épaules du géant jusque dans un antre en Cilicie. Typhœus l’y dépose, ainsi que les nerfs enveloppés dans une peau d’ours. C’est Hermès qui vient au secours de Zeus. Il dérobe les nerfs, les remet en place, et permet ainsi au maître de l’Olympe de reprendre la lutte. Monté sur un char attelé de chevaux ailés, Zeus poursuit sans relâche le monstre en l’accablant de coups de foudre. Typhœus répond en lançant contre son ennemi des montagnes entières. Mais ses forces s’épuisent, son sang s’écoule par de nombreuses blessures. Il s’enfuit, traverse la mer et arrive jusqu’en Sicile où Zeus triomphe définitivement de lui en l’écrasant sous le mont Etna.

Typhœus avait comme épouse « un être monstrueux auquel rien ne ressemble chez les dieux et chez les hommes, la divine, la redoutable Echidna. C’est, dans la partie supérieure du corps, une nymphe au doux regard, au beau visage, et, dans le reste, un énorme serpent tout couvert d’écailles aux couleurs changeantes, qui se repaît d’une nourriture sauvage dans les entrailles de la terre » .

De l’accouplement de Typhœus et d’Echidna naquirent d’autres monstres dont il sera plus longuement parlé dans la suite de cet ouvrage et dont nous nous contenterons, pour le moment, de donner l’énumération : les chiens Orthros et Cerbère, l’hydre de Lerne, la Chimère, etc...

SORT DES On a vu plus haut comment les Titans, après une lutte terrible, furent

TITANS vaincus, définitivement vaincus par Zeus. Réduits à l’impuissance ils sont précipités dans LE TARTARE.

le Tartare, « aussi loin de la surface que la terre l’est du ciel ; car le même

espace, qui sépare le ciel de la terre, sépare aussi la terre du Tartare. Tombant du ciel, une

enclume d’airain roulerait pendant neuf jours et neuf nuits et la dixième ne toucherait pas encore la terre ; tombant de la terre, elle descendrait neuf autres jours, neuf autres nuits et, la dixième nuit seulement, entrerait dans le Tartare ». Mais cet éloignement ne suffit pas. Toutes les précautions sont prises pour empêcher un retour offensif des Titans. « Autour du Tartare s’étend un mur d’airain ; dans sa partie supérieure règne une triple nuit ». La porte qui donne accès au Tartare est

en fer et a été forgée par Héphaïstos. Les trois géants qui ont prêté main-forte à Zeus dans

la lutte contre les Titans, Gygès, Kottos et Briarée, sont chargés de veiller à ce qu’aucun des prisonniers ne puisse franchir le seuil redoutable. Et l’espace n’a pas été mesuré aux Titans, car, dit Hésiode, « entré dans le Tartare, on ne pourrait, dans le cours d’une année entière, en atteindre l’extrémité; on irait sans cesse, emporté ça et là par d'impétueux tourbillons. Au sein de ces étranges lieux, redoutés même des immortels, s’élève le triste palais de la Nuit, toujours enveloppé de sombres nuages » .

Immortels mais déchus, les Titans disparaissent ainsi de la scène. L’un de leurs descendants joue cependant encore un rôle considérable dans la mythologie grecque : c’est Prométhée.

LA LÉGENDE L’un des Titans, Japetos, eut, de son union avec l’Océanide Clymène,

DE , quatre fils : Atlas, Menoïtios, Epiméthée et Prométhée. Tous les quatre, pour

PROMETHEE.

des causes diverses, encoururent le courroux de Zeus.

Atlas, dont il sera plus longuement question dans le chapitre consacré à Héraklès, fut condamné « aux bornes de la terre, debout devant les Hespérides, à soutenir le ciel de sa vaste tête et de ses mains infatigables ». Menoïtios fut plongé dans l’Erèbe, par Zeus, à cause de « sa méchanceté et de son audace sans mesure » . Quant à Epiméthée, il se trouve dans la légende étroitement associé à Prométhée, comme on le verra dans la suite de ce récit.

Le mythe de Prométhée est certainement l’un des plus curieux de toute la mythologie grecque et, peut-être, celui qui, au cours des temps, a été le plus enrichi par l'imagination des poètes et des

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philosophes. A l'encontre des autres Titans qui ne sont que l’expression de forces brutales et aveugles, Prométhée personnifie la ruse et l’intelligence, mais n’en succombe pas moins dans sa lutte inégale contre Zeus.

Comment Prométhée s’est-il attiré le courroux du maître de l’Olympe ? Il ne faut citer que pour mémoire la légende d’après laquelle Prométhée aurait été le propre fils d’Héra, épouse de Zeus, violée avant son mariage par le Géant Eurymédon. Tout aussi invraisemblable est la légende qui nous montre Zeus irrité contre Prométhée, parce que celui-ci aurait voulu porter atteinte à l’honneur d’Athèna. D’après certains auteurs, n’est-ce pas Prométhée qui aurait présidé à la naissance de la fille de Zeus en fendant d’un coup de hache la tête de ce dernier, rôle généralement attribué à Hephaïstos ?

La véritable cause de la haine de Zeus pour Prométhée, c’est que le fils de Japetos a été le bienfaiteur des hommes, dont il est même considéré parfois comme créateur ainsi qu’on le verra plus loin.

D’après Hésiode, Prométhée déchaîna d’abord contre lui la colère de Zeus par une supercherie qui fut fort sensible au maître des dieux. Mortels et dieux s’étaient réunis à Mécone pour délibérer sur leurs prérogatives réciproques et en particulier, semble-t-il, pour savoir quelle part reviendrait aux uns et aux autres en ce qui concernait les victimes offertes en sacrifice. Chargé d’opérer le partage, « Prométhée, pour tromper la sagesse de Zeus, expose à tous les yeux un bœuf énorme qu il avait divisé à dessein : d’un côté, il renferme dans la peau les chairs, les intestins et les morceaux les plus gras en les enveloppant du ventre de la victime ; de l’autre, il dispose avec une perfide adresse les os blancs qu’il recouvrit de graisse luisante ». Invité à choisir, Zeus, trompé

par les apparences, n’hésite pas à prendre pour sa part le lot qui lui semble le plus avantageux. Mais, lorsque « de ses deux mains il écarte la graisse éclatante de blancheur, il devint furieux et la colère s’empara de son âme tout entière quand, trompé par un art perfide, il aperçut les os blancs de l’animal » . C’est depuis ce temps, ajoute Hésiode, que « la terre voit les tribus des hommes brûler, en l’honneur des dieux, les blancs ossements des victimes sur les autels parfumés ».

LE Outré de se voir ainsi frusté au bénéfice des hommes, Zeus se venge d’eux

d’une façon terrible. 11 leur enlève ce don précieux qu’est le feu. Avant ce funeste événement leur bonheur était sans mélange. Mais, en les privant du feu, Zeus « leur a caché le secret d’une vie frugale. Autrement le travail d’un seul jour suffirait pour se

procurer le moyen de subsister une année entière, même en restant oisif. 1 u suspendrais soudain le gouvernail au-dessus de la fumée et tu laisserais reposer tes boeufs et tes mulets laborieux » .

L’homme est donc « condamné aux soucis et aux tourments » . Eschyle nous trace un sombre tableau de l’existence des mortels. « Ils avaient des yeux et ne voyaient point, des oreilles et n’entendaient point. Etres flottants

Poséidon et Ephialtes.

Amphore tyrrhenienne. Musee de Vienne.

(Lenormant et de Witte, Elite céramographique.)

comme en nos songes, pendant des milliers d’années, rien de net pour eux, tout se confondait, tout était brouillé. Ni maisons de briques alors ouvertes au soleil, ni charpente. Pour abris des trous par où, comme la fourmi au corps allongé et fluet, ils se glissaient au fond des grottes sans soleil. De l’hiver nulle notion exacte, distincte, ni du printemps, saison des fleurs, ni de l’été, celle des fruits. De tout ce qu’ils faisaient, nul discernement... Tombés malades, point de soulagement, ni aliment, ni onguent, ni boisson. Faute de remède, on mourait. »

Mais Prométhée va venir au secours de l’humanité. Ce feu, que Zeus dans sa colère a ravi aux humains, le fils de Japetos n’aura de cesse que quand il le leur aura rendu. Hésiode dit simplement que Prométhée déroba le feu à Zeus « en enfermant dans une férule ses rayons étincelants ». D’autres prétendent que Prométhée alluma une torche à la roue du soleil, mais c’est la version d’Hésiode qui est la plus généralement admise. D’autre part, si certains auteurs donnent l’Olympe comme heu du rapt ou vont jusqu’à dire que le feu dérobé provenait de l’éclair, il semble plus logique de se rallier à l’opinion qui met en scène Héphaïstos. C’est dans l’atelier du divin

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forgeron, localisé dans l’île de Lemnos, que Prométhée se rendit coupable du larcin dont Zeus devait tirer une si terrible vengeance.

La férule dans laquelle Prométhée, d’après Hésiode, transporta le feu, est une plante de la famille des ombellifères, à haute tige herbacée remplie de moelle ; Prométhée introduisit dans la tige de la férule le fruit de son larcin et vint l’apporter aux hommes.

CRÉATION Outré de se voir ainsi joué par Prométhée, Zeus ne tarda pas à se

DE venger de lui et des hommes (l). A ces derniers le maître de 1 Olympe

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