MARSYAS
D après Plutarque, Apollon ne reçut pas d’Hermès la lyre mais l inventa lui-même. Le même auteur attribue également au fils de Leto 1 invention de la flûte. Nous avons raconté, dans le chapitre consacré à Athéna, comment la déesse après s’être la première servi de cet instrument, le jeta en prononçant une malédiction terrible contre celui qui oserait le ramasser. Le satyre Marsyas, d’ailleurs souvent considéré comme l’inventeur de la flûte, ne tint aucun compte de ces menaces. Fier de son talent de musicien, il provoqua Apollon à un concours, dont les juges furent le moni Tmolos et le roi de Phrygie, Midas. Le premier se prononça en faveur d’Apollon ; Midas, au contraire, décerna le prix à Marsyas. Pour l’en punir, le dieu changea ses oreilles en oreilles d’âne. D’après d’autres auteurs, ce furent les Muses qui furent appelées à donner leur suffrage.
Apollon ne triompha pas sans difficulté de son concurrent. On raconte que pour l’embarrasser il lui demanda de jouer le même air sur sa flûte, en la tenant droite, puis renversée. Marsyas ne put y réussir, tandis qu’Apollon accomplissait très facilement cet exercice avec sa lyre. Une interprétation toute différente de cette partie de la légende a été donnée par Clavier et mérite d’être rapportée. « La cithare était un instrument à cordes et, quelqu’imparfaite qu’elle fût, on pouvait, en la montant plus ou moins, jouer dans différents modes ou tons ; il n’en était pas de même de la flûte, et Pausanias nous apprend qu’avant Pronomos on était obligé d’employer trois flûtes différentes pour jouer dans les trois modes, dorien, phrygien et lydien, et encore maintenant la même flûte ne peut servir à jouer dans tous les tons. Il est donc probable qu’Apollon changea de ton en montant
Apollon, Marsyas jouant de la double flûte et une Muse, tenant un flambeau, ou Artémis.
Collection Hamilton, Londres.
(Lenormant et de Witte, Elite céramographique )
APOLLON
différemment sa cithare, ce que Marsyas ne put faire. » D’autre part, suivant Diodore de Sicile, Apollon ne fut vainqueur que parcequ’il se mit à chanter en s’accompagnant de la lyre. Marsyas
Apollon du temple de Zeus à Olympie. Musee d Olympie.
incapable d’en faire autant fut déclaré vaincu. Les dieux n’aimaient pas à être défiés. Nous avons déjà raconté la légende d’Arachné, transformée en araignée par Athéna pour s’être trop
vantée de son talent de brodeuse. La vengeance d’Apollon fut encore plus terrible. Marsyas fut écorché vif. On montrait près de Kelainaï, en Phrygie, une grotte où le dieu avait suspendu la peau de sa victime. D’après une autre version, c’est une grotte de l’Acropole qui aurait abrité ce sanglant trophée.
Le dédain d’Apollon pour la flûte ne persista d’ailleurs pas et cet instrument fut admis dans les concours musicaux célébrés en l’honneur du fils de Leto, considéré comme le dieu de la musique en général. 11 était aussi celui de la danse, car nous le voyons étroitement associé aux Charités et aux Muses, dont, d’après certains auteurs, plusieurs étaient ses filles. Enfin, Apollon était le dieu de la poésie. L’hymne homérique nous le montre, marchant à la tête des Crétois en route pour Pytho, la
lyre à la main, tandis qu’ils chantaient le Péan que le dieu aurait entonné pour la première fois après sa victoire sur le serpent Python. C’est le même instrument qui servait à accompagner les hymnes en l’honneur du dieu, où il faut sans doute voir les premiers échantillons de la poésie dite lyrique, en Grèce.
Aux yeux des Grecs, Apollon était le protecteur de la jeunesse ; leurs artistes le représentent avec la chevelure bouclée qui est l’apanage de cet âge. Ils voyaient également en lui un dieu de la guerre et de la mort. Il combat contre les Géants, tue le serpent Python et Tityos. Il intervient dans la guerre de Troie. C’est à coups de flèches qu’il extermine ses adversaires. Comme Zeus il est le gardien du serment et veille à l’exécution des contrats. D’autre part Apollon personnifie l’idée très élevée et très noble de l’expiation et du pardon. Lui-même a dû expier avant d’être absous. Les hommes devront prendre modèle sur lui et ne pas rougir de racheter leurs fautes puisqu un dieu a dû le faire.
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