HERMES DIEU DES ROUTES
LES HERMAÏ.
Hermes arme du caducee et volant les offrandes placées sur un aute (Lenormant et de Witte, El. céram.)
La protection d’Hermès s’étendait à tous ceux qui circulaient sur les chemins ou plutôt sur les sentiers, voyageurs, émigrants, chasseurs. Il veillait à ce qu’ils ne s’égarassent pas.
C est dans ce but que se dressaient les Hermaï qui remplissaient les fonctions de nos poteaux indicateurs. Ce ne furent d’abord que de simples tas de pierres. Chaque voyageur, en passant,
ajoutait une pierre nouvelle au monceau déjà constitué. Il se débarrassait ainsi de sa fatigue, passée dans la pierre qu’il venait de lancer. Quand il le pouvait, le voyageur devait aussi déposer des figues auprès des Hermaï. Il atteignait ainsi un double but : d’un côté il honorait Hermès, de l’autre il venait au secours des passants affamés.
Les tas de pierres primitif furent à une certaine époque remplacés par des symboles moins rudimentaires. Les H ermai dressés au bord des routes prirent la forme de colonnes quadrangulaires, surmontées d’une tête et presque toujours ornées d’un phallus en érection. PI us tard on leur ajouta des bras. Dès le début on donne à la tête une expression artistique : les cheveux soigneusement
disposés retombent sur la nuque, la barbe est pointue, mais on trouve aussi des Hermaï imberbes. Leur taille était très variable ; tantôt ils avaient la grandeur d’un homme, tantôt ils ne s’élevaient qu’à quelques pieds au-dessus du sol. L’usage des Hermaï se répandit de plus en plus. On ne se contenta plus d’en placer au bord des routes, aux carrefours (où ils avaient parfois trois ou quatre têtes), près des ponts. Le fils de Pisistrate, Hipparque, en fit ériger à Athènes et dans les dèmes voisins. On pouvait y lire l’indication des
Hermès tenant le caducée et faisant une libaticn. (Lenormant et de Witte, Elite céram.)
distances et de belles sentences morales. De poteaux indicateurs, les Hermaï devinrent poteaux frontières. Us se dressaient aux portes des villes, à l’entrée et dans la cour des maisons, sur les places des marchés, dans les gymnases et les palestres, dans les bibliothèques et jusque sur les tombeaux. Parfois la lete du dieu représente n était pas celle d Hermès, mais ces monuments n’en portaient pas moins le nom générique d’Hermaï. On leur rendait un véritable culte, surtout
dans les basses classes de la société et en particulier parmi la jeunesse des deux sexes. Les Hermaï étaient ornés de branchages et de couronnes ; on leur faisait des libations, on leur offrait des fruits, des gâteaux et même des animaux tels que des oiseaux et des lièvres. Pendant les cérémonies, il était permis aux adorateurs de toucher familièrement la tête ou le phallus des Hermaï, mais cela ne diminuait en rien la vénération dont ces monuments étaient l’objet. On le vit bien quand, en 421, la veille du départ de l’expédition de Sicile, une bande de jeunes gens s’amusa à mutiler les Hermaï des rues d’Athènes. On cria au sacrilège.
Malgré sa popularité, Alcibiade, accusé d’avoir pris part à ce forfait, fut ramené à Athènes ; il réussit à s’enfuir et à se soustraire ainsi à la vindicte publique.
Nous venons de voir que c’étaient principalement les jeunes gens qui honoraient les Hermaï. C’est qu’Hermès étendait d’une façon toute spéciale sa protection sur la jeunesse. Il l’avait déjà prouvé en accordant son assistance à des fils de dieux comme Erichthonios, Dionysos, Asklepios. On peut dire de lui qu’il fut le premier organisateur des jeux sportifs qui développent la vigueur corporelle chez les jeunes gens. C’est lui qui avait inauguré les exercices de la palestre comprenant la lutte, le pugilat, le saut, la course, etc. Le nom même de palestre venait, disait-on, de celui de Palaistre, fille, soit d’Hermès, soit du roi arcadien Chorikos qui aurait inventé l’art de la lutte. Cet art fut enseigné à Héraklès, d’après la légende, par un fils d’Hermès, Harpalykos, dont l’adresse était telle que personne ne pouvait lui résister. Dans certaines villes comme Phénée, Pallène, Athènes et jusqu’en Crète, les jeunes gens célébraient le culte d’Hermès par des fêtes où les jeux de la palestre tenaient le premier rang.
Hermes de forme carree.
(Lenormant et de Witte, Elite ce'ramographique.)