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RÉSUMÉ ET CONCLUSION

Nous traversons une crise unique dans Texistence des sociétés. Elle marque Finstant du passage entre le règne des inslitutions primitives, dérivées de la force naturelle que les peuples enfants divinisent, et une création d'ordre entièrement nouveau, celle qui procède de la connaissance rationnelle et qui affirme rinitiative de la volonté humaine éclairée par la connaissance. La République, appellation vague pour signifier cette transformation, est aujourd'hui devenue un fait. Mais le fait n'est encore que négatif. Nous sommes tombés en République, d'une chute absolue, irrévocable, comme Ta fait voir et comme le prouvera, de surcroît, l'insuccès des nombreux replâtrages dont on a fait jusqu'à présent et dont on fera encore l'essai; mais la République est elle-même impossible, et nous sommes voués conséquemment à l'anarchie, tant que la nature du principe républicain et la forme des institutions qui s'y rapportent n'auront pas été définies. Cette détermination est précisément le résultat que nous nous sommes attaché à dégager, dans le cours de l'ouvrage qu'on vient de lire et que nous allons maintenant résumer pour

en mieux donner à saisir les liens d'ensemble et la portée.

J^ous avons dit que l'organisation propre à l'état républicain est essentiellement le Fédéralisme.

L'organisation fédérale dont nous avons indiqué l'esquisse, n'est en définitive que le développement des principes antérieurement formulés par nos prédécesseurs de 89.

Le Fédéralisme est tout entier contenu implicitement, dans la Déclaration des Droits.de l'Homme et du Citoyen.

Il est pratiquement le seul régime qui s'accommode avec la formule révolutionnaire : Liberté, Egalité, Fraternité, clef de voûte de l'édifice républicain.

La Centralisation ne pouvant se fonder que sur le principe d'autorité, la liberté par conséquent n'est pas possible en dehors des conditions du régime fédéral.

La République, avons-nous dit, est aujourd'hui devenue un fait; ce fait acquis ne peut développer ses conséquences qu'au moyen de l'organisation du Fédéralisme. En effet nous avons prouvé qu'en dehors du pacte fédéral rien n'est possible que le système diamétralement opposé à l'état républicain, l'autoritarisme unitaire de la Monarchie.

Entre le principe de l'ordre politique et l'ensemble des institutions il y a nécessairement une corrélation. Dans la construction de la société, comme dans toute œuvre architectonique, l'unité de type est in-

dispensable. On ne peut supposer que des institutions faites par la Monarchie et pour la Monarchie puissent s'adapter indifféremment à l'organisation de la Sociélé républicaine. Il est au contraire naturel de préjuger que Tétat républicain, qui se présente, dans l'ordre des faits ainsi que dans celui des , , idées, comme l'antithèse de la monarchie, implique par conséquent des institutions différentes et môme opposées. Or le mécanisme opposé à la Centralisation monarchique est le Fédéralisme républicain.

En fait, il est aisé de se rendre compte que Tidée de la République, si au lieu de se payer d'un mot, on se donne la peine de la scruter, s'identifie à celle du Fédéralisme. Il est impossible de se figurer une République en dehors de l'organisation fédéraliste. Une République qui ne serait pas fédérale se conçoit aussi peu qu'une Monarchie qui ne serait pas unitaire.

Si un Etat en est venu au point que la raison légale, c'est-à-dire la loi du Contrat, y remplace, en tant que principe politique, l'arbitraire du Droit divin, il est à croire que cette même raison légale ou loi contractuelle qui est au sommet de la pyramide, devra se retrouver également à toutes les assises et que le régime, de bas en haut, sera contractuel. Or le régime du droit contractuel n'est autre que le Fédéralisme.

La transformation de l'état monarchique en état républicain ne saurait s'obtenir par des édiclions politiques. Une interversion radicale est nécessaire,

par la raison que le système monarchique reposant sur l'obéissance, état puéril des sociétés, est précisément l'opposé du système républicain, basé sur le principe du libre débats époque adulte de ces mêmes sociétés. Le fonctionnement est de sens inyerse, dans Tun et dans l'autre organisme, de haut en bas, dans le premier, de bas en haut, dans le second. Ainsi les deux systèmes sont inconciliables. Le Fédéralisme est le mode vital essentiel à la République, comme Tunitarisme est le procédé fonctionnel inhérent à la Monarchie.

Les faits confirment, à cet égard, la théorie. Toutes les tentatives empiriques de compromission, toutes les combinaisons bâtardes ont été réduites à néant, parce que l'ordre monarchique ayant cessé d'être possible, on n'a pas su aborder franchement le principe de l'organisation républicaine, le Fédéralisme,

De même que le Fédéralisme s'identifie théoriquement à l'idée de la RépubUque, de même est-il la condition pratique de son application. La grande objection, contre l'application du régime républicain aux grands Etats, est dans le procédé des délégations, procédé entraînant, de fait, l'aliénation de la Souveraineté et son usurpation possible par l'abus des pouvoirs, aliénés. Mais d'un autre côté l'état républicain n'en est pas moins en passe de devenir, pour nos groupes nationaux les plus importants, comme les plus avancés, un fait historique. — Par conséquent la solution ne peut être que dans un état de choses qui résolve l'unité nationale en cités auto-

nomes, pour la reconstituer, sous une forme nouvelle, en cités associées et solidarisées.

La nécessité évidente de cette combinaison est une démonstration palpable en faveur du Fédéralisme.

Cette nécessité du Fédéralisme ne ressort pas seulement de celle de la République devenue un fait ou près de le devenir, chez les peuples les plus avancés ; elle ne se conclut pas moins du mouvement général des sociétés civilisées.

L'aspiration commune des sociétés européennes tend vers un état général de pacification répondant à l'ensemble de leurs besoins nouveaux si profondément transformés et si rapidement par la Science et par rindustrie, deux puissances nées d'hier qui dominent, à présent, tout le reste.

Mais cet avènement souhaité de la paix demeurera une chimère aussi longtemps que le fallacieux intérêt des Gouvernements n'aura pas cessé de se substituer aux intérêts réels des sociétés exploitées par eux. Ce ne sont pas les peuples ni leurs intérêts économiques qui demandent la guerre; ce jeu des princes n'est aux yeux des peuples qu'un fléau. Si jamais, — ce qui est contestable, — la guerre fut dans l'esprit public, elle n'y est plus aujourd'hui ; elle est devenue, pour nos sociétés, un anachronisme. Mais elle se perpétue malgré les nations grâce aux intérêts ambitieux et aux préjugés traditionnels des potentats qui n'ont pas cessé de les régir. L'élimination de l'état belliqueux, dont les charges nous écrasent et pa-

ralysent le développement de la prospéritéuniverselle, suppose par conséquent Féviction du système gouvernemental, sous loutes les formes, plus ou moins spécieuses dont il peut s'envelopper ; en d'autres termes l'organisation fédéraliste, d'où puisse se dégager, dans son libre essor, Tautodynamisme des peuples, jusqu'à ce jour à letat de troupeaux.

L'accord pacifique est impossible entre des éléments de nature insociable comme sont les Etals autoritaires. Les êtres inagressifs et industrieux s'associent ; on n'associera pas les bêtes de proie.

C'est ici le cas de rappeler la loi, déjà invoquée, de l'unité de composition. 11 n'est pas en accord avec cette loi que des sociétés intérieurement constituées sur l'antagonisme soient amenées à l'état d'alliance fédérale. Mais si au contraire le traité d'alliance, le Pacte fédéral, a d'abord existé dans l'intérieur de chacun des groupes nationaux, alors la Confédération internationale nous apparaît comme le terme et l'aboutissant naturel du mouvement commun; généralisation ducontrat social, établissement de la solidarité universelle.

En outre de ces deux preuves fondamentales, nous avons à l'appui du Fédéralisme un certain nombre de considérations empiriques, preuves de second ordre, et moins rigoureusement concluantes, mais plus frappantes peut-être pour le grand nombre des esprits.

On observe que les Républiques les plus prospères

sont des Fédérations ; — que les républiques unitaires manquent de stabilité, — que, dans les Etats centralisés, il y a nécessairement oppression exercée par certaines régions et subie par d'autres ; que cetle oppression, qui peut aller fort loin, jusqu'à la ruine et au massacre des populations dissidentes, s'exerce volontiers au rebours du progrès et du bien-être collectifs. On observe que le Fédéralisme exclut la possibilité des entreprises tyranniques ; — enfin il supprime le double fléau du fonctionnarisme et de l'exploitation budgétaire, qui fait l'appauvrissement et la dépravation des grands Etats centralisés.

Ne pouvant méconnaître la force de ces arguments, mais engagés par leurs intérêts personnels à perpétuer le régime unitaire, avec l'ensemble de ses abus, les partisans de ce régime ont recours à une échappatoire.

Ils l'ont trouvée dans la Décentralisation administrative.

On a prétendu que la part de vérité contenue dans les raisons alléguées par le Fédéralisme n'est en somme qu'à l'appui de cette demi-réforme, dont on est obligé, au moins en principe, d'admettre la légitimité.

Il est en effet impossible de ne pas voir que l'administration centralisée est l'absurdité même, érigée en pratique, et se développant avec toutes ses conséquences économiques et morales.

Malheureusement dans un Etat qui repose sur la

Centralisation, surtout quand la Révolution s'agite sous les bases de cet Etat, tout essai de décentralisation, môme purement administrative, n'irait à rien de moins qu'à ruiner la construction dans ses fondements ; car il ne produirait qu'un antagonisme permanent des libertés locales et de l'autorité du Pouvoir, d'où le discrédit inévitable de cette autorité centrale, accompagnée d'un état de trouble et d'agitation qui finirait au bout de peu de temps par une crise révolutionnaire.

Il n'y a donc que cette alternative : ou il faut accepter la Centralisation et la maintenir telle qu'elle existe dans sa forme absolue, politique à la fois et administrative, avec ses résultats dépravateurs, abrutissants et désastreux, allant à l'hébétement sénileet à la mort de la nation ; ou, si on entre dans la Décentralisation administrative, ménagée autant qu'on voudra, il faut alors s'avouer franchement, qu'elle est l'entrée et le vestibule de ce Socialisme tant abhorré qu'on se montre comme un épouvantail.

Les faits, dont la logique est toujours plus sûre que celle des doctrines, ont suffisamment confirmé cette vérité irréfragable. Les hommes politiques assez différents qui se sont succédé depuis 1870, tous champions émérites des libertés municipales, ont rivalisé de zèle pour étouffer matériellement, par tous les moyens de compression, la revendication de ces mêmes libertés. Il serait puéril de ne voir là que les palinodies ordinaires aux hommes politiques.

L'enseignement à lirer de ces fails est d'une portée plus étendue.

Laissant en conséquence pour ce qu'il vaut le faux-fuyant de la Décentralisation administrative, nous avons abordé les objections directes qu'on oppose au Fédéralisme.

!• Reproche d'anarchie politique, de morcellement et d'émiettement de l'unité nationale ;

2** D'impuissance militaire devant l'étranger ;

3** D'anachronisme féodal.

Ces incriminations fantasques appellent bien . moins une réfutation qu'un simple exposé de cette idée du Fédéralisme, qu'on écarte de parti-pris, sans la connaître.

La première de ces objections nous a été une occasion d'esquisser le mécanisme du système fédéral. C'était la réponse la plus simple, en même temps que la plus concluante.

Nous avons fait voir à ce propos comment se forment dans l'organisme fédéral les groupes élémentaires, géographiques ou autres ; comment ces groupes s'associent, par la méthode naturelle des Délégations échelonnées, en groupements de plus en plus complexes, lesquels procédant les uns des autres se superposent et se concentrent graduellement pour constituer l'Union fédérale de toutes les parties de la Nation.

Nous avons spécifié les altributions, progressivement généralisées, de la Commune, du Canton, de l'Arrondissement, du District, de la Région, enfin de l'Union nationale.

Nous avons montré, présidant à celte construction méthodique, la double loi du Contrat mutuel et du Garantisme. Nous avons fait voir que Tunité qui se dégage du Fédéralisme est la véritable unité, celle d'un corps animé, morale aussi bien que matérielle, dont l'unitarisme de la Centralisation gouvernementale, fiction complémentaire, et, par conséquent, exclusive de Tordre vrai, n'est que la préparation grossière.

Nous avons vu en abordant de près l'organisation fédérale s'évanouir cette banale accusation d'anarchie, intentée au Fédéralisme. Nous avons mis en évidence une conclusion irréfutable, attestée par les faits : c'est que le Fédéralisme est l'avènement de l'ordre, tandis que le régime de fausse autorité sous lequel nous vivons depuis bientôt un siècle, ou bien plutôt dont nous mourons, n'est et ne peut être que le chaos ; nous l'avons assez éprouvé. Le Fédéralisme est l'organisation ; Tanarchie, c'est le gouvernement.

Comme toutes les vérités sont liées, le principe de là vérité politique étant une fois à découvert, il en a jailli aussitôt toute une gerbe de solutions qu'on ne prévoyait pas, cherchées jusqu'aujourd'hui — c'était

inévitable — partout ailleurs que dans le principe où elles se trouvaient renfermées.

Au nombre des résultats de Torganisation fondée sur le principe du Fédéralisme nous avons vu se produire :

Avant tout cet ordre moral, tant préconisé jusqu'ici mais qui ne fut jamais obtenu ; la vraie moralité publique, chose qui a peu de rapport avec les catéchismes, n'est en réalité que l'empreinte des institutions sur les individus quand celles-ci sont de nature à leur imprimer le sentiment de la dignité et de l'inviolabilité personnelles, l'esprit de responsabilité et de solidarité, d'où la conscience du droit et du devoir : elles ne se trouveront ailleurs que dans le Fédéralisme ;

Le respect de l'autorité légale, dont tout le monde parle et que personne ne pratique; ce respect en effet ne saurait guère exister autant que la loi n'exprimera pas de rapports justes et sincères : le règne véritable de la Loi est encore le Fédéralisme ;

L'organisation du suffrage, entraînant de nombreuses conséquences: Voilà sans doute un des résultats ou des corollaires les plus remarquables de l'institution fédérale.

Moyennant cette organisation, le Suffrage, qui jusqu'à présent n'a de valeur que celle d'un fait irrationnel, forme dernière du droit de la force, obtient enfin les conditions par où il peut avoir une valeur juridique. Etant d'abord universel, il est de plus libre et compétent.

Ceci résulte de réchelonnement des délégations représentatives, correspondant lui-même aux relations naturelles des groupes que la Nature créa.

Par le mécanisme des délégations la vie politique est replacée dans ses conditions véridiques, à Tinverse de ce qui est maintenant. Elle se concentre dans les limites d'une vision nette et clairvoyante, dans le cercle des questions locales.

Ce n*est plus ici le vole direct et ochlocratique, la puissance aveugle du nombre, dont aucun esprit raisonnable ne peut croire pour de bon à l'infaillibilité. Le vote est au contraire à de nombreux dégrés, et il doit être ainsi, pour être organique ; mais la construction de ces dégrés n'est point factice comme elle Test, par exemple, dans le système censitaire ; elle dépend de la nature des choses ; elle n'exprime que les vrais rapports.

Le vote est toujours compétent, parce que chaque votant délibère et prononce à tous les dégrés sur ce qu'il est apte à connaître au lieu de voter, comme aujourd'hui, sur ce qu'il ignore absolument.

Le vote est compétent et de plus il est libre ; car sa liberté est garantie par l'ensemble des institutions ; car il s'appuie sur une sanction, la seule au fond qui soit réelle, le recours éventuel à la force au cas de litige inconciliable. L'homme qui vote est un citoyen dans toute l'étendue de l'expression. Il a le droit et il est armé pour au besoin maintenir son droit.

Ainsi le suffrage devient sérieux, ce qu'il n'est pas jusqu'à présent.

La compétence des mandataires, à tous les échelons, résulte des conditions du choix qui les désigne. La concentration progressive des délégations opère effectivement un triage des capacités administratives ; les capacités vont croissant à mesure que les fonctions s'élèvent.

La congruité de leur gestion est d'ailleurs assurée par la responsabilité personnelle et réelle que les fonctionnaires sont tenus d'offrir, les instructions qu'ils doivent recevoir, les engagements formels qui sont exigés d'eux, le contrôle qu'ils subissent, les comptes qu'ils sont astreints à rendre, eniSn par les sanctions pénales qui frappent impitoyablement les fautes et les malversations.

Cette compétence, rendue ainsi nécessaire et nécessairement reconnue, procure aux gérants des intérêts nationaux une autorité morale supérieure de beaucoup à la puissance matérielle dont les gouvernements sont investis dans les conditions du régime autoritaire.

La filière des délégations est en effet le seul procédé pour obtenir des représentations nationales composées d'éléments sérieux, de valeurs éprouvées, enfin des assemblées qui paraissent autre chose que la ménagerie politique des singes et des hippopotames. On nous parle du respect de l'autorité ; mais il est difficile que le Législateur, qui n'est pas tant un être abstrait qu'on veut bien le dire, commande le respect à la masse gouvernée, s'il ne lui a pas

inspiré une opinion supérieure de la raison et de la clairvoyance qu'il doit avoir éminemment.

L'organisation fédérale de la Nation et du Suffrage peut seule relever la Société de l'abîme où Ta précipitée, depuis la chute de Tordre divin, le règne trop prolongé du désordre bourgeois.

L'organisation fédérale, constituant Tordre réclamé parles besoins nouveaux, exclut en effet ces causes multipliées d'insécurité qui tuent la vie économique. L'agitation parlementaire, les crises ministérielles, les secousses électorales, les culbutes révolutionnaires ont si peu moyen de se produire, dans un Etat où règne le suffrage organisé, comme nous Tavons dit, qu'on n'y conçoit môme plus la possibilité de ces influences perturbatrices. Le renouvellement du corps politique s'y fait de lui-même, — comme il doit avoir lieu dans un corps animé, en vertu de son organisation, — incessant et inaperçu.

Nous ajoutons que toute l'activité et tous les talents qui sont présentement gaspillés dans les luttes des partis seront du même coup restitués à la production dans ses diverses branches, industrielle, scientifique, artistique; valeur incalculable pour le développement du bien-être et la puissance du pays.

Ce n'est donc en aucune façon un paradoxe de conclure que tout ce qui n'est pas directement intéressé, dans la perpétuation de Tétat de désordre et de pillage, devra en venir, avec le temps, à cette

idée du Fédéralisme si peu comprise jusqu'aujourd'hui.

D'autant que le passage des conditions présentes à Tordre fédéral ne serait pas en définitive une entreprise aussi ardue qu'on serait d'abord tenté de le croire. Les cadres de l'organisation préexistent généralement dans le régime centralisateur ; mais ce sont des cadres abstraits et ils sont yides; il y aurait quelque chose à mettre là-dedans, à quoi on n'avait pas pris garde, la vie publique, la liberté. Pour peu qu'on apportât à l'œuvre un tant soit peu de bonne volonté, — on ne le fera pas, — la conversion serait susceptible de s'opérer sans trop de secousse.

Quand on résume ses conséquences, le Fédéralisme apparaît comme la synthèse qui rapproche et fusionne les fragments de vérité attribués aux divers systèmes : la stabilité monarchique, — la compétence et l'autorité du régime aristocratique, la liberté de la Démocratie cessent de se montrer en antagonisme. Cette largeur de compréhension fut toujours le signe éclatant par où se dislingue la Vérité.

Les questions pratiques seraient trop simples, si la considération de la Vérité y était mise en compte, pour le demi-quart de sa valeur. Mais on se heurte le plus souvent à des préjugés qui ne céderont devant rien, d'autant moins explicables qu'on n'aperçoit leur origine ni dans les faits, pris en eux-mêmes, ni dans les apparences plus ou moins illusoires dont

les faits peuvent s'accompagner. Tel est celui qui opposera vraisemblablement la résistance la plus obstinée au progrès de l'idée fédérale. Peut-être trouverions-nous encore, en les cherchant, quelques esprits de bonne composition pour nous accorder placidement que l'organisation fédérale peut en effet avoir du bon... pour Fan deux mille. En attendant il est admis, par les mêmes esprits sages, que si on l'appliquait maintenant cette réforme consommerait la ruine de notre puissance militaire :

a Sans griffes ni dents^ nous serions « Comme place démantelée.

Il est convenu, on ne s'est jamais donné la peine de tirer l'assertion au clair, qu'un peuple constitué fédéralement serait sans force devant l'étranger.

Il nous faudra, en conséquence de cet aphorisme, laisser dormir l'idée fédérale, par motif de patriotisme, jusqu'à l'époque où il plaira aux Empires voisins de consentir à désarmer.

On ne saurait rien voir de plus faux.

D'abord on pourrait se demander quel système de défense donnerait des résultats pires que la catastrophe inouïe du militarisme unitaire, pires que Sedan et Metz et que le siège de Paris.

Mais il est de fait et l'histoire témoigne que les armées fédérales, bien loin d'être vouées comme on le dit à l'infériorité militaire, sont au contraire celles qui obtinrent, à toutes les époques, les succès les plus signalés, surtout dans la guerre défensive.

On comprend ce résultat, quand on réfléchit que

le système de la fédération des milices fait d'une nation un buisson d'armes impénétrable à TinTasioa.

Celte organisation de la défense territoriale constituée par régions, provinces et districts, qui met tout un peuple debout, armé sur place, est aussi le seul qui développe au degré nécessaire et qui entretienne dans les armées ce feu sacré du patriotisme et du civisme dont rien ne peut suppléer le défaut.

Il est clair en effet que dans les conditions actuelles, surtout en prévision des éventualités qui d'un moment à l'autre peuvent ^n surgir, la Fédéralion de la Défense, l'armée sur place, pourra seule nous donner la masse énorme d'hommes armés qui nous est devenue nécessaire.

Il est évident que tout autre système achèvera d'épuiser la production matérielle du pays et d'atrophier une nation où la procréation des hommes est en voie de s'éteindre, sans parvenir à mettre sur pied une défense qui suffise pour sa sécurité. Donc la raison patriotique, loin d'écarter le Fédéralisme,* devrait tout au contraire nous y faire entrer en toute hâte,

La nécessité de l'organisation territoriale est si manifeste que le militarisme lui-même, avec ses préventions et ses antipathies, se voit forcé d'entrer dans cet ordre d'idées. Mais il n'y entre qu'à reculons et il finira, comme toujours, par où il fallait commencer, faisant l'accessoire du principal et s'amusant aux petites réformes. On est obligé de reconnaître l'insuffisance des forces encasernées ; on n'ose pas nier que le supplément d'une organisation territo-

riale soit indispensable, mais on en a peur. C'est ainsi qu'on renonça, en 1870, à exercer les gardes mobiles^ quelques bataillons ayant fait preuve d'un mauvais esprit, chanté la Marseillaise y etc. Toujours cette même et fatale crainte de la Révolution! Si on pouvait infuser à ce peuple, au lieu de sang, dans ses veines, du petit lait, on ne manquerait pas de le faire.

On travaille activement, dit-on, à réorganiser nos forces militaires ; à merveille ! mais le but où on vise n'est pas franc. Même on est arrivé, on nous l'assure, à constituer enfin une défense territoriale; mais on garde concurremment l'armée prétorienne, l'armée des capitulations, qu'on se propose de rendre aussi formidable que possible. Pour sauvegarder le territoire ? Apparemment, mais plus encore pour surveiller et pour contenir l'armée territoriale, si on la laisse jamais fonctionner; c'est ce qu'on appelle garantir l'ordre. C'est la contradiction sociale faisant son entrée dtms l'institution militaire, prélude d'une vaste lutte civile.

Pourtant le grand point dans les choses pratiques a toujours été de ne pas courir, comme on dit, deux chasses à la fois et d'agir avec décision. 11 faut savoir prendre un parti. Si nous hésitons indéfiniment, entre les errements d'un système usé et la nécessité actuelle, entre le militarisme néo-barbare, créé pour, la guerre de conquête, et la défense territoriale, nous n'arriverons jamais à rien. L'objet le plus important n'est pas d'avoir cinq ou six cent mille soudards

rompus à leur métier en vue d'une guerre d'attaque, dont puisse le Ciel nous préserver! Pour qui fait-on ces prétoriens ? La question réelle serait bien plutôt de constituer, en moins de temps perdu, une force armée de trois ou quatre millions d'hommes, et plus encore s'il est possible, exercés autant qu'il le faut, sans être soldats de métier, pour résister sur place dans le cas d'une invasion. C'est surtout la puissance de masse dont nous avons ici à nous préoccuper.

On sait combien les représentants officiels du militarisme abhorrent la guerre des guérillas. Il est dé fait que ces résistances irrégulières, pour employer leur expression, sont en même temps que celui des peuples envahis, mais autrement, le désespoir des stratégistes autorisés. Ces défenses, farouches qui s'étendent et qui se multiplient sur tous les points d'un territoire absorbent nécessairement les armées conquérantes, fondant comme beurre dans la lèchefrite, cnscYelies, aurait dit autrement Bossuet, dans leur triomphe.

Or notre défense fédérale n'est pas autre que ce procédé des guérillas amenée de longue main à perfection, mise à l'avenant de ce siècle épris de la régularité, ordonné et rendu classique. — Qu'est-ce qui ne peut pas devenir classique ?

La Fédération militaire a par dessus tout cet avantage, dont la portée est décisive, que sans sacrifier Tordre à la liberté elle est le moyen de donner l'essor au génie révolutionnaire qui est rame de la France et sa vraie force.

Enfin le Fédéralisme, après de nombreuses surprises, nous en gardait une dernière, plus inattendue que toutes les autres. Par un de ces paradoxes où semble se complaire la puissance ténébreuse qui meut le cours des choses, c'est probablement à ce régime de paix qu'il est réservé d'accomplir, sans tambours ni clairons, le rêve de conquête poursuivi chimériquement par l'esprit belliqueux des gouvernements militaires. Cette transformation politique est pour nous le seul espoir avouable, aux yeux de la prudence et du bon sens, d'obtenir, par la suite, la fameuse revanche, et mieux que la revanche. Nous aurons dans le Fédérahsme et en lui seulement, l'intégralité nationale.

Par une accession spontanée de ces populations limitrophes, françaises par leurs aspirations et qui n'attendent pour le devenir politiquement que le jour où une organisation sérieuse viendra enfin leur assurer, avec les conditions de prospérité économique, des garanties de sécurité et de protection, sans léser leur autonomie, l'état fédéral nous donnera, comme une conséquence naturelle, les tant fameuses frontières du Rhin. Il est de toute évidence qu'une telle combinaison n'appartient qu'au Fédéra* lisme.

Cette surprise n'a rien après tout de trop surprenant, si on a su comprendre que le régime fédéral est le groupement des peuples en raison de leurs affinités naturelles; —Groupement qui est d'ailleurs dans le mouvement du siècle.

Donc au point de vue de la grandeur et de la puissance nationales, on pourrait croire que le sentiment patriotique, à défaut de vues plus profondes, devrait faire une belle propagande à Tidée du Fédéralisme. Malheureusement le patriotisme véritable, et plus encore le patriotisme intelligent, est chose trop peu commune pour qu'il y ait à se faire illusion sur la portée de son influence.

On persistera au contraire à écarter le Fédéralisme en alléguant toujours , par une interversion curieuse, le sentiment patriotique. Car le Fédéralisme, qui serait la résurrection de la France et son triomphe définitif, serait aussi celui de la Révolution au détriment des classes sociales « qui tiennent le cachet et la cire ». Or, comme les dites classes dirigeantes ont éternellement peur de la Révolution , plus que de l'invasion étrangère, plus que du désastre et de la honte de la patrie, elles s'attacheront à décrier le Fédéralisme, jusqu'au jour où elles seront frappées, ainsi que doivent finir par être frappés, tous les intérêts égoïstes qui s'opposent au besoin social exprimé dans le mouvement de l'histoire.

En attendant ce jour de justice, dénoncer au mépris et à la haîne des citoyens, pour nous servir de l'expression consacrée, ces grands criminels qui ne sont plus des citoyens, ayant immolé la patrie à leurs intérêts et continuant de faire peser, pour empêcher sa résurrection, le poids de leurs ignobles calculs, sur le couvercle du cercueil où ils l'ont couchée, n'est-ce pas là, nous ne disons pas le droit de tout

écrivain patriote, mais son devoir strict, devant lequel nous n'hésiterons pas ?

Un troisième quiproquo non moins fâcheux que les deux précédents, à l'endroit d'une doctrine qui n'a contre elle, en définitive, — toute question d'intérêt à part, que le quiproquo en permanence, consiste à croire que le Fédéralisme n'est qu'une tentative rétrograde, un retour vers l'état féodal. On est môme surpris de voir que cette idée moyen-âge, travestie bourgeoisement se soit déclarée tout-à-coup, alors que le mouvement du siècle porte les sociétés vers l'unification, qu'on s'est habitué à regarder comme la voie ferrée du progrès; si bien que les Etats confédérés entrent eux-mêmes dans cette voie.

Le malentendu tient à l'ignorance politique dont nous sommes enveloppés, comme d'une brume épaisse; une des contradictions significatives de ce XIX' siècle où la politique tient tant de place.

On confond en effet deux choses très distinctes ; on mêle ici le Fédéralisme avec la Confédération.

Le Fédéralisme n'est point la Confédération. Les Fédéralistes ne demandent point la République comme en Suisse^ ni même comme aux Etats-Unis.

La Confédération n'est qu'une ligue de Cités ou de Peuples passée à l'état permanent. Le Fédéralisme est l'organisation d'une seule et même nation, sur la base du Contrat mutuel.

La Confédération est le produit naturel du hasard

et de la force. Le Fédéralisme est Texpression rationnelle du libre accord.

Pour qu'une nation s'élève à Félal fédéral, il faut, avons-nous dit, que ses dissemblances intérieures aient été préalablement réduites à Tuniformilé par Faction du régime centralisateur ; il faut que Taccord politique y soit établi sur les bases du droit rationnel universellement accepté. C'est ainsi qu'en Suisse, par exemple, dans le Canton de Bernei les registres dé l'Etat civil viennent d'être mis aux mains de l'auto-^ rite civile, comme ils y étaient déjà, dans d'autres Cantons. On vient également d'établir, pour l'ensemble des Etals suisses, l'obligation du mariage civil, avec non moins de raison. Il y avait jusqu'ici dans la Constitution de l'Union helvétique des disparités cantonales dont l'ancien état de Confédération pouvait s'accommoder, mais qui ne seraient pas compatibles avec l'état fédéral proprement dit, oix la Suisse entre sans soubresauts.

La Confédération est un ét^l rudimentaire et primitif. Le Fédéralisme est l'organisation politique parvenue à son acl^èvement.

La vie publique naît et se développe à l'état de confédération, devient Iransitoiremént latente dans l'unitarisme où elle opère sa métamorphose, et renaît à l'état fédéral, sous sa forme définitive.

Les Confédérations peuvent être absorbées dans l'unitarisme. Le Fédéralisme au contraire procède de Tunification.

L'état fédéral est distinct do celui de Confédération

comme les corporations fermées et immuables diffèrent des associations libres, comme Téquité légale se distingue du privilège, comme les franchises gothiques (Freedoms) sont différentes de la Liberté*

L*un est le passé, l'autre est Tavenir.

Nous avons passé rapidement sur les arguties concernant les difficultés d'application qu'on essaie d'alléguer contre le Fédéralisme. Elles sont les mêmes qui s'opposèrent dans tous les temps aux moins contestables réformes.

En somme il n*exisle pas d'objection contre le Fédéralisme.

Mais comme la force de l'évidence n'a rien de commun avec la mécanique des fails, le Fédéralisme serait loin de compte, s'il n'avait que celte force à le soutenir. Est-ce que le monde se rendit jamais à l'évidence? 11 n'y a rien à objecter contre le Fédéralisme. Dans le Fédéralisjwe est évidemment la régénération de la France, politique, morale, nationale, — même son élévation à un degré de puissance et de grandeur qu'elle n'atteignit pas, dans le passé ; le Fédéralisme est le bon sens, la sincérité, rhonnêteté; il n'en est pas moins à prévoir qu'U ne l'emportera, comme toutes les vérités, que de haute lutte. La raison est en sa faveur, mais il a contre lui l'ignoranceet les entêtements de l'empirisme avec ses'peurs irraisonnées, avant tout comme toujours, les intérêts acquis, c'està-dire l'épais égoïsme de l'aristocratie . du jour, la. plus dégradée de toutes les formes d'aristocratie, celle de l'argent, sans honneur ni vergogne, sans foi

patriotique ni d'aucune autre espùce, qui serait fort étonnée d'entendre dire qu'elle aurait sujet de scrupule, quand elle immole délibérément le salut de la Patrie et l'intérêt public à ce qu'elle croit son propre» intérêt. Heureusement le Fédéralisme a pour lui mieux que l'évidence rationnelle, qui n'est guère qu'à l'usage des métaphysiciens ; U a aussi la force, du mouvement social, avec laquelle tous les hommes sont obligés de compter, parce qu'elle écrase tout.

La revendication du Fédéralisme est, de fait, comme elle Vest en principe, une révolution potitique et sociale d'un radicalisme absolu^ qui n'est autre que l'organisation de la République, laquelle doit être appelée exactement Tordre. D'où il ré^ suite qu'elle ne peut être limitée à la décentralisa^ tion administrative ni à aucune demi-réforme. Elle n'est d'ailleurs, comme on l'en accuse gratuit tement, ni la désorganisation de la société, ni celle de la puissance militaire de la Nation, pas plus qu'un retour inexplicable vers un passé que rien ne ferk renaître; tout ku contraire. Elle n'a contre elle d'opposition que les préventions iniquement aveugles qui déclarèrent impossible, k toutes les époques^ tout ce' qui s'est fait, jusqu'à nos jours, poiir améliorer les conditions de l'existence humaine.

Nous ne saurions condenser, dans une expression plus brève, le contenu de cet ouvrage et les pages qui le résument.

Nous concluons de tout ce qui précède que l'avénement du Fédéralisme est inévitable, parce qu'il donne la seule organisation dont le type se montre en harmonie avec les conditions modernes de la y\e sociale, transformée par la science et le développement de l'induslric, ou, si on veut autrement le dire, avec l'état républicain, qui se rapporte à ces conditions. Si peu comprise, si inconnue et méconnue qu'elle soit encore, à l'heure présente ; si violemment refoulée à sa première apparition quand elle s'appelait dans son bégaiement, la Commune et le Cantonalisme; enfin si combattue qu'elle puisse èlrc demain, quand elle reparaîtra grandie et revêtue de son armure complète, nous concluons que l'Idée fédérale est infailliblement destinée à prévaloir; — parce qu'il n'y a pas une autre i^ue à la phase historique où nous sommes engagés; parce qu'elle est la solution générale, la seule possible des difficultés résultant de Fétat contradictoire anachronique, où l'on s*atlarde obstinément.

La Destinée a prononcé; elle a formulé son oracle dont le monde s'est, de prime abord, étonné sottement, comme il fit toujours, et qu'il lâche après d'oubher, au lieu de pénétrer le sens caché sous l'enveloppe des formes étranges. Les efTorts humains n'y peuvent rien ; tout au plus ils retarderont l'exécution de l'arrêt, pour la durée d'une génération, soit quelque vingt ou trente années.

De la République nominale, entre-coupé» ou non d'intermèdes monarchiques, nous arriverons par une

pente rapide à la République de fait, au Fédéralisme, comme nous passons en ce moment de la Monarchie bâtarde, césarienne ou parlementaire^ quasi Républicaine, à la République parlementaire quasi monarchique. Mais celle-ci, étant en elle-même contradicloire, ne pourra tenir; on en arrivera forcément de mécompte en déconvenue, à constituer enfin le régime sur ses bases rationnelles. Le jour s'approche où la Révolution Fédérale, acclamée par la foule des myopes, aura, elle aussi, ses Target et ses Casimir Périer; ceux-là seulement qui Tauront vue venir de trop loin étant alors,comme il convient, honnis, proscrits, persécutés, écrasés, sous l'accomplissement dont ils auront été les vaticinateurs et que leurs âmes remplies d'allégresse contempleront avant de s'éteindre.

Que si on entend nous demander, entre cette vision théorique, première face de la conclusion, une solution pratique, nous aurons à compter ici avec la part d'incertitude qui affecte nécessairement toutes les choses du doinaine pratique. La question se pose sous l'aspect d'une alternative; la réponse est soumise à l'éventualité.

L'avènement du Fédéralisme étant de nécessite, la conclusion vraiment pratique serait sans doute de prendre de loin cette transformation nécessaire, pour en atténuer les secousses. Ce qu'il y aurait à faire nous l'avons indiqué. Nous avons dit que la faction conservatrice se montrerait mieux avisée qu'elle ne

le fut jamais, si elle savait, allant au devant de la nécessité, entrer dès maintenant dans la voie de la décentralisation administrative, prodrome du mouvement fédéral. Nous n'avons pas entendu par là qu'on puisse recourir à ce moyen comme on recourt à un faux-fuyant. Le calcul, nous l'avons fait voir, serait un mécompte absolu. L'œuvre préliminaire de la Décenirallsation administrative, contre laquelle ne saurait s'élever aucune objection loyale, est à faire sans arrière-pensée, sans autre but que déménager, au moyen de la Réforme administrative, une transition de pente insensible vers la Révolution politique et, par l'intermédiaire de celle-ci, vers la Révolution sociale proprement dite, plus éloignée que la Révolution politique, également nécessaire et lui faisant suite, achèvement de la transformation économique, par où nos sociétés seront enfin adaptées aux exigences de leur vie nouvelle.

En même temps on aurait, pour nous mettre en mesure vis-à-vis des nécessités extérieures, à entrer au plus tôt, sans ambages, sans hésitation ni arrièrepensées, dans le système de l'armement territorial et de la fédération de toutes les forces dix pays.

Telle est pour le moment, sous le rapport militaire aussi bien que politique, la double indication dont '-^ mise en œuvre est possible et serait d'urgence. Voilà, nous semble-t-il,ce que les esprits pratiques )pellent une solution pratique. Du moins l'est-elle 1 apparence. Elle le serait, en réalité, si elle ne ipposait qu'au point où nous sommes arrivés la

Vérité et la Justice ont quelque chance de se faire entendre plus qu'aux époques révolutionnaires antérieures à celle d'aujourd'hui.

Ceci, malheureusement, est loin d'être prouvé.

Mais si les préjugés aveugles des classes exploitantes, leurs passions intraitables, leurs intérêts sourds et féroces doivent résister comme par le passé ; si le procédé conservateur se résume comme par le passé dans une compression irraisonnée, la compression finira de même que par le passé, violemment, par une explosion.

Auquel cas c'est la guerre ouverte... Signsi cananU

Dans celle hypothèse, la question pratique s'offrirait sous une forme tout autre, qui serait la suivante :

Etant prévu un cataclysme politique et social que doit amener la résistance systématiquement opposée^ déterminer quels pourront être les moyens révolutionnaires les mieux appropriés^ )pour obtenir rétablissement du Fédéralisme par la force, contre Vhostilité des classes opposantes qui seront ou qui se croiront intéressées à le combattre.

Telle serait alors la vraie question et la réponse aurait sans doute son intérêt. Mais on conçoit que toutes sortes de raisons nous interdisent de répondre ici à une question qui se pose sous celte forme ; — d'autant que répondre à cette question est la matière de tout un livre plus étendu que celui-ci. Mais si Œdipe doit rester bouchç close, alors ce sera le Sphinx lui-même qui produira la solution... à sa manière. On peut bien fausser les moyens que

rcclame la logique des choses, au moindre mal substituei' le pire; mais la puissance humaine no va pas au-delà ; elle n'arrête pas la marche de la nécessité.

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