FÉDÉRALISME
Rien n*est stable sous la voûte du ciel ; cette vérité banale est toujours à rappeler puisqu'on l'oublie toujours. Les individus meurent, les institutions passent. La vérité de la veille est erreur le lendemain. Les vilipendés du présent seront coulés en bronze par les badauds de l'avenir ; les glorifiés d'une autre époque, aujourd'hui dégonflés de leur morgue, traînent par les siècles comme baudruches vides. C'est l'affaire d'une ou deux vies d'homme, qui ne dérange point le sommeil des morts. Les besoins humains se sont modifiés ; les constructions se sont transformées avec eux. Le vieil ordre a sombré ; un autre ordre a surgi qui ne sera pas moins Tordre, vénérable, absolu dans ses prétentions comme celui qui a cessé d'être. Tout cela est bien assurément ne pouvant être mieux, et la sagesse est dans l'optimisme. — E sempve bene.
Lorsqu'une reconstruction sociale est ainsi devenue nécessaire, ce n'est pas assez que l'édifice frappé dans ses fondements croule en ruine par tous ses
côtés ; il faut encore que l'idée qui doit servir de type
à la reconstruction nouvelle se soit fait jour dans les esprits ; qu'elle soit devenue sensible à cette immense majorité qui préoccupée par les soins des intérêts journaliers ne saurait avoir du temps de reste pour « s'occuper de politique » et ne connaît rien que ce qu'elle apprend, comme on dit, par dessus les murs. Cela signifie simplement que la masse des intérêts et leur rapport aux institutions régnantes auront dû se modifier assez profondément pour que le jeu de ces dernières soit rendu impossible. Alors et du seul fait de la nécessité les solutions se dégagent, les renouvellements prennent corps.
Ainsi en est-il aujourd'hui de la vieille conception politique, c'est-à-dire du Gouvernement, sous toutes les formes, en présence du Fédéralisme, dont l'idée est à peine éclose.
La Société en attendant est dans l'état où se voit la nôtre, situation des moins confortables, assise par terre entre deux selles.
Nous nous garderons de commencer ex cathedra par une définition du Fédéralisme. Il .y a longtemps que Pascal s'est moqué des faiseurs de définitions qui se croient très forts parce qu'ils sont parvenus à comprimer la matière d'un volume dans la formule d'un logogriphe d'où tout le contenu s'échappe avec la même confusion dès qu'il s'agit de lui donner le jour. Ceux qui voudront prendre la peine de nous suivre jusqu'au bout sauront alors ce que nous entendons par le Fédéralisme. Quant
aux aulres à qui la chose importe peu, ils ne seraient pas plus avancés après qu'une charade plus ou moins boiteuse leur aurait été exhibée.
Cependant comme il faut partir de quelque chose, nous nous contenterons de dire d'une manière générale que le Fédéralisme est un régime où la constitution de Tensemble national résulte du groupement librement consenti des différentes parties de l'ensemble. Provisoirement cela nous suffit.
Depuis la chute de Tordre antérieur à i789 on n*a pu encore établir un ordre politique satisfaisant aux besoins nouveaux.
Jusqu'à la fin du dernier siècle il existait en France une construction sociale susceptible d'être définie. Oppression, pillage et massacre, peu importe ce qu'était au fond cet ordre disparu ; en tout cas était-il admis par le consentement de l'esprit public; Tordre social e&t avant tout un fait spirituel, procédant d'un acte de foi. Ce fait du vieux régime, ou cette foi de nos aïeux, à bout d'iniquité et d'absurdité, s*est effondré sur lui-même plus qu'il n'a été démoli par la Révolution; car c'est ainsi qu'il faut comprendre l'événement révolutionnaire ; l'appareil extérieur n'y est qu'un décor où figurent des ombres chinoises. On a depuis lors lout essayé pour reconstruire un édifice^ tellement qnellement, sur des bases à l'état de décombres. Efforts perdus ; rien n'a pu tenir. On
n*a fait que poursuivre le travail de démolition, fragmenter de plus en plus les ruinas. Il n'y a plus depuis cette époque-là d'ordre social.
Nous avons vu, tout bien compté, se succéder quatre tentatives, également avortées, de réédiflcalion ; il n'y a guère moyen d'en concevoir une cinquième et recommencer n'est pas possible.
Premier essai de reconstruction par la nouvelle aristocratie terrienne, depuis le jour du 9 Thermidor, jour « où les brigands triomphèrent » comme Robespierre le dit alors, jusqu'en 1830. Subslitués violemment aux nobles, les accapareurs de biens nationaux, les voleurs des deniers publics, s'efforcèrent sous le preniier Empire de refaire à leur profit cette hiérarchie du privilège qu'eux-mêmes avaient détruite; c'était inévitable ; bientôt après, sous le règne de la Charte octroyée, ou extorquée, sous la Restauration, comme les somnambules de Coblence appelèrent leur rêve politique dont nous n'avons pas à parler, ils assurèrent par un compromis la sécurité de leur usurpation, reconnurent une dot d'un milliard à la noblesse déshéritée par eux et l'épousèrent, — la Nation paya les violons.
Deuxième essai de reconstruction par l'argyrocratie (*) commerciale et la propriété moyenne de 1830 à 1848 ; — ce qu'on appela le règne des épiciers. (1)
(1) On sait comment tomba le replâtrage de 1830. Un jour l'orage survint et tout s'en alla. Le roi des bourgeois ne monta point sur l'échafaud ; il s'en fût tout bonnement
(*) Voir à la fin du volume la petite nomenclature phllosophiquiie.
Troisièmo essai de reconslriictiôri par l'argyrocratie du tripot de 1852 à la chute du second Empire qui n'était que la raison sociale de cette piraterie financière.
en fiacre et nul n'y prit garde. La dynastie de Juillet n'avait point jeté de racines. Ses rares fidèles, — qui n'en a pas ? — ne sont pas encore revenus de cette chute. Car enfin ce régime comparé à ses prédécesseurs et successeurs n'est accusable que de peccadilles. Il fut autant que possible constitutionnel et régulier ; il n'est point ' mort d'infraction légale. Plus dilapidateurs et plus tyranniques, plus maculés de sang et de corruption, plus souillés de honte, se sont montrés d'autres pouvoirs, qui pourtant ne l'ont pas fait regretter. C'est que le prestige d'un Gouvernement est autre chose que la vertu d'une honnête fille. La monarchie de juillet aurait -elle eu absolument cette honnêteté négative, qu'elle n'eût même pas, celle-ci aurait été impuissante à la soutenir; Il ne suffit pas qu'un régime qui se dit légal et libéral ait pour lui la sagesse des ventres et la légalité des croupions. Il faut encore qu'il ait pour vivre une aspiration qui l'anime, une tendance répondant à celle de son temps, marchant au pas de l'époque, en un mot une vitalité C'est, 11 est vrai, demander beaucoup à un malheureux gouvernement constitutionnel, lequel est par le fait dans l'état absurde d'un homme qu'on oblige de marcher les jambes prises dans un sac. Quoi qu'il en soit, ce qui tue le plus sûrement les pouvoirs n'esc point, de commettre des crimes, ni môme des fautes. La pire condition est pour eux quand ils ne se créent ni haines ni affections profondes. Ces régimes mal accommodés, qui clapotent dans 1 intrigue et dans l'équivoque, ni froids ni chauds, dégoûtent les peuples. Le premier accident les noie dans la révolution du mépviSy comme on peut appeler celle de 1848. Plus les prétextes de la chute du gouvernement de juillet, vus en eux-mêmes, paraissent futiles', plus cette catastrophe politique est instructive ; plus elle démontre l'inanité de ce régime bâtard, dit constitutioonel, monarchique ou non peu Irapoite, qui s'était annoncé platement comme la mtUleure âes république^. Les républiques bourgeoises,"^ tempérées, honnêtes filles, tomberont toujours comme est . tombée la poire molle de 1830.
A rheure actuelle, les débris coalisés de tous ces écroulements ont réuni leurs derniers efforts, sous rinsolente et commune appellation de classes dirigeantes^ pour escamoter finalement la Révolution et passer l'éponge sur la date de 89, ce cauchemar de Tiniquîté vieille ou nouvelle.
Tentative condamnée d'avance ; coalition désespérée, qui est Taveu suprême de la défaite du privilège. La masse de la Nation maintient en dépit de . tout son 89 ; les simples d'esprit mystiquement, sous la figure idolâtrique d'une dictature qui n'a plus de raison d'être que pour une clique de malandrins dont l'unique but est de mystifier à son bénéfice la crédulité campagnarde ; les gens les plus éclairés sous la forme authentique de la Révolution, sous la forme républicaine.
La République est donc aujourd'hui proclamée par la masse intelligente du pays, prenant pour porte-voix les hommes qui n'ayant pas une vue beaucoup plus longue que celle du gros public, par ce fait même, ont sa confiance.
L'état républicain, qui, dans ces conditions, se pose en fait comme l'expression de la nécessité historique, n'est jusqu'à ce jour qu'un fait négatif. — Détermination du principe républicain. — Il ne peut rien être d'intelligible en detiors du Fédéralisme.
Mais la République n'est qu'un mot ou un masque. Le masque peut recouvrir toutes les incohérences. Il
ne serait que temps de déterminer la signiticaiion que peut envelopper le mot, quelle réalité est sous les masques.
Or nous disons que cette définition de l'idée de la République n'est autre que celle des conditions de l'organisation fédérale ; parcequele Fédéralisme n'est en effet que l'application des principes formulés par nos prédécesseurs de 89 dans leur Déclaration des Droits de 1 Homme et du Citoyen; parce qu'il est le seul régime en accord possible avec le ternaire démocratique : Liberté, égalité, fraternité, où se résume en définitive tout ce décalogue des Droits de l'Homme et qui est la clef de voûte de l'édifice républicain.
La vérité, tant qu'elle ne possède qu'une valeur seulement spéculative, est sujette à la discussion et même d'autant plus contestée qu'elle est théoriquement moins susceptible de l'être. Il n'y a rien de probant pour la masse des êtres humains que le fait dans sa solidité, matériel et palpable. Or, tout raisonnement mis à part, la République, après n'avoir été longtemps qu'une idée couvée par l'esprit national, est aujourd'hui devenue un fait dans la rigueur de l'acception, autre chose n'étant plus possible.
Nous avons à présent, dit-on, la République; nous en avons au moins le nom en attendant la chose. Les noms possèdent une grande puissance. Mais on n'imagine pas sans doute qu'il n'y ait rien sous cette étiquette républicaine qu'une simple affaire de formalisme, une enseigne politique mise à la place d'une
autre. Il faudra qu'on en vienne enfin à se denrander quel peut être le contenu de cette forme.
Or ce jour-là on devra reconnaître ce que nous venons de dire, que l'organisation de Tordre républicain, entraînant beaucoup de conséquences, est simplement le Fédéralisme; par la raison qu'en dehors de ce pacte fédéral une seule chose peut être conçue^ larbitraire gouvernemental, dont Texpression logique et sincère ne peut être cherchée que dans le système radicalement opposé à celui de Tétat républicain, dans Tabsolutisnie monarchique.
La première détermination de l'idée fédérale, encore énigmalique pour le grand nombre des esprits, et que nous allons tâcher d'éclairer, ressort immédiatement des principes les moins contestés d'où dérive toute la conception républicaine. Il suffit de les approfondir ; c'est, il est vrai, ce qu'on ne fait pas et môme ce qu'on évite de faire.
On dirait en effet qu'au point de vue purement empirique de nos parlementaires, républicains du pis-aller, la République ne soit rien de plus qu'un fait négatif; ils la définiraient volontiers un état indjéfinissable où l'installati'on d'un pouvoir monarchique n'est plus possible; son emblème serait à leurs yeux un trône vide. Il semblerait pourtant naturel de se demander si l'éviction forcée du gouvernement héréditaire n'impliquerait pas par elle-même des conséquences dont il serait vain et périlleux de ne pas apprécier l'étendue; si ce fait, en apparence négatif, de
la vacuité du trône ne doit pas être considéré, nous ne dirons pas comme un principe, mais comme un symptôme des plus expressifs lié à tout un ensemble de conditions nouvelles, que la force des choses doit développer, nécessairement.
Si. dégradé que soit aujourd'hui l'esprit politique par l'hahitude de nos faussetés constitutionnelles, il serait par trop pitoyable qrii'on pût supposer qu'il n'y ait pas die corrélation entre Teasemble d.es institutions d'un temps et d*un pays et le principe gouy^ernemental qui repose sur elles. On ne s'imaginera sans doute pas que cette monarchie séculaire ait élaboré ^s organes par je travail de; tant , de siècles, pom* flif'cA déûnUive,ils se trouvent êtrejW ?:ixf sièele adaptés aux fonctions de la Démocratie, comme s'ils avaiefit été faits expressément pour son usage. Suffîra-t-:ild^ mettre sur le tprge, décapité du Roi-Soleil une tête quelconque de carton, maflue ou. maigre, pour faire une République viable, bourgeoise ou jacobine, ti-icolorc ^u rouge ?..
y ne vraie construc1,iQu politique ^st nécessairement un ensemble architectoiiique où tout est lié. Si la libçrlé n'jf exiçte pas à la bage, elle ne pourra être. ^. somme jt. Réciproquement, si la lQi,qui, entendre dans sa rigueur philosophique^ n'est que l'ex-. pression sincère de^.^fappovM sociaux, T^xpression du-^droitr CQntractuel, en autres termes si la'iy>erté règn^^u, sommet, il. faudra que.la njônie, liberté, le même, fjrcfit coutr^çtael,! garanti pV la loi soit égaleBoent à tous les éUgiqs à partir de la base. Lr'unité
du type est indispensable comme dans une œuvre d'architecture et tout doit se trouver en accord.
On peut s'en rapporter à des despotes sachant leur métier comme les Louis XI, les Richelieu, les Louis XIV, les Napoléon^ pour préjuger que le système de nos institutions traditionnelles n'a rien qui soit en harmonie avec Tordre républicain. Prétendre édifier sur ces bases de l'absolutisme à outrance la construction des libertés qui implique l'idée de République est assurément l'utopie la plus extravagante ou la plus ignare des méprises. Une soi-disant République posée sur de pareilles assises, unitaires, centralisatrices, autoritaires, présente tous les inconvénients de la monarchie sans en avoir les avantages ; elle n'est qu'une création hybride, une production monstrueuse, telle que peut l'enfanter le chaos d'une époque de bouleversement. C'est un corps qui entend marcher sans avoir une tête ; c'est une monarchie sans monarque, la plus fragile de toutes les combinaisons politiques, celle que le poète grec stvait en vue quand il formula cette maxime répétée après lui par tous les sages de l'antiquité :
Le pire des Etats est TEtat populaire.
Cette République monarchiste ou cette Monarchie républicaine est-elle donc l'objet j[u'on se propose lorsqu'on nous parle d'une République conservatrice? Que veulent dire ces deux mots attachés l'un à l'autre comme des boulets rivés ? S'ils ont la prétention d'exprimer une idée, nous ne les com-
prenons pas ; s'ils ne recouvrent que les frayeurs et les ignorances de l'esprit d'iniquité, alors nous les comprenons trop. Qu'est-ce que cette République conserratrice ? Conservatrice de quoi ? Au bénéfice de qui ? Conservatrice de l'arbitraire et des traditions oppressives ? Conservatrice des abus réduits en morceaux par des chutes vingt fois répétées, et qui ne tiennent plus debout ? Conservatrice d'institutions qui se liaient à un régime tombé sous le poids de sa décrépitude, répudié par le besoin moderne ? Ils sont obligés 'de le reconnaître, la Monarchie a fait son temps, faut-il à nos puissants cerveaux du parlementarisme un si grand effort de logique pour passer à cette conclusion que les pièces dont la Monarchie était formée sont avec elle hors de service ? Mais en suppléance des idées et de leur enclialnement logique nous enchaînons des mots qui hurlent d'être unis. République conservatrice, Empire libéral sont des non-sens d'une môme provenance. La République conservatrice ne serait en fait, si elle pouvait se concevoir, qu'une construction de décombres sur un entassement de ruines ; le moins stable de tous les systèmes, le moins conservateur.
Il est impossible de. se faire aucune idée tant soit peu nette d'un état de choses où seraient en présence d'un côté le fonctionnement des libertés les plus élémentaires qui soient enveloppées dans le principe républicain et d'autre part l'absolutisme d'un
gouvernement unitaire. Si ce dualisme est ce qu'on veut appeler République une et indivisible par un ignorant quiproquo, d'un nom emprunté à des circonstances toutes spéciales, la République ainsi conçue n'est, il faut bien le dire, qu'une sottise.
Qu'y a-t-il de commun entre l'absolutisme réalisé dans le système des préfectures et la revendication de l'Autonomie locale ? Comment les libertés pourront-elles s'affirmer ? Comment l'unitarisme du pouvoir centralisé fera-t-il pour maintenir son action ? .
. Ne le voyons-nous pas en ce moment? Si minime que fût la part faite aux libertés des communes, réduite^ en somme au plus strict exercice du droit électoral, ces précautions extrêmes n'ont pas suffl. Il a fallu sortir du cercle tracé par les principes du régime constitutionnel, entrer dans les mesurés d'exception ; ou plutôt les mesures d'exception sont dans l'ordre gouvernemental devenues la règle. On a dû ainsi imposer à la moitié de la France, sous le nom d'Etat de Siège, le règne pur et simple de l'arbitraire ; on a dû enlever aux grandes villes la nomination de leurs Conseils administratifs. Ce n'est pas tout ; la Représentation nationale s'est vu.e amenée au point d'annihiler elle-même son autorité. Il lui a fallu supprimer jusqujà. ses élections partielles qui la maintenaient en nombre à l'état de pouvoir légit'me ; elle a mis le Suffrage national, d'où elle émane, en interdit, se retranchant derrière le prétexte, grossièrement fallacieux, d'une dissolu-
lion imminente, tandis que d'un autre côté, en raison des craintes justifiées que lui inspire la perspective de cette dissolution, elle se proroge et se prorogera indéfiniment. D'où il résulte que ses actes coupés de leur source nationale, vont se trouver de plus en plus frappés de non-valeur à mesure qu'en devenant moins en nombre elle devient plus usurpatrice.
Cela s'appelle aller jusqu'au bout. Nous ne le disons pas pour attaquer l'Assemblée de Versailles ; que vouliez-vous que fit celte Assemblée ? car la définition exacte de sa situation est qu'elle tenait le loup parles oreilles.
L'opposition des deux pilncipes, TUnilaiisme et d'autre part le Droit national et local, ne pouvait être rendue plus manifeste ; leur hostilité est ici flagrante.
C'est qu'en effet cet antagonisme entre les prétentions du Pouvoir et le droit des Cît(>s n'est pas, comme voudraient le croire les politiques superficiels un accident dû simplement à des circonstances passagères ; peu importe quelles' seront les loibriques des gouvernements qui viendront, le Conflit est forcé et le duel se poursuivra, sachons-le, sans trêve ni merci jusqu'à ce que l'un des combattants ait tué r^autre. Est-ce donc l'état d'accord qu'on ose bien nous préconiser sous le nom étrange, antinomique, de République conservatrice ?
Toute expansion des libertés porte visiblement comme à leur postulat naturel vers la constitution
de l'état fédéral. Le rêve d'une République unitaire, établie à l'instaF de Tordre monarchique sur les mêmes bases qui se trouvaient en conformité avec celui-ci, sur le plan suranné de la Centralisation, n'est pas même à mettre au niveau des utopies qu'on reproche aux écoles socialistes les plus hallucinées. Une utopie est une conception Imaginative qui n'a pas de bases mais qui du moins se tient avec elle-même, susceptible de se formuler ; mais une République unitaire, centralisée, conservatrice!... qui donnera jamais sa formule ?
C'est du reste, le caractère des utopies qu'engendre autant et plus qu'un autre, accouplé avec l'ignorance, ce genre d'esprit que le monde des artistes appelle irrévérencieusement l'esprit bourgeois; elles* ne s'envolent pas dans les nuages, le nerf leur manque; difformités épaisses, elles se traînent sur le ventre ; elles n'ont même pas le mérite, de l'extravagance ; elles ne sont que trivialement bêtes.
Accorder à cette inanité revêtue d'un nom inintelligible même la valeur d'une utopie serait du reste la surfaire, elle n'est au plus qu'une équivoque. Elle représente dans les esprits le moment crépusculaire entre les ténèbres primitives et le jour naissant de l'idée scientifique ; prise en eU-e-même et surtout transportée dans la réalité, elle. n'est plus rien : bulle de savon qui s'évanouit dès que vous essayez de la saisir, la plus flottante des chimères et la plus vide.
S'imagine-t-on que la royauté ne soit dans le
système de la Monarchie qa*une chose décorative et qu'on puisse, cette pièce venant à disparaître, faire encore fonctionner le système? Elle était le pivot supérieur qui maintenait le tout en équilibre et autour duquel tout se mouvait ; sans elle le mécanisme porte à faux sur son axe et ne tarde pas à se détraquer. Comme Ta dit si expressément le demie)* des logiciens du Droit divin: Dieu fait tou<*ner le monde sur les deux pôles, en haut le roi, en bas le bourreau. Vous en avez assez fait Tépreuve dans vos essais de quasi-monarchie, constitutionnelle, présidentielle ; la seule crainte de la répression légale, le bourreau, ne suffit pas pour assurer Tordre. Vous n*êtes pas parvenus à remplacer le Monarque, aussi peu qu'à suppléer Dieu.
Nous entendons ce qu'on nous dit ; c'est la Loi qui règne et gouverne ; la Loi tient la place du Monarque. A la bonne heure ; mais qu'est-ce que la Loi ? La Loi se définit en général l'expression des rapports entre les éléments d'un ensemble donné, tels qu'ils résultent de la nature de ces éléments et de la forme de leur concours. S'il s'agit de l'ensemble social, si les éléments sont personnels, revêtant le double caractère de l'intelligence et de la volonté, les rapports positifs -qui. existent entre eux sont alors affectés de ce môme caractère personnel ; ils se déterminent et se consacrent sous une forme correspondante, qui s'appelle le Contrat.
La loi dont nous avons parlé ici, trônant au som-
met où converge toute la construction politique, est donc lexpression résuaiée de tous ces rapports contractuellement formulés qui répondent aux parties de l'ensemble ; elle en est la synthèse générale et suprême où elle n'est rien qu'une fiction vide, sans durée comme sans consistance.
Mais une synthèse ne se dégage pas, comme par un résultat fortuit, d'un amas confus d'éléments. Celle-ci par conséquent suppose avant tout une dis. Iribution méthodique, une coordination de rapports contractuels régulièrement superposés à tous les degrés de la pyramide; c'est-à-dire la constitution de l'édifice politique à tous ses échelons, depuis ses base.s ju&qu'à son sommet, sur ce type général de l'ordre contractuel, — qui n'est autre que celui du FédéraUsaie.
Si nous passons des avocats du libérfilisme, ou ci-devant libéralisme, aux Républicains proprement dits, généralement de vieille 'date, confesseurs et pontifes de la foi démocratique, la, plus grande part d'entre eux ne paraît pas encore s'être bien rendu compte de toute la portée de cette idée de la République dont ils se firent les pronioteurs. Il semble être mis parmi eux qu'en politique, surtout en fait de politique républicaine, la forme. emporte le fond. Il peut y avoir dans cette vue, qui se resseat de la dépression contemporaine, une part de vérité pratique, nous ne voulons pas le mécomiaître ; mais elle n'a rien de commun avec une solution.
Ainsi en ful-ii dès le début du travail régénérateur. Les choses étaient déjà du temps de nos pères ce qu'elles sont aujourd'hui, avant que les noms fussent inventés; il y avait des républicains formalistes et d'autres qui demandaient autre chose que la forme. Il existait en 1793 une catégorie de patriotes qui croyait que la Révolution ne valait pas la peine et le sang qu'elle coûtait si elle n'était pas pour fin de compte au profit de l'aisance populaire.
Ils rêvaient line législation démocratique, favorisant une répartition équitable de ces biens usurpés par les castes déchues sur la nation et que la nation mettait en vente ; ils voulaient que les institutions révolutionnaires fussent sincères et justes, inspirées d'un esprit d'égalité démocratique, allant à empêcher l'écrasement des petits par les grands et l'affamement des misérables par les habiles. Ils poursuivaient le mirage d'une société vraiment républicaine, où l'écart des fortunes serait faible, la médiocrité générale, l'opulence rare, la misère nulle, les mœurs siuiples, les habitudes honnêtes, une République de vertus comme ils disaient ridiculement.
Ceux-là étaient les scélérats, ou ce qui est pire, les idéologues, — en un seul mot les Jacoqums ; c est de la sorte que dans tous les temps le grand parti des exploiteurs a qlialifîé la foi des désîhléressésj qui sont toujours en petit nombre. Ils répandirent leur sang sur les champs de bataille ou sur l'échafaud ; les rares survivants moururent pauvres ; leur mémoire fut flétrie, comme cela devait être, mais la
France fut sauvée par eux ; leur lot leur parût assez beau.
Ils n^avaient pas rintelligenee des patriotes plus modernes qui savent ne pas mourir et négocier des. libérations de cinq milliards. Leurs héritiers de filière directe sont aujourd'hui les Bocialistes, encore une appellation nouvelle d'une chose qui n'est pas neuve puisque les principes du Socialisme, — nous ne parlons pas des chercheurs d'Icaries, aussi anciensque le monde, — sont entièrement contenus dans la déclaration des Droits.
Il y avait aussi dans ce mouvement de .89 des Républicains honnêtes, ceux qui inventèrent les. semelles de carlon et concoururent à leur manière à l'héroïsme famélique « des habits bleus par la victoire usés » ; la détresse de la patrie, où d'autres perdirent leurs vies ou leurs fortunes, enrichit ces gens honorables ; ils puisèrent à mains pleines dans les caisses nationales, « sauvèrent la Société », le 9 Thermidor, sans se décorer de la formule, qui n'élait pas encore trouvée, ils se remplirent dans le Directoire, se gorgèrent sous l'Empire, eurent leurs lettres de noblesse sous la Restauration.
Nous n'avons pas à faire le triage des Républicains d'à-présent ; nous entendons même ne parler que de ceux dont nous voulops tenir les visées pour avouables. Il en est dans le nombre qui se figurent que pour convertir en République un Etat vieilli dans les routines du monarchisme il ne faut qu'une demi-douzaine de décrets bien appliqués par un
Pouvoir improvisé dans un cas fortuit: se saisir avant tout du gouvernement au moment d'un coup de main, ou de scrutin, surprise ou force, n'importe comme ; renouveler les cadres préfectoraux en substituant aux avacliis de l'ordre bourgeois les barbes à crocs du Jacobinisme; puis décréter un certain nombre de mesures, dites radicales, qui ne sont pas après tout par trop horriflques, — l'instruction laïque, gratuite, obligatoire ; — la séparation de l'Eglise et de l'Etat, — la décentralisation administrative sous toutes réserves, — quelques réformes militaires, judiciaires, etc.; tel serait ou à peu près lé programme de nos plus osés Groqtiemitaines, qui aurait fait rire les gilets à revers d'il y a quatre-vingts ans. Enfin on ferait sortir d'un suffrage éclairé par une direction républicaine une Assemblée qui ne le serait pas moins pour élaborer une constitution, également républicaine, la dix-neuvième ou la vingtième constitution depuis 89, car nous n'en sommes plus à les compter. Celle-là serait sans doute éternelle.
La transfiguration d'un état monarchique en société républicaine est une réforme autrement profonde. On ne dépouille pas ainsi le vieil homme. L'opération est de longue haleine, laborieuse et pénible. Celte conv'ersion revient en effet, ni plus ni moins à renverser de fond en comble toute la structure et tous les rapports. Car, ou les mots ne signifient i*ien, ou le mécanisme de la Ré-publique et celui de la Mon-Archie sont radicalement opposés.
L'essence de la conception monarchique est FAu-' torité, personnifiée dans le monarque; tout y repose sur Tobéissance, réglementé par rarbitraire. La discussion n'y a pas de place. Nul n'est libre et tout obéit, depuis le roi, qui est censé obéir à Dieu, -^ car le système a une base spirituelle, sans quoi il ne se soutiendrait pas, — jusqu'au dernier sujet qui obéit au plus infime des représentants du roi. Il n'y a pas dans cette conception à parler du respect du droit ni de l'inviolabilité de la conscience personnelle. La direction des intérêts publics est l'obédience d'un seul homme, lui-même prédestiné de par le sort de sa naissance, relevant de l'arbitraire divin comme il impose son arbitraire : « Ainsi soit faict, car tel est nostre plaisir ». Le droit poUtique est inconnu; il n'existe du haut en bas qu'une hiérarchie des de-^ voirs. Comme l'exposait avec sa carrure de gendarme le Prince de Bismarck dans une séance du Parlement de Berlin, la conscience doit s'annihiler devant la Loi, qui n'exprime point ici la résultante des rapports sociaux mais l'édiction, le placitum^ de la haute sagesse du Pouvoir monocéphale ou polycéphale, peu importe après tout que le Prince soit un ou soit plusieurs.
Au contraire dans la République, la chose publique, comme l'indique le nom, est en même temps la chose de tous et l'office de chacun. En conséquence tout sera régi par la loi du libre débat.
C'est-à-dire que la liberté de l'individu est posée en principe ; l'inviolabilité de la conscience person-
nelle, inconnue dans la monarchie, devient ici la base de toute la structure. Tout consiste dans le droit, et le devoir n'est que le revenu. du droit; le devoir, du citoyen n'est que la conformité de ses actes au droit de tous et de chacun. '
--Ceci, par parenthèse, coupe court à la casuis lîque- insipide et tant agitée concernant les droits et les devoirs; droit et devoir ne sont que le recto et le' verso d'une identité, face et pile de la même mé-l daille. —
D'où il s'ensuit que rien ne saurait avoir force de loi s'il n'est institué en vertu de conventions mutuellement stipulées, soit entre les individus soit entre les groupes géographiques ou autres qu'ils forment libretnent et qui sont eux-mômes pénétrés de ce même caractère de l'inviolabilité humaine que leur communiquent les individus associés. Tout se fonde sur le droit contractuel. Or ce que nous disons là est en raccourci, comme il sera expliqué plus tard, toute l'organisation du Fédéralisme; la République n'est autre chose.
Ainsi toute l'action politique s'exerce en sens contraire dans le mécanisme de la monarchie et d^ns l'ordre républicçiin ; de haut en bas dans le premier, de bas en haut dans le second. Dans le système monarchique, le poids de l'autorité descendant du faîte tombe d'échelon en échelon jusqu'à la base de l'édifice ; dans l'organisation républicaine,
ou autrement dite fédérale, la liberté monte des racines jusqu'à l'extrémité de la tige.
Donc ces deux modes de fonctionnement sont par eux-mêmes inconciliables. Aucune compromission ne peut exister entre eux, aucune fusion.
Comme les idées qui animent les peuples n'ont point de rapport avec la logique des principes et ne sont en dernière analyse qu'une végétation développée sous les influences qui se succèdent, il allait de soi que les esprits sages dussent s'ingénier après l'engouffrement de l'ancien système, sans plus se déconcerter, à combiner des systèmes bâtards, monarchiques-constitutionnels , parlementaires , avec des Assemblées élues par des suffrages censitaires ou universels que domine plus ou moins l'influence gouvernementale, avec des ministères instables encore plus que responsables et des rois-soliveaux figurant les anciens monarques.
Les hommes graves qui passèrent leurs vies à édifier ces châteaux de cartes s'imaginaient reproduire les institutions anglaises, mises à la mode depuis Voltaire, et dont ils ne comprenaient pas le premier mot ; car la hiératique Angleterre, cette nation libre qui n'a même pas dans sa langue saxonne le mot de liberté, mais où chacun a ses franchises traditionnelles et inviolées, est pour nous comme l'antique Egypte pour les cités grecques, une énigme palpable, un sphinx.
Pour revenir à notre sujet, les constitutions avortées que l'esprit doctrinaire a tenté vainement d'im-
planter sur ce sol gaulois où bourgeonne la yîgne,— « ils n'en ont pas en Angleterre », — ont eu cependant leur résultat ; elles établissent par des preuves grossières, visuellement accessibles à tous les esprits, l'inéluctable vérité de ce que nous venons de conclure ; rapprochant de force deux principes qui ne pouvaient s'unir, renfermant en elles-mêmes la contradiction, elles n'ont donné que l'instabilité. Elles ne contenaient que le vide comme Foutre du roi Eole, sans doute roi constitutionnel ; les vents en sont sortis. Elles n'ont enfanté que le désordre, les perplexités incessantes et les convulsions répétées, — ^le règne prolongé de l'Anarchie.
Get état de trouble persistera tant qu'on n'aura pas su mesurer toute l'étendue de l'opposition qui sépare l'ordre du passé de l'ordre à venir, la Monarchie de la République.
L'Etat monarchique est une hiérarchie de privilèges autoritaires ; l'Etat républicain ne peut être qu'une construction de libertés. Il faut par suite que la liberté s'y retrouve à tous les étages, qu'elle y préside à la formation de tous les groupements. Ce principe est celui du Fédéralisme et ne comporte auctme autre forme.
La Monarchie est l'Etat d'enfance des sociétés. L'obéissance y supplée les yertus de l'âge adulte. Tout le monde y est en état de tutelle ; le Prince sous ia tutelle sacerdotale, tout le reste sous la tutelle saderdotale et royale.
La République est l'âge de majorité. L'individu y est en possession de ses droits civiques ; il a sa libre initiative comme il a sa libre conscience ; il délibère, il décide, il contracte, il est responsable. Creusez l'idée ; ce que vous trouverez au fond est le Fédéralisme.
Ainsi, sous telle forme que l'on retourne l'idée élémentaire de la République, c'est toujours le Fédéralisme qui apparaît. Nous venons de faire voir qu'il est la déduction théorique du principe républicain ; il nous reste encore à montrer qu'il donne également la condition pratique de son application.
Rousseau dans son Contrat Social, a prétendu que le régime de la Démocratie n'est adopté qu'aux petits Etals où les citoyens peuvent débattre par eux-mêmes leurs affaires communes ; les grands Etats seraient, d'après lui, voués fatalement à la Monarchie. Il en alléguait pour raison que la Souveraineté est de sa nature, en fait aussi bien qu'en principe, inaliénable. De l'instant, disait-il, où le Peuple délègue son autorité, il l'abdique ; il a cessé d'être souverain, il n'est plus. Or l'étendue des grands Etats rend inévitable de recourir à ce mécanisme des délégations. Donc, le Gouvernement du Peuple par le Peuple y devi/^^tt^par le fait impossible. — L'expérience est venue démentir en partie celte affirmation comme beaucoup d'autres du même auteur. Nous voyons que de très grands Etats sont présentement républicains en dépit de sa théorie
ou le deviennent, voués forcément non plus à la Monarchie mais à la République, d'autant que la première de ces deux formes politiques ne peut plus s'y produire, encore moins s'y asseoir ; il faut donc que de façon ou d'autre ils entrent dans la Uépublique*
Cependant Tobservation de Rousseau subsiste ; les mêmes événements ont prouvé avec non moins de force que le système représentatif n'est en effet que le perpétuel escamotage du droit démocralique. Les peuples en se nommant des délégués se donnent des maîtres et des oppresseurs et ce résultat tient au fait lui-même de la délégation gouvernementale puisqu'il demeure essentiellement le même quelle que soit la forme de celle-ci. Il est actuellement établi par trop d'exemples que le Parlementarisme, où la Souveraineté nationale est confiée dans les mains de plusieurs, ne vaut pas mieux sous ce rapport que le Césarisme, où elle est livrée à la discrétion d'un seul. La délégation de la Souveraineté est l'abdication du Souverain pour ne pas dire son suicide, les prévisions de l'auteur du Contrat Social sont à cet égard surabondamment vérifiées.
D'une autre part l'adaptation de la forme politique aux ditïérents groupes nationaux n'est pas seulement une question géographique, à preuve celte déchéance dont la Monarchie est frappée dans certains des plus grands Etats. Toutefois, la considération de l'étendue géographique n'est pas non plus sans introduire dans la question d'adaptation un élément qui la
liqne ; nous voyons en effet que ces grands où le système monarchique n'est plus possible rviennent pas jusqu'à présent à constituer leur bre dans la donnée de Tordre contraire, a donc là en définitive une question posée dans rmes apparemment contradictoires, une solu- 1 dégager, qui doit du reste être cherchée sans des limites de cette donnée républicaine, nme notre procédé n'est pas d'enchevêtrer les ômes pour le plaisir de tenir en suspens la 3Îté de ceux qui prennent sur leurs occupations ips de nous lire, disons tout de suite que la on dont il s'agit n'est transcendante le moins londe. Même il semblerait que le publiciste ois, la Confédération des Etats helvétiques sous ses yeux comme une esquisse de l'œuvre ée, devait être plus que beaucoup d'autres en ion de s'en aviser.
;ufflt en effet pour la synthèse en question de [lire à un petit nombre de conditions qui sont us élémentaires ; il faut d'abord que les nomes localités dont se compose un pays plus ou s vaste forment autant de Cités où le droit cratique puisse effectivement s'exercer dans sa î requise, les circonscriptions se trouvant telles 3S intéressés veillent par eux-mêmes au soin de intérêts collectifs ; il faut ensuite que ces démos élémentaires se relient en groupes naturels les affaires seront gérées par des mandataires 3S Cités contractantes se seront choisis : ainsi
aura été constitué sans préjudice porté aux libertés locales ni à Tunité de la nation un faisceau de petits Etats identique à Fensemble du grand Etat qu'ils composent ; — en troisième lieu on devra transporter dans les habitudes politiques les précautions qui sont d'usage dans les affaires privées toutes les fois qu'on agît par voie de procuration : les membres du Corps électoral devront exiger de leurs fondés de pouvoirs une responsabilité sérieuse, personnelle et surtout réelle, des garanties solides ; ils devront se réserver le droit incessant de surveillance et de contrôle, finalement de correction et de désaveu au cas d'abus quand ils en seront au point de ratifier les stipulations débattues par leurs ayant-cause conformément aux instructions que ceux-ci auront reçues d'eux ; — le tout consacré par les sanctions pénales les plus rigoureuses, de telle sorte que ce métier d'hommes , d'affaires du public ne soit un emploi ni moins dur, ni moins responsable, ni plus profitable qu'un autre. .
Telle est la solution de la difficulté signalée dès le berceau de la démocratie par le premier en date de ses théoriciens et jusqu'ici non résolue. Cette solution est d'une évidence irréfragable et même la seule qu'il soit possible de concevoir. Or, le tableau que nous venons de tracer n'est encore que celui du Fédéralisme.
En résumé, Reconnaître que le Corps politique doit être adapté dans l'ensemble de ses parties, comme tout organisme, à la forme d'activité qui résuUe de sa nature n'est pas après tout une conception qui
apparaisse comme si transcendante. On peut donc croire que la Monarchie aujourd'hui déchue avait ainsi ses institutions adaptées à son mode propre d'existence. On peut croire également que ce système d'organisation devait différer de celui qui pourra s'accorder à la nature du régime par lequel l'ordre monarchique est remplacé ; car autrement la nécessité de la transformation politique ne se concevrait plus. Or le régime monarchique se résumait dans l'absolutisme unitaire du Gouvernement. Il est donc peu vraisemblable que ce même unilarisme soit i l'essence du système républicain qui s'offre comme l'antithèse de la tradition monarchique. Il est à prévoir au contraire que le jeu du fonctionnement républicain devra se montrer très distinct. D'ailleurs et par le fait l'idée de la République mène directement à un mécanisme opposé, qui est le système de l'organisation fédérale. C'est au point que cette idée n'est rendue pratique et susceptible d'application qu'au moyen du Fédéralisme. Quand on parle d'un étal de choses où la Royauté ayant cessé d'être possible fait place au règne de la Loi, ou ce que l'on dit ne signitîe aucune conception précise ou il énonce en réalité un régime établi sur l'Ordre contractuel, qui n'est autre que le Fédéralisme. Le Fédéralisme est donc le mode fonctionnel inhérent à la République comme l'unitarisme était le mode fonctionnel propre à la Monarchie. Il est tout simple qu'une pratique opposée s'adapte à un principe contraire. Nous avons eu le Gouvernement monarchique avec l'unitarisme ;
nous aurons TOrdre républicain avec le Fédéralisme ou nous n'aurons rien. L'interversion n'est pas concevable. Une République unitaire s'enlend aussi peu qu'une Monarchie fédérale.
Nous avons assez appuyé sur celte première preuve du Fédéralisme tirée de l'idée de la République prise en elle-même. En y insistant davantage nous aurions crainte de fatiguer ceux qui nous ont suivi jusqu'ici et de finir par leur faire l'effet d'un Calino de la politique. Démontrer que la République n'est rien en dehors du Fédéralisme, c'est enseigner que le soleil éclaire.
Quant aux reproches qu'on nous adresserait sur l'incongruité de la théorie que nous exposons, — en admettant qu'on s'en occupe, —- nous répondrions simplement que notre métier n'est point de faire de l'actualité. Nous savons qu'au point de ses étapes où le progrès social en est venu les convictions ne sont plus rien, la question est de s'accommoder aux circonstances ; mais nos facultés ne sauraient atteindre à ce degré supérieur d'intelligence pratique où la pensée est mise au rebut. Nous avouons ne rien entendre aux curiosités parlementaires. Les cabrioles du Journalisme aussi bien que l'acrobatisme politique dont il fait le boniment sont en dehors de tous nos moyens. Nous sommes de ceux dont la foi, conservée des têtes à perruques, est de penser que le plus expédient consiste encore à suivre la voie droite
et qu'il est bon pour y marcher d'allumer d*abord le flambeau qui éclaire la route. Ce que nous venons dire ici est à contre-temps ; nous sommes impolitique et nous cassons les vitres. Soit ; il n'est rien de plus simple que de nous désavouer, car nous ne nous appelons pas légion. Mais il serait plus difficile de nous faire admettre sans réserve ou sans ironie que le moyen d'arriver au but soit d'aller à tâtons devant soi, ne connaissant pas où l'on va. Même nous pensons qu'en politique la préparation des esprits, au moins de certains esprits, ne saurait être amenée de trop loin ; — nous ne parlons pas de ceux qui gouvernent ; on n'éclaire pas les gouvernants, on n'instruit pas les Olympiens ; mais la masse gouvernée d'où sortent par la suite, montant de l'abîme, les Pouvoirs imprévus, devra cependant être éclairée autant que la masse peut l'être par des écrits qu'emporte le vent.
Donc nous croyons qu'à notre manière nous faisons preuve de sens pratique autant et plus que beaucoup d'autres qui ont la prétention d'être exclusivement praticiens. Eloignant de parti pris toute détermination tant soit peu précise qui donnerait l'idée des parages où ils entrent poussés par le souffle de la nécessité, nos Magelluns du monde politique voguent devant eux vers l'inconnu, embarqués sur une équivoque. C'est de l'habileté, à ce qu'il parait ; grand bien leur fasse ! mais il nous semble que l'embarcation n'est pas solide ; nous prévoyons que cette navigation sans boussole amènera demain
d'étranges mécomptes que pourra suivre le naufrage. Alors peut-être on le reconnaîtra, les pilotes instruits à l'avance ne seront pas sans utilité. Nous voulons dire par là que la détermination de Tidée républicaine, comme elle est à notre point de vue d'une signification pratique, au moins pour un avenir prochain, est en même temps pour nous l'argument péremptoire à l'appui du Fédéralisme.
L'aspiration commune des Sociétés civilisées vers un état d'accord pacifique suppose que ce régime d'entente contractuelle existera au préalable dans Tintérieur de chacune d'elles; c'est-à-dire la constitution de I'État