‹ Nouvelle némésisChapitre 7 sur 19 · A NOS DEPUTES · texte numérisé non relu

A NOS DEPUTES

Vous avez, dans un fade et banal protocole.

Par une bouche auguste, entendu leur parole,

Thème que, tous les ans, orné de lieux communs,

On lit, à leur rentrée, aux écoliers tribuns:

(( Qu'on est toujours heureux du jour qui vous rassemble;

)) Qu'on attend le concours des trois pouvoirs ensemble ;

» Que, sur l'appui des lois, fier de se soutenir,

.») Le trône de Juillet a conquis l'avenir;

)) Que naguères l'on a, dans une île voisine,

» Serré plus chaudement la main d'une cousine ;

» Qu'on vit en paix avec toutes les nations;

» Qu'assoupie à jamais, l'hydre des factions

» Ne désolera plus le sein de la patrie ;

w Qu'on voit fleurir partout les arts et l'industrie ,

>) Et que tout nous promet, pour heureux résultai,

» L'allégement futur des charges de l'État. »

Déjà du Luxembourg les rhéteurs émérites,

» Mi AIES 1 s.

Dans un plat iinproiiiptii de fadeurs hypocrites ,

Ont brûlé tout l'encens que fournit l'Yénien;

Pour vous qui passez tout sous un lent examen ,

Pesez plus mûrement ces pompeuses annonces;

Ou n'improvise pas de si graves réponses

Méditez longuement; chacune de vos voix

Dans la double balance est d'un immense poids,

Et, dans ce grand combat dont on attend l'issue,

Un mot de votre bouche est un coup de massue.

Armez-vous , il est temps : l'irascible Nîmois

Au cartel de ce jour rêve depuis six mois;

Vainement surchargé d'iniquités sans nombre,

Les unes au soleil, beaucoup d'autres dans l'ombre,

L'incarné Grand-Breton va reparaître encor

Bardé de son amour retrempé dans Windsor.

Ne vous figurez pas qu'amolli par Capoue,

11 va tendre aux affronts sa complaisante joue :

Le duel sera rude; attendez-vous à voir

Tout ce que peut tenter un dernier désespoir,

Tout cG que de mensonge une bouche condense,

l/ADKKSSE. 7

Toul ce qu'un tïout humain pont porter d impudence; Craignez tout; ce repos l'a rendu plus nerveux, Le Samson du pouvoir a repris ses cheveux, Et du temple témoin de ses derniers désastres, Ses deux bras tenteront d'entraîner les pilas très , Heureux d'ensevelir dans de communs destins Lui , les princes du peuple et tous les Philistins. Tel que ce dieu marin que vainquit Aristée , Vous verrez tour à tour le ministre Protée Bondir entre vos mains, s'échapper en rampant, Rugir comme un lion , siffler comme un serpent , De son art sophistique user toutes les feintes, Jusqu'à ce qu'épuisé sous vos fortes étreintes. Ceint de la tête aux pieds d'inextricables nœuds, Il exhale, en râlant, son soufde vénéneux. Oui, certe ! il tombera : qu'aura-t-il à répondre, Quand vous l'étoufferez de son pacte avec Londre, Quand vous lui jetterez, en reproches amers. Notre gloire ternie à l'autre bout des mers; Quand vous ferez jaillir sa lâcheté notoire

H NEMESIS.

Qui sous le ciel d'Afrique étrangla la victoire

Et, gaspillant les fruits promis par Mogador,

Se fit de l'héroïsme aux dépens du Trésor?

Peut-être, en d'autres temps, par d'adroits subterfuges,

Eût-il pu fasciner l'œil candide des juges.

Et, contre l'argument des pièces à l'appui,

Roidir de vieux rapports falsifiés par lui ;

Mais ici, plus d'espoir d'éterniser la rixe :

Deux grands témoins à charge, arrivés à jour fixe,

Vont paraître à la barre et compléter son deuil.

L'homme de Taïti, le soldat d'Excideuil.

Que fera, que dira l'élu des Trois-royaumes,

Quand ils dérouleront, pareils à deux fantômes,

L'un notre pavillon, l'autre notre drapeau.

Et sur tant de noirceurs crèveront le rideau ?

Oh î nous pouvons, ici, nous poser en prophète ;

Le Jupiter pédant inclinera sa tête ;

La sueur perlera son masque fanfaron ;

Au grand effroi des bancs où prime Fulchirou,

Sa pupille d'acier s arrêtera ternie ;

Frémissant d'étaler sa publique agonie, Le frisson dans les os, il tombera sans voix Sur les conservateurs qui portent son pavois.

C'est bien; l'idole anglaise est par terre étendue; Mais le peuple réclame une œuvre plus ardue; Sur ce haut piédestal qu'elle occupa quatre ans Quel homme élevez-vous entre les concurrents ? Déjà des convoiteux la foule vous encombre ; On entrevoit déjà luire dans la pénombre Certains noms qui, vêtus d'un clinquant sans valeur, Par vous furent souvent essayés, par malheur ; Bien des ambitions, vieilles dans les naufrages. Errent, à pas de loup, autour de vos suffrages; Alerte ! ouvrez les yeux, sauvez ce nouveau choix D'une erreur que le peuple expia tant de fois ; Ce n'est rien de changer l'homme, c'est le système. Et depuis quatorze ans il est toujours le même. Quel pilo|^ invoquer contre ce calme plat?

10 NÉMESli!^.

La torpille est collée au vaisseau de l'Étal,

Et, dans l'air étouffant de la même atmosphère,

Du jour qui le précède aucun jour ne diffère.

Nous avons cru, parfois, aux présages trompeurs

De météores vains chargés de nos vapeurs ;

Mais que peuvent, pour nous, ces foudres débonnaires

Sur des toits protégés par des paratonnerres ?

Du centre de la nue au fond du réservoir,

Soutirés par Franklin, ils tombent sans pouvoir.

Aussi, regardons-nous avec indifférence

Un jeu de bague offert au bon peuple de France ;

Qu'importe qu'aujourd'hui Guizot soit immolé,

Si Guizot va demain revivre dans Mole,

Si Mole pour Guizot quitte sa friperie ?

Ce sont les conducteurs d'une messagerie

Qui se suivent entre eux, du jour au lendemain.

Et nous mènent toujours par le même chemin.

A leur forme qui change un même esprit s'impose,

Et se transmet sans fin par la métempsycose ;

En vain de leur pouvoir brisez-vous les ressorts,

Leur âme indestructible émigré eu d'autres corps. Tôt ou tard, du Château la faveur temporaire Ressuscite au fauteuil un fantôme honoraire ; Ceux qui, dans ce moment, par ordre olTiciel, Errent décolorés dans les limbes du ciel, Graviteront encore au cercle des ministres; Telles, au firmament, des comètes sinistres , De leur sanglante ellipse achevant le contour, A nos yeux consternés reparaîtront un jour. Si, persistant sans fin dans ces routes battues, Vous spéculez encor sur les mêmes statues, Si vous devez remettre au pinacle glissant Un Sosie avoué de celui qui descend, Groyez-moi , de cette œuvre épargnez-vous la peine ; Et, puisque votre cercle incessamment nous mène Dj Sinon â Judas , de Judas à Sinon, Gardez-nous un Guizot et de fait et de nom; Songez que, bien souvent, le maître qu'on s'érige, De son avènement exploitant le prestige. Ose tenter un coup que jamais n'eût osé

12 ^EMÉSIS.

Son vieux prédécesseur dépopularisé.

Ah ! de grâce ! quittez cette absurde routine ;

Notre France, à vos yeux, est-elle une machine

Qui n'a pour se mouvoir que deux ou trois pivots?

Pourquoi ne pas risquer quelques hommes nouveaux?

Encor, si vous jouez à cette loterie.

Tenez-vous en soupçon de quelque duperie;

Tant qu'ils sont avec vous, ils marchent en avant.

Fort bien; mais que de fois, prompt comme un coup de vent.

Le pouvoir transforma ces hautes renommées

De députés géants en ministres pygmées !

Que nous font leur tactique et leurs pompeux dehors ?

Quels gages donnent-ils? seront-ils assez forts

Pour parachever l'œuvre à leur zèle commise,

Pour conduire le peuple à la terre promise ?

Ces Moïses tribuns qui se font ses soutiens ,

Avec l'esprit céleste ont-ils des entretiens ?

Dans ce brûlant désert qui mène à l'Idumée,

Ont-ils ces deux sicnaux de flamme et de fumée

Qui, sous un ciel limpide ou dans l'air ténébreux.

Marchèrent quarante ans en lete des Hébreux?

Non, non, à trop d'erreurs c'est encor nous soumettre.

Ce n'est pas à tâtons qu'on doit choisir un maître :

Fondez un précédent : qu'à dater d'aujourd'hui ,

Quiconque pour ce rang briguera votre appui ,

En conclave privé déshabillant son âme,

De son règne futur formule le programme;

Au candidat ministre imposez, comme loi.

Ce terrible examen des articles de foi ,

Cette enquête féconde en logiques tortures,

Que l'électeur impose à vos candidatures ;

Et quand vous aurez dit ce que le peuple attend ,

Par un oui, par un non qu'il réponde à l'instant :

Nous voulons, au dedans, (|ue la loi libérale

Élargisse nos droits à l'urne électorale.

Et n'investisse pas de plus d^utorité

La cote de l'impôt que la capacité.

Nous voulons que le serf do la manufacture.

Le soir, dans son grenier rencontre une pâture,

Et ne convoite plus d'un regard défaillant

U NftMÉSIS.

Le clieval ou le bœuf qui mange en travaillant. Nous voulons qu'avant tout, la paternelle Chambre, Brisant en vingt tronçons le glaive de septembre, Efface de nos lois l'outrage immérité Du bâillon que la peur mit sur la vérité. Nous voulons, au dehors, que, libre d'avanie, Notre saint pavillon couvre l'Océanie, Qu'un bill réparateur, de haut lieu descendu, Console un grand marin de plus qu'il n'a perdu. Nous voulons, quel que soit l'océan qu'il explore, Que tout vaisseau voguant sous l'ombre tricolore Soit lui seul, après Dieu, le maître sur son bord , Sans qu'un gendarme anglais vise son passeport. Sans que, sur le soupçon d un infâme commerce Qui sur les blancs d'Irlande impunément s'exerce, Sur nos ports consternés, pour éclaircir ce point. Un forban philantrope entre, le sabre au poing. Nous voulons (se peut-il que la France ternie Dorme depuis quinze ans dans cette ignominie!- Nous voulons* , puisque enfin ce sol incandescent

Où nous semons tant d'oiv de sueurs et de sauce ,

Ce rivage africain , conquis et tributaire,

Est à nous, beaucoup mieux que l'Inde à l'Angleterre,

Nous voulons que ce droit de souveraineté

Passe en plein parlement comme un droit accepté ;

Que sa diplomatie, égale en déférence.

Dans l'empire d'Alger légitime la France,

Et consacre une terre où sou consul futur

N'osera mettre un pied sans notre exeqnatur.

V \)OL'c meiem

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NÉMÉSLS

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