‹ Nouvelle némésisChapitre 1 sur 19 · ÉMÉ^^1S · texte numérisé non relu

ÉMÉ^^1S

» Non, non, eolte autopsie est peul-eliv savante,

» Mais il faut opérer sur la fibre vivante.

» Viens donc, viens, hâte-toi, ressaisis ton scalpel;

» C'est le dernier délai, c'est le dernier appel,

» C'est l'heure où de tes jours l'avenir se décide;

» Ta main est encore ferme et ton cerveau lucide,

» N'attends pas cette époque où l'homme le plus fort

» N'est plus qu'une ombre vainc, un spectre sans ressort,

)) Où, par l'hiver des ans sur la tetc amassée,

» La neige des cheveux engourdit la pensée.

i) Sans doute, il faut oser un effort surhumain

» Pour remettre le pied dans ton premier chemin ,

» Pour affronter l'accueil d'un éclatant orage ;

» Mais songe, quel que soit cet excès de courage,

» Qu'il t'en fallut bien plus, il doit t'en souvenir,

» Pour quitter ce sentier que pour y revenir. >>

Voilà ce que criait à ma sombre indolence? lé'd voix de mes amis, et même leur silence.

lUiVIilL.

Et plus qiiu tout cncor cet instinct obsédant,

Despote intérieur dont l'homme est dépendant.

Ce poignant aiguillon, bon ou fatal génie,

Harcèle chaque nuit ma pensive insomnie.

C'est trop lutter, je cède et franchis d'un seul bond

De l'un à l'autre bord cet abîme profond ;

M'y voilà!... Maintenant, je sais ce que j'affronte :

Du passé d'où je sors j'entends demander compte;

Je crois voir, à travers un long bourdonnement.

Se dresser devant moi les pourquoi, les comment.

On exige le mot de cette énigme étrange

Qui des sublimes lieux précipita l'archange ,

■— Car une voix alors m'appela de ce nom.

Est-ce la soif de l'or? Non ! — Est-ce la peur? Non î

C'est une cause aveugle, une force inconnue ,

Qui monte du Tartare ou descend de la nue ;

C'est cette main de fer, cette nécessité,

Ce fatum qu'inventa la sage antiquité ,

Ce trouble accidentel, par qui de nos organes

La raison s'évapore en accès mononianes.

6 NEMliSIS.

Ce vertige, ce spectre ù l'œil fascinateur,

Qui sollicite un homme au bord d'une hauteur.

Énumérez encor des causes secondaires :

La fatigue, après tant d'efforts hebdomadaires,

Et l'enfantin désir de revoir mon soleil,

Et le tiraillement du perfide conseil,

Et l'ennui d'essuyer la censure morose

Des Brutus qui trouvaient mon style à l'eau de rose.

Et le poignant dépit d'avoir souvent connu

Des cœurs ossifiés que j'avais mis à nu,

Et mille autres secrets qu'un homme ne confie

Qu'en évoquant des morts dans sa biographie.

Certes ! quand mon vaisseau sombra sur cet écueil, Le ciel m'en est témoin , je n'avais pas l'orgueil De croire que ma perte, ou tramée, ou fortuite, D'aussi longs ouragans armerait la poursuite. Et cet amas pressé d'ennemis imprévus Me révéla combien d'amis j'avais perdus.

Aussi, |Iorsque la Presse, aux échos populaires,

Amoncela sur moi les publiques colères.

Même lorsque les coups de son bras irrite

Soulevait l'hyperbole avec la vérité.

Bien que le ciel n'ait pas pétri ma frêle argile

De ce miel onctueux que prescrit l'Évangile ,

J'imposai l'inertie à mes transports ardents.

Je ne me souviens plus de mes cruelles dents,

,1e n'oubliai jamais, sous les tentes contraires.

Que mes persécuteurs avaient été mes frères.

Que dis-je ! plus leurs traits s'enfonçaient dans mes chairs,

Plus ils fesaient ma joie et me devenaient chers ,

Plus je reconnaissais, comme preuve certaine.

Leur antique amitié par leur nouvelle haine.

C'est à vous que je parle, hommes aux cœurs brûlants.

Hommes qui comprenez ces généreux élans,

Cette fièvre qui fait la sainte poésie ;

Je sortis de vos rangs, mais sans hypocrisie;

M'y voici revenu sans qu'on me commandât;

Je veux servir encor comme simple soldat,

NÉxMESIS.

Et peut-être, à vos yeux, la Némésis puînée Ne se montrera pas indigne de l'aînée.

Depuis que j'ai cessé de mordre le pouvoir,

Ma colère mâchée a fait un réservoir,

Et le poison vengeur dont se teint ma parole

A de ma dent à jeun regonflé l'alvéole.

Que n'ai-je, sans complaire à de lâches lenteurs.

Dressé, depuis deux mois, mes vers flagellateurs !

J'eusse mêlé ma voix à votre voix amie

Chaque fois qu'acceptant un traité d'infamie

L'égoïste pouvoir, qui ne voit que lui seul,

Du drapeau tricolore a faitun blanc linceul.

0 pudeur! comme aux jours où, terrible Gorgone,

La France de Juillet, flamboyant sur Ancône,

Vit Casimir Périer, blême de nos exploits.

Le Sémaphore en main, paralyser Gallois,

Ce poltron ministère a, dans la métropole,

Désavoué la gloire errante sous lo pôle;

Et, laissant nos marins dans un lâche abandon, A l'apôtre-consul a demandé pardon.

L'audace! s'écriait Danton, toujours l'audace! La peur! toujours la peur! voilà leur mot de })asse; C'est elle qui franchit le détroit de Calais, Pour mieux serrer la main du cordial Anglais. John Bull ne peut suffire à tant d'illustres hôtes. N'était-ce pas assez que deux ou trois despotes, Dans son protectorat voulant prendre leur part. Eussent visité Londre, où le vieux léopard A flatté de sa griffe, un moment raccourcie. Les aigles courtisans de Prusse et de Russie, Sans que le coq gaulois, d'un insolite essor. Vînt percher, à son tour, sur les toits de AVindsor? Lorsque des empereurs, des reines, des monarques Veulent de leur amour se prodiguer les marques, Cet échange courtois de dons et de fadeurs Se fait tout aussi bien par des ambassadeurs. Quoi ! parce qu'une enfant insouciante et folle. Profitant d'un congé surpris à son école ,

0 NÉMÈSIS.

Dans sa trirème en fleurs, sur de soyeux coussins, S'en vint passer trois jours chez d'honnêtes voisins, Fallait-il qu'un roi grave, à la barbe blanchie. Désertât son conseil pour cette naumachie, Pour que Guizot pût dire à ses plus chers élus : Me voici; les Anglais n'ont qu'un Anglais de plus! Non, je n'approuve pas les majestés touristes. Que me font les vivat de quelques journalistes, Les vœux des aldermen courbés sous l'encensoir, Les courses du matin et les fêtes du soir? Qu'importent les houras de l'Angleterre entière? Le nœud qui nous unit n'est qu'une jarretière.

Fuyons, fuyons cette île aux horizons brumeux, Où la diplomatie est sinistre comme eux; Sous le ciel africain dilatons nos poitrines, Poussons des chants guerriers sur ses plages marines. Saluons nos soldats, dont les flagrants exploits Valent des Te Dciim comme ceux d'autrefois;

Qu'on leur donne un théâtre, ils donneront un drame ; Si la France retrouve un nouvel Abder-Rhamme, Abder-Rhamme retrouve un moderne Martel; Dix ennemis contre un tombent dans ce cartel; Et, presque en même temps que l'Afrique étonnée Contemple, aux champs d'Isly, cette chaude journée Oii l'ombre de Kléber a reconnu les fils De ceux qu'il lit si grands sous Héliopolis, On dirait que la mer, jalouse de la terre, Veut contenter aussi notre orgueil militaire : Elle invite, pour voir, pour mieux juger les coups, Dix vaisseaux de l'Europe à l'ancre autour de nous, Et, sur ce grand théâtre, où la scène palpite. Deux fois nous rend vainqueurs en face du Warspite^ Noble image, promise aux plus hardis crayons. Où le jeune amiral jettera des rayons !

C'étaient là des sujets où ma muse rapsode Eût trouvé la satire, ou les pompes de l'ode.

Et qu'elle eût illustrés avec un soin pareil.

Si septembre eût brillé sur son premier réveil.

Mais ne nous fondons pas en regrets inutiles ;

En semblables moissons tous les mois sont fertiles,

Et le ciel, par malheur, n'offrira que trop bien

A ma faim satirique un pain quotidien.

Chaque jour voit éclore un scandale, une fraude ;

L'hôtel du ministère est une serre chaude

Où, quoique notre acier les extirpe souvent,

Les visqueux aconits poussent comme en plein vent.

Si la matière manque à mes réquisitoires.

Je n'aurai qu'à fouiller dans ces laboratoires ;

Là je retrouverai des visages connus,

De vieux clients, mêlés à. des nouveaux venus

Dont les noms, installés au nombre des intimes,

A moins d'avoir sept pieds, illustreront mes rimes.

Quant aux autres, parmi ces petits souverains

Que Némésis première eut pour contemporains,

Il n'en reste que trois, cl de ces trois encore,

H eu est un, un seul que son grand nom décore,

Et dont le front, blanclii par quatre-vingts hivers,

Ne subira jamais l'audace de mon vers.

Il est si haut placé qu'il ne peut que descendre ;

C'est le Parménion du second Alexandre;

Quand devant nos drapeaux tout s'inclinait d'effroi,

Il passa maréchal, et duc, et presque roi ;

Nulle date immortelle où son nom ne se lie ;

Sa botte éperonnée a foulé l'Italie,

La Pologne, Berlin, Vienne, l'Escurial :

Respect au vieux tronçon du sabre impérial !

Le poëte, du moins, prouvera par ce culte

Que tout n'est pas l'objet de sa banale insulte,

Et que son vers, parfois, peut être circonspect ;

Mais il ne promet pas un si profond respect,

Ni pour ce froid rhéteur qui, d'une épaule oblique,

Se courbe sous le poids de la chose publique.

Ni pour ce lord Nîmois qui, d'un air effronté,

se pose en professeur d'impopularité.

Voilà bientôt quinze ans qu'il fonda ce système.

Et, rendons-lui justice, il est toujours le même.

Le ciel fit un chef-d'œuvre en ses traits impudents, Qui n'ont jamais rougi, ni pâli, qu'en dedans: En vain vous lui jetez, en mots non équivoques, Ses péchés capitaux de toutes les époques. Le voyage de Gand, l'histoire de Pritchard ; Comme un triomphateur qui plane sur son char, La main dans le gilet, à la manière anglaise, D'un front parlementaire il masque son malaise, Et contemple sous lui l'ouragan tracassier, Sans mouvoir un moment sa prunelle d'acier.

Et voilà quatre jours qu'en pompe anniversaire, Il a solennisé quatre ans de ministère. Qu'il a de nos affronts saturé son orgueil ! Eh bien ! moi, j'ai saisi cette date de deuil! Pour rompre ma torpeur et bondir de ma tente; Eî pour rendre encor plus ma sortie éclatante, Pour que plus de témoins vissent partir mon dard, J'ai choisi tout exprès h plus large étendard ;

Enrôlé, dès celte heure, à la cause commune. J'aborde, en palpitant, cette immense tribune. Forum typographique où, chaque jour du mois, Cinq cent mille auditeurs recueillent notre voix.

DbattëeUiiivu.

Inii>i'imerie (an^e Lévy et Cnnip.. Iti, rue du ^.lois^ant.

SATIRES

BARTHÉLÉMY

i/iiii

CHEZ B. DUSiixiox, 13, uur: du coq-saint-tio\oré ,

ET TOUS Lies MAnCUANDS DK NOUVF.AUTKS.

n L\4]NGLETERRE.

(17 novembre 184:4:.)

Alas! coiild she but fully, tiuly, know Howher gieat nàme is now thoughout abhon'd; liow eauer ail the carlh is fortlie Llow wliich siiall lay bareher bosora to the swoid !

Hélas ! si elle pouvait savoir pleinement et en toute vérité combien son grand nom est partout abiiorré maintenant ; avec quelle impatience toute la lenc allend le couji qui exposera son sein nu au glaive !

Byrox. — Don Juan.

Tandis que, chauds encor des caresses bretonnes, Du Journal des Débats les chantres monotones En mystiques versets par le peuple incompris, Nazillent l'hosannah pour la paix à tout prix; Que le Juste-Milieu, rehaussé dans sa taille. Rêve d'éterniser par une autre médaille

Le mémorable jour où Giiizot-crOutromor, Lolivier à la main, s'élança du Gomer; INoiis qui, loin de sourire à l'ivresse vulgaire, Restons silencieux et sur le pied de guerre , Toujours prêtant l'oreille au sinistre tanitam Qui peut, dans Robert Peel, ressusciter Cbatam, Osons , à notre tour, franchir l'étroit espace ; Du rêve impérial réalisons l'audace ; Devançons, non le fer, mais la plume à la main. Un jour qui, par malheur, ne sera pas demain.

Le steamboot a reçu Némésis passagère ; Au large! la mer grince à sa poupe légère. Et déjà, sous les flots agités ou dormants. S'abaisse et disparaît la côte des Normands, Et déjà nous courons sur des ondes anglaises, Et bientôt apparaît l'île aux blanches falaises, Et la plage où son fleuve arrive en souverain; Hàtons-nous; eftleuronsle tableau riverain.

LANGLETERRE. 5

Et sans percer la brume où semblent se conlondre

Gravesend et Wohvich, arrêtons-nous à Londre.

Terre de liberté, salut! ton horizon

Pour premier monument dessine une prison;

Salut, peuple penseur! déjà sur mon épaule

Le spleen s'appesantit comme un manteau de tôle ;

Mon front semble subir le choc matériel

De la voûte de zinc qu'on nomme ici le ciel,

Et l'air ferrugineux de la crasse atmosphère

Infuse dans mes sens un ennui somnifère.

N'imporLe; visitons les populeux quartiers,

Les squares, les jardins, les bazars, les chantiers ;

Partout nous rencontrons des êtres symétriques ,

Monotones et froids comme leurs murs de briques;

On dirait que chaque homme est, dès l'instant qu'il sort,

Pour le reste du jour monté comme un ressort.

Comme un rouage huilé d'une machine immense;

Il est méditatif jusques dans sa démence.

Même dans ces moments où l'esprit excité

S'évapore en clans de iVanclK- liikirilé,

(> NK.MtSlS.

Au milieu d'une fête, ou privée ou publique,

11 épanche le deuil de sa gaîté biblique,

Et, pareil à Banco, glace tout un festin

Sous l'aspect astringent du flegme puritain.

Heureux qui, dans ces lieux , trouve la poésie !

A peine si ma vue un moment s'extasie

Sur ce dégorgement de luxe et de trésors ,

Qui scintille aux vitraux, qui bouillonne au dehors,

Sur ce fleuve éternel qui pousse, à pleines rives,

Un informe chaos de voitures massives.

De chars enchevêtrés entre les fouets sifflants.

De chevaux dont la peur éperonne les lianes.

De piétons effarés parmi les véhicules.

D'imperceptibles grooms, de chasseurs majuscules ;

Je sais trop que ce luxe est un voile opportun

Étendu par l'orgueil sur la misère à jeun,

Qu'un deuil couvert dément cette opulence feinte;

Non, le pavé public n'exhale aucune plainte.

Et le front du passant ne fut jamais terni

Par un soufQe de voix qui demande un penny;

Page 1